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Capu Tafunatu.


Le Tafonato, la montagne trouée, est selon moi le plus beau sommet de Corse. Haute d’un peu plus de 2300 mètres, avec un sommet en arête et comme son nom l’indique, un trou ou plutôt une arche. 35 mètres de large pour 10 mètres de haut tout de même. Et discrète avec ça ! Comme elle n’est séparée de l’imposante Paglia Orba que par le col des Maures, on peut penser qu’il ne s’agit que d’une seule montagne. Et vu de loin, le trou est souvent confondu avec une plaque de neige et nombreux sont les touristes qui ne remarquent pas cette curiosité géologique.

Le trou est bien visible depuis Bardiana. Et quand j’étais gamin, c’était un sujet de conversation pour ne pas dire de fantasme. Il y avait ceux, les fanfarons, qui prétendaient y avoir été. Moi, je suis rentré dans le trou !! Ils inventaient des passages avec des échelles, des précipices effrayants et même si on ne les croyait pas, on les écoutait avec intérêt car toutes ces histoires nourrissaient la légende. Car bien entendu, légende il y avait. Et comme toujours, le diable était de la partie.

Donc, il était une fois…au temps où saint Martin gardait les troupeaux dans le Niolu il reçut la visite d’un étranger qui lui demanda s’il pouvait travailler pour lui. L’homme était un vagabond. Le saint qui était bon, bien entendu, l’avait pris comme employé mais dès la première nuit, dans la bergerie, il s’était aperçu que son domestique endormi, sentait le soufre.

Le lendemain matin, Martin dit au berger qu’il savait qui il était et qu’il ne pouvait travailler avec le diable. Celui-ci, s’était mis dans une terrible colère et avait décidé de rester dans le coin pour lui faire concurrence.

Le diable déguisé une fois de plus avait été trouver les chefs des villages du Niolu pour leur proposer de construire un pont sur le Golu, pont qui faisait défaut. Il demandait en échange une âme à choisir dans le canton. Un niolain, méfiant, avait décidé de demander conseil à Saint Martin… Quelques heures plus tard, lorsque le diable revint, les villageois donnèrent leur accord mais le pont devait être complètement achevé en une nuit, c’est-à-dire, avant que ne chante le coq. Toutes les forces de l’enfer se mirent au travail et pendant toute la nuit, on entendit près du Golo un vacarme épouvantable.  Le pont était presque achevé.  Une seule pierre restait à poser. La clé de voûte du pont.

Alors un homme qui était resté caché toute la nuit dans le maquis en surveillant les travaux, sortit de dessous son manteau un coq. Le coq se mit à chanter. Le pont n’était pas fini et le coq avait chanté. Le diable fou furieux d’avoir été berné poussa un cri affreux et de rage et lança son marteau dans les airs. Le marteau alla frapper la montagne pour y faire le trou pour retomber ensuite dans le golfe de Galeria.

J’ai attendu bien des années mais j’ai fini par aller dans le trou du diable. Pas très difficile à trouver. Du col de Vergiu, il faut suivre le GR par la vallée de Tula jusqu’au refuge de Ciottuli, remonter vers le col des Maures et rejoindre le trou par la vire bien visible. Pas difficile à trouver mais attention, le passage est très dangereux. Une erreur et c’est la chute mortelle assurée. C’est déjà arrivé. Donc, ne vous lancez dans l’aventure que si vous avez le pied sûr, très sûr et ne souffrez pas du vertige.

Un trou creusé par le diable… il faut y aller avec précaution !

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Je l’ai connu cerisier.



Il y a quelques jours en réunion, la conversation tournait autour de quelqu’un qui malgré une promotion, ne faisait pas grand-chose pour ne pas dire rien.  J’avais l’esprit vagabond. Après un petit soupir, j’ai dit que je n’étais pas surpris car je l’avais connu cerisier.

Cerisier…surprise dans l’assemblée car personne, et c’est normal, ne voyait le rapport entre un arbre et la personne en question. Et voilà comment, je me suis trouvé en situation de raconter une histoire corse. D’où elle vient, je n’en sais rien. Mais après coup, tout le monde a compris ce que je voulais dire.

Il était une fois dans un village, un cerisier. Un arbre magnifique. Au printemps, ses rameaux nus étaient couverts de fleurs. Un peu en retrait de la route, il n’appartenait à personne et aurait pu faire le bonheur de tous les gourmands s’il avait donné des fruits. Il n’en donnait aucun. Les oiseaux l’ignoraient, les amateurs de confitures avaient pour lui un profond mépris et il vivait dans l’indifférence, sa vie de cerisier stérile.

Il a fini par sécher. Sa perte bien entendu, ne désolait personne. Un paroissien avait alors une idée tout à fait pertinente. Le bois était de bonne qualité. Il fallait en faire un grand crucifix qui manquait justement à l’église. L’histoire ne dit pas qui s’est chargé de l’opération mais au bout de quelques mois, un crucifix de belle taille faisait l’admiration de tous les fidèles.

Les années ont passé.

Dans le village, le moral était au plus bas car une sècheresse terrible durait depuis des mois. Les ruisseaux ne couraient plus et la rivière était agonisante. L’arrosage était devenu presqu’impossible et si la nature souffrait, les jardins souffraient encore plus et avec eux les villageois car je vous parle d’une époque où les humains n’allaient pas chercher les légumes au camion ou au supermarché.

Le maire n’y pouvait rien. Il avait donc laissé le curé prendre les choses en main. Celui-ci avait proposé de faire une messe d’action de grâce suivie d’une grande procession. L’église était pleine. Et la dévotion à la mesure de l’urgence. Après la messe, tous se réunirent à l’extérieur pour partir en cortège. Chants, enfants de chœur, encens et en tête du cortège, porté par quatre hommes vigoureux, notre crucifix.

