Archives par étiquette : Fangu

Rendez-vous en septembre !

Un texte en français et sa transcription sonore en langue corse en l’honneur du Fangu d’hier et d’aujourd’hui.

Bientôt quelques jours de vacances. Loin de la Corse et du village trop bruyant en été. J’y retournerai dans les premiers jours de septembre pour lancer la mouche dans le Fangu avant la fermeture de la pêche.

Avant de partir, j’ai voulu vous laisser un souvenir. Un film qui a quarante ans. J’ai hésité à la mettre en ligne car je n’ai pas eu l’autorisation des trois jeunes gens qui m’accompagnaient ce jour là. Mais qui va nous reconnaître ? Et puis si ça pose un problème, je retirerai la vidéo.
C’était en septembre aussi. Un lendemain de crue. Le pari c’était de descendre de Bardiana à Manso dans un bâteau pneumatique. San Quilicu, a verga, pozzu di u saltu…Je me dis que nous étions un peu fous même si nous connaissions la rivière par cœur.
Des souvenirs, de la fraîcheur et beaucoup d’eau.
Hélas, le Fangu d’aujourd’hui ne ressemble plus à ça.

Ce film est un souvenir de ma jeunesse mais aussi de ce que fut une rivière sauvage.
Ce que me racontent mes cousins est différent.
Beaucoup trop de monde, une eau sale et le Fangu qui souffre.
Il n’est pas question d’empêcher les gens de profiter mais un peu de respect pour la nature, ce n’est pas trop demander, me semble-t-
Sensible et fragile, sécheresse et surpopulation, la vallée résiste mal.
Mon souvenir est en fait un peu triste. L’eau a couru. Le temps aussi. C’est comme ça. Mais ce n’est pas une excuse pour laisser faire..le fameux lascià corre.
Bon, je ne veux gacher l’été de personne. Pensez juste un instant que vous êtes les locataires de vos enfants. Vous ne profiterez pas moins.

A bientôt amis du Filosorma et d’ailleurs !
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Candela..

Il y a bien des années, aller à Candela était une expédition. Une sortie qui se préparait longtemps à l’avance. Pique-nique, serviettes, rechange, sacs à dos. Une aventure pour les petits et les grands avec un guide, souvent le père, car il s’agissait de rejoindre un endroit mystérieux et lointain. Il y avait ceux qui y allaient et qui en revenaient…je rentre de Candela..et ceux qui écoutaient, un peu jaloux.

Il faut savoir que Candela est un village abandonné et rien que pour ça, il y avait comme une idée de mystère. Allez savoir ce qui se passait la nuit dans les ruines. Ma mère me disait avoir connu la dernière famille à y avoir habité. Elle n’avait que peu de souvenirs sur cette période. Aux lendemains de la guerre, disait-elle. Ils étaient partis, homme, femme et enfants pour ne plus revenir. Il lui semblait que ce n’était pas une famille originaire du Filosorma. Ils étaient partis comme ça, peu de bagages j’imagine, car ceux qui vivaient à Candela ne devait avoir, quant à moi, que le nécessaire et encore.. Selon Maman, la vie était devenue trop dure pour eux  et le hameau trop loin de la route autour de laquelle, des maisons plus confortables étaient désormais construites.

En fait , le village perdu n’est pas si loin que ça. Il est même très près de Bardiana et facile à trouver. Promenade idéale en été pour ensuite manger au bord de la rivière et profiter des jolis trous du côté du confluent.

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Le plus simple est de longer la rivière, coté gauche en traversant à San Quilicu pour trouver le chemin en face ou rester sur la rive droite en suivant la rivière. Les deux options se valent. La première longe le fleuve à travers pinède et maquis. La seconde suit également le fleuve à travers les anciens jardins emportés par la crue. La partie plane se nomme “ a furnace ” à savoir la fournaise. Donc, à éviter aux chaudes heures de l’été.

En passant rive gauche, vous arriverez par le haut sur le hameau abandonné. En empruntant la rive droite, il vous faudra traverser la rivière peu de temps après avoir rejoint la piste forestière qui arrive de Montestremu. Il suffit de guetter les ruines et de descendre à vue. Pas de difficulté particulière pour traverser le Fangu à cet endroit-là.

