Archives de catégorie : Lingua corsa

L’arca

Il fut un temps où c’était un joli chemin bordé de murs en pierres sèches qui conduisait de Bardiana à la rivière. En ce temps là, il fallait descendre et remonter à pieds. Il semblerait que le goût de la marche ait disparu en même temps que le chemin puisque désormais, c’est en voiture ou en moto qu’on va au fleuve. Dommage.

Il fallait passer par une passerelle périlleuse faite de troncs roulants sur des poutres métalliques. Première frayeur. Et frayeur encore en passant devant la fosse commune où bien sûr l’occasion était parfaite pour évoquer squelettes, fantômes et revenants.

L’arca.

Il est facile de la trouver. Après la passerelle, sous les aulnes, il faut être attentif. Sur de gros rochers sur la droite en bordure du chemin, on distingue des blocs de pierre taillés. C’était les fondations de la chapelle de San Quilicu qui a donné son nom au trou d’eau tout proche qui est une des plus belles piscines naturelles du Fangu.

L’arca devait être un peu plus à droite dans le bouquet d’arbre.

L’arca c’était une tombe collective, sorte de chambre souterraine voutée à orifice étroit fermé par une dalle de pierre, accolée à l’église ou creusée sous celle-ci. Il se dit mais c’est sans doute une erreur que c’était une fosse commune dans laquelle on jetait les corps. Dire celà, c’est méconnaître le respect qui était dû aux défunts. Etre enterré dans l’arca, c’était être au plus près de l’église et d’une certaine façon continuer d’appartenir à la communauté pour l’éternité.

Si j’en crois ce que j’ai pu lire ici ou là, (site Poggiolo) la sépulture en arca n’était pas bien vue des autorités ecclésiastiques. Ainsi, dès le XVI° siècle, la constitution de Mgr SAULI, évêque d’Aleria, imposait d’ensevelir les morts dans les cimetières et non dans les églises, à moins d’avoir la permission de l’évêque. En 1776, un Edit Royal interdisait les sépultures dans les églises insulaires, et en 1789 un Décret de la Révolution ordonnait la création de cimetières, sans grand succès en Corse.

Il existe divers exemples dans le Sud notamment, où l’arca a encore servi pour ensevelir des victimes d’épidémie dans une période assez récente. Ainsi à Vico où furent enterrés les 40 habitants d’Arbori victimes du choléra en 1816. Dans une autre partie de la Corse, celle de Zevaco fut exceptionnellement réutilisée pendant l’épidémie de grippe espagnole, de mai 1918 à janvier 1919.

Je serais bien en peine de donner autant de repères chronologiques pour la chapelle de San Quilicu. Je n’ai pas de documentation qui traite du sujet. Le hameau de Bardiana, le plus proche, n’existait pas encore et la vallée n’était peuplée qu’en hiver par les bergers niolains et leurs familles. Il faut remonter jusqu’à Candela pour trouver trace des plus vieilles maisons. On peut penser que le Filosorma était une vallée plutôt déserte avec quelques bergeries dont on découvre ici ou là, les ruines. Je crois aussi que la chapelle de San Quilicu vu la taille de ses fondations, était plutôt un oratoire.

En définitive, l’histoire de l’arca est possible mais je n’y crois pas trop. D’autant qu’il existait dans la vallée, deux édifices religieux tout à fait importants. L’église donc…Santu Pietru di Chiumi, pieve de Chiumi, qui date de la fin du 10e siècle et le couvent de Sainte Marie fondé en 1230, le couvent de Santa Maria di a Stella.. Sainte Marie de l’Etoile.

A cet endroit, il y avait à l’évidence une arca. Mon arrière grand-oncle qui labourait dans le coin a vu son attelage s’enfoncer dans la terre. Il était sans doute tombé à tous les sens du terme dans l’arca. Toujours est-il qu’il avait formellement interdit à ses enfants de travailler la terre à cet endroit. Respect des morts.

Alors, peut être qu’il n’y a rien de spécial en descendant vers le pozzu de San Quilicu. Mais c’était bon d’avoir peur.

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Ninu

Ce n’est pas que je ne veux pas faire vivre ce blog mais j’ai un métier qui me prend beaucoup de temps ! Et qui me fait manger. Donc, le choix est vite fait. Je profite d’un instant de calme pour revenir vers vous et vous raconter comment j’ai réalisé un rêve de gosse.

Quand j’étais enfant, j’étais passionné par la pêche. La première fois où j’ai été pêcher c’était avec mon oncle et un voisin dans le ruisseau de Calasima. J’avais pris six truites. Elles devaient avoir faim.

Comme partout, au Niolu où je passais quelques jours, chacun racontait la sienne. Et, j’écoutais avec un grand intérêt ceux qui étaient monté au lac de Ninu où, disaient-ils, les truites étaients petites, mais vives et délicieuses à condition de les manger sur place car leur chair était fragile puisqu’elles vivaient dans une eau très froide.

Il m’aura fallu beaucoup, beaucoup d’années pour aller à mon tour pêcher là haut.

Entretemps, il m’est arrivé plusieurs fois de passer par le lac en faisant le GR ou faisant avec mes enfants la transversale Corté Filosorma. Mais, à chaque fois, j’étais un peu frustré car je n’avais pas le temps de sortir la canne.

Ma femme me pressait depuis quelques années de monter au lac qu’elle avait vu à la télévision. Elle voulait photographier les pozzine. Moi, je m’étais mis à la mouche depuis quelques années. Deux bonnes raisons de faire cette belle randonnée et de vous en faire profiter avec ses photos et mes mots.