De mémoire d’homme, il n’y avait jamais eu une aussi belle procession. Tous les hameaux avaient été visités et jamais les chants n’avaient faibli. En rentrant à l’église puis chez eux, les villageois sentaient au plus profond qu’ils avaient fait ce qu’il fallait.

Oui mais, une semaine après le ciel était toujours aussi bleu et les humeurs aussi sombres.

Un soir, près de la fontaine bien sèche où se réunissaient les gens, un homme avait fait remarquer que promener le crucifix n’avait rien rapporté. On avait alors entendu un vieux, mais un très vieux, lui répondre « ça ne m’étonne pas… je l’ai connu cerisier »

Il a fallu qu’il s’explique comme je l’ai fait il y a quelques jours. Un petit peu de légende corse dans une réunion très sérieuse ça ne fait jamais de mal.
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Lettre ouverte à un imbécile.


Il ne lira pas ce billet. Pourtant je lui dédie. A celui qui cet été, a mis le feu à Candela. Je ne sais pas qui il est. Touriste imprudent, chasseur voulant nettoyer le maquis, être malade ou méchant. Quelle importance.
J’ai connu des gens qui avaient mis le feu. Des bergers voulant faire de la pâture sur brulis, villageois préparant un poste pour la battue en brûlant des ronciers et même des gamins assez perturbés pour allumer le feu tout près du village.
Dans la plupart des cas, le feu leur échappait comme une créature néfaste à qui on donne naissance et qui vous fuit en vivant sa propre vie. J’ai vu celui qui avait failli incendier la vallée courir comme un fou quand il a vu que le vent poussait le brasier plus loin que sa parcelle et sautait la rivière. Je connais celui qui pour le confort de ses vaches a fait monter en fumée la haute vallée de Bocca Bianca. Pendant des jours, un nuage noir a couvert les montagnes. Pas de canadair à l’époque. Le feu s’est arrêté quand il l’a voulu. Je sais qu’il regrette car détruire la forêt n’était pas son but. Mais c’est ce qu’il a fait.
Je voudrais dire ma souffrance quand je remonte la rivière et que je vois les arbres noircis pareils à des squelettes, des reproches vivants pour la bêtise des hommes. De certains en tous cas.
Ma mère me racontait que son père (ce qui nous place au 19ème siècle) lui expliquait qu’on pouvait marcher à l’adret, des Force au Mansu sans voir le soleil car la forêt de chênes était épaisse. Il n’en reste rien. Les chênes ont brûlé. Le maquis haut est venu et puis il a brûlé à son tour laissant place au maquis bas puis après un dernier incendie, c’est le lavandin qui est venu sur une terre appauvrie et emportée par les pluies d’automne.
J’aime profondément le Filosorma parce que mes racines s’y trouvent mais aussi parce que l’endroit est beau. D’une beauté sauvage et triste comme le sont toutes les choses éphémères. Quelques secondes d’inattention ou de bêtise assumée et ce sont des siècles qui disparaissent. Il ne restera bientôt que le souvenir des forêts mortes.
Est-ce que celui qui fait ça a conscience de l’endroit qu’il saccage ?
La rivière et la vallée du Fango font partie d’un site Natura 2000 et de l’une des douze réserves de biosphère de France. On y trouve, pour combien de temps encore, une des plus belles forêts de chênes vert d’Europe, des pins laricio et une faune endémique remarquable. Sittelles, mésanges, gypaète, mouflon, crapauds, lézards…
Comment se mettre dans la tête de quelqu’un capable de détruire tant de choses par bêtise ou méchanceté ? Je n’y arrive pas. Mépris, colère. Et surtout une tristesse infinie devant cette misère dans laquelle il n’y a pas de fatalité mais une habitude silencieuse et complice.
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Stalvatoghji..


Quandu fighjuleghju u mo blog, mi sentu un pocu vargugnosu. Dapoi Natale, un n’aghju publicatu nulla. Culpa a un travagliu chi piglia e puru assai. Ma chi ci si po fà… ci vole da campà ! Allora, manera di trove torna un bon solitu,  vi aghju da pripone qualchi vechji stalvatoghji. Storie, chi cumu si dice omu in paese, chi certi anu fattu u so pruverbiu. Storie chi anu in cumunu, i mariti vinuti di u cuntinente.

A u principiu di l’annate 60, in Filosorma e altro, u mondu furesteru era pupulatu di una ghjente strana e pocu cunisciuta.

A mo cugina carnale preferita (s’ella mi leghje si cunuscera) avia decisu di pigliassi un brittonu. Cinquant’anni dopu, vi possu di ch’ella a puru fattu un bona scelta. Ma si ne parlu oghje, è chi l’annunziu di quellu matrimoniu avia cagiunatu qualche reazzione assai stunante. A prima persona a quale ne avia parlatu era stata zitta una stonda, prima di dichjarà…umbeh, ci so chi si piglianu russi, perche un si puderia piglià un brittonu… un altra s’era rassicurata diciandu chi u piu impurtante era ch’ellu sia cristianu. E cusi ch’omu si vede chi tandu, ci era a Corsica e u vastu mondu e chi u tuttu era un pocu cunfusu.

A pocu pressu a a listessa epica, una dona di u paese s’avia anch’ella pigliatu un pinzutu. Avia previnutu u maritu. In paese simu tutti parenti o ligati. Ci vole dunque basgià a tutti per esse sicuru di un fà un affrontu a nimu. U tipu, bellu bravu, vulia fà piacè a a so moglie e sopra tutta un vulia fà dispettu a qualchi parente. Per fà cunosce u so maritu, u megliu era u bar a l’ora di l’aperitivu induve si truvavanu assai paesani. U megliu per trove a ghjente e pagà a soia.

