Archives de catégorie : Mitulugia

Tuttu cio chi tocca a a mitulugia.. Mythologie

Capu Tafunatu.


Le Tafonato, la montagne trouée, est selon moi le plus beau sommet de Corse. Haute d’un peu plus de 2300 mètres, avec un sommet en arête et comme son nom l’indique, un trou ou plutôt une arche. 35 mètres de large pour 10 mètres de haut tout de même. Et discrète avec ça ! Comme elle n’est séparée de l’imposante Paglia Orba que par le col des Maures, on peut penser qu’il ne s’agit que d’une seule montagne. Et vu de loin, le trou est souvent confondu avec une plaque de neige et nombreux sont les touristes qui ne remarquent pas cette curiosité géologique.

Le trou est bien visible depuis Bardiana. Et quand j’étais gamin, c’était un sujet de conversation pour ne pas dire de fantasme. Il y avait ceux, les fanfarons, qui prétendaient y avoir été. Moi, je suis rentré dans le trou !! Ils inventaient des passages avec des échelles, des précipices effrayants et même si on ne les croyait pas, on les écoutait avec intérêt car toutes ces histoires nourrissaient la légende. Car bien entendu, légende il y avait. Et comme toujours, le diable était de la partie.

Donc, il était une fois…au temps où saint Martin gardait les troupeaux dans le Niolu il reçut la visite d’un étranger qui lui demanda s’il pouvait travailler pour lui. L’homme était un vagabond. Le saint qui était bon, bien entendu, l’avait pris comme employé mais dès la première nuit, dans la bergerie, il s’était aperçu que son domestique endormi, sentait le soufre.

Le lendemain matin, Martin dit au berger qu’il savait qui il était et qu’il ne pouvait travailler avec le diable. Celui-ci, s’était mis dans une terrible colère et avait décidé de rester dans le coin pour lui faire concurrence.

Le diable déguisé une fois de plus avait été trouver les chefs des villages du Niolu pour leur proposer de construire un pont sur le Golu, pont qui faisait défaut. Il demandait en échange une âme à choisir dans le canton. Un niolain, méfiant, avait décidé de demander conseil à Saint Martin… Quelques heures plus tard, lorsque le diable revint, les villageois donnèrent leur accord mais le pont devait être complètement achevé en une nuit, c’est-à-dire, avant que ne chante le coq. Toutes les forces de l’enfer se mirent au travail et pendant toute la nuit, on entendit près du Golo un vacarme épouvantable.  Le pont était presque achevé.  Une seule pierre restait à poser. La clé de voûte du pont.

Alors un homme qui était resté caché toute la nuit dans le maquis en surveillant les travaux, sortit de dessous son manteau un coq. Le coq se mit à chanter. Le pont n’était pas fini et le coq avait chanté. Le diable fou furieux d’avoir été berné poussa un cri affreux et de rage et lança son marteau dans les airs. Le marteau alla frapper la montagne pour y faire le trou pour retomber ensuite dans le golfe de Galeria.

J’ai attendu bien des années mais j’ai fini par aller dans le trou du diable. Pas très difficile à trouver. Du col de Vergiu, il faut suivre le GR par la vallée de Tula jusqu’au refuge de Ciottuli, remonter vers le col des Maures et rejoindre le trou par la vire bien visible. Pas difficile à trouver mais attention, le passage est très dangereux. Une erreur et c’est la chute mortelle assurée. C’est déjà arrivé. Donc, ne vous lancez dans l’aventure que si vous avez le pied sûr, très sûr et ne souffrez pas du vertige.

Un trou creusé par le diable… il faut y aller avec précaution !

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Terramotu…

Un texte en français et sa transcription sonore en langue corse..

Amical bonjour à toutes et à tous ! J’espère que l’été s’est bien passé pour tout le monde. Quelques jours de randonnée en Écosse, puis deux jours de pêche au village (j’en reparlerai) et du travail en retard. Mais, me revoilà pour vous parler d’un événement bien ancien dont je me souviens comme si c’était hier. Un phénomène naturel où comme souvent en Corse, comme ailleurs j’imagine, les croyances populaires trouvent leur place.

En 1963, le 19 juillet, à 7 heures 46, un tremblement de terre de magnitude 6 a eu lieu au large de San Remo, non loin de la Corse par conséquent. C’était le plus important séisme de la région au vingtième siècle. (voir ici)

J’étais au village en train de dormir dans un de ces lits pliants qu’ont connu tous ceux dont la maison était trop petite pour accueillir la famille en été. La salle à manger ou le salon devenaient une chambre. Bref. Ma mère m’a réveillé en vitesse et m’a pris dans ses bras pour sortir de la maison et monter sur la route où nous nous sommes assis sur la muraillette. J’étais désorienté et presque malade d’avoir été ainsi cueilli dans le sommeil.