Une nuit à Castel Vergio dans une chambre avec balcon tout à fait sympathique et départ tôt le matin pour une randonnée en aller retour.

Il ya d’autres points de départ possibles, en particulier de la maison forestière de Popaja. C’est plus direct mais là, nous arrivions de l’extrême sud et il nous fallait dormir sur place.

Ce n’est pas une promenade. 18 kilomètre pour faire l’aller retour et 1000 mètres de dénivelé.

Par contre, il est impossible de se perdre car le chemin est balisé en rouge te blanc et très fréquenté.

Le point de départ est un peu plus bas que la station, sur la droite de la route. Le chemin descend assez fort pour ensuite prendre la courbe de niveau puis s’élever à nouveau en direction du col de Saint Pierre. Il monte toujours vers les crêtes au travers d’arbres de plus en plus rares. C’est là qu’on trouve les hêtres les plus photographiés de Corse, martyrisés par le vent. Le chemin longe la crête, pierreux et un peu vertigineux par endroit mais rien de bien méchant. Il finit par rejoindre a Bocca a Reta d’où on découvre le lac.

C’est un endroit magique avec les chevaux qui paissent et s’abreuvent dans les pozzine…et qui parfois tentent d’améliorer l’ordinaire en furetant dans les sacs à dos avec plus ou moins de délicatesse.

On peut faire le tour du lac mais faites attention à ne pas trop piétiner ce gazon qui est d’une fragilité extrême,

Le retour se fait par le même chemin. Et la descente du départ se révèle être une méchante montée lorsqu’on a quelques heures de marche dans les jambes.

Sinon, la pêche ? Rien. Il y a des truites mais d’une méfiance absolue. Très petites, très vives et qui vous voient très vite et qui s’enfuient dans ces rigoles qui courent dans la prairie. J’en ai vu, beaucoup. Aucune de prise mais ce n’est pas grave. D’abord parce que je relache mes prises et ensuite parce que le but était de poser ma mouche dans le lac et de réaliser un vieux rêve. Mission accomplie.

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Mésange bleue capiniella cappellina cianciafrì scappelluccetta…

Un billet pour évoquer un oiseau assez étonnant. Déjà, lorsque j’ai voulu traduire son nom en langue corse, j’ai trouvé une dizaine de résultats avec quelques variantes. Pour le titre, j’en ai choisi deux ou trois mais vous trouverez la liste complète sur la remarquable et souvent conseillée, base de données ADECEC INFCOR.

Je n’ai plus les photos de mes vacances passées et je le regrette. Car, la familiarité de la mésange bleue est tout à fait incroyable au point que j’en avais une en train de manger dans ma main pendant qu’une autre s’était perchée sur ma tête.

11 à 12 cm, pour un poids 9 à 12 g. Un petit oiseau et un bel ambassadeur pour la vallée du Filosorma puisque la population de ces oiseaux est étudiée depuis 1976 par le CNRS de Montpellier installé à la maison forestière de Pirio.

La mésange bleue et d’autres passereaux dont je vous livre (à la fin) les noms corses puisque l’idée est aussi d’enrichir son vocabulaire.

J’ai retenu deux choses de ce que j’ai appris sur cet oiseau en discutant d’une part avec ceux qui posent et étudient les nichoirs, on les trouve dans la forêt de Pirio ou sur la route forestière, et d’autre part en lisant les nombreux articles qui lui ont été consacrés.

De ces deux choses, une m’a étonné et l’autre m’a inquiété car on y voit au travers du destin de la mésange, comment va évoluer notre propre avenir.

Pourquoi étonné ? Parce que l’oiseau est un grand malin qui gère fort bien la santé de sa couvée.

Il faut savoir que la mésange niche dans un trou, d’arbre ou de mur, partout où ses prédateurs ne pourront pas l’atteindre. Elle fait son nid, comme ses amis à plumes, avec de la mousse et des brindilles. Mais elle y ajoute de la lavande, de la menthe et des immortelles. Toutes ces plantes sont connues pour avoir des propriétés antiseptiques et donc éloigner les parasites, notamment certaines puces qui se nourrissent du sang des oiseaux. Un hasard ? Que nenni !

Pour mieux comprendre cette affaire, un ornithologue, Marcel Lambrechts et son équipe, installées donc à Pirio, ont attendu que les oisillons soient nés. Ils ont alors enlevé les herbes aromatiques. Alors, les mésanges partaient immédiatement, à la recherche de ces herbes manquantes et attention, elles ne ramenaient que les aromatiques dont elles avaient besoin. Même si pour cela, il leur faut aller à plusieurs centaines de mètres. Donc, leçon numéro un, elles connaissent les odeurs et leçon numéro 2, elles savent protéger leur nid contre les parasites. Comme nous ! L’histoire ne dit pas si elles ont apprécié le travail supplémentaire occasionné par l’éxpérience.

Pourquoi inquiété ?

Parce que la mésange adapte sa reproduction à la quantité de nourriture dont elle aura besoin pour ses oisillons. Et en particulier à la population de chenilles. C’est l’aliment le plus riche en eau et protéines. Dans le Filosorma, l’oiseau a parfaitement adapté son cycle grace à la présence du chêne vert en abondance. Sur le continent, où a été conduit une enquête en parallèle, c’était le chêne blanc qui dominait et il a été remplacé progressivement par le chêne vert. Arbre qui produit des feuilles plus tard. Comme les mésanges continuent à pondre au même moment, elles s’épuisent à chercher la nourriture et meurent davantage. Deux fois plus.