Dopu chi a so moglie l’appia presentatu, nostr’omu a pagatu un colpu a tutti e a cuminciatu a basgià e a parintia e l’amichi. Belli sospresi funu e cliente quandu, fidele a a so prumessa, u nostru amicu cuntinentale s’a basgiatu a i gendarmi. A storia un dice micca cio chi fu a so reazzione. In vece chi a so risposta è firmata. Quandu a so moglie, un pocu imbarazzata l’a dumandatu perche s’avia basgiatu a i gendarmi, a rispostu «  m’ai dettu chi eramu tutti cugini ». Cuginu di i gendarmi, l’è ristatu u cugnome.

Un altra s’era maritata anch’ella, a pocu pressu a quell’epica, incu un un altru pinzutu. Ma a tinta era stata sfurtunata. Dopu qualch’anni di matrimoniu, l’omu s’era smarritu senza lascià indirizzu. Svanitu ! Allora, parechji anni dopu, a disgraziata si truvava sola ma sempre maritata chi un n’avianu mai divurziatu. Un parente chi s’inchietava di i so interessi, li avia fattu rimarcà, chi u fughjiticciu si pudia rivindicà « l’usufruit » di u so avere.  A risposta (eiu era prisente) fu sin’appellu… U l’aghju da da eiu u jus de fruit… Cumu omu si po firmà seriu dopu quella cacciata ? Mi pare d’avè riesciutu di sorte prima di spanzami un pocu piu luntanu.

Ma chi idea strana di circà una parolla francese quandu si dice in corsu « l’usufruttu » !

Muralità.. ch’elli sianu benvinuti i mariti cuntinentale…ma quandu omu si parla corsu, so parolle corse chi s’adopranu.

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Miraculu natalescu..



A valle chi vi vogliu prisintà è a meia. E bella persa e quelli chi ci ghjunghjenu si so, a maio parte di u tempu, sbagliati di strada. E dino assai inquietante quandu si ne casca a notte e chi l’umbreghju di e muntagne vene annigrisce e piniccie e, capinsu, e fureste di lecce e di castagni diggia belle bughjose da per elle. Ci so parechji paesoli chi parenu suminati d’una parte e di l’altra di u strado a qualchi chilometri l’unu di l’altru..
Per di tuttu, questu locu è statu assai, luntanu di a mudernità e aghju cunisciutu u mo paese senza electricità. Ava, avemu ancu a televisione e u telefonu ma tenimu sempre in mente, i tempi anziani e parechje cose ,smarite altro, so sempre un pocu vive indè mè..

Ma quandu ci pensu, un ci è chi una cosa chi a veramente cambiatu. U locu ava è spupulatu… un ci è piu nimu per parlà di tuttu stu passatu.. Pecatu, chi u ricordu di certe personne pianu pianu si squazza in vece chi a so storia si meritaria di esse conta davanti u fucone, assai dopu ch’elli sianu smariti.

Si chjamava Ghjacintu, ma tutti u cugnumavanu  » a mosca  » dapoi ch’ellu avia fattu comu si dice omu, u so pruverbiu. U megliu è di racuntavi l’affaru chi vo sapissite esattamente quale era. Dunque, un ghjornu chi u sole sciappava e petre, ellu travagliava à l’infora. Ghjacintu era turmentatu da una mosca ch’allitava u sudore. Volava eppo si ponia nantu quellu tintacciu. Ellu, ognitantu lasciava puru cascà a so carica per tumbà u mignocolu ma u so motu u faccia fughje. E durava cusi dapoi una bella stundetta sotta l’occhji alegri di una cumpania a mezz’adrumintata. Tuttu d’un colpu, piu vivu per una volta chi a mosca, Ghjacintu a si piglia e tutti aspettavavanu chi l’inciaccessi ma inno. Ghjacintu ben ‘accuratu li strappava l’ale e lasciendula in terra li face  » ava marchji a pedi quante mè  » E cusi ch’ellu si vede chi gattivu un ‘era e chi s’ellu pinsava micca a l’usu cumunu, un li mancava l’arbitriu.

L’averete capitu, ci era a ghjente per stu cantone e particularmente, una ghuventu assai turbulente e chi pinsava sopra tuttu a trove a macagna di quelle, una chi feria spanzassi i paesani mentre parechji mesi. Vi puderia parlà di l’unu o di l’altru ma l’affaru chi vi vogliu cuntà, ne tuccava trè. Tantu megliu chi a stu ghjocu eranu puru i piu forti. A sapete di quelli capace di fà crede a i furesteri chi di sicuru Nabulio è interratu in Pariggi ma chi u so craniu di zitellu è qui…indè u cemeteriu di u paese ! E di lagnassi chi u merru un faccia nulla per fà cunosce st’eventu quantunque maio per a storia di a Corsica… E l’altri ch’ingullianu questa sumerata di capochja…..