Ce que j’ai vu, m’a vite ramené à la réalité. Tout bougeait. Sur l’éboulis près de l’ancien poulailler de ma tante, de grosses pierres se détachaient et roulaient dans le ruisseau. Sur la route, il y avait un âne avec son bât chargé de bouteilles vides. La route dansait et l’âne avec lui. J’ai encore dans l’oreille, le bruit des bouteilles qui sonnaient comme des clochettes. Au bout d’un moment, tout s’est calmé et nous sommes rentrés à la maison. Maman m’a dit que c’était un tremblement de terre.. un terramotu.. la terre qui fait un mouvement. Un mot corse que je n’ai jamais plus oublié.

Pas de victimes et peu de dégâts. Et un souvenir amusant. Quelques jours après, un cousin venu d’un autre village, nous a raconté que le matin du terramotu, sa mère, au lieu de sortir, était en train d’ouvrir toutes les fenêtres et portes de sa maison en demandant aux esprits de sortir. Âme sainte, âme sainte laisse nous en paix.. Elle croyant que les fantômes étaient chez elle et faisait ce que la tradition lui commandait de faire. Son fils lui avait expliqué qu’il valait mieux laisser les fantômes dedans et sortir si elle ne voulait pas que le toit lui tombe sur la tête. Quand on ne comprend pas les choses naturelles, l’idée du surnaturel s’impose. C’est sans doute comme ça que sont nées les religions.

Une pensée pour finir pour nos cousins italiens. Une fois de plus, ils ont été frappés. Et là, il n’y a aucune place pour un sourire.

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Una veghja per capud’annu

Speru chi, avete tutti passatu un bon Natale in famiglia. A mo manera di prigavi un bon capu d’annu, è d’incippà un grand’ focu.
E quessa ben chi u tempu sia assai dolce. Virtuale u focu, ma u core ci è !
Dunque, bon capu d’annu.

Eppo, m’aghju da fà un rigalu chi v’appruffitara dino. Una veghja davant’ a u fucone incu storie in lingua nustrale. Storie chi arrecanu a paura. So e piu belle. Quandu m’arrestaragghju di parlà, puderete sente castizzà e ceppe , Spinghjite u lume, agguardate u focu e si un’avete a paura di e cose sopranaturale, statemi da sente sine a a fine.
So storie di tempi fa. Un ci era ancu electriccità in paese. E quandu ci vulia da fà u giru di a casa per cullà in camara, era impauritu. A lampana a petrollu un n’alluminava tantu e in circondu, ballavanu ombre belle spaventose.
A Corsica è una terra induve so puru prisente i spiriti. Qui un credu a nulla. Qualla, ci so assai cose ch’un riescu da spiegà,
Tenite..mi pare d’avè parlatu diggia di i mo zii, chi eranu tutti o guasi tutti, pertuti per queste culunie. Unu, u tintu, si n’è mortu in un accidente mentre u so ultimu viaghju. U car ch’ellu s’avia pigliatu è trabughjatu indè un travu. Mamma mi cuntava chi, à u mumentu esattu di a so morte, tutti i cani di u paese si so trovi sott’a i purtelli di a casa. Anu abbaghjatu a a morte. U dispacciu un è ghjuntu chi assai piu tardi. Ma a famiglia sapia diggia chi un dolu era accadutu. Cumu spiegà quest’affaru ? Mi pare chi l’ultimu fiatu di quellu chi sa ch’ellu a da more si ne andatu sin’a i soi. E incu tamanta forza chi l’amimali, ch’un anu persu quante noi, a percezzione di certe cose, l’anu entesa puru bè.
A morte. Cio chi m’arricava di piu a paura, è ch’ella annunciava a so affacata. A casa s’empia d’un odore di cera. O allora si sentia quante u rimore di un rilogiu. I finzione si facianu sente, pichjandu a a porta. Avianu qualcosa da di a i cristiani. Queste cose l’aghju viste e vistu dino personne chi aprianu porte e purtelle, dumandandu a l’anima santa di lascià a casa.
Aghju amparatu certe preghere mentre a notte di Natale. E si un le possu insignà, chi so masciu, l’adopru certe volte. U piu bellu e ch’ella marchja ! A pena in capu si ne va per quellu chi ne suffria e eiu bocchipensuleghju dopu avè pigliatu l’ochju.
A storia chi mi santavugliava di piu, s’ è passata in valle di l’Onca. A m’anu conta i duie omi a chi è stalvata. Seranu state cinque o sei ore di sera, in piazzile incu e capre e i cani. Si ne fallava pianu pianu a notte. Tuttu d’un colpu, anu entesu sopra elli, ma senza vede nulla, u rimore di una carretta chi passava. Incu mughji. Per fami capisce cio chi eranu questi mughji, l’anu paragunati a quelli di una dona ch’omu pulsaria. So fughjiti i cani. Si so sbandate e capre. Anu messu parechje ore a trovele. Parechji anni dopu, aghju sapiutu ch’elli avianu entesu a squadra d’arroza. A carretta chi si ne porta i dannati. Si vo leghjite « le cheval d’orgueil », vechju libru scrittu da Jakez Helias, vederete chi in Brittania dino, anu a listessa carretta. A chjamanu l’Ankou.
Allora, ditemi appena, dopu queste storie, cume si po omu trove u sonnu, quandu avete dece ani e ancu di piu ?
Basta di agguardà u focu e di sente a musica di e ceppe, di agguardà a brusta e omu trova torna a pace, a mezz ‘ a i soi.
Bon capu d’annu a tutti. Un n’appiate paura. Girate u vostru sguardu versu quelli chi vo tenite caru e chi vi tenenu caru e tuttu andara per u megliu !
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Impristaticci