Ensuite, il faut un peu errer dans le maquis à la recherche des maisons effondrées. En fait, il s’agit plutôt de pagliaghji, de paillers améliorés. Encore que, certaines constructions étaient plus vastes que d’autres. Merci encore à mon épouse pour les photos (son blog est ici).

La situation du lieu est remarquable. De l’eau, une bonne orientation. Un endroit est touchant de mon point de vue. C’est à l’entrée d’une des habitations les mieux conservées. Il n’est pas difficile d’imaginer l’endroit où après une journée de fatigue, les hommes devaient s’asseoir pour regarder la vallée. De ce que j’ai pu voir, il ne faudra pas longtemps avant que le maquis l’emporte de façon définitive. C’est logique et implacable mais un peu triste.

A partir de Candela, après les dernières maisons du haut, vous retrouverez sans peine le sentier qui file rive gauche, vers la vallée de Bocca Bianca. Il faut le suivre en étant attentif, car sur la droite, après un quart d’heure environ, il y a un passage vers le trou “  di e force ”, le trou du confluent. Idéal pour le pique-nique et la baignade. Pour rentrer sur le village, à partir des force, il suffit de rester du côté “ plage ” et de suivre le chemin qui ramène en quelques enjambées vers la piste forestière. Pour ceux qui ne la connaissent pas, avant d’attaquer la montée du col, surveillez le départ de chemin vers la droite. C’est celui qui vous ramènera à Barsdiana.

Voila, ce n’est pas la promenade mythique de l’enfance mais elle est loin d’être dépourvue de charme et quelques questions demeurent.. Qui étaient ces gens que ma mère a vu partir, que sont devenus leurs descendants ? C’est sans doute là, le vrai mystère de Candela.

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U Fangu cumu un l’avia mai vistu!!

Le Fangu comme je ne l’avais jamais vu !

Depuis que j’ai su nager, le Fangu a été mon terrain de jeu. Sans me vanter, je crois pouvoir dire que de Candela au Mansu, aucun pozzu ne m’est étranger. Plongeon, apnée, pêche… toutes les activités possibles dans cette rivière, je les ai pratiquées.

Et voilà que je découvre au hasard des partages de Facebook (comme la langue d’Esope, la pire ou la meilleure des choses), les photos de Corse Images sous-marines (ne pas manquer de visiter leur site..une merveille) !

Le Fangu..

Ils ont accepté que j’utilise leurs photos pour un petit article de blog où je n’ai rien à dire…juste à vous laisser admirer la rivière de mon enfance, ce joyau, vu du fond. Et en prime, une énigme. De quels pozzi peut-il bien s’agir ? Pozzu longu, pozzu di a verga, ponte di Tuarelli… je cherche encore. Mais c’est sans importance parce que c’est beau.

Une équipe de trois plongeurs passionnés d’aventures, de plongées insolites et d’images sous marines si je m’en tiens à leur présentation. Moi, je rajouterai que ce sont des poètes.

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Fangu…u troppu stroppia !

Me voilà de retour de congés. Bien loin de la vallée du Fangu. Et ce depuis des années. Je fuis le Filosorma l’été pour privilégier la fin du printemps en taquinant la truite et le début novembre, pour traquer les champignons. La nouvelle du blocage m’est parvenue à Kilimandjaro Airport où j’ai accédé à Internet. Small world !
Pour ceux qui ne l’auraient pas vue, j’insère la vidéo, ci-dessous dans ce billet.