Di u genaru à azzingà un filu a i pedi d’un mortu mentre a veghja per fà move l’anca e fà nasce a u panicu indè i presenti..In fattu fine, pullastri invintivi e maligni chi senza gattivera, s’eranu sceltu a Ghjacintu  » a mosca  » cume sibula di e so burle e altre barzulette. Si chjamavanu Batti, Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu..a casata un si ne parla chi, ci vole a capiscela, so sempre vivi e piuttostu sgio..a chi duttore, a chi circadore..e anc’unu chi face a puliticha per ste Francie…

Omu s’avvicinava di Natale e i ghjorni chi eranu corti e puru freti si terminavanu a lu caffè. Ghjacintu ci passava sempre una bella stonda, u tempu di sciaccassi chjachjarandu duie o tre bicchierii di vinu. Li piacia assai lu vinu ma, u tintu era troppu poveru per pudène beie bonu e abbastanza. Dunque, prima di raghjunghje u so paesolu di Montistrellu, luntanu di u paese di qualch’ettometri, lasciava sempre a cumpania incu a listessa cacciata  » pecatu ch’in funtana un ci corre che acqua, u vinu m’averia fattu pro  » Parlava di a funtana sotta a so casa. Tutti i paesani questa filastrocca, di mente a cuniscianu e  » a mosca  » un n’avia mancu u tempu di compie a so infrasata chi a salla sana a ripigliava in coru e mughjendu.

Per dilla franca Batti, Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu s’ annuiàvanu. Sempre e listesse macagne. Quante cani annasandu, circavanu sempre qualchi scimità da invintà. Cume sta sera qui, Ghjacintu si n’andava quante d’abitudine sotta li mughji di a cumpania, Pasquale era statu mutu. Quandu l’altri l’anu fighjulatu, avia un surrisu tamantu e l’occhji abbagliuliti di quellu chi a trovu a macagna di e macagne..una chi avia da esse stampata ! Ma un di nulla a i so cumparsi. Tropp’a bonora. Bastava, li spiego, chi mentre i quindeci ghjorni chi firmavanu sin’a Natale avianu da ripete a Ghjacintu chi un miraculu natalescu era sempre pussivule, chi Ghjesu avia cambiatu l’acqua in vinu in Canaa e chi, s’ellu prigava assai ribicchinandu parolle magicche, u vinu avia da zirlà di a funtana per Natale.

U lindumane sera, a lu caffè, quante cuspiratore, anu pagatu un bicchieru di vinu sceltu a Ghjacintu e cuminciatu l’operata. U tintu chi era pietosu fu scunvintu facilmente incu l’aiutu di u vinu e turno a casa ripetendu a preghera chi avia da cambià l’acqua in vinu. Chi era sta preghera, nimu un l’a mai sapiutu chi  » a mosca  » a dicia mezavoce. Di sicuru qualchi bestialità imaginata da questi tre diavuletti. E torna a Vignale, tutte e sere, vinu sceltu, preghera e discorsi. U vintiquattru, Batti e Ghjuvan-Ghjacumu un vedianu induve Pasquale li vulià purtà. Un vedianu l’interessu di a storia postu chi  » a mosca  » quandu avia de vede chi a funtana dava sempre acqua, passeria subitu a altra cosa e chi a burla un faria ride a nimu !

Ma Pasquale avia pinsatu a tuttu….  » Sta sera ô cumpa, mentre a messa e dopu mentre a sopracena, Ghjacintu a da beie e sera di sicuru mezzu briacu . Eiu aghju messu a parte una buttarella .di cinquanta litri chi aghju empiutu di vinu di Patrimoniu arrubatu in cantina di Ziu Antone…chi s’ellu a sa mi tomba…aspittemu a mezanotte..Tu, ô Batti colli a a colta..l’aghju diggia cullatu quassu a buttarella…aghju straziatu in veru ma ava ci è. Tutt’è prontu…Taglii subitu l’acqua…Eiu incu Ghjuvan-Ghjacumu ci cansemu indè Ghjacintu, li parlemu di a funtana….quand’ellu sorte per virificà s’ellu ci è statu qualchi miraculu…fiscu duie volte…tandu tocca tè di fà corre u vinu indè u cundottu.. U tempu chi  » a mosca  » ghjunghji a a funtana, ci sera u vinu e allora ô zittè, di stu colpu miraculosu, di i mughji di Ghjacintu si ne parlara omu da qui a deci anni. A macagna di u seculu.

Batti e Ghjuvan-Ghjacumu eranu meravigliati e si so passati a ghjurnata di u vintiquattru a fà u passu e u vene, indè l’unu, indè l’altru, bevendu qui un aperitivu, altro un vinu caldu incu aranciu e limone. A sera eranu cotti e ognunu si dubitava di qualcosa. Si vidia a u so aria ch’elli priparavanu qualchi culpacciu ! A lu caffè, vers’ott’ore, u spartimentu di Ghjacintu fu salutatu da un  » ô a mosca un smintica a to preghera « …Eranu puru trasaltati.

A serata s’era passata indè Ziu Anto a manghjà e a beie sin a mezanotte. Dopu, i tre cumpari s’avianu pigliatu a a strada per cullà in Muntistrellu. Un pocu u cotru, assai lu vinu ch’elli avianu betu, a spassighata fu difficiule…ma..cume previstu, Batti si ne cullo a a colta e i duie altri so andati a pichjà a a porta di Ghjacintu manera di salutalu. U brav’omu era vicinu u caminu e pinciulava, bellu techju dopu u ripastu assai ricu e avvinatu ! U miraculu un s’avia sminticatu ! Fatte e salutazione, Pasquale li face  » allora ô Ghja ! E sta funtana..un si mancu surtitu per vede si un curria lu vinu di Patrimoniu ? « .

