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Ricordu di Natale..

Mes Noëls d’enfant n’étaient pas villageois. Ils se passaient à Toulon. Pour autant, Bardiana était toujours présent dans nos conversations. Ma mère et ma tante nous racontaient les veillées d’antan et leur talent était tel que nous imaginions sans peine les gens, les lieux et l’ambiance qui devait régner autour du fucone, le foyer. Bon, un réveillon autour du radiateur n’a pas la même aura mais l’essentiel y était. La famille, l’affection et les récits.

En prenant un peu d’âge, n’exagérons rien…je veux dire par là que j’étais adolescent, mon attention a été attirée par la transmission des prières liées à l’ochju, l’œil. J’ai déjà écrit à ce sujet mais, en retrouvant une vidéo de l’INA dont j’insère un extrait à la toute fin de ce billet de blog, les souvenirs ont afflué, l’émotion aussi et j’ai eu envie d’en parler de nouveau. Lisez moi et prenez le temps ensuite de regarder ce film d’une trentaine de minutes accessible en son entier sur le site de L’INA. Vous comprendrez pourquoi en 1978, à sa première vision, j’ai compris qu’il fallait se méfier des caméras ! !

L’ochju, donc. Le mauvais œil en français. Personne ne sait vraiment ce qu’est cette affection mais tout un chacun en connaît les symptômes. Migraine, nausées, lassitude extrême sans qu’une quelconque pathologie puisse expliquer le mal. Tout le monde sait aussi d’où il vient. C’est le résultat d’une influence mauvaise portée par l’œil d’une personne qui vous regarde et pense à vous avec malveillance. Une admiration trop forte ou l’envie que vous suscitez peut avoir des effets identiques.

Il existe divers remèdes pour se débarrasser de ce mal. Plus ou moins élaborés et le plus souvent à base de sel et d’huile. Mais, et c’était le cas pour ma Maman, il est aussi possible d’ôter l’œil par des incantations, des prières en fait, murmurées pendant qu’on trace des signes de croix sur le visage. Une prière bien dite, c’est essentiel, soulage de façon immédiate et celui qui l’a prononcée, prend le mal sur lui. Ce transfert se matérialise par des séries de bâillements plus ou moins longues en fonction de la gravité du sort.

Bien entendu, j’ai souhaité étudier ces prières. Ma mère a accepté volontiers de me les transmettre mais elle m’a précisé que je ne pourrai les apprendre à personne. Seules les femmes peuvent pratiquer et instruire. Les hommes disent  les prières mais ils ne les enseignent pas. Nous en revenons ici à la nuit de Noël. L’apprentissage se fait une fois par an et au cours de cette nuit-là. Il est évident que nous nous trouvons ici, et c’est fascinant, au carrefour des mythes que la religion chrétienne a intégrés dans une approche syncrétique (culte de Mithra et cérémonies du solstice d’hiver par exemple). Trop long à développer et ce n’est pas l’ambition de ce blog. Dernière chose que j’ai apprise au cours de ces Noëls là, les prières sont sacrées. Elles sont murmurées et elles n’ont pas à être connues de tous. Ca ne porte pas bonheur à celui qui les galvaude.

Voilà pourquoi, j’ai eu de la peine pour ces deux vieilles dames que j’ai vues en 1978 (je m’en souviens parfaitement !) prononcer ces prières sans mesurer le pouvoir de la camera. Sinon, à la grande surprise de mes relations qui me savent athée, je pratique encore et ça marche !
(NDLR: pour en savoir plus sur l’ochju, cet article bien documenté en cliquant ici.
Natale…pensaraghju a quelli ch’un so piu. E per elli, l’antica preghera « ..Eiu vi pregu animi santi, eiu vi pregu a tutti quanti, site stati cume noi, si venera cume voi altri, chi Diu vi dia pace e riposu, in u santu Paradisu..E cusi sia…

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Mal’ochju..le mauvais oeil et comment s’en débarassaer

Filosorma et mal’ochju (rédigé par « a zinzala » )

   Article initialement publié dans l’excellent site de la Rando (

Au Filosorma comme dans le Poitou, j’imagine, le fait d’être bien de sa personne, d’une intelligence reconnue et doté d’un sens de l’humour dévastateur, doit rendre votre entourage envieux. L’envie. Ce sentiment inavouable qui nourrit celui qui en souffre de l’amère conviction qu’il ne pourra jamais égaler celui auquel il se compare. Vous ignorez parfois cette franche hostilité qui se dissimule souvent sous une attitude de neutralité hypocrite voire même de bienveillance exagérée. Et paf, le mal de tête. Parfois, même sans qu’il soit question d’envie, la franche admiration qu’on vous porte, ces éloges sur votre santé, votre beauté, ont le même effet. Mal de tête ! Les éloges et les compliments peuvent en effet cacher une jalousie secrète, inconsciente et attirer sur vous…roulement de tambours.. l’ochju… le mauvais œil. J’ai beaucoup souffert de ces maux de tête. Vraiment. C’est comme ça. La nature vous dote mais il y a toujours un prix à payer. Cependant, il existe des parades !