Torna quist’annu, a fine di marzu sera stata cattiva ! Vuleriamu lascià l’inguernu daret’a noi, ma ellu s’azzinga quante una zecca a un cane. L’affaru un a nulla a chi vede incu a « meteo ».
Inno, a verita si a vulete circà si trova in Filosorma (comu a spessu diceraghju !). Ma micca indè u Filosorma d’ava incu i so tre paesoli. Inno, in Filosorma di nanzu, parechji anni fa… Forse, ci eranu case e mulini vicinu a u fiume ind’u Mansu o Montestremu. Ma, cio chi cambia si omu paragona a i tempi d’oghje, è chi, a muntagna era populata.
A sapete chi a u locu dettu « e force » s’aprenu duie valle. A diritta, a Cavichja e a manca, Bocca Bianca. Tandu, u Filosorma e quessa a sapete dino, era a terra di i pastore niulinchi chi impiaghjavanu incu e so capre o e so pecure.
In Niolu, facia troppu fretu e un ci era micca abbastanza da manghjà per l’omi e l’animali. A chi stava in Marsulinu o versu Galeria e altri chi avianu u so rughjone in Bocca Bianca. Per quelli chi collanu quassu (fate casu ô zittè a i pruni bianchi !), si vede sempre e ruvine di e mandrie.
Ma un vogliu micca di chi a vita era faciule in Filosorma per sti mesi invernale. Facia dino u fretu e quandu ci era tempurale, suffrianu capraghji e pecuraghji.
Dunque, tempi d’una volta.. ci era un pastore chi era puru cuntentu chi l’invernu s’era passatu a pocu pressu bè. Neve di sicuru, acqua cume a u solitu ma un n’avia persu nulla mancu una capra e nostr’omu vidia Marzu finisce e Aprile chi s’affacava. E incu Aprile, fini guai e pinseri !
In vece di sta zittu, cuntentu ma zittu, u pastore e surtitu per prufittà di i primi ragii di sole veranincu, e quante s’ellu era imbriagu, a cuminciatu da fà u scemu, pigliandu in burla, u mese di Marzu !
U pasturellu dicia capatoghji cusi « Ô Marzu se leccu, ava u cattivu tempu è finitu…aghju da sorte u pecuraghju..u podi piu fà nulla chi un ti resta piu chi un ghjornu ..Marzu catarzu , figliolu di Tagnone, si vale più u mio agnellu cà di tè u to muntone. »..In fattu fine ghjastemava u mese di Marzu chi, ellu, u sentia e un n’era cuntentu! Marzu è frighjulosu, ognunu a sa.. Allora Marzu a dumandatu a Aprile u so fratellu di veranu qualcosa.. » aprile, gentile aprile.. imprestami duie o tre di, incu unu chi aghju, faraghju pente u falsu pecuraghju.. » (di mente chi ci è un pezzu chi un l’aghju entesa questa poesia)

Aprile è statu d’accunsentu e a impresttatu i so primi ghjorni a u so cumpare. E allora, Marzu a fattu vene u tempurale, ventu, acqua, tonu e zaette!! U tintu pastore a pruvatu di parà e so pecure ma un a pussutu fà nulla! A fiumara s’a pigliatu pecure e muntone e un li è firmatu nulla. E statu ruvinatu per avè macagnatu u sgio Marzu! Dapoi questu tempu, quandu i primi ghjorni d’Aprile so cattivi, omu si parla d’impristaticci per sti lochi maravigliosi di u valle di Filosorma! E altro ! !