U nome di Patrimoniu avia puru discitatu a mosca e era prontu a sorte da virificà . Surtendu, Pasquale fisco duie volte, forte a l’usu di i pastore chi indè i tempi tutti a sapianu fà. U tempu di ghjunghje a a funtana sculisciandu nant’a u cotru, trampaleghjandu, e Ghjacintu li scappa un mughju, ma un mughju da fà trimà li vetri di i purtelli.. » vinu, vinu…Ô a ringrazziati ô Diu…Miraculu…chjamate u prete, inno u vescu chi è un miraculu…a funtana è miraculosa  » Ma, l’avemu detta diggia,  » a mosca  » un era scemu e nanzu di chjamà piuvani e altri frati, s’è dettu chi seria megliu di ghjuvassi di stu rigalu ! E mughjandu sempre, si ne torna in casa per circà e damisgiane !

Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu un si tenianu piu..morti di risa. Si svultulavanu indè a neve, saltavanu quante capretti e u spectaculu di Ghjacintu empiendu e damisgiane cantandu cantichi li campava. A mosca cuntentissima, incu u so vinu si ne fallava sempre arrigraziandu… grazie! grazie tante! grazie mille! grazia à Diu!..ci ne era per tutti..Sant Anto, San Lurenzu e San Pancraziu.

Pasquale dicia a u son amicu ridendu, a mezzu buccheghji  » chi risa, ma u megliu a da vene…quandu s’anu da liticà incu u prete qui ellu un vulera crede a u miraculu…ci a da esse azzuffu in chjesa..  » Ghjuvan-Ghjacumu ridia anch’ellu ma li face  » ô Pasqua’ chi divintara Batti, chi un l’avemu vistu ? A mancatu tuttu..si sera persu..ci vole a cullà da circalu ! « .

Un avianu mancu fattu centu metri indè a cullata chi Batti s’affaco….biancu..biancu quante s’ell’avia vistu u fulettu..  » Ô Batti, chi ai da fà u musu ? « ..  » Alè…parlà chi pari dissanguinatu.. « …Batti barbagliulandu, tandu li face….  » ci è qualcosa chi un va micca, ô zitté…quandu so ghjuntu quassu, aghju subitu tagliatu l’acqua e po mi so messu per aspettà indè a barraca induve ci so i cuntadore….e…avianu accesu un speziu di brasgeru chi un ghjaccessinu quelli cuntadore…u caldu…u vinu..troppu manghjatu…mi so addurmintatu e…un t’aghju entesu fiscà ô Pasqua’.. « .

 » E allora ô Batti..chi voli di « …  » vogliu di chi mi discetu ava…e chi a buttarella è sempre piena chi un l’aghju imbrancata… « …In furia so cullati e anu trovu effetivamente a buttarella piena. Patansciavanu…chi li era vinutu a paura. Chi nuttata anu passatu, straziendu per fallà a buttarella a u so locu in cantina indè Ziu Anto, pensandu a st’offesa chi avianu fattu a u celu…

Peghju fu u lindumane, chi Ghjacintu i si pigliava quante testimone…e elli un pudianu mancu piu parlà. Ellu passava per scioccu ma elli ancu di piu chi eranu d’accordu per di ch’avianu vistu corre u vinu..Mesi dopu, un pudianu entre in caffè senza sente a cumpania chi si ghjucava a risa  » date vinu di a funtana a questi briacone « .Eppo, cume u restu, questa storia s’è persa…

A l’epica era omu fattu e ava so vechju…e per quessa chi a vi contu chi eiu u sicretu u cunoscu. Eiu ch’elli chjamanu sempre Ziu Anto…Chi priparavanu qualcosa a sappia e m’era arrivistu chi u mo nipote s’era fattu un’affacata in cantina.. Un m’a costatu tantu. Cinquanta litri di vinu e a fatiga per purtalu quassu a l’appiatu..a fatiga d’accende u brasgeru chi a sappia chi Batti bellu briacu s’avia da adurmintà..e dopu quandu aghju entesu i fischi so eiu chi aghju fattu corre u vinu miraculosu..Tantu megliu ! Ghjacintu a avutu e a si meritava duie damisgiane di Patrimoniu. E stelle luccicavanu indè i so ochji chi per ellu era da veru un miraculu. Ch’ellu riposi. In Paradisu di sicuru. E per i tre ghjuvanotti, è stata bella a lezzio. Anu amparatu chi ci vulia da macagnà quelli chi si ponu difende. Cinquanta litri di vinu per mette sale in zucca di sta bella ghjuventu, vale u colpu, inno ?

Tempi di una volta…E ava, chi so solu in stu paese viottu mi riscalda u core di pinsà davanti u caminu a queste fole di tempi fa…
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On le reconnaît à la marque!

J’ai retrouvé quelques vieux livres. Trois en particulier qui m’ont marqué. Le premier c’est « la renfermée, la Corse » de Marie Susini qui parle avec émotion et justesse de son rapport à l’île. Sensation d’enfermement lorsqu’on y est et tristesse et abandon quand on s’en éloigne.

Le deuxième c’est le fameux « Corse, île de granit » de Dorothy Carrington. Une découverte et un étonnement. Une anglaise qui parle de la mythologie et de l’histoire corse avec un tel talent. Le mazzerisme, Filitosa.  Je lui dois beaucoup.

Et enfin, un chapitre d’un livre de Philippe Meyer « Dans mon pays lui-même » où il évoque son passage dans l’île. Une chose l’a étonné. Une chose vraie que vous pourrez vérifier chaque fois que vous rencontrerez un compatriote pour la première fois. Deux questions. Toujours les mêmes. D’où es tu ? De qui est tu ? Meyer remarque à juste titre, qu’en Corse on est de quelque part et de quelqu’un avant d’être. Il dit qu’il n’y a pas de bête perdue dans l’île.
C’est comme ça qu’une pensée en appelant une autre, j’en suis arrivé à penser à un proverbe.. on le connaît à la marque..si cunosce a u segnu..  proverbe bovin qui renvoie à l’ancienne pratique du brétaudage.