Il va être surpris, vu que nous arrivons assez souvent à nous engueuler sur des sujets politiques (par pur plaisir en fait et afin de ne pas en perdre l’habitude) mais, je suis sur cette affaire tout à fait d’accord avec l’intervention de mon cher cousin. Et impressionné par la qualité de son discours. Le métier !
La rivière du Fangu, je crois pouvoir dire que j’en connais les coins et les recoins par cœur. En tous cas, toute la partie qui va du Mansu aux Force. Depuis que je sais nager, et ça date, j’y ai passé 6 heures par jour (au moins) et trois mois par an à faire les 400 coups.
Les souvenirs sont précis. Un fleuve propre, fréquenté par les villageois et quelques touristes bien informés ou égarés car à l’époque, le Filosorma était loin de figurer dans les guides comme le haut lieu « ..des piscines naturelles à la fraîcheur bienvenue… » Un trou d’eau, un pozzu, par famille..quand ce n’était pas la rivière pour nous tous seuls en début juillet et après le 15 août.
A partir de là, j’ai deux ou trois petites choses à dire.
Qu’on s’entende bien tout d’abord. Il n’est pas question d’interdire aux vacanciers d’accéder à l’endroit. Il s’agit simplement de réguler l’affluence et de mettre en place les infrastructures adaptées à l’accueil. Sans rentrer dans les détails, il apparaîtra évident à chacun qu’une telle présence humaine sans toilettes par exemple, pose un vrai problème sanitaire. Surtout, lorsqu’on constate, et là les touristes n’y sont pour rien, que l’étiage n’a jamais été aussi bas. Pêcher dans le Fangu au mois de juin, est un bon indicateur. Il est aisé de traverser à gué à certains endroits où, avant, le niveau était trop et le courant trop fort pour risquer l’aventure. J’imagine sans peine ce que ce doit être en août avec une eau basse et une vraie surpopulation. U fiume quant’a mè aspetta e prime fiumare per rinfiatassi..le fleuve d’après moi, attend les premières crues pour reprendre son souffle.
Ce qui précède, c’est ce que Gérard a dit et bien dit dans son intervention.
Les causes exogènes..surfréquentation touristique et sécheresse due au changement climatique.
Maintenant, et au risque de me faire quelques amis, je voudrais dire deux mots du respect que nous, qui avons la chance d’être issus, d’un endroit aussi merveilleux, devons à cette vallée.
Le respect qui passe par exemple par l’abandon des constructions anarchiques. Le respect qui passe et c’est bon pour la santé, par la marche à pied pour descendre au fleuve. Le vieux chemin creux, u chjassu, a été détruit pour permettre la mise en place d’une station d’épuration dont on ne sait trop si elle marche. Mais, les textiles et les bambous incongrus s’y épanouissent. Et la piste, réservée à l’origine, aux riverains est devenue une piste d’évolution pour engins motorisés et un parking.
Il paraît que les touristes bloqués au carrefour ont bien compris la démarche des manifestants. J’espère que les paesani comprendront aussi ce que je veux dire.
 

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Macrostigma

Ce n’est certes pas la saison. Mais et sans doute parce que pour diverses raisons, je n’ai pu aller en Filosorma ce printemps pour taquiner la truite, j’ai eu envie de vous parler de pêche. Un argument pour évoquer en fait la jeunesse, les amis et la nature. Un peu la macrostigma aussi car c’est elle la vedette.
Il était une fois.. il y a une belle paire de décennies en tous cas, un tout jeune gamin qui passait ses vacances dans une maison du bas du village. Case suttane donc. Un jour, à l’occasion d’une visite dans une maison du haut du village, case suprane, il a rencontré un autre garçon, un peu plus âgé qui est devenu et resté son ami. Comme ils étaient vraiment jeunes, leur terrain de jeu était tout d’abord circonscrit au jardin. Puis, en vieillissant, ils se sont emparés des ruisseaux avant de déboucher sur les rivières.. celle de Montestremu d’abord, calme sous les arbres puis le Fangu, plus agité et bien plus profond.

Une année, le plus âgé des deux a commencé à pêcher. Et il a emmené le plus jeune avec lui. Le terrain de jeu était plus vaste et les expéditions tout à fait sportives. Bocca Bianca, Cavichja au-dessus et au dessous du gué, Scalella et l’Onca entre autres. Qu’on ne s’y trompe pas ! Aller pêcher à l’Onca signifiait un départ la veille en fin d’après-midi pour passer Caprunale et rejoindre Puscaghja et y passer la nuit pour être dans les ruisseaux dès le lever du soleil. Et retour au village après une journée d’une dizaine d’heures où après avoir sauté de rocher en rocher, il fallait se refaire l’interminable route jusqu’à Bardiana. Quant à la partie basse de la Cavichja, c’était une nuit dans une espèce de grotte au-dessus di u traghjettu, di u zoppu, le gué du boiteux, avant d’attaquer la descente le lendemain matin. Et quelle descente ! ! Torrent escarpé, passage dans le maquis avec embrouillamini de fil garanti, saut dans les pozzi glacés parce que parfois ce n’était pas possible autrement . Et tout ça, en tous cas pour ce qui me concerne, conclu par de retentissantes bredouilles. Ce tronçon de rivière ne m’a jamais aimé.
Et attention, le duvet et le camping-gaz étaient des concepts à l’époque. La nuit se passait dans une couverture roulée et les repas étaient à base de pain, de saucisson et d’une espèce de noix de jambon dont je revois encore la boite plus ou moins ovale, dégoulinante de gelée. Mon Dieu, que c’était bon !
Et puis, il y avait le moment magique. Accord entre les deux pêcheurs pour ne pas commencer à lancer avant que l’autre soit prêt. Et puis, la rivière en toute fin de nuit, encore grise. Et nous, sur un rocher. La première touche, le premier poisson.
Une chose est sure et certaine. Nous avons toujours été conscients à ces moments précis de vivre des petits joyaux de vie éphémères. Une harmonie.
Alors, des truites, nous en avons pris. Parfois beaucoup et quelques unes fort belles. Et nous continuons à pêcher même si nous avons un peu forci.

