Je l’ai connu cerisier.



Il y a quelques jours en réunion, la conversation tournait autour de quelqu’un qui malgré une promotion, ne faisait pas grand-chose pour ne pas dire rien.  J’avais l’esprit vagabond. Après un petit soupir, j’ai dit que je n’étais pas surpris car je l’avais connu cerisier.

Cerisier…surprise dans l’assemblée car personne, et c’est normal, ne voyait le rapport entre un arbre et la personne en question. Et voilà comment, je me suis trouvé en situation de raconter une histoire corse. D’où elle vient, je n’en sais rien. Mais après coup, tout le monde a compris ce que je voulais dire.

Il était une fois dans un village, un cerisier. Un arbre magnifique. Au printemps, ses rameaux nus étaient couverts de fleurs. Un peu en retrait de la route, il n’appartenait à personne et aurait pu faire le bonheur de tous les gourmands s’il avait donné des fruits. Il n’en donnait aucun. Les oiseaux l’ignoraient, les amateurs de confitures avaient pour lui un profond mépris et il vivait dans l’indifférence, sa vie de cerisier stérile.

Il a fini par sécher. Sa perte bien entendu, ne désolait personne. Un paroissien avait alors une idée tout à fait pertinente. Le bois était de bonne qualité. Il fallait en faire un grand crucifix qui manquait justement à l’église. L’histoire ne dit pas qui s’est chargé de l’opération mais au bout de quelques mois, un crucifix de belle taille faisait l’admiration de tous les fidèles.

Les années ont passé.

Dans le village, le moral était au plus bas car une sècheresse terrible durait depuis des mois. Les ruisseaux ne couraient plus et la rivière était agonisante. L’arrosage était devenu presqu’impossible et si la nature souffrait, les jardins souffraient encore plus et avec eux les villageois car je vous parle d’une époque où les humains n’allaient pas chercher les légumes au camion ou au supermarché.

Le maire n’y pouvait rien. Il avait donc laissé le curé prendre les choses en main. Celui-ci avait proposé de faire une messe d’action de grâce suivie d’une grande procession. L’église était pleine. Et la dévotion à la mesure de l’urgence. Après la messe, tous se réunirent à l’extérieur pour partir en cortège. Chants, enfants de chœur, encens et en tête du cortège, porté par quatre hommes vigoureux, notre crucifix.

De mémoire d’homme, il n’y avait jamais eu une aussi belle procession. Tous les hameaux avaient été visités et jamais les chants n’avaient faibli. En rentrant à l’église puis chez eux, les villageois sentaient au plus profond qu’ils avaient fait ce qu’il fallait.

Oui mais, une semaine après le ciel était toujours aussi bleu et les humeurs aussi sombres.

Un soir, près de la fontaine bien sèche où se réunissaient les gens, un homme avait fait remarquer que promener le crucifix n’avait rien rapporté. On avait alors entendu un vieux, mais un très vieux, lui répondre « ça ne m’étonne pas… je l’ai connu cerisier »

Il a fallu qu’il s’explique comme je l’ai fait il y a quelques jours. Un petit peu de légende corse dans une réunion très sérieuse ça ne fait jamais de mal.
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Une réflexion au sujet de « Je l’ai connu cerisier. »

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