Le bretaudage c’est la pratique qui consiste à couper un animal. Le castrer ou le tondre. Ici, il est question de couper les oreilles du bétail pour pouvoir le reconnaître. Car chacun le sait, les vaches se promènent. Le brétaudage vaut possession et cette possession va à l’ainé des enfants. Aussi, chaque garçon ajoute un signe particulier à la marque originelle.
J’ai retrouvé dans un autre vieux livre quelques unes de ces combinaisons.
Il me semble que ce sujet n’a pas été exploré sur internet alors je vous le propose avec les dessins qui vont bien. Et un petit fichier son pour la prononciation.

fessu                Fessu : fendu par le milieu dans le sens de la longueur

mozzu             Mozzu : sectionné au premier tiers

mozzuet-duie-fette              Mozzu e duie fette : sectionné et fendu une fois

mozzu-et-tre-fette            Mozzu e tre fette : sectionné et fendu deux fois

morsu        Morsu : morsure devant ou derrière pour supprimer un demi cercle

pinciculu         Pinciculu : découpé comme une morsure mais en laissant pendre le morceau presque détaché

scultillatu           Scultillatu : sectionné en biais d’un coup de couteau

spinnulatu       Spinnulatu : fendu par le milieu dans le sens de la longueur comme pour fessu en sectionnant l’une ou l’autre moitié

furcella           Furcella : fourche obtenue en pliant l’extrémité de l’oreille dans le sens de la longueur et en enlevant un morceau en forme de V

tafunatu            Tafunatu : troué vers le milieu

intaglia           Intaglia : entaille sur l’un des deux bords

Je ne crois pas que vous aurez l’occasion de voir des bêtes avec ces marques. Il faudra se contenter des agrafes en métal. Plus efficace mais moins nustrale.. Comme les vaches ne parlent pas, on ne saura jamais la technique qu’elles préfèrent.

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

C’était mieux avant ?

Depuis quelques années, j’ai dû écrire environ cinquante billets sur ce blog.  Ils parlent beaucoup de nature, de mythologie et des temps d’avant. Sans l’avoir fait exprès, c’est peut être inscrit dans notre caractère, ces textes sont souvent empreints de nostalgie. Un temps béni. C’était mieux avant. Et bien non.  Ce n’était pas mieux avant et ceux qui veulent, ici ou ailleurs, jouer sur le fantasme d’un âge d’or révolu jouent une partition malhonnête et qui me déplaît.

Comme souvent, c’est à ma mère que je pense. Un repère de bon sens. Elle avait été jusqu’au certificat comme les jeunes femmes de sa génération. Pas de longues études donc mais une connaissance précise et lucide du fonctionnement des gens et de la société. Et puis, la mémoire de ce fameux temps d’avant, celui de toutes les illusions

Le village était pour moi, comme pour tous ceux qui y passaient des vacances de rêve, un lieu magique. Les gens y étaient bons, la vie facile et les étés très heureux. Surtout lorsqu’on les comparait aux mois passés sur le continent. Collège, lycée, appartement, grisaille. Et personne ne nous disait le contraire. Cette vision de paradis était entretenue par habitude et avec l’idée qu’il fallait que les plus jeunes s’attachent au pays pour que celui-ci continue de vivre.

Je suis assez vieux pour avoir connu la lampe à pétrole, les seaux hygiéniques, la route non goudronnée et l’eau à la fontaine. A chaque nouveauté, il me semblait que c’était un peu de l’âme du pays qui s’en allait. Il faut dire qu’on allume peu la lampe à pétrole pendant les vacances d’été, que ce n’était pas moi qui vidait les seaux ou qui allait chercher l’eau.

Donc, il a bien fallu que Maman m’explique un certain nombre de choses. Comment les familles devaient arroser les jardins la nuit en se partageant l’eau. Départ du village à pied à minuit, une heure avec parfois une longue marche pour ouvrir les rigoles. Comment les femmes lavaient dans l’eau glacée à la cendre puis étendaient le linge dans le maquis en craignant que la crue emporte tout. Comment une hémorragie dentaire, banale aujourd’hui, pouvait prendre une dimension dramatique. Comment les femmes mourraient en couches. Et oui, le docteur à 45 kilomètres, pas de téléphone et une piste bonne pour les calèches, ce n’est pas idéal pour la santé. Et puis, plus tard encore, elle m’a raconté que les gens d’ici n’étaient pas plus gentils qu’ailleurs. En fait, c’étaient les mêmes que partout. Certains étaient bons et d’autres mauvais. Ce n’est pas parce qu’on aime sa famille qu’il faut en ignorer les défauts.

Je me suis souvent demandé pourquoi nous n’avions pas parlé de tout cela avant. En fait, j’ai compris que la Corse avait eu une histoire compliquée dans laquelle, la famille, le village, le clan, avaient une fonction protectrice. Une institution qu’il fallait protéger. Et qui se protégeait parfois par le silence. Comme toutes les institutions.

Pour autant j’aime mon pays et mon village en toute lucidité. Alors pourquoi est ce que j’écris ce billet ? Parce qu’un vent mauvais souffle. Et il utilise la vision revisitée du passé. Il ne s’agit pas de renier ce que l’on est mais il faut ouvrir son cœur. Comme le disait Frederico Garcia Lorca, être citoyen du monde. Etre d’ici et de partout.

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L’automne et ses champignons….