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Mais le plaisir est le même. La rivière a changé par contre, moins d’eau, des chemins fermés. L’ami à qui je dédie ce billet prenait le double de truites et moi, j’attrapais souvent la plus belle. Il y a une justice dans ces ruisseaux.

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Ah, j’allais oublier de vous dire deux mots sur la macrostigma. Le plus simple est d’en appeler à Wikipedia.
« .. La truite corse, communément appelée macrostigma d’après Salmo trutta macrostigma se rencontre en Corse où elle peuple les cours d’eau de l’île depuis plus de 150 000 ans. Pour qualifier la truite sauvage Corse, elle fut d’abord appelée « Duméril » (1858), puis Spillman (1961) et enfin « Macrostigma ». Ce sont les récentes séries d’analyses génétiques réalisées en Corse qui ont clairement identifié la truite endémique Corse aux autres souches identifiées (Atlantique et méditerranéenne). Au cours de ces études il a été constaté que la robe phénotype de la macrostigma varie fortement en fonction des bassins versants où elle se trouve, sans doute à cause d’un isolement géographique des populations dans les bassins fermés, développant ainsi chacune une robe différente en fonction de son environnement. C’est pourquoi seule l’analyse génétique permet de les identifier avec certitude des autres espèces de truites introduites dans l’île… »
Belle et identitaire. Et menacée aussi. Car, s’il m’arrive encore de prendre quelques truites, ce sont des arc-en-ciel ou des farios communes. De la macrostigma, plus du tout. Pour son plus grand malheur, la belle s’est réfugiée très en amont du Fangu, où certes elle échappe aux filets mais pas aux effets de la sécheresse que nous constatons année après année.

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C’est ici que l’on voit que comme souvent nos petites histoires rejoignent la grande.

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Piena di u Fangu…Ottobre 1992…

Après une longue interruption du son et de l’image due à une surcharge de travail (et oui le Filosorma ne nourrit pas son homme), je reviens vers vous pour vous parler d’un événement peu référencé sur le web. On en parle ici ou là, mais je n’ai trouvé aucune iconographie. Aussi, je suis ravi de pouvoir vous proposer quelques photographies qui sont en fait des épreuves papier numérisées (merci à Gè, u mo cuginu de les avoir prises et de me les avoir prêtées). A l’époque, le numérique était peu voire pas répandu et même si la qualité est moyenne, le lecteur pourra néanmoins se faire une idée en regardant le carrousel.

La crue donc ! En langue corse, il y a deux mots pour désigner ce phénomène naturel.. a piena e a fiumara avec des variantes de pronociation de ci delà.

En octobre 1992, la vallée du Filosorma et de façon plus large toute la façade occidentale de la Corse, de Calvi à Porto, a connu un épisode pluvieux d’une rare intensité à la fois dans sa durée et en densité. Le bassin du Fangu est versant. Ce qui signifie que c’est un territoire délimité par des lignes de crête (ou lignes de partage des eaux) et irriguée par un même réseau hydrographique (une rivière, avec tous ses affluents et tous les cours d’eau qui alimentent ce territoire). A l’intérieur d’un même bassin, toutes les eaux reçues suivent, du fait du relief, une pente naturelle et se concentrent vers un même point de sortie appelé exutoire. Dans un bassin versant, l’eau se fraye des chemins sur et dans les sols. Elle emporte avec elle de la terre, des végétaux, des pierres. Lorsque toutes les crues secondaires convergent dans le bassin versant, celui ci qui est déjà torrentiel par nature, affiche alors un débit exceptionnel Le document DIREN-SEMA de mai 1994, intitulé « Etude historique des catastrophes naturelles en Corse précise que la crue des 20 et 21 octobre 1992 a duré plus de 24 heures, avec deux pics supérieurs à 600 m3/s et à 6 heures d’intervalle.