Oui mais pourquoi ça m’inquiète..parce que c’est un effet, un de plus, du réchauffement climatique qui bouleverse les conditions de vie des espèces en modifiant en profondeur, tous les milieux..forêts..rivière..  « ..Une sélection au sens darwinien du terme va se mettre en place, estime l’un des chercheurs de Montpellier. Et l’on peut être inquiet pour les espèces qui s’adapteront mal…».

Pas certain que nous fassions partie de ces espèces qui s’adapteront le mieux.

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Pulenta e bone feste a tutti.. Pulenta et bonnes fêtes à tous

Pourquoi est ce que je n’y ai pas pensé plus tôt ?

Pourtant des figatelli de la Casinca sont en train de sécher et ils seront à point pour Noël. Alors,oui c’est bon avec des lentilles et même avec de la purée de pommes de terre. Mais, avec une pulenta..là c’est le mariage idéal et un retour vers ce qu’étaient mes Noëls d’avant.

Je sais pourquoi, je n’y ai pas pensé.Parce que les plaques à induction, ça ne va pas avec la pulenta. Ce n’est pas une affaire de cuisson. Mais la marmite glisse sur ces fichues plaques et il faut être deux pour ce qui, il faut le dire,relève un peu d’une épreuve sportive. Tenir, tourner, tourner encore.

Alors, qu’est ce qu’il nous faut ?

Pas grand-chose en vérité car la recette est simple. 1 kg de farine de châtaigne, 1,5 litre d’eau, et3 indispensables pincées de sel. Farine de qualité ! Castagniccia bien sûr mais je préfère celle du Niolu, et pas seulement pour une affaire de racines familiales. Il me semble que l’altitude rend les fruits plus sucrés et la pulenta plus savoureuse. Faites comme vous voulez. Les producteurs de qualité ne manquent pas.

Dans une marmite, vous allez porter à ébullition l’eau et le sel et verserez au fur et à mesure la farine tamisée, en pluie, tout en tournant avec le « pulendaghju ».C’est quoi le pulendaghju ? C’est un bâton de de 3 à 5 cm de diamètre. Un manche à balai bien propre à la bonne taille fera l’affaire. Sinon prenez un manche de cuillère en bois. Faire tenir la marmite..à l’aide d’un ami,, et tournez en rajoutant la farine jusqu’à une consistance épaisse et homogène, continuer à cuire à feu doux jusqu’à ce qu’une bulle de vapeur éclate…avec un bruit caractéristique…elle spouffe et j’entends encore Maman dire « ci vole ch’ella spuffi » « il faut qu’elle spouffe »et que l’ensemble se détache des parois. Suivant la quantité, il vous faudra de 15 à 25 minutes…

Ensuite, vous versez la pulenta sur un torchon fariné ou une planche farinée mais c’est moins bien. Et vous découpez en tranches, au couteau si vous êtes un barbare et au fil pour être dans la tradition.

Figatellu bien entendu mais aussi,c’est ce que je préfère..œufs frits avec du fromage frais et le sommet, encore faut-il en avoir, la complète..œufs frits avec fromage et bulagna. La joue de porc.

 Pas d’analyse de sang pendant une semaine et joyeuses fêtes.

Ne pas oublier…les restes s’il y en a… Faites les dorer, dans une poêle huilée et mangez les chaud.

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Capu Tafunatu.


Le Tafonato, la montagne trouée, est selon moi le plus beau sommet de Corse. Haute d’un peu plus de 2300 mètres, avec un sommet en arête et comme son nom l’indique, un trou ou plutôt une arche. 35 mètres de large pour 10 mètres de haut tout de même. Et discrète avec ça ! Comme elle n’est séparée de l’imposante Paglia Orba que par le col des Maures, on peut penser qu’il ne s’agit que d’une seule montagne. Et vu de loin, le trou est souvent confondu avec une plaque de neige et nombreux sont les touristes qui ne remarquent pas cette curiosité géologique.

Le trou est bien visible depuis Bardiana. Et quand j’étais gamin, c’était un sujet de conversation pour ne pas dire de fantasme. Il y avait ceux, les fanfarons, qui prétendaient y avoir été. Moi, je suis rentré dans le trou !! Ils inventaient des passages avec des échelles, des précipices effrayants et même si on ne les croyait pas, on les écoutait avec intérêt car toutes ces histoires nourrissaient la légende. Car bien entendu, légende il y avait. Et comme toujours, le diable était de la partie.

Donc, il était une fois…au temps où saint Martin gardait les troupeaux dans le Niolu il reçut la visite d’un étranger qui lui demanda s’il pouvait travailler pour lui. L’homme était un vagabond. Le saint qui était bon, bien entendu, l’avait pris comme employé mais dès la première nuit, dans la bergerie, il s’était aperçu que son domestique endormi, sentait le soufre.

Le lendemain matin, Martin dit au berger qu’il savait qui il était et qu’il ne pouvait travailler avec le diable. Celui-ci, s’était mis dans une terrible colère et avait décidé de rester dans le coin pour lui faire concurrence.

Le diable déguisé une fois de plus avait été trouver les chefs des villages du Niolu pour leur proposer de construire un pont sur le Golu, pont qui faisait défaut. Il demandait en échange une âme à choisir dans le canton. Un niolain, méfiant, avait décidé de demander conseil à Saint Martin… Quelques heures plus tard, lorsque le diable revint, les villageois donnèrent leur accord mais le pont devait être complètement achevé en une nuit, c’est-à-dire, avant que ne chante le coq. Toutes les forces de l’enfer se mirent au travail et pendant toute la nuit, on entendit près du Golo un vacarme épouvantable.  Le pont était presque achevé.  Une seule pierre restait à poser. La clé de voûte du pont.