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Ricordu di Natale..

Mes Noëls d’enfant n’étaient pas villageois. Ils se passaient à Toulon. Pour autant, Bardiana était toujours présent dans nos conversations. Ma mère et ma tante nous racontaient les veillées d’antan et leur talent était tel que nous imaginions sans peine les gens, les lieux et l’ambiance qui devait régner autour du fucone, le foyer. Bon, un réveillon autour du radiateur n’a pas la même aura mais l’essentiel y était. La famille, l’affection et les récits.

En prenant un peu d’âge, n’exagérons rien…je veux dire par là que j’étais adolescent, mon attention a été attirée par la transmission des prières liées à l’ochju, l’œil. J’ai déjà écrit à ce sujet mais, en retrouvant une vidéo de l’INA dont j’insère un extrait à la toute fin de ce billet de blog, les souvenirs ont afflué, l’émotion aussi et j’ai eu envie d’en parler de nouveau. Lisez moi et prenez le temps ensuite de regarder ce film d’une trentaine de minutes accessible en son entier sur le site de L’INA. Vous comprendrez pourquoi en 1978, à sa première vision, j’ai compris qu’il fallait se méfier des caméras ! !

L’ochju, donc. Le mauvais œil en français. Personne ne sait vraiment ce qu’est cette affection mais tout un chacun en connaît les symptômes. Migraine, nausées, lassitude extrême sans qu’une quelconque pathologie puisse expliquer le mal. Tout le monde sait aussi d’où il vient. C’est le résultat d’une influence mauvaise portée par l’œil d’une personne qui vous regarde et pense à vous avec malveillance. Une admiration trop forte ou l’envie que vous suscitez peut avoir des effets identiques.

Il existe divers remèdes pour se débarrasser de ce mal. Plus ou moins élaborés et le plus souvent à base de sel et d’huile. Mais, et c’était le cas pour ma Maman, il est aussi possible d’ôter l’œil par des incantations, des prières en fait, murmurées pendant qu’on trace des signes de croix sur le visage. Une prière bien dite, c’est essentiel, soulage de façon immédiate et celui qui l’a prononcée, prend le mal sur lui. Ce transfert se matérialise par des séries de bâillements plus ou moins longues en fonction de la gravité du sort.

Bien entendu, j’ai souhaité étudier ces prières. Ma mère a accepté volontiers de me les transmettre mais elle m’a précisé que je ne pourrai les apprendre à personne. Seules les femmes peuvent pratiquer et instruire. Les hommes disent  les prières mais ils ne les enseignent pas. Nous en revenons ici à la nuit de Noël. L’apprentissage se fait une fois par an et au cours de cette nuit-là. Il est évident que nous nous trouvons ici, et c’est fascinant, au carrefour des mythes que la religion chrétienne a intégrés dans une approche syncrétique (culte de Mithra et cérémonies du solstice d’hiver par exemple). Trop long à développer et ce n’est pas l’ambition de ce blog. Dernière chose que j’ai apprise au cours de ces Noëls là, les prières sont sacrées. Elles sont murmurées et elles n’ont pas à être connues de tous. Ca ne porte pas bonheur à celui qui les galvaude.

Voilà pourquoi, j’ai eu de la peine pour ces deux vieilles dames que j’ai vues en 1978 (je m’en souviens parfaitement !) prononcer ces prières sans mesurer le pouvoir de la camera. Sinon, à la grande surprise de mes relations qui me savent athée, je pratique encore et ça marche !
(NDLR: pour en savoir plus sur l’ochju, cet article bien documenté en cliquant ici.
Natale…pensaraghju a quelli ch’un so piu. E per elli, l’antica preghera « ..Eiu vi pregu animi santi, eiu vi pregu a tutti quanti, site stati cume noi, si venera cume voi altri, chi Diu vi dia pace e riposu, in u santu Paradisu..E cusi sia…

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Mal’ochju..le mauvais oeil et comment s’en débarassaer

Filosorma et mal’ochju (rédigé par « a zinzala » )