Ce n’est pas la première crue de cette ampleur dans la vallée du Fangu. Ma tante Catherine évoquait souvent celle de 1916, je crois, qui avait emporté tous les moulins qui étaient alors, nombreux sur les rives du fleuve. Mais, dans tous les cas et c’est tant mieux, il n’y a pas eu de blessés ou de morts. La sagesse des anciens sans doute qui les poussait à édifier leur maison à l’écart des cours d’eau. Celle du pont de Montestremu un peu plus près du ruisseau, ancien moulin oblige, n’est pas passé loin cependant si on en croit les photos. Il faut pour se faire une idée de la violence du phénomène, s’imaginer u pozzu di a verga, le trou de la passerelle comblé par les graviers alors qu’il fait bien quatre mètres de profondeur. Tant mieux pour les baigneurs, il a retrouvé son format originel par la suite. Les ponts ont tenu aussi même s’il a fallu déblayer les amas de pierre apportés par le courant.

Il faut se méfier du Fangu. En octobre, et de nuit, il n’y avait personne pour se baigner ou même camper dans le lit du fleuve. Mais l’été, alors qu’il fait grand beau temps dans la vallée, il peut pleuvoir depuis des jours en montagne. Les baigneurs inconscients, et souvent sourds aux avertissements qu’on leurs prodigue, descendent au fleuve sans mesurer le danger. La crue lorsqu’elle arrive est moins violente que celle que j’évoque aujourd’hui mais elle peut être mortelle. J’ai le souvenir d’un estivant que nous avons sorti de justesse de l’eau en plein mois de juillet. Celui-là qui avait négligé nos appels à la prudence était moins faraud alors qu’il partait à la dérive en dessous de San Quilicu.

Pas de conclusion particulière si ce n’est que quand vous descendrez vers les pozzi, jetez un œil à la grande barrière pour voir si les spicie, les cascades, annonciatrices de crue ne s’y sont pas formées. U Fangu, on l’aime, on le respecte et on le craint !

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Le Fango….U Fangu….

Le Fangu court sous ma maison. Quelques minutes à pied pour le rejoindre. Il doit sans doute exister des fleuves plus beaux mais je n’en ai jamais trouvé. Et pourtant, j’ai parcouru quelques pays parmi les plus beaux.

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Le fleuve. Un peu présomptueux comme appellation pour un cours d’eau qui doit faire trois mètres de large au plus. Mais c’est justifié puisqu’il se jette à la mer.
Fangu ! Quelle injustice de voir qu’il pourrait tirer son nom de la boue, a fanga. Une eau aussi limpide, pure associée à la turbidité. Difficile à croire. Sauf, si on assiste à une crue. Et là, alors que tous les ruisseaux se rejoignent, une vague se forme et roule dans la vallée, emportant avec elle, des pierres, des arbres, jusqu’au delta de la Foce où pour un moment, la couleur de la terre l’emporte sur celle de la mer. Le marron envahit le golfe de Galeria et repousse le bleu turquoise, loin au large.

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Je connais le fleuve par cœur du moins les quelques kilomètres qui vont du pont de Mansu jusqu’aux trous proches de l’ancien village de Candela. Gamin, les piscines en bas de la maison pour apprendre à nager puis les premières émotions à la passerelle. Quatre ou cinq mètres de fond. Une eau verte. Et après l’aventure. Plus tard, les après-midi au soleil a  San Quilicu. Les plongeons pour épater les filles. Des sauts improbables. Il y a de la chance pour les adolescents amoureux. Nous aurions dû nous casser le coup cent fois en sautant toujours plus haut dans une eau toujours moins profonde. Puis la pêche. Bocca Bianca, Cavicchia avec les nuits à la belle étoile, enroulés dans une simple couverture.
Il faut bien comprendre qu’à l’époque, la vallée du Filosorma était inconnue ou presque. La route venait d’être goudronnée et elle était bien étroite. Les touristes filaient sur Porto en ignorant, tant mieux pour nous, la vallée qui s’ouvrait à gauche en arrivant au carrefour du moulin. Le Fangu nous appartenait.