Alors un homme qui était resté caché toute la nuit dans le maquis en surveillant les travaux, sortit de dessous son manteau un coq. Le coq se mit à chanter. Le pont n’était pas fini et le coq avait chanté. Le diable fou furieux d’avoir été berné poussa un cri affreux et de rage et lança son marteau dans les airs. Le marteau alla frapper la montagne pour y faire le trou pour retomber ensuite dans le golfe de Galeria.

J’ai attendu bien des années mais j’ai fini par aller dans le trou du diable. Pas très difficile à trouver. Du col de Vergiu, il faut suivre le GR par la vallée de Tula jusqu’au refuge de Ciottuli, remonter vers le col des Maures et rejoindre le trou par la vire bien visible. Pas difficile à trouver mais attention, le passage est très dangereux. Une erreur et c’est la chute mortelle assurée. C’est déjà arrivé. Donc, ne vous lancez dans l’aventure que si vous avez le pied sûr, très sûr et ne souffrez pas du vertige.

Un trou creusé par le diable… il faut y aller avec précaution !

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Je l’ai connu cerisier.



Il y a quelques jours en réunion, la conversation tournait autour de quelqu’un qui malgré une promotion, ne faisait pas grand-chose pour ne pas dire rien.  J’avais l’esprit vagabond. Après un petit soupir, j’ai dit que je n’étais pas surpris car je l’avais connu cerisier.

Cerisier…surprise dans l’assemblée car personne, et c’est normal, ne voyait le rapport entre un arbre et la personne en question. Et voilà comment, je me suis trouvé en situation de raconter une histoire corse. D’où elle vient, je n’en sais rien. Mais après coup, tout le monde a compris ce que je voulais dire.

Il était une fois dans un village, un cerisier. Un arbre magnifique. Au printemps, ses rameaux nus étaient couverts de fleurs. Un peu en retrait de la route, il n’appartenait à personne et aurait pu faire le bonheur de tous les gourmands s’il avait donné des fruits. Il n’en donnait aucun. Les oiseaux l’ignoraient, les amateurs de confitures avaient pour lui un profond mépris et il vivait dans l’indifférence, sa vie de cerisier stérile.

Il a fini par sécher. Sa perte bien entendu, ne désolait personne. Un paroissien avait alors une idée tout à fait pertinente. Le bois était de bonne qualité. Il fallait en faire un grand crucifix qui manquait justement à l’église. L’histoire ne dit pas qui s’est chargé de l’opération mais au bout de quelques mois, un crucifix de belle taille faisait l’admiration de tous les fidèles.

Les années ont passé.

Dans le village, le moral était au plus bas car une sècheresse terrible durait depuis des mois. Les ruisseaux ne couraient plus et la rivière était agonisante. L’arrosage était devenu presqu’impossible et si la nature souffrait, les jardins souffraient encore plus et avec eux les villageois car je vous parle d’une époque où les humains n’allaient pas chercher les légumes au camion ou au supermarché.

Le maire n’y pouvait rien. Il avait donc laissé le curé prendre les choses en main. Celui-ci avait proposé de faire une messe d’action de grâce suivie d’une grande procession. L’église était pleine. Et la dévotion à la mesure de l’urgence. Après la messe, tous se réunirent à l’extérieur pour partir en cortège. Chants, enfants de chœur, encens et en tête du cortège, porté par quatre hommes vigoureux, notre crucifix.

De mémoire d’homme, il n’y avait jamais eu une aussi belle procession. Tous les hameaux avaient été visités et jamais les chants n’avaient faibli. En rentrant à l’église puis chez eux, les villageois sentaient au plus profond qu’ils avaient fait ce qu’il fallait.

Oui mais, une semaine après le ciel était toujours aussi bleu et les humeurs aussi sombres.

Un soir, près de la fontaine bien sèche où se réunissaient les gens, un homme avait fait remarquer que promener le crucifix n’avait rien rapporté. On avait alors entendu un vieux, mais un très vieux, lui répondre « ça ne m’étonne pas… je l’ai connu cerisier »

Il a fallu qu’il s’explique comme je l’ai fait il y a quelques jours. Un petit peu de légende corse dans une réunion très sérieuse ça ne fait jamais de mal.
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Stalvatoghji..


Quandu fighjuleghju u mo blog, mi sentu un pocu vargugnosu. Dapoi Natale, un n’aghju publicatu nulla. Culpa a un travagliu chi piglia e puru assai. Ma chi ci si po fà… ci vole da campà ! Allora, manera di trove torna un bon solitu,  vi aghju da pripone qualchi vechji stalvatoghji. Storie, chi cumu si dice omu in paese, chi certi anu fattu u so pruverbiu. Storie chi anu in cumunu, i mariti vinuti di u cuntinente.

A u principiu di l’annate 60, in Filosorma e altro, u mondu furesteru era pupulatu di una ghjente strana e pocu cunisciuta.

A mo cugina carnale preferita (s’ella mi leghje si cunuscera) avia decisu di pigliassi un brittonu. Cinquant’anni dopu, vi possu di ch’ella a puru fattu un bona scelta. Ma si ne parlu oghje, è chi l’annunziu di quellu matrimoniu avia cagiunatu qualche reazzione assai stunante. A prima persona a quale ne avia parlatu era stata zitta una stonda, prima di dichjarà…umbeh, ci so chi si piglianu russi, perche un si puderia piglià un brittonu… un altra s’era rassicurata diciandu chi u piu impurtante era ch’ellu sia cristianu. E cusi ch’omu si vede chi tandu, ci era a Corsica e u vastu mondu e chi u tuttu era un pocu cunfusu.