   Article initialement publié dans l’excellent site de la Rando (

Au Filosorma comme dans le Poitou, j’imagine, le fait d’être bien de sa personne, d’une intelligence reconnue et doté d’un sens de l’humour dévastateur, doit rendre votre entourage envieux. L’envie. Ce sentiment inavouable qui nourrit celui qui en souffre de l’amère conviction qu’il ne pourra jamais égaler celui auquel il se compare. Vous ignorez parfois cette franche hostilité qui se dissimule souvent sous une attitude de neutralité hypocrite voire même de bienveillance exagérée. Et paf, le mal de tête. Parfois, même sans qu’il soit question d’envie, la franche admiration qu’on vous porte, ces éloges sur votre santé, votre beauté, ont le même effet. Mal de tête ! Les éloges et les compliments peuvent en effet cacher une jalousie secrète, inconsciente et attirer sur vous…roulement de tambours.. l’ochju… le mauvais œil. J’ai beaucoup souffert de ces maux de tête. Vraiment. C’est comme ça. La nature vous dote mais il y a toujours un prix à payer. Cependant, il existe des parades !

L’ochju, le mauvais œil, se traite de façon préventive, c’est l’idéal ou curative quand on ne peut faire autrement. Il faut alors l’intervention d’un tiers dûment formé à l’exercice. Nous y viendrons. La prévention tout d’abord. Il peut être envisagé de mettre une belle de torgnoles, duie calzotti, à celui ou celle qui vous complimente sur votre bonne mine. C’est ennuyeux d’un point de vue social et parfois périlleux si votre admirateur a le profil d’un troll . Non, vraiment je déconseille. Vous allez y perdre tous vos amis. Le plus simple dans ce cas là, est de faire les cornes avec les doigts.. geste à effectuer dans le dos bien entendu pour ne pas froisser. Le geste des satanistes si vous voyez ce que je veux dire. Là aussi soyez discret ! Mais ceci ne règle pas, j’en convien, le problème du sournois qui vous jette le mauvais œil dans l’ombre. Il existe à ce propos des protections magiques, scapulaires contenant du sel, du corail voire des fragments de cierge bénit. Efficace mais peu seyant, je le concède. Mais il faut payer le prix pour ne pas être anuchjé…envoûté..

Malgré tous ces efforts, ces grigris et cette vigilance, il est à craindre que l’ochju passe. Il faut alors être en mesure d’en connaître les manifestations. Maux de tête violents, fièvre, nausée, lassitude sans qu’on puisse rattacher le tout à une cause réelle. Le mauvais œil n’a rien à avoir avec une sinusite ou un syndrome grippal ! Bref, vous voilà bien embêté. La faculté parle d’hypocondrie, de somatisation et ça vous fait une belle jambe. Il faut passer à la phase curative.

La signatora est alors votre amie. C’est le plus souvent une femme même si un homme a pu être initié. La signadora connaît les prières et les techniques associés pour vous débarrasser de l’annuchjatura. u mal’ochju ou a mazzulata. Autant de mots pour autant de régions pour désigner le mauvais œil. Ah, ces prières se transmettent uniquement par les femmes et pendant la nuit de Noël. L’homme peut donc pratiquer mais il ne pourra enseigner ce qu’il a appris.

Le traitement du mauvais œil ne relève pas d’un procédé unique. Il peut se traduire par le geste (apposition des mains, tracé de croix sur certaines parties du corps) toujours accompagné de prières. La magie réside dans la prière. Blanche la magie, attention! Ce n’est pas du vaudou.

La signatora prend alors  » l’ochju  » sur elle. En général, si ce transfert a fonctionné, elle baille de façon répétée. Parfois elle pleure. La guérisseuse peut aussi utiliser du matériel. En pratique, ça se résume à une assiette, de l’eau et de l’huile. Après les prières, la signatora observe le comportement de l’huile qu’elle a mise dans l’eau. Gouttes rondes, pas de maléfice. Gouttes bien étalés, l’ochju était présent. Et ce qu’il y a de bien dans cette affaire, c’est que le diagnostic est aussi le remède. A peine, le mauvais œil est-il décelé, qu’il disparaît et avec lui les symptômes grippaux. L’occhju è rottu..l’œil est brisé.

Alors, je vous imagine en train de vous demander si je suis bien sérieux. Il m’incombe donc de vous préciser que, tout libre penseur que je suis et parfait mécréant, j’ai pu voir à maintes reprises que tout ceci fonctionnait. Et au risque d’apparaître comme un schizophrène, il faut aussi que je vous dise que j’ai pratiqué. Avec succès. A défaut de comprendre les évènements, je concilie mon matérialisme avec tout ceci, en me disant qu’il doit bien y avoir une explication métabolique.