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A la fin de l’été, alors que le village disparaissait très vite, le fleuve nous accompagnait  jusqu’au pont des cinq arcades. Il y a avait de l’eau dehors et de l’humidité dans la voiture silencieuse.
Un fleuve aussi beau ne pouvait rester ignoré si longtemps. Désormais, les rochers sont noirs de monde et tout le long de la route, les voitures sont alignées. Normal. Rien à dire. Pourquoi priver le monde de cette beauté. Simplement le Fangu souffre et étouffe à la manière d’un organisme vivant qu’on embrasserait trop et d’une manière trop violente.

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La crue, la grande crue de la fin du mois d’août, celle là je l’aime bien. C’est le Fangu qui s’ébroue, qui fait sa grande toilette et charrie au plus loin, les traces de l’été. Les vacances sont finies et le fleuve respire.

U Fangu…

U Fangu corre sottu a mo casa. Una stondetta a pedi per raghjunghjelu. Ci seranu fiumi forse piu belli ma un l’aghju mai trovi . Eppuru, aghju giratu parechji paesi tra i piu belli.
U fiume. Un pocu d’orgogliu cume nome per un corsu d’acqua chi fara di piu, tre metre di largu. Ma, si po di omu, postu chi stu corsu si lampa in mare.

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Fangu ! Piu bella inghjustizia di vede chi u so nome puderia vene di a fanga. Un acqua cusi limpida, pura, assuciata a a turbidita. Difficiule da crede. For di vede una fiumara. Allora, quandu tutti i ghjargalli si trovanu, si forma una matarasciata chi roda indè a valle, purtandusine, pedre, arburi sin’a u delta di a Foca induve per un mumentu u  culore di a terra supraneghja quellu di u mare. U castagninu invadisce u golfu di Galeria e rispigne u turchinu, luntanu a u largu.

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Cunoscu di mente, quellu fiume, o mancu i qualchi chilomètri chi vanu di u ponte di u Mansi sin’a li pozzi vicini di u paese abandunatu di Candela. Zitellu, i pozzi, in ghjo di a casa per amparà da nutà eppo i primi emuzioni sotta a verga. Quatru o cinque metri di fondu. Acqua verde. E dopu l’aventura . Piu tardi, stonde assulanate dopu mezziornu in San Quilicu. Capiciotti per abbacciacà e zitelle. Salti assai imprubabile. Ci sera un Diu per i pullastri inammurati. Ci era a piazza per truncassi u colu cente volte saltandu cusi da un scogliu sempe piu altu in un acqua sempre menu prufonda. Eppo a pesca. Bocca Bianca, Cavicchia incu e notte a chjardiluna, ingutuppati in qualchi cuverta.
Ci vole da sapè chi, a l’epica, u Filosorma un era cunisciutu di nimu o guasi. A strada venia di esse catramata e era bella stretta. Turisti pigliavanu per Portu, lasciendu, tantu megliu per noi, u valle chi s’apria a manca ghjughjendu a u cruccivia di u mulinu. U Fangu ci pertenia.

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A a fine di a statine, mentre chi u paese smariscia prestu prestu, u fiume ci accumpagniava sin’a un ponte di e cinq’arcate. Ci era acqua a l’infora e umidita indè a vittura zitta.
Un fiume cusi bellu un pudia firmà scunisciutu. Oramai, e sponde so neri di mondu e e vitture so in infilate nant’a u stradone. Nurmale. Nulla da di . Perche privà a ghjente di questa belleza ? Ma u Fangu soffre e stufa quante un urganismu qui seria troppu abbracciatu e di una manera viulenta.
A fiumara, a grande fiumara d’aostu, questa qui mi piace assai. E u Fangu chi si scuzzuleghja, chi face a so tualetta et chi si porta a u piu luntanu, e traccie di l’estate. Vacanze so finite e u fiume si rinfiata.
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Filosorma.. les beaux étés

Je ne vais plus l’été au Filosorma. Trop de bruit, trop de monde et une chaleur blanche trop violente pour mes yeux et mon moral. Je préfère l’automne des champignons et le printemps des truites. Pourtant, aujourd’hui c’est de cette saison dont je vais vous parler . Non ce n’était pas mieux avant. C’était juste différent. J’étais un gamin et c’est aussi simple que ça.