Je vous propose un texte que j’ai déjà publié, il y a quelques saisons, sur le blog. Je l’enrichis d’un fichier son parce que ça fait plaisir à pas mal de visiteurs et je l’enrichis aussi d’une partie dédiée aux champignons et à leur nom en Corse. Démarche mercantile car c’est un des motifs principaux (le principal en ce moment!) des visites. Autant faire plaisir à la chalandise..non ? Les photos sont de Madame, dont le blog est ici.

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J’aime bien l’automne en Corse. On dirait qu’après les brûlantes chaleurs et l’invasion estivale, la terre retrouve le repos et son souffle. Mon village est plein d’une petite musique qui reprend le dessus. Celle de la fontaine sur la place et celle du ruisseau qui après les premières pluies coule de nouveau. De temps à autres, un coup de fusil, le bruit des tronçonneuses dans le maquis, le bois qu’on range près de la maison et les premières flambées qui crépitent. La fraîcheur descend le soir des montagnes et même si les journées sont encore splendides, on sent bien que la saison a tourné. Il faut avoir l’esprit peu ouvert pour regretter l’été et sa violence. Couleurs brutales, canicule, bruit de la foule. Les gens délicats, ceux qui aiment profiter des petits instants miraculeux que nous offre la nature préféreront l’automne comme on préfère une femme belle et discrète à une autre plus brillante mais à l’élégance tapageuse.
Tu te lèves le matin, il y a de la buée sur la fenêtre et tu bois ton café debout en regardant le jardin et les montagnes plus loin, où un léger brouillard résiste. Le soleil sera bientôt vainqueur. Il sera alors temps de mettre les chaussures, une veste pour les premiers instants de la promenade et enfin sortir.
La pinède va t’offrir les safranés, ailleurs si tu as de la chance ce seront des cèpes et des girolles et si tu t’éloignes vers les anciens jardins, ce sont les rosés des pré qui tout blancs dans l’herbe vertes te feront comme des clin d’œil. Il y a une grande tranquillité et en même temps une espèce de tristesse car tu vois bien que toute cette beauté est vide d’humanité. Les murs moussus tombent et les châtaigniers sont abandonnés. Les châtaignes….elles roulent, elles piquent et se laissent cueillir comme des bijoux marrons qui luisent dans un écrin entrouvert. Tu en ronges une à la pointe du couteau et tu ramasses les autres, un panier plein. Ce soir, elles rôtiront sur la braise. Quelques pigeons volent, ce sont des petraghjoli, les ramiers ne sont pas encore arrivés. Il paraît que dans le temps, ils étaient si nombreux qu’ils formaient des nuages, masquant la lumière du jour. Les coups de fusil de tout à l’heure te paraissent moins amusants tout à coup. D’en haut, de la crête, tu vois le village et quelques rares fumées qui montent droit dans le ciel. Des silhouettes qui se hâtent vers le camion du boulanger. Un peu de pain, un bout de charcuterie, près de la source glacée et tu redescendras vers les maisons, les joues rouges et l’âme en paix. L’automne est une saison heureuse pour qui sait voir, entendre et sentir.

Et donc, les champignons les plus répandus en Filosorma et ceux en tout cas, dont je connais le nom en corse. Liste non exhaustive que vous pourrez modifier et compléter à loisir.

Lactaire sanguin, lactaire délicieux : lattosu, lattaghjolu

Cèpe, bolet : sprignolu, capigiallu, capi giallu

Chanterelle, girolle : ghjallisturzu, gallisturzu

Rosé des prés : parachinu (?) pratarellu, pratarolu

Coulemelle ; cappisgiula, cappusgiulu, cappusgiula

Russule : urcu catellu

Coprin : cuprinu, coprinu

Amanites vénéneuses : buletru falzu, boletru falzu

Oronge, amanite des Césars : buletru, boletru, coccu, cuccu, cocca, cocchi

Bolet orangé : albarinu

Bolet tête de nègre : capineru, murellu, murellulu

Boule de neige : leccapecura, leccapecura capinegra

Bolet de Corse : muchjitanu, mucchitanu

Bolet de Satan : mulu, tigniverde

Pied de mouton : pecurinu, picurinu

Bolet jaune : pinnachjolu, pennachjolu, pinnacchiolu

Vesce : vescia
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Pêche en septembre mais aussi…

Pour parler de cette sortie de pêche en septembre, j’ai pensé aux corsophones en enregistrant le texte en corse (je me suis fait plaisir!). Donc, du français écrit et du corse parlé…


De temps à autres, nous sortons pour une pause. M. (pas de nom) collègue, ami, professeur de pêche et facteur de mouches et moi. Il mâche et je fume. C’est souvent là que naissent les grandes idées. Puisque la pêche allait fermer le 20 septembre, pourquoi ne pas passer deux ou trois jours dans le Filosorma ? Un coup de bateau, quelques kilomètres en voiture. Rien de bien compliqué. Décision arrêtée, négociations conclues avec les épouses, il nous restait deux ou trois semaines avant le départ. Deux ou trois semaines pendant lesquelles M. a fabriqué des mouches et où moi je n’ai rien fait de particulier.

Départ un lundi matin pour un retour le mercredi soir. Grand beau temps à l’aller, installés dans des chaises longues sur le solarium du ferry. Une halte à Calvi pour acheter de quoi faire les sandwichs du midi. Le soir bien entendu, diner à la Muvrella, cochon sauvage, assiette du berger, myrte. Du classique et du bon.  L’essentiel n’était pas là.

L’essentiel c’était la pêche. Lundi en fin de journée, coup du soir de Mansu à San Quilicu. Mardi matin au lever du jour, de Tuarelli à Mansu. Mardi soir, remontée vers Candela..Mercredi matin, de Candela à la Cavicchia. Pour être honnête, M. est un vrai pêcheur confirmé et il envoie sa soie naturelle à 20 mètres et plus alors que je suis heureux quand je réussis à poser ma mouche à quinze mètres. Et pourtant, glorieuse incertitude du sport, la surprise a eu lieu. Désolé d’écrire ça, car je sais qu’il me lit. J’ai pris une truite de plus que lui.

