C’était mieux avant ?

Depuis quelques années, j’ai dû écrire environ cinquante billets sur ce blog.  Ils parlent beaucoup de nature, de mythologie et des temps d’avant. Sans l’avoir fait exprès, c’est peut être inscrit dans notre caractère, ces textes sont souvent empreints de nostalgie. Un temps béni. C’était mieux avant. Et bien non.  Ce n’était pas mieux avant et ceux qui veulent, ici ou ailleurs, jouer sur le fantasme d’un âge d’or révolu jouent une partition malhonnête et qui me déplaît.

Comme souvent, c’est à ma mère que je pense. Un repère de bon sens. Elle avait été jusqu’au certificat comme les jeunes femmes de sa génération. Pas de longues études donc mais une connaissance précise et lucide du fonctionnement des gens et de la société. Et puis, la mémoire de ce fameux temps d’avant, celui de toutes les illusions

Le village était pour moi, comme pour tous ceux qui y passaient des vacances de rêve, un lieu magique. Les gens y étaient bons, la vie facile et les étés très heureux. Surtout lorsqu’on les comparait aux mois passés sur le continent. Collège, lycée, appartement, grisaille. Et personne ne nous disait le contraire. Cette vision de paradis était entretenue par habitude et avec l’idée qu’il fallait que les plus jeunes s’attachent au pays pour que celui-ci continue de vivre.

Je suis assez vieux pour avoir connu la lampe à pétrole, les seaux hygiéniques, la route non goudronnée et l’eau à la fontaine. A chaque nouveauté, il me semblait que c’était un peu de l’âme du pays qui s’en allait. Il faut dire qu’on allume peu la lampe à pétrole pendant les vacances d’été, que ce n’était pas moi qui vidait les seaux ou qui allait chercher l’eau.

Donc, il a bien fallu que Maman m’explique un certain nombre de choses. Comment les familles devaient arroser les jardins la nuit en se partageant l’eau. Départ du village à pied à minuit, une heure avec parfois une longue marche pour ouvrir les rigoles. Comment les femmes lavaient dans l’eau glacée à la cendre puis étendaient le linge dans le maquis en craignant que la crue emporte tout. Comment une hémorragie dentaire, banale aujourd’hui, pouvait prendre une dimension dramatique. Comment les femmes mourraient en couches. Et oui, le docteur à 45 kilomètres, pas de téléphone et une piste bonne pour les calèches, ce n’est pas idéal pour la santé. Et puis, plus tard encore, elle m’a raconté que les gens d’ici n’étaient pas plus gentils qu’ailleurs. En fait, c’étaient les mêmes que partout. Certains étaient bons et d’autres mauvais. Ce n’est pas parce qu’on aime sa famille qu’il faut en ignorer les défauts.

Je me suis souvent demandé pourquoi nous n’avions pas parlé de tout cela avant. En fait, j’ai compris que la Corse avait eu une histoire compliquée dans laquelle, la famille, le village, le clan, avaient une fonction protectrice. Une institution qu’il fallait protéger. Et qui se protégeait parfois par le silence. Comme toutes les institutions.

Pour autant j’aime mon pays et mon village en toute lucidité. Alors pourquoi est ce que j’écris ce billet ? Parce qu’un vent mauvais souffle. Et il utilise la vision revisitée du passé. Il ne s’agit pas de renier ce que l’on est mais il faut ouvrir son cœur. Comme le disait Frederico Garcia Lorca, être citoyen du monde. Etre d’ici et de partout.

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

2 réflexions au sujet de « C’était mieux avant ? »

  1. FisherKing83

    Cher Monsieur ZINZALA,

    Je ne partage pas votre avis ! Avant c’était bien mieux : il y avait des truites bienveillantes dans le Fangu et elles gobaient les mouches sans distinction d’origine du moucheur (pêche en septembre…).
    Aujourd’hui les choses sont bien différentes.
    Magagne mise à part, je regrette parfois certains aspects authentiques tant de la nature que des rapports humains. Cela étant, il nous appartient de les préserver et de les faire vivre.
    Sans être « moderniste » je pense qu’il ne faut pas regretter les septicémies d’avant la pénicilline et la lessive dans l’eau glacée.

    Merci pour vos écrits.
    Un amoureux de la Corse

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    1. linguanostra Auteur de l’article

      Macagna pour macagna, ô caru FisherKing 83, je répondrais « zeru! » (pour la prononciation, RDV à la pause cigarette!)

      Répondre

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