A pocu pressu a a listessa epica, una dona di u paese s’avia anch’ella pigliatu un pinzutu. Avia previnutu u maritu. In paese simu tutti parenti o ligati. Ci vole dunque basgià a tutti per esse sicuru di un fà un affrontu a nimu. U tipu, bellu bravu, vulia fà piacè a a so moglie e sopra tutta un vulia fà dispettu a qualchi parente. Per fà cunosce u so maritu, u megliu era u bar a l’ora di l’aperitivu induve si truvavanu assai paesani. U megliu per trove a ghjente e pagà a soia.

Dopu chi a so moglie l’appia presentatu, nostr’omu a pagatu un colpu a tutti e a cuminciatu a basgià e a parintia e l’amichi. Belli sospresi funu e cliente quandu, fidele a a so prumessa, u nostru amicu cuntinentale s’a basgiatu a i gendarmi. A storia un dice micca cio chi fu a so reazzione. In vece chi a so risposta è firmata. Quandu a so moglie, un pocu imbarazzata l’a dumandatu perche s’avia basgiatu a i gendarmi, a rispostu «  m’ai dettu chi eramu tutti cugini ». Cuginu di i gendarmi, l’è ristatu u cugnome.

Un altra s’era maritata anch’ella, a pocu pressu a quell’epica, incu un un altru pinzutu. Ma a tinta era stata sfurtunata. Dopu qualch’anni di matrimoniu, l’omu s’era smarritu senza lascià indirizzu. Svanitu ! Allora, parechji anni dopu, a disgraziata si truvava sola ma sempre maritata chi un n’avianu mai divurziatu. Un parente chi s’inchietava di i so interessi, li avia fattu rimarcà, chi u fughjiticciu si pudia rivindicà « l’usufruit » di u so avere.  A risposta (eiu era prisente) fu sin’appellu… U l’aghju da da eiu u jus de fruit… Cumu omu si po firmà seriu dopu quella cacciata ? Mi pare d’avè riesciutu di sorte prima di spanzami un pocu piu luntanu.

Ma chi idea strana di circà una parolla francese quandu si dice in corsu « l’usufruttu » !

Muralità.. ch’elli sianu benvinuti i mariti cuntinentale…ma quandu omu si parla corsu, so parolle corse chi s’adopranu.

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Miraculu natalescu..



A valle chi vi vogliu prisintà è a meia. E bella persa e quelli chi ci ghjunghjenu si so, a maio parte di u tempu, sbagliati di strada. E dino assai inquietante quandu si ne casca a notte e chi l’umbreghju di e muntagne vene annigrisce e piniccie e, capinsu, e fureste di lecce e di castagni diggia belle bughjose da per elle. Ci so parechji paesoli chi parenu suminati d’una parte e di l’altra di u strado a qualchi chilometri l’unu di l’altru..
Per di tuttu, questu locu è statu assai, luntanu di a mudernità e aghju cunisciutu u mo paese senza electricità. Ava, avemu ancu a televisione e u telefonu ma tenimu sempre in mente, i tempi anziani e parechje cose ,smarite altro, so sempre un pocu vive indè mè..

Ma quandu ci pensu, un ci è chi una cosa chi a veramente cambiatu. U locu ava è spupulatu… un ci è piu nimu per parlà di tuttu stu passatu.. Pecatu, chi u ricordu di certe personne pianu pianu si squazza in vece chi a so storia si meritaria di esse conta davanti u fucone, assai dopu ch’elli sianu smariti.

Si chjamava Ghjacintu, ma tutti u cugnumavanu  » a mosca  » dapoi ch’ellu avia fattu comu si dice omu, u so pruverbiu. U megliu è di racuntavi l’affaru chi vo sapissite esattamente quale era. Dunque, un ghjornu chi u sole sciappava e petre, ellu travagliava à l’infora. Ghjacintu era turmentatu da una mosca ch’allitava u sudore. Volava eppo si ponia nantu quellu tintacciu. Ellu, ognitantu lasciava puru cascà a so carica per tumbà u mignocolu ma u so motu u faccia fughje. E durava cusi dapoi una bella stundetta sotta l’occhji alegri di una cumpania a mezz’adrumintata. Tuttu d’un colpu, piu vivu per una volta chi a mosca, Ghjacintu a si piglia e tutti aspettavavanu chi l’inciaccessi ma inno. Ghjacintu ben ‘accuratu li strappava l’ale e lasciendula in terra li face  » ava marchji a pedi quante mè  » E cusi ch’ellu si vede chi gattivu un ‘era e chi s’ellu pinsava micca a l’usu cumunu, un li mancava l’arbitriu.

L’averete capitu, ci era a ghjente per stu cantone e particularmente, una ghuventu assai turbulente e chi pinsava sopra tuttu a trove a macagna di quelle, una chi feria spanzassi i paesani mentre parechji mesi. Vi puderia parlà di l’unu o di l’altru ma l’affaru chi vi vogliu cuntà, ne tuccava trè. Tantu megliu chi a stu ghjocu eranu puru i piu forti. A sapete di quelli capace di fà crede a i furesteri chi di sicuru Nabulio è interratu in Pariggi ma chi u so craniu di zitellu è qui…indè u cemeteriu di u paese ! E di lagnassi chi u merru un faccia nulla per fà cunosce st’eventu quantunque maio per a storia di a Corsica… E l’altri ch’ingullianu questa sumerata di capochja…..