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Juillet c’est d’abord des fenêtres qui s’ouvrent. . Les maisons s’ébrouent. Tard dans la nuit, des lumières restaient allumées à peu près partout et du haut du village, près du cimetière, je voyais comme une guirlande. Les grands trou d’eau, i pozzi, s’étaient remplis de gamins braillards et encore pâlots. C’était la période des retrouvailles aux invariables questions où on devait pêle-mêle donner des nouvelles rassurantes sur ces succès scolaires, affirmer haut et fort qu’on préférait la Corse au continent et refuser avec tact la sempiternelle grenadine. Tu as appris à parler corse……oui…comment tu dis bonjour…arrête…il vaut mieux que tu parles français que d’estropier le corse… Les enfants faisaient un tour rapide de chaque maison pour saluer la parentèle. C’était un premier devoir de vacances. Il convenait de n’oublier personne. Plus tard, lorsque la chaleur était un peu retombée, les parents après un coup de ménage, une maison qui reste fermée est pleine de poussière, passaient une tenue décente, pantalon à manches longues et chemisette, et se préparaient, avec une mine de circonstance, aux visites de condoléances. Ce n’est qu’après ces exercices obligés que les vacances commençaient.
Le bar connaissait sa période faste. Le camion des glaces montait deux fois par semaine. Le soir, alors qu’un petit vent descendait de la grande barrière toute rouge devant le dernier soleil de la journée, les touristes refluaient et c’était l’heure de l’apéritif. Pastis. Ou pastis. Et politique. Il y avait un plaisir un peu pervers à se trouver là à renouveler, une année après l’autre les mêmes gestes aux même heures. Une forme d’ennui, une indolence dont chacun était plus ou moins conscient mais que personne n’avait envie de combattre. L’impression d’être à sa place dans une pièce écrite pour chacun avec des dialogues identiques, des réparties prévisibles pour des rires annuels.

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Les vacances ne duraient pas assez longtemps pour qu’on s’en lasse.
Puis le mois de juillet touchait à son terme. Les enfants pâlots et un peu grassouillets du début étaient désormais aussi noirs et secs qu’une branche de ciste après le feu. Des heures de cavalcade dans le village et de baignade dans le fleuve avaient transformé les gamins. Ils avaient même pris l’accent et ponctuaient leurs phrases d’expressions locales… Le moment était venu pour eux de repartir. Il fallait laisser la place à une nouvelle cargaison de petits exilés qui devaient bronzer à leur tour.
Le jour avant, le père préparait la voiture. Il mettait la galerie en pestant. Comme d’habitude ils allaient repartir plus chargés qu’à l’aller. Les enfants raisonnaient « en dernier »…Le dernier plongeon, la dernière promenade au fond du village pour se faire peur près du cimetière, la dernière glace… Puis, pendant que les parents chargeaient le break, valises, glacière pour le fromage, on glisse dans les interstices les canistrelli apportés par les tantes, et la monnaie du pape pour faire des bouquets dans le salon, la monnaie du pape qui battait au vent du voyage en perdant ses yeux et qui faisait enrager le conducteur. Un moment peu plaisant en vérité. On embrasse les voisins, à l’année prochaine, puis les parents, on ne dit rien, puis on finit par le père et la mère si par bonheur, ils sont encore vivants. Portez-vous bien. Il y aurait tant de choses à dire à ces petits vieux qui vous serrent. Tout ce qui n’a pas été dit jusque là. La peur de ne pas les revoir. L’amour qu’on leur porte. Mais on ne dit jamais rien. Deux baisers de plus que d’habitude, la gorge serrée, le conducteur qui monte dans la voiture car il ne faut pas rater ce foutu bateau, putain de mouchoirs qui s’agitent, et au dernier tournant, devant la première et dernière maison du village, un long coup de klaxon pour la dernière silhouette, toute menue qui n’a pas bougé. Et puis, quelqu’un se mouche et c’est fini jusqu’à l’année prochaine… si Dieu le veut…