Sinon, on pourrait envisager et je sais que ça vous passionnerait, de diffuser les textes des prières. Bonne idée ! Et bien non. D’abord ce n’est pas Noël et puis ça ne se fait pas. Si vous avez le mal de tête, consultez un otorhino et si ça ne passe pas, faites un saut en Filosorma où il se trouvera bien quelqu’un pour vous rendre service. NDLR: l’introduction est bien entendu à prendre au second degré quoique

Filosorma..squadra d’arroza et autres spectres

Cet article a été publié pour la première fois sur l’excellent site http://www.la-rando.com/

La Corse est un pays magique. En écrivant cette phrase, je ne pense pas aux paysages merveilleux de notre île. Non. Celui qui vous parle, c’est l’enfant à qui on racontait des histoires effrayantes à la veillée. Ce même enfant qui, devenu adulte, qui aimerait bien aujourd’hui en quelques lignes évoquer à son tour, cet aspect de notre culture qui ne doit pas sombrer dans l’oubli..Et puis comme il est avant tout question du Filosorma, j’enrichirai le tout d’histoires vraies, forcément vraies, qui m’ont été rapportées parfois par des témoins directs

Savez vous que nos villages sont peuplés de sorcières ?

Le personnage de la sorcière, « streie », se présente en Corse avec les traits classiques de son statut d’anti-mère : au lieu de donner du lait aux enfants, elle suce leur sang. La sorcière opère surtout dans les maisons, dans lesquelles elle s’introduit par le trou de la serrure. Elle s’approche des berceaux et suce le sang des enfants endormis, à la manière d’une belette, dont elle prend souvent la forme.

Les esprits du brouillard qui se lève…

On les appelle les lagramanti, sans doute parce qu’ils inspirent une terreur égale à celle que répandaient dans l’île les razzias d’Agramant, un cruel chef Sarazin. Ce sont les Esprits du Brouillard et on ne les voit jamais. Par les nuits ténébreuses et gorgées de brumes, on entend seulement leurs plaintes qui intriguent le voyageur et l’attirent vers le marécage, ou leurs hurlements qui le terrorisent et le jettent dans une fuite éperdue vers le torrent ou le précipice.

Ce bruit de charrette dans le ciel…

Âmes en peine, esprits des brouillards qui entourent et se saisissent des passants attardés par les chemins déserts : lagrimenti et mortuloni vont en compagnie (cumpania mumma, squadra d’Arozza).

S’il se trouve des bretons dans l’assistance, ils ne manqueront pas de faire le rapprochement avec l’Ankou leur charrette des morts. J’ai découvert cette similitude parfaite en lisant «  le cheval d’orgueil  » de Helias.

Curieux non que dans des contrées si éloignées, nous retrouvions la même symbolique.

Toujours est-il que cette fameuse charrette, il m’a été donné de rencontrer deux personnes qui l’avaient entendue. Ange B et Ambroise S.. Mes cousins tous les deux. Seul le second est encore en vie et son poil se hérisse en racontant (il faut insister) l’histoire.

Ils étaient tous deux en estive à la bergerie de Puscaghja, dans la vallée de l’Onca dont j’aurais l’occasion de reparler à propos des mazzeri. Le soir tombait. Tout d’un coup, au-dessus de leurs têtes, un bruit horrible s’est fait entendre, chaînes, cris. Mon cousin ne pouvait décrire ce qu’il avait entendu qu’en disant que c’était comme les hurlements de femmes qu’on égorge. Ils étaient transis de peur et ne pouvaient plus bouger. Ce n’est qu’après de longues minutes qu’ils ont repris leurs esprits et on découvert que les chèvres avaient fui au plus loin et que les chiens tremblant, apeurés, ne leur seraient d’aucune utilité. Il leur a fallu des heures pour rassembler le troupeau. Que des hommes aient entendu quelque chose et l’aient interprété, pourquoi pas. Mais que les animaux aient eu peur eux aussi, c’est plus inexplicable. Je ne parierai pas sur la charrette des morts mais faute d’explication satisfaisante, je dois m’en contenter. D’ailleurs, il me faut bien l’admettre, je n’aime guère la vallée en question où j’ai souvent dormi et jamais très à l’aise. Mais ce sera l’objet d’un autre propos.

La Corse est un pays magique. En écrivant cette phrase, je ne pense pas aux paysages merveilleux de notre île. Non. Celui qui vous parle, c’est l’enfant à qui on racontait des histoires effrayantes à la veillée. Ce même enfant qui, devenu adulte, qui aimerait bien aujourd’hui en quelques lignes évoquer à son tour, cet aspect de notre culture qui ne doit pas sombrer dans l’oubli..Et puis comme il est avant tout question du Filosorma, j’enrichirai le tout d’histoires vraies, forcément vraies, qui m’ont été rapportées parfois par des témoins directs

Savez vous que nos villages sont peuplés de sorcières ?