L’ochju, le mauvais œil, se traite de façon préventive, c’est l’idéal ou curative quand on ne peut faire autrement. Il faut alors l’intervention d’un tiers dûment formé à l’exercice. Nous y viendrons. La prévention tout d’abord. Il peut être envisagé de mettre une belle de torgnoles, duie calzotti, à celui ou celle qui vous complimente sur votre bonne mine. C’est ennuyeux d’un point de vue social et parfois périlleux si votre admirateur a le profil d’un troll . Non, vraiment je déconseille. Vous allez y perdre tous vos amis. Le plus simple dans ce cas là, est de faire les cornes avec les doigts.. geste à effectuer dans le dos bien entendu pour ne pas froisser. Le geste des satanistes si vous voyez ce que je veux dire. Là aussi soyez discret ! Mais ceci ne règle pas, j’en convien, le problème du sournois qui vous jette le mauvais œil dans l’ombre. Il existe à ce propos des protections magiques, scapulaires contenant du sel, du corail voire des fragments de cierge bénit. Efficace mais peu seyant, je le concède. Mais il faut payer le prix pour ne pas être anuchjé…envoûté..

Malgré tous ces efforts, ces grigris et cette vigilance, il est à craindre que l’ochju passe. Il faut alors être en mesure d’en connaître les manifestations. Maux de tête violents, fièvre, nausée, lassitude sans qu’on puisse rattacher le tout à une cause réelle. Le mauvais œil n’a rien à avoir avec une sinusite ou un syndrome grippal ! Bref, vous voilà bien embêté. La faculté parle d’hypocondrie, de somatisation et ça vous fait une belle jambe. Il faut passer à la phase curative.

La signatora est alors votre amie. C’est le plus souvent une femme même si un homme a pu être initié. La signadora connaît les prières et les techniques associés pour vous débarrasser de l’annuchjatura. u mal’ochju ou a mazzulata. Autant de mots pour autant de régions pour désigner le mauvais œil. Ah, ces prières se transmettent uniquement par les femmes et pendant la nuit de Noël. L’homme peut donc pratiquer mais il ne pourra enseigner ce qu’il a appris.

Le traitement du mauvais œil ne relève pas d’un procédé unique. Il peut se traduire par le geste (apposition des mains, tracé de croix sur certaines parties du corps) toujours accompagné de prières. La magie réside dans la prière. Blanche la magie, attention! Ce n’est pas du vaudou.

La signatora prend alors  » l’ochju  » sur elle. En général, si ce transfert a fonctionné, elle baille de façon répétée. Parfois elle pleure. La guérisseuse peut aussi utiliser du matériel. En pratique, ça se résume à une assiette, de l’eau et de l’huile. Après les prières, la signatora observe le comportement de l’huile qu’elle a mise dans l’eau. Gouttes rondes, pas de maléfice. Gouttes bien étalés, l’ochju était présent. Et ce qu’il y a de bien dans cette affaire, c’est que le diagnostic est aussi le remède. A peine, le mauvais œil est-il décelé, qu’il disparaît et avec lui les symptômes grippaux. L’occhju è rottu..l’œil est brisé.

Alors, je vous imagine en train de vous demander si je suis bien sérieux. Il m’incombe donc de vous préciser que, tout libre penseur que je suis et parfait mécréant, j’ai pu voir à maintes reprises que tout ceci fonctionnait. Et au risque d’apparaître comme un schizophrène, il faut aussi que je vous dise que j’ai pratiqué. Avec succès. A défaut de comprendre les évènements, je concilie mon matérialisme avec tout ceci, en me disant qu’il doit bien y avoir une explication métabolique.

Sinon, on pourrait envisager et je sais que ça vous passionnerait, de diffuser les textes des prières. Bonne idée ! Et bien non. D’abord ce n’est pas Noël et puis ça ne se fait pas. Si vous avez le mal de tête, consultez un otorhino et si ça ne passe pas, faites un saut en Filosorma où il se trouvera bien quelqu’un pour vous rendre service. NDLR: l’introduction est bien entendu à prendre au second degré quoique