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Ceux d’août arrivent à peu près en même temps. Ils sont blancs et excités et contents d’être là. La pinède ronfle sous la chaleur. Le fleuve roule moins d’eau. Ils dépoussièrent à leur tour la maison et refont le parcours des condoléances. Encore un mois. Le village vit encore. Un peu. Mais on n’y pense pas. Les jours se suivent et se ressemblent au village. En apparence. Les estivants qui font une halte voient des rues assoupies. Des volets qui sont fermés à l’heure de la sieste et ils entendent lorsque la fraîcheur revient, des conversations qui paraissent identiques aux tables de la terrasse. C’est une illusion. Les gens ne sont pas les mêmes. Leur existence évolue au gré des petites nouvelles et des grands malheurs. La lumière qui tremble aujourd’hui près de l’église n’est pas la même qu’il y a deux jours. Cette maison est fermée alors qu’hier des draps pendaient sur un fil dans le jardin. L’ombre des châtaigniers est plus fraîche et si les moineaux reviennent en bande à la même heure pour se nicher, leur arrivée ne se fait plus dans la lumière du jour. La lumière, elle est peu plus grise, juste un peu. Assez pour que les observateurs habitués sachent que l’été tourne. Des nuages tout ronds s’accrochent au sommet. Il y en avait un la semaine dernière. Il a réuni sa famille désormais. Ca fait une crème rosâtre. Et hier, en fin d’après-midi, l’orage est venu en montagne. Les enfants, faites attention à la crue, ont dit les mères et les tantes, tout comme l’an passé. Les enfants ont répondu ce que répondaient leurs aînés. On connaît la rivière, ne vous inquiétez pas puis ils sont descendus garçons devant, filles derrière, jusqu’au fleuve. Dans la vallée, le temps changeait. Le matin, en se levant, les villageois voyaient les sommets couverts de nuages noirs qui résistaient de plus en plus tard. Le tonnerre se faisait entendre jusqu’en milieu de matinée. Puis le soleil revenait. Il faisait toujours très chaud mais un vent un peu humide descendait de temps à autres faire bouger les parasols du bar. Un jour, sans que ça ne surprenne personne, le ciel était pris du coté de la mer. Les pins bougeaient en cadence et pendant une heure ou deux, les optimistes purent penser qu’il ne pleuvrait pas. Ils n’avaient pas de mémoire ou alors n’étaient pas d’ici. Car, quand la marine est noire, que les nuages qu’elle crache galopent vers leurs cousins des crêtes, il pleut toujours. D’un coup, le vent se calme et il ne se passe rien pendant de longues minutes. Puis les feuilles du cerisier se mettent à frissonner. L’air est plein d’eau. Il ne pleut pas encore mais ça sent déjà l’humide. Une première goutte, large et gourmande, tombe. Puis très lentement une autre. Puis une suivante. Et les sommations passées, l’orage envoie l’artillerie lourde.
Des cascades s’abattent sur les lauzes, rebondissent sur les murs, courent dans les carrughji. Le vent ouvre les volets et visite les maisons. Il faut allumer les lampes. L’obscurité est là qui fait peur aux gamins planqués sous les escaliers. Tu te souviens quand les plombs sautaient. Lorsque la foudre a tué le berger a Petra Pinzuta. Les histoires d’orage font plus peur que la foudre elle même qui tombe là haut où les deux rivières se rejoignent à une heure de marche du village. Si proche pourtant. Après, ça s’arrête. Le premier orage de mi août est bref. Un apéritif, juste manière de dire qu’il s’installe et qu’il reviendra. Quand il est parti, c’est du tout bon. Rien que des odeurs fortes et une impression de grand nettoyage. Le vert est vert, on l’avait oublié. Les oiseaux et les enfants sortent en même temps. Direction, chasse aux vers pour les uns et le premier virage pour les autres d’où on voit le mieux la montagne et le torrent car il faut maintenant guetter la crue. Il y a des cascades qui se sont formées dans les calanches. Les ruisseaux ont grossi. Personne n’ira se baigner aujourd’hui. Ni demain, dans une eau de crue, les vieux ont transmis le message, on peut attraper les fièvres de Malte.
Un lancinant coup de klaxon était début septembre mon dernier adieu. Le village était vide. Les derniers touristes trouvaient sans peine à se garer. Ils n’avaient plus besoin de monter jusqu’au cimetière. De petites troupes, sans enfants, descendaient au fleuve où les attendait une eau bien refroidie par les orages qui désormais éclataient chaque nuit en montagne.