Di u genaru à azzingà un filu a i pedi d’un mortu mentre a veghja per fà move l’anca e fà nasce a u panicu indè i presenti..In fattu fine, pullastri invintivi e maligni chi senza gattivera, s’eranu sceltu a Ghjacintu  » a mosca  » cume sibula di e so burle e altre barzulette. Si chjamavanu Batti, Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu..a casata un si ne parla chi, ci vole a capiscela, so sempre vivi e piuttostu sgio..a chi duttore, a chi circadore..e anc’unu chi face a puliticha per ste Francie…

Omu s’avvicinava di Natale e i ghjorni chi eranu corti e puru freti si terminavanu a lu caffè. Ghjacintu ci passava sempre una bella stonda, u tempu di sciaccassi chjachjarandu duie o tre bicchierii di vinu. Li piacia assai lu vinu ma, u tintu era troppu poveru per pudène beie bonu e abbastanza. Dunque, prima di raghjunghje u so paesolu di Montistrellu, luntanu di u paese di qualch’ettometri, lasciava sempre a cumpania incu a listessa cacciata  » pecatu ch’in funtana un ci corre che acqua, u vinu m’averia fattu pro  » Parlava di a funtana sotta a so casa. Tutti i paesani questa filastrocca, di mente a cuniscianu e  » a mosca  » un n’avia mancu u tempu di compie a so infrasata chi a salla sana a ripigliava in coru e mughjendu.

Per dilla franca Batti, Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu s’ annuiàvanu. Sempre e listesse macagne. Quante cani annasandu, circavanu sempre qualchi scimità da invintà. Cume sta sera qui, Ghjacintu si n’andava quante d’abitudine sotta li mughji di a cumpania, Pasquale era statu mutu. Quandu l’altri l’anu fighjulatu, avia un surrisu tamantu e l’occhji abbagliuliti di quellu chi a trovu a macagna di e macagne..una chi avia da esse stampata ! Ma un di nulla a i so cumparsi. Tropp’a bonora. Bastava, li spiego, chi mentre i quindeci ghjorni chi firmavanu sin’a Natale avianu da ripete a Ghjacintu chi un miraculu natalescu era sempre pussivule, chi Ghjesu avia cambiatu l’acqua in vinu in Canaa e chi, s’ellu prigava assai ribicchinandu parolle magicche, u vinu avia da zirlà di a funtana per Natale.

U lindumane sera, a lu caffè, quante cuspiratore, anu pagatu un bicchieru di vinu sceltu a Ghjacintu e cuminciatu l’operata. U tintu chi era pietosu fu scunvintu facilmente incu l’aiutu di u vinu e turno a casa ripetendu a preghera chi avia da cambià l’acqua in vinu. Chi era sta preghera, nimu un l’a mai sapiutu chi  » a mosca  » a dicia mezavoce. Di sicuru qualchi bestialità imaginata da questi tre diavuletti. E torna a Vignale, tutte e sere, vinu sceltu, preghera e discorsi. U vintiquattru, Batti e Ghjuvan-Ghjacumu un vedianu induve Pasquale li vulià purtà. Un vedianu l’interessu di a storia postu chi  » a mosca  » quandu avia de vede chi a funtana dava sempre acqua, passeria subitu a altra cosa e chi a burla un faria ride a nimu !

Ma Pasquale avia pinsatu a tuttu….  » Sta sera ô cumpa, mentre a messa e dopu mentre a sopracena, Ghjacintu a da beie e sera di sicuru mezzu briacu . Eiu aghju messu a parte una buttarella .di cinquanta litri chi aghju empiutu di vinu di Patrimoniu arrubatu in cantina di Ziu Antone…chi s’ellu a sa mi tomba…aspittemu a mezanotte..Tu, ô Batti colli a a colta..l’aghju diggia cullatu quassu a buttarella…aghju straziatu in veru ma ava ci è. Tutt’è prontu…Taglii subitu l’acqua…Eiu incu Ghjuvan-Ghjacumu ci cansemu indè Ghjacintu, li parlemu di a funtana….quand’ellu sorte per virificà s’ellu ci è statu qualchi miraculu…fiscu duie volte…tandu tocca tè di fà corre u vinu indè u cundottu.. U tempu chi  » a mosca  » ghjunghji a a funtana, ci sera u vinu e allora ô zittè, di stu colpu miraculosu, di i mughji di Ghjacintu si ne parlara omu da qui a deci anni. A macagna di u seculu.

Batti e Ghjuvan-Ghjacumu eranu meravigliati e si so passati a ghjurnata di u vintiquattru a fà u passu e u vene, indè l’unu, indè l’altru, bevendu qui un aperitivu, altro un vinu caldu incu aranciu e limone. A sera eranu cotti e ognunu si dubitava di qualcosa. Si vidia a u so aria ch’elli priparavanu qualchi culpacciu ! A lu caffè, vers’ott’ore, u spartimentu di Ghjacintu fu salutatu da un  » ô a mosca un smintica a to preghera « …Eranu puru trasaltati.

A serata s’era passata indè Ziu Anto a manghjà e a beie sin a mezanotte. Dopu, i tre cumpari s’avianu pigliatu a a strada per cullà in Muntistrellu. Un pocu u cotru, assai lu vinu ch’elli avianu betu, a spassighata fu difficiule…ma..cume previstu, Batti si ne cullo a a colta e i duie altri so andati a pichjà a a porta di Ghjacintu manera di salutalu. U brav’omu era vicinu u caminu e pinciulava, bellu techju dopu u ripastu assai ricu e avvinatu ! U miraculu un s’avia sminticatu ! Fatte e salutazione, Pasquale li face  » allora ô Ghja ! E sta funtana..un si mancu surtitu per vede si un curria lu vinu di Patrimoniu ? « .