Le personnage de la sorcière, « streie », se présente en Corse avec les traits classiques de son statut d’anti-mère : au lieu de donner du lait aux enfants, elle suce leur sang. La sorcière opère surtout dans les maisons, dans lesquelles elle s’introduit par le trou de la serrure. Elle s’approche des berceaux et suce le sang des enfants endormis, à la manière d’une belette, dont elle prend souvent la forme.

Les esprits du brouillard qui se lève…

On les appelle les lagramanti, sans doute parce qu’ils inspirent une terreur égale à celle que répandaient dans l’île les razzias d’Agramant, un cruel chef Sarazin. Ce sont les Esprits du Brouillard et on ne les voit jamais. Par les nuits ténébreuses et gorgées de brumes, on entend seulement leurs plaintes qui intriguent le voyageur et l’attirent vers le marécage, ou leurs hurlements qui le terrorisent et le jettent dans une fuite éperdue vers le torrent ou le précipice.

Ce bruit de charrette dans le ciel…

Âmes en peine, esprits des brouillards qui entourent et se saisissent des passants attardés par les chemins déserts : lagrimenti et mortuloni vont en compagnie (cumpania mumma, squadra d’Arozza).

S’il se trouve des bretons dans l’assistance, ils ne manqueront pas de faire le rapprochement avec l’Ankou leur charrette des morts. J’ai découvert cette similitude parfaite en lisant «  le cheval d’orgueil  » de Helias.

Curieux non que dans des contrées si éloignées, nous retrouvions la même symbolique.

Toujours est-il que cette fameuse charrette, il m’a été donné de rencontrer deux personnes qui l’avaient entendue. Ange B et Ambroise S.. Mes cousins tous les deux. Seul le second est encore en vie et son poil se hérisse en racontant (il faut insister) l’histoire.

Ils étaient tous deux en estive à la bergerie de Puscaghja, dans la vallée de l’Onca dont j’aurais l’occasion de reparler à propos des mazzeri. Le soir tombait. Tout d’un coup, au-dessus de leurs têtes, un bruit horrible s’est fait entendre, chaînes, cris. Mon cousin ne pouvait décrire ce qu’il avait entendu qu’en disant que c’était comme les hurlements de femmes qu’on égorge. Ils étaient transis de peur et ne pouvaient plus bouger. Ce n’est qu’après de longues minutes qu’ils ont repris leurs esprits et on découvert que les chèvres avaient fui au plus loin et que les chiens tremblant, apeurés, ne leur seraient d’aucune utilité. Il leur a fallu des heures pour rassembler le troupeau. Que des hommes aient entendu quelque chose et l’aient interprété, pourquoi pas. Mais que les animaux aient eu peur eux aussi, c’est plus inexplicable. Je ne parierai pas sur la charrette des morts mais faute d’explication satisfaisante, je dois m’en contenter. D’ailleurs, il me faut bien l’admettre, je n’aime guère la vallée en question où j’ai souvent dormi et jamais très à l’aise. Mais ce sera l’objet d’un autre propos.

 

Il était une fois..Tempi d’una volta

Cet article a été publié pour la première fois sur l’excellent site http://www.la-rando.com/

Ne comptez pas sur moi pour vous dire où se trouve le Filosorma. Vous trouverez bien par vous même. La vallée est reculée. Au point que lors d’un séjour en Castagniccia dans la famille d’un pote étudiant (c’est vous dire si c’est vieux!), la maman de cet ami m’a demandé d’où je venais. Question rituelle en Corse car on est de quelque part avant d’être quelqu’un. Quand je lui ai dit que je venais du Filosorma, elle n’en revenait pas! Elle croyait que c’était une contrée imaginaire puisque que chez elle, on disait « è in Filosorma »  » c’est au Filosorma » pour évoquer un endroit mystérieux et lointain. Pas étonnant qu’une région aussi reculée soit le berceau d’autant de légendes! Jugez en plutôt et en version bilingue..

Tempi d’una volta

Tempi d’un volta…un zitellettu innafantatu da e fole ch’ellu sentia a veghja, ma chi, mancu per more, un averia lasciatu a so piazza .

