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Filosorma..squadra d’arroza et autres spectres

Cet article a été publié pour la première fois sur l’excellent site http://www.la-rando.com/

La Corse est un pays magique. En écrivant cette phrase, je ne pense pas aux paysages merveilleux de notre île. Non. Celui qui vous parle, c’est l’enfant à qui on racontait des histoires effrayantes à la veillée. Ce même enfant qui, devenu adulte, qui aimerait bien aujourd’hui en quelques lignes évoquer à son tour, cet aspect de notre culture qui ne doit pas sombrer dans l’oubli..Et puis comme il est avant tout question du Filosorma, j’enrichirai le tout d’histoires vraies, forcément vraies, qui m’ont été rapportées parfois par des témoins directs

Savez vous que nos villages sont peuplés de sorcières ?

Le personnage de la sorcière, « streie », se présente en Corse avec les traits classiques de son statut d’anti-mère : au lieu de donner du lait aux enfants, elle suce leur sang. La sorcière opère surtout dans les maisons, dans lesquelles elle s’introduit par le trou de la serrure. Elle s’approche des berceaux et suce le sang des enfants endormis, à la manière d’une belette, dont elle prend souvent la forme.

Les esprits du brouillard qui se lève…

On les appelle les lagramanti, sans doute parce qu’ils inspirent une terreur égale à celle que répandaient dans l’île les razzias d’Agramant, un cruel chef Sarazin. Ce sont les Esprits du Brouillard et on ne les voit jamais. Par les nuits ténébreuses et gorgées de brumes, on entend seulement leurs plaintes qui intriguent le voyageur et l’attirent vers le marécage, ou leurs hurlements qui le terrorisent et le jettent dans une fuite éperdue vers le torrent ou le précipice.

Ce bruit de charrette dans le ciel…

Âmes en peine, esprits des brouillards qui entourent et se saisissent des passants attardés par les chemins déserts : lagrimenti et mortuloni vont en compagnie (cumpania mumma, squadra d’Arozza).

S’il se trouve des bretons dans l’assistance, ils ne manqueront pas de faire le rapprochement avec l’Ankou leur charrette des morts. J’ai découvert cette similitude parfaite en lisant «  le cheval d’orgueil  » de Helias.

Curieux non que dans des contrées si éloignées, nous retrouvions la même symbolique.

Toujours est-il que cette fameuse charrette, il m’a été donné de rencontrer deux personnes qui l’avaient entendue. Ange B et Ambroise S.. Mes cousins tous les deux. Seul le second est encore en vie et son poil se hérisse en racontant (il faut insister) l’histoire.

Ils étaient tous deux en estive à la bergerie de Puscaghja, dans la vallée de l’Onca dont j’aurais l’occasion de reparler à propos des mazzeri. Le soir tombait. Tout d’un coup, au-dessus de leurs têtes, un bruit horrible s’est fait entendre, chaînes, cris. Mon cousin ne pouvait décrire ce qu’il avait entendu qu’en disant que c’était comme les hurlements de femmes qu’on égorge. Ils étaient transis de peur et ne pouvaient plus bouger. Ce n’est qu’après de longues minutes qu’ils ont repris leurs esprits et on découvert que les chèvres avaient fui au plus loin et que les chiens tremblant, apeurés, ne leur seraient d’aucune utilité. Il leur a fallu des heures pour rassembler le troupeau. Que des hommes aient entendu quelque chose et l’aient interprété, pourquoi pas. Mais que les animaux aient eu peur eux aussi, c’est plus inexplicable. Je ne parierai pas sur la charrette des morts mais faute d’explication satisfaisante, je dois m’en contenter. D’ailleurs, il me faut bien l’admettre, je n’aime guère la vallée en question où j’ai souvent dormi et jamais très à l’aise. Mais ce sera l’objet d’un autre propos.

La Corse est un pays magique. En écrivant cette phrase, je ne pense pas aux paysages merveilleux de notre île. Non. Celui qui vous parle, c’est l’enfant à qui on racontait des histoires effrayantes à la veillée. Ce même enfant qui, devenu adulte, qui aimerait bien aujourd’hui en quelques lignes évoquer à son tour, cet aspect de notre culture qui ne doit pas sombrer dans l’oubli..Et puis comme il est avant tout question du Filosorma, j’enrichirai le tout d’histoires vraies, forcément vraies, qui m’ont été rapportées parfois par des témoins directs

Savez vous que nos villages sont peuplés de sorcières ?

Le personnage de la sorcière, « streie », se présente en Corse avec les traits classiques de son statut d’anti-mère : au lieu de donner du lait aux enfants, elle suce leur sang. La sorcière opère surtout dans les maisons, dans lesquelles elle s’introduit par le trou de la serrure. Elle s’approche des berceaux et suce le sang des enfants endormis, à la manière d’une belette, dont elle prend souvent la forme.

Les esprits du brouillard qui se lève…

On les appelle les lagramanti, sans doute parce qu’ils inspirent une terreur égale à celle que répandaient dans l’île les razzias d’Agramant, un cruel chef Sarazin. Ce sont les Esprits du Brouillard et on ne les voit jamais. Par les nuits ténébreuses et gorgées de brumes, on entend seulement leurs plaintes qui intriguent le voyageur et l’attirent vers le marécage, ou leurs hurlements qui le terrorisent et le jettent dans une fuite éperdue vers le torrent ou le précipice.

Ce bruit de charrette dans le ciel…

Âmes en peine, esprits des brouillards qui entourent et se saisissent des passants attardés par les chemins déserts : lagrimenti et mortuloni vont en compagnie (cumpania mumma, squadra d’Arozza).

S’il se trouve des bretons dans l’assistance, ils ne manqueront pas de faire le rapprochement avec l’Ankou leur charrette des morts. J’ai découvert cette similitude parfaite en lisant «  le cheval d’orgueil  » de Helias.

Curieux non que dans des contrées si éloignées, nous retrouvions la même symbolique.

Toujours est-il que cette fameuse charrette, il m’a été donné de rencontrer deux personnes qui l’avaient entendue. Ange B et Ambroise S.. Mes cousins tous les deux. Seul le second est encore en vie et son poil se hérisse en racontant (il faut insister) l’histoire.

Ils étaient tous deux en estive à la bergerie de Puscaghja, dans la vallée de l’Onca dont j’aurais l’occasion de reparler à propos des mazzeri. Le soir tombait. Tout d’un coup, au-dessus de leurs têtes, un bruit horrible s’est fait entendre, chaînes, cris. Mon cousin ne pouvait décrire ce qu’il avait entendu qu’en disant que c’était comme les hurlements de femmes qu’on égorge. Ils étaient transis de peur et ne pouvaient plus bouger. Ce n’est qu’après de longues minutes qu’ils ont repris leurs esprits et on découvert que les chèvres avaient fui au plus loin et que les chiens tremblant, apeurés, ne leur seraient d’aucune utilité. Il leur a fallu des heures pour rassembler le troupeau. Que des hommes aient entendu quelque chose et l’aient interprété, pourquoi pas. Mais que les animaux aient eu peur eux aussi, c’est plus inexplicable. Je ne parierai pas sur la charrette des morts mais faute d’explication satisfaisante, je dois m’en contenter. D’ailleurs, il me faut bien l’admettre, je n’aime guère la vallée en question où j’ai souvent dormi et jamais très à l’aise. Mais ce sera l’objet d’un autre propos.