Pour être plus clair, je dois dire aussi que j’en ai pris qu’une (au confluent entre le ruisseau de Montestremu et le Fangu) et lui zéro.  Quelques touches, mais des poissons nerveux avec des attaques soudaines impossibles à voir venir. Alors, un mauvais séjour ? Non. Surement pas !

fanguPas de poissons mais une eau tiède et claire. Il faut avoir vu mon compagnon envoyer ses vêtements sur les rochers du coté de la Treccia et se prendre un bain d’anthologie en regardant tout autour de lui, la forêt toute proche et les montagnes plus loin. Puis une baignade aux Force, vous savez, dans la cascade où l’eau de Bocca Bianca est plus chaude en dessous du grand rocher. Juste avant le pique-nique, pain trempé à l’huile d’olive,  oignon, jambon et fromage corse. L’Eden paraît-il. Ce n’est pas moi qui le dit mais lui.

Emmener avec soi quelqu’un qui ne connaît pas le Filosorma est une excellente idée. On ouvre les yeux sur des choses qu’on croit connaître par cœur et qu’on découvre à nouveau. Il regardait les montagnes et le cirque de la solitude qu’il avait traversé deux ans plus tôt et moi, je me rendais compte qu’il n’y avait plus de neige à un endroit où je l’avais toujours vue même au plus fort de l’été. Je lui faisais découvrir le Tafonatu et là aussi, aucun névé. Nous avons traversé la rivière sans problème en sautant de pierre en pierre à des endroits où d’habitude, on ne passe pas. Et ces baignades en septembre dans une eau à 22 degrés ! Un plaisir étrange. Moi qui suis frileux, je suis rentré dans l’eau sans effort. Même en été j’avais du mal.

Pas de truites ou alors très méfiantes. Comme disent les pêcheurs, elles étaient calées au fond. Peu d’eau et une eau chaude. Comme le maquis, les poissons attendaient la pluie.

Ce n’est pas la première fois que je le dis. Mais, il y a longtemps que je n’étais pas allé à Bardiana en toute fin d’été. Et avec des yeux neufs comme je le disais plus haut. La rivière souffre à un point que je n’imaginais pas. Le niveau est bas. Il ne pleut pas. On avait tort de parler de neiges éternelles.  Le Fangu est une rivière sauvage. Il est classé comme tel. Mais, son destin est celui d’un oued qui ne court que lorsqu’il pleut.

Nous retournerons sans doute pêcher l’an prochain, si ces dames nous donnent la permission. Et ce sera tout aussi agréable. Et sans doute encore un petit peu plus triste.

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Terramotu…

Un texte en français et sa transcription sonore en langue corse..

Amical bonjour à toutes et à tous ! J’espère que l’été s’est bien passé pour tout le monde. Quelques jours de randonnée en Écosse, puis deux jours de pêche au village (j’en reparlerai) et du travail en retard. Mais, me revoilà pour vous parler d’un événement bien ancien dont je me souviens comme si c’était hier. Un phénomène naturel où comme souvent en Corse, comme ailleurs j’imagine, les croyances populaires trouvent leur place.

En 1963, le 19 juillet, à 7 heures 46, un tremblement de terre de magnitude 6 a eu lieu au large de San Remo, non loin de la Corse par conséquent. C’était le plus important séisme de la région au vingtième siècle. (voir ici)

J’étais au village en train de dormir dans un de ces lits pliants qu’ont connu tous ceux dont la maison était trop petite pour accueillir la famille en été. La salle à manger ou le salon devenaient une chambre. Bref. Ma mère m’a réveillé en vitesse et m’a pris dans ses bras pour sortir de la maison et monter sur la route où nous nous sommes assis sur la muraillette. J’étais désorienté et presque malade d’avoir été ainsi cueilli dans le sommeil.

Ce que j’ai vu, m’a vite ramené à la réalité. Tout bougeait. Sur l’éboulis près de l’ancien poulailler de ma tante, de grosses pierres se détachaient et roulaient dans le ruisseau. Sur la route, il y avait un âne avec son bât chargé de bouteilles vides. La route dansait et l’âne avec lui. J’ai encore dans l’oreille, le bruit des bouteilles qui sonnaient comme des clochettes. Au bout d’un moment, tout s’est calmé et nous sommes rentrés à la maison. Maman m’a dit que c’était un tremblement de terre.. un terramotu.. la terre qui fait un mouvement. Un mot corse que je n’ai jamais plus oublié.

Pas de victimes et peu de dégâts. Et un souvenir amusant. Quelques jours après, un cousin venu d’un autre village, nous a raconté que le matin du terramotu, sa mère, au lieu de sortir, était en train d’ouvrir toutes les fenêtres et portes de sa maison en demandant aux esprits de sortir. Âme sainte, âme sainte laisse nous en paix.. Elle croyant que les fantômes étaient chez elle et faisait ce que la tradition lui commandait de faire. Son fils lui avait expliqué qu’il valait mieux laisser les fantômes dedans et sortir si elle ne voulait pas que le toit lui tombe sur la tête. Quand on ne comprend pas les choses naturelles, l’idée du surnaturel s’impose. C’est sans doute comme ça que sont nées les religions.

Une pensée pour finir pour nos cousins italiens. Une fois de plus, ils ont été frappés. Et là, il n’y a aucune place pour un sourire.

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