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Il était une fois..Tempi d’una volta

Cet article a été publié pour la première fois sur l’excellent site http://www.la-rando.com/

Ne comptez pas sur moi pour vous dire où se trouve le Filosorma. Vous trouverez bien par vous même. La vallée est reculée. Au point que lors d’un séjour en Castagniccia dans la famille d’un pote étudiant (c’est vous dire si c’est vieux!), la maman de cet ami m’a demandé d’où je venais. Question rituelle en Corse car on est de quelque part avant d’être quelqu’un. Quand je lui ai dit que je venais du Filosorma, elle n’en revenait pas! Elle croyait que c’était une contrée imaginaire puisque que chez elle, on disait « è in Filosorma »  » c’est au Filosorma » pour évoquer un endroit mystérieux et lointain. Pas étonnant qu’une région aussi reculée soit le berceau d’autant de légendes! Jugez en plutôt et en version bilingue..

Tempi d’una volta

Tempi d’un volta…un zitellettu innafantatu da e fole ch’ellu sentia a veghja, ma chi, mancu per more, un averia lasciatu a so piazza .

Zii e zie li parlavanu di e «  streie  » chi venenu, travestite in bellule, per suchjà u sangue da e criature indè i beculi, passandu per u chjavaghjolu. Li contavanu cumu a nebbiaccia chi si pesa, capinsu, versu a Caprunale, è populata da spiriti, i lagramenti, chi u so mughime arrica tantu a paura a u viaghjadore, ch’ellu finisce per lampassi in qualchi pricipiziu. Li facianu sente stessu u rimore di a carriola da i morti , a squadra d’arrozu, ch’agguantanu l’anime da i passante, persi a notte per questi chjassi abbandunati. U zitellu amparava chi un ci vole micca francà u ghjargalu senza lampacci una petra per alluntanà i spiriti di quelli chi stanu sotta a l’acqua.

Omu citava in gran’ sicretu, l’omu o a dona chi era mazzeru o mazzera. U cacciadore notturnu, chi si ne va indè a macchja per caccidià, tomba una fera e vede subitu a faccia di qualchi paesanu. A morte di questuqui un era tantu a ghjunghje. Timutu era u mazzeru chi cuniscia i sicreti di u destinu e sappia parlà incu l’animali e a natura.

Stu mondu chi u zitellu scupria era magicu pienu d’ovi chi un divintavanu mai fracichi, perche eranu stati fatti u ghjornu di l’Ascinzione e facianu piantà u tempurale. U pane di San Antone assicurava e case.

Ci era a l’infora, a bughjicone, mortuloni cattivi e qui, vicinu a lampana a pitroliu, quelli chi sappianu e sosule per cumbatteli. Una notte di Natale, a so Mamma li amparo e preghere per crucià l’occhju. Un a micca avutu u tempu di amparaline di piu…

U zitellu è divintatu un omu. Ellu sa chi tuttu que è a prova chi i Corsi anu di cascu questa vicinanza incu a natura e a memoria di certe cose venute da i primi tempi, sminticate altro. Ellu sa dino chi questa sapienza si perde e ch’ellu si perde incu n’ella un pezzu di piu, da cio chi no semu. St’omu, oltru quelle infrasate, vulerebbe simplicemente chi quelli chi l’anu da leghje appianu sempre in mente e in core, tutte ste storie e incu n’elle, quelli chi cunuscianu l’arcani e anu raghjuntu ava a pinumbra .

Ci so i ghjorni ch’omu vulerebbe tantu esse impauritu torna….

Il était une fois

Il était une fois…un petit garçon épouvanté par les histoires qu’on lui racontait à la veillée mais qui n’aurait laissé sa place pour rien au monde.

Les oncles et tantes lui parlaient des sorcières qui viennent, déguisées en belettes, pour sucer le sang des bébés dans les berceaux en passant par le trou des serrures. Ils lui racontaient comment le brouillard qui se lève, là haut, vers Caprunale est peuplé d’esprits, les lagramanti, dont les hurlements font tellement peur au voyageur qu’il finit par se jeter dans un précipice. Ils lui faisaient entendre le bruit de la charrette des morts qui saisissent les âmes des passants perdus la nuit sur les chemin déserts. L’enfant apprenait qu’on ne devait pas traverser un torrent sans y jeter une pierre pour éloigner les esprits de ceux qui vivent dans les eaux.

On lui désignait en secret, l’homme ou la femme qui était mazzeru. L’esprit chasseur, qui la nuit part dans le maquis, tue un animal et voit alors le visage de quelqu’un du village. La mort de celui-là était proche. Le mazzeru était craint car il connaissait le secret du destin et parlait aux animaux et à la nature.

Ce monde que découvrait l’enfant était magique, peuplé d’œufs qui ne pourrissaient pas parce qu’il avaient été pondus le jour de l’Ascension et arrêtaient les tempêtes. Le pain de Saint Antoine protégeait la maison.

Il y avait dehors dans la nuit noire des esprits malveillants et là autour de la lampe à pétrole ceux qui connaissaient les recettes pour les combattre. Une nuit de Noël, sa mère lui apprit même les prières pour combattre le mauvais œil. Elle n’eut pas le temps de lui en apprendre d’autres.

L’enfant est devenu un homme. Il sait que tout cela est la preuve que les Corses ont en héritage une grande proximité avec la nature et la mémoire de choses venus des premiers temps, qui ont été oubliées ailleurs.

Il sait aussi que cette connaissance se perd et avec elle un morceau supplémentaire de ce que nous sommes.

Cet homme à travers ces quelques lignes voudrait tout simplement que ceux qui vont le lire n’oublient pas ces histoires et avec elles, ceux qui connaissaient les secrets et ont rejoint à leur tour le royaume des ombres.

Il y a des jours où on aimerait pouvoir avoir peur de nouveau.

Plus de détails dans le prochain billet… s’ella vi piace.. si ça vous plait!