Zii e zie li parlavanu di e «  streie  » chi venenu, travestite in bellule, per suchjà u sangue da e criature indè i beculi, passandu per u chjavaghjolu. Li contavanu cumu a nebbiaccia chi si pesa, capinsu, versu a Caprunale, è populata da spiriti, i lagramenti, chi u so mughime arrica tantu a paura a u viaghjadore, ch’ellu finisce per lampassi in qualchi pricipiziu. Li facianu sente stessu u rimore di a carriola da i morti , a squadra d’arrozu, ch’agguantanu l’anime da i passante, persi a notte per questi chjassi abbandunati. U zitellu amparava chi un ci vole micca francà u ghjargalu senza lampacci una petra per alluntanà i spiriti di quelli chi stanu sotta a l’acqua.

Omu citava in gran’ sicretu, l’omu o a dona chi era mazzeru o mazzera. U cacciadore notturnu, chi si ne va indè a macchja per caccidià, tomba una fera e vede subitu a faccia di qualchi paesanu. A morte di questuqui un era tantu a ghjunghje. Timutu era u mazzeru chi cuniscia i sicreti di u destinu e sappia parlà incu l’animali e a natura.

Stu mondu chi u zitellu scupria era magicu pienu d’ovi chi un divintavanu mai fracichi, perche eranu stati fatti u ghjornu di l’Ascinzione e facianu piantà u tempurale. U pane di San Antone assicurava e case.

Ci era a l’infora, a bughjicone, mortuloni cattivi e qui, vicinu a lampana a pitroliu, quelli chi sappianu e sosule per cumbatteli. Una notte di Natale, a so Mamma li amparo e preghere per crucià l’occhju. Un a micca avutu u tempu di amparaline di piu…

U zitellu è divintatu un omu. Ellu sa chi tuttu que è a prova chi i Corsi anu di cascu questa vicinanza incu a natura e a memoria di certe cose venute da i primi tempi, sminticate altro. Ellu sa dino chi questa sapienza si perde e ch’ellu si perde incu n’ella un pezzu di piu, da cio chi no semu. St’omu, oltru quelle infrasate, vulerebbe simplicemente chi quelli chi l’anu da leghje appianu sempre in mente e in core, tutte ste storie e incu n’elle, quelli chi cunuscianu l’arcani e anu raghjuntu ava a pinumbra .

Ci so i ghjorni ch’omu vulerebbe tantu esse impauritu torna….

Il était une fois

Il était une fois…un petit garçon épouvanté par les histoires qu’on lui racontait à la veillée mais qui n’aurait laissé sa place pour rien au monde.

Les oncles et tantes lui parlaient des sorcières qui viennent, déguisées en belettes, pour sucer le sang des bébés dans les berceaux en passant par le trou des serrures. Ils lui racontaient comment le brouillard qui se lève, là haut, vers Caprunale est peuplé d’esprits, les lagramanti, dont les hurlements font tellement peur au voyageur qu’il finit par se jeter dans un précipice. Ils lui faisaient entendre le bruit de la charrette des morts qui saisissent les âmes des passants perdus la nuit sur les chemin déserts. L’enfant apprenait qu’on ne devait pas traverser un torrent sans y jeter une pierre pour éloigner les esprits de ceux qui vivent dans les eaux.

On lui désignait en secret, l’homme ou la femme qui était mazzeru. L’esprit chasseur, qui la nuit part dans le maquis, tue un animal et voit alors le visage de quelqu’un du village. La mort de celui-là était proche. Le mazzeru était craint car il connaissait le secret du destin et parlait aux animaux et à la nature.

Ce monde que découvrait l’enfant était magique, peuplé d’œufs qui ne pourrissaient pas parce qu’il avaient été pondus le jour de l’Ascension et arrêtaient les tempêtes. Le pain de Saint Antoine protégeait la maison.

Il y avait dehors dans la nuit noire des esprits malveillants et là autour de la lampe à pétrole ceux qui connaissaient les recettes pour les combattre. Une nuit de Noël, sa mère lui apprit même les prières pour combattre le mauvais œil. Elle n’eut pas le temps de lui en apprendre d’autres.

L’enfant est devenu un homme. Il sait que tout cela est la preuve que les Corses ont en héritage une grande proximité avec la nature et la mémoire de choses venus des premiers temps, qui ont été oubliées ailleurs.

Il sait aussi que cette connaissance se perd et avec elle un morceau supplémentaire de ce que nous sommes.

Cet homme à travers ces quelques lignes voudrait tout simplement que ceux qui vont le lire n’oublient pas ces histoires et avec elles, ceux qui connaissaient les secrets et ont rejoint à leur tour le royaume des ombres.

Il y a des jours où on aimerait pouvoir avoir peur de nouveau.

Plus de détails dans le prochain billet… s’ella vi piace.. si ça vous plait!