U nome di Patrimoniu avia puru discitatu a mosca e era prontu a sorte da virificà . Surtendu, Pasquale fisco duie volte, forte a l’usu di i pastore chi indè i tempi tutti a sapianu fà. U tempu di ghjunghje a a funtana sculisciandu nant’a u cotru, trampaleghjandu, e Ghjacintu li scappa un mughju, ma un mughju da fà trimà li vetri di i purtelli.. » vinu, vinu…Ô a ringrazziati ô Diu…Miraculu…chjamate u prete, inno u vescu chi è un miraculu…a funtana è miraculosa  » Ma, l’avemu detta diggia,  » a mosca  » un era scemu e nanzu di chjamà piuvani e altri frati, s’è dettu chi seria megliu di ghjuvassi di stu rigalu ! E mughjandu sempre, si ne torna in casa per circà e damisgiane !

Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu un si tenianu piu..morti di risa. Si svultulavanu indè a neve, saltavanu quante capretti e u spectaculu di Ghjacintu empiendu e damisgiane cantandu cantichi li campava. A mosca cuntentissima, incu u so vinu si ne fallava sempre arrigraziandu… grazie! grazie tante! grazie mille! grazia à Diu!..ci ne era per tutti..Sant Anto, San Lurenzu e San Pancraziu.

Pasquale dicia a u son amicu ridendu, a mezzu buccheghji  » chi risa, ma u megliu a da vene…quandu s’anu da liticà incu u prete qui ellu un vulera crede a u miraculu…ci a da esse azzuffu in chjesa..  » Ghjuvan-Ghjacumu ridia anch’ellu ma li face  » ô Pasqua’ chi divintara Batti, chi un l’avemu vistu ? A mancatu tuttu..si sera persu..ci vole a cullà da circalu ! « .

Un avianu mancu fattu centu metri indè a cullata chi Batti s’affaco….biancu..biancu quante s’ell’avia vistu u fulettu..  » Ô Batti, chi ai da fà u musu ? « ..  » Alè…parlà chi pari dissanguinatu.. « …Batti barbagliulandu, tandu li face….  » ci è qualcosa chi un va micca, ô zitté…quandu so ghjuntu quassu, aghju subitu tagliatu l’acqua e po mi so messu per aspettà indè a barraca induve ci so i cuntadore….e…avianu accesu un speziu di brasgeru chi un ghjaccessinu quelli cuntadore…u caldu…u vinu..troppu manghjatu…mi so addurmintatu e…un t’aghju entesu fiscà ô Pasqua’.. « .

 » E allora ô Batti..chi voli di « …  » vogliu di chi mi discetu ava…e chi a buttarella è sempre piena chi un l’aghju imbrancata… « …In furia so cullati e anu trovu effetivamente a buttarella piena. Patansciavanu…chi li era vinutu a paura. Chi nuttata anu passatu, straziendu per fallà a buttarella a u so locu in cantina indè Ziu Anto, pensandu a st’offesa chi avianu fattu a u celu…

Peghju fu u lindumane, chi Ghjacintu i si pigliava quante testimone…e elli un pudianu mancu piu parlà. Ellu passava per scioccu ma elli ancu di piu chi eranu d’accordu per di ch’avianu vistu corre u vinu..Mesi dopu, un pudianu entre in caffè senza sente a cumpania chi si ghjucava a risa  » date vinu di a funtana a questi briacone « .Eppo, cume u restu, questa storia s’è persa…

A l’epica era omu fattu e ava so vechju…e per quessa chi a vi contu chi eiu u sicretu u cunoscu. Eiu ch’elli chjamanu sempre Ziu Anto…Chi priparavanu qualcosa a sappia e m’era arrivistu chi u mo nipote s’era fattu un’affacata in cantina.. Un m’a costatu tantu. Cinquanta litri di vinu e a fatiga per purtalu quassu a l’appiatu..a fatiga d’accende u brasgeru chi a sappia chi Batti bellu briacu s’avia da adurmintà..e dopu quandu aghju entesu i fischi so eiu chi aghju fattu corre u vinu miraculosu..Tantu megliu ! Ghjacintu a avutu e a si meritava duie damisgiane di Patrimoniu. E stelle luccicavanu indè i so ochji chi per ellu era da veru un miraculu. Ch’ellu riposi. In Paradisu di sicuru. E per i tre ghjuvanotti, è stata bella a lezzio. Anu amparatu chi ci vulia da macagnà quelli chi si ponu difende. Cinquanta litri di vinu per mette sale in zucca di sta bella ghjuventu, vale u colpu, inno ?

Tempi di una volta…E ava, chi so solu in stu paese viottu mi riscalda u core di pinsà davanti u caminu a queste fole di tempi fa…
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On le reconnaît à la marque!

J’ai retrouvé quelques vieux livres. Trois en particulier qui m’ont marqué. Le premier c’est « la renfermée, la Corse » de Marie Susini qui parle avec émotion et justesse de son rapport à l’île. Sensation d’enfermement lorsqu’on y est et tristesse et abandon quand on s’en éloigne.

Le deuxième c’est le fameux « Corse, île de granit » de Dorothy Carrington. Une découverte et un étonnement. Une anglaise qui parle de la mythologie et de l’histoire corse avec un tel talent. Le mazzerisme, Filitosa.  Je lui dois beaucoup.

Et enfin, un chapitre d’un livre de Philippe Meyer « Dans mon pays lui-même » où il évoque son passage dans l’île. Une chose l’a étonné. Une chose vraie que vous pourrez vérifier chaque fois que vous rencontrerez un compatriote pour la première fois. Deux questions. Toujours les mêmes. D’où es tu ? De qui est tu ? Meyer remarque à juste titre, qu’en Corse on est de quelque part et de quelqu’un avant d’être. Il dit qu’il n’y a pas de bête perdue dans l’île.
C’est comme ça qu’une pensée en appelant une autre, j’en suis arrivé à penser à un proverbe.. on le connaît à la marque..si cunosce a u segnu..  proverbe bovin qui renvoie à l’ancienne pratique du brétaudage.

Le bretaudage c’est la pratique qui consiste à couper un animal. Le castrer ou le tondre. Ici, il est question de couper les oreilles du bétail pour pouvoir le reconnaître. Car chacun le sait, les vaches se promènent. Le brétaudage vaut possession et cette possession va à l’ainé des enfants. Aussi, chaque garçon ajoute un signe particulier à la marque originelle.
J’ai retrouvé dans un autre vieux livre quelques unes de ces combinaisons.
Il me semble que ce sujet n’a pas été exploré sur internet alors je vous le propose avec les dessins qui vont bien. Et un petit fichier son pour la prononciation.

fessu                Fessu : fendu par le milieu dans le sens de la longueur

mozzu             Mozzu : sectionné au premier tiers

mozzuet-duie-fette              Mozzu e duie fette : sectionné et fendu une fois

mozzu-et-tre-fette            Mozzu e tre fette : sectionné et fendu deux fois

morsu        Morsu : morsure devant ou derrière pour supprimer un demi cercle

pinciculu         Pinciculu : découpé comme une morsure mais en laissant pendre le morceau presque détaché

scultillatu           Scultillatu : sectionné en biais d’un coup de couteau

spinnulatu       Spinnulatu : fendu par le milieu dans le sens de la longueur comme pour fessu en sectionnant l’une ou l’autre moitié

furcella           Furcella : fourche obtenue en pliant l’extrémité de l’oreille dans le sens de la longueur et en enlevant un morceau en forme de V

tafunatu            Tafunatu : troué vers le milieu

intaglia           Intaglia : entaille sur l’un des deux bords

Je ne crois pas que vous aurez l’occasion de voir des bêtes avec ces marques. Il faudra se contenter des agrafes en métal. Plus efficace mais moins nustrale.. Comme les vaches ne parlent pas, on ne saura jamais la technique qu’elles préfèrent.

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C’était mieux avant ?

Depuis quelques années, j’ai dû écrire environ cinquante billets sur ce blog.  Ils parlent beaucoup de nature, de mythologie et des temps d’avant. Sans l’avoir fait exprès, c’est peut être inscrit dans notre caractère, ces textes sont souvent empreints de nostalgie. Un temps béni. C’était mieux avant. Et bien non.  Ce n’était pas mieux avant et ceux qui veulent, ici ou ailleurs, jouer sur le fantasme d’un âge d’or révolu jouent une partition malhonnête et qui me déplaît.

Comme souvent, c’est à ma mère que je pense. Un repère de bon sens. Elle avait été jusqu’au certificat comme les jeunes femmes de sa génération. Pas de longues études donc mais une connaissance précise et lucide du fonctionnement des gens et de la société. Et puis, la mémoire de ce fameux temps d’avant, celui de toutes les illusions

Le village était pour moi, comme pour tous ceux qui y passaient des vacances de rêve, un lieu magique. Les gens y étaient bons, la vie facile et les étés très heureux. Surtout lorsqu’on les comparait aux mois passés sur le continent. Collège, lycée, appartement, grisaille. Et personne ne nous disait le contraire. Cette vision de paradis était entretenue par habitude et avec l’idée qu’il fallait que les plus jeunes s’attachent au pays pour que celui-ci continue de vivre.

Je suis assez vieux pour avoir connu la lampe à pétrole, les seaux hygiéniques, la route non goudronnée et l’eau à la fontaine. A chaque nouveauté, il me semblait que c’était un peu de l’âme du pays qui s’en allait. Il faut dire qu’on allume peu la lampe à pétrole pendant les vacances d’été, que ce n’était pas moi qui vidait les seaux ou qui allait chercher l’eau.

Donc, il a bien fallu que Maman m’explique un certain nombre de choses. Comment les familles devaient arroser les jardins la nuit en se partageant l’eau. Départ du village à pied à minuit, une heure avec parfois une longue marche pour ouvrir les rigoles. Comment les femmes lavaient dans l’eau glacée à la cendre puis étendaient le linge dans le maquis en craignant que la crue emporte tout. Comment une hémorragie dentaire, banale aujourd’hui, pouvait prendre une dimension dramatique. Comment les femmes mourraient en couches. Et oui, le docteur à 45 kilomètres, pas de téléphone et une piste bonne pour les calèches, ce n’est pas idéal pour la santé. Et puis, plus tard encore, elle m’a raconté que les gens d’ici n’étaient pas plus gentils qu’ailleurs. En fait, c’étaient les mêmes que partout. Certains étaient bons et d’autres mauvais. Ce n’est pas parce qu’on aime sa famille qu’il faut en ignorer les défauts.

Je me suis souvent demandé pourquoi nous n’avions pas parlé de tout cela avant. En fait, j’ai compris que la Corse avait eu une histoire compliquée dans laquelle, la famille, le village, le clan, avaient une fonction protectrice. Une institution qu’il fallait protéger. Et qui se protégeait parfois par le silence. Comme toutes les institutions.

Pour autant j’aime mon pays et mon village en toute lucidité. Alors pourquoi est ce que j’écris ce billet ? Parce qu’un vent mauvais souffle. Et il utilise la vision revisitée du passé. Il ne s’agit pas de renier ce que l’on est mais il faut ouvrir son cœur. Comme le disait Frederico Garcia Lorca, être citoyen du monde. Etre d’ici et de partout.

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