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Pietra fraîche et diable trompé

Qui si manghja bè!

Cet article a été publié pour la première fois sur l’excellent site http://www.la-rando.com/

Un sourd mécontentement montait dans mon lectorat frustré de ne pas se voir livrer des indications plus précises quant à la localisation de la vallée du Filosorma. D’aucuns commençaient même à répandre une rumeur suivant laquelle l’endroit serait imaginaire. Je croyais pourtant avoir fait litière de ces allégations lors d’un précédent billet. Mais soit! Il me  faut céder et donner plus de détails.

Pour bien découvrir l’endroit, je vous conseille de vous installer en saison sur la terrasse du snack «  A Muvrella  ». Publicité gratuite pour l’établissement exploité par ma cousine. Il est de bonne tenue sinon, je ne me permettrais pas http://muvrella.pagesperso-orange.fr/. De l’endroit où vous vous trouverez à cet instant, croquant dans quelque sandwich au lonzu et regardant avec la satisfaction du propriétaire, une Pietra gouttelante de fraîcheur, de cette terrasse donc, vous pourrez découvrir un paysage panoramique sur la «  grande Barrière  », le bassin du Fangu et ses affluents.

Cette vallée a connu un peuplement ancien. C’était un lieu où les bergers des hautes vallées du Niolu venaient passer l’hiver à la plaine avant de remonter en estive dans les bergeries de montagne.

C’était la route de transhumance «  a muntagnera  » qui empruntait les cols de Caprunale et de Guagnerola. Je l’ai déjà évoquée comme quoi ce libre parcours de blog obéit néanmoins à une certaine cohérence.

La vallée du Filosorma correspond au bassin du Fangu et compte quelques villages, Bardiana, le plus récent, est celui où vous vous trouverez.. Montestremu le plus haut perché sera en face de vous et Mansu caché par un repli est plus en aval.

Bardiana a été créé par notre aïeul qui était garde forestier. Sa maison «  a casa bardiana  » la maison forestière a donné son nom au village qui s’est développé de part et d’autre de la route forestière. A l’ubac hélas mais nul n’est parfait pas même les hameaux.

Ce fut un endroit peuplé et animé jusqu’au lendemain de la seconde guerre. On y cultivait les céréales et cette micro-région vivait dans le cadre d’une économie agro-pastorale. Puis petit à petit, elle s’est dépeuplée pour retrouver de la vie au moment où l’été arrive.

Levez les yeux et observez ! Au tout premier plan, le confluent entre les rivières venues de droite et de gauche. A partir de ce confluent on peut parler du Fangu. La vallée de droite remonte vers Caprunale. Celle de gauche vers les sommets qui surplombent Asco et le Niolu.

Vous observez plus haut, un chaînon rocheux qui sépare bien deux vallées, celle de la rivière Cavichja à droite et celle de Bocca Bianca à gauche. Cet endroit se nomme «   E force  » les fourches.

De la gauche vers la droite vous pouvez voir certains des sommets les plus hauts de Corse. En plein milieu de la vallée de gauche, cette pointe triangulaire se nomme a Muvrella.. Derrière elle, la station de ski du haut Asco..à une bonne dizaine d’heures de marche toutefois.

Plus à droite, le Stranciacone aux formes plus arrondies. Puis la Punta Missodia et enfin (hors dessin) surplombant un cirque bien connu, celui de la solitude, traduction très, trop, exotique pour un lieu que les bergers nommaient i cascittoni ou ghjarghja minuta, et enfin a Punta Minuta et ses névés. C’est le parcours du GR20 dans sa partie la plus alpine.

Vous avez remarqué bien entendu la montagne trouée, le Tafunatu. J’y reviendrai. Derrière, on peut distinguer un promontoire qui la prolonge. En fait il s’agit de deux sommets différents. Ce promontoire c’est la Paglia Orba qui est séparée du Tafunatu par un col étroit nommé le col des Maures. Derrière ces sommets, les hautes vallées du Niolu. Cette longue suite de sommets dont plusieurs dépassent les 2000 mètres, ne peut être franchie qu’à deux endroits. Les mollets vous démangent à l’évocation de ces sommets. Je vous suggérerai plus tard quelques idées de promenade.

Mais avant d’en arriver là, pourquoi ne pas conclure aujourd’hui par une vieille légende.

 » Au temps où Saint-Martin gardait les troupeaux dans les prairies du Niolu, il reçut la visite d’un étranger qui lui demanda d’entrer à son service. Ce dernier semblait nécessiteux, le saint l’engagea donc, dès la première nuit où il partagea sa hutte avec son domestique, il s’aperçut que celui-ci dégageait en dormant, une forte odeur de soufre.Le lendemain matin, Martin dit au pâtre qu’il avait deviné sa véritable identité et qu’il ne pouvait le garder à son service. Le diable entra dans une violente colère. Il s’en alla donc, décidé à rester dans les environs et à faire à Saint-Martin une redoutable concurrence.

Le diable qui sait admirablement déguiser sa méchante personne s’en alla trouver le chef du village du Niolu. Il lui proposa de lui construire un pont sur le Golo en échange de la propriété d’une âme à choisir dans son village. Mais celui-ci s’en alla demander conseil à Saint-Martin. Quelques heures plus tard, le diable réapparut, le chef du village donna son accord mais le pont devait être complètement achevé en une nuit, c’est à dire, avant que ne chante le coq. Le satanique ingénieur se mit au travail, toute la nuit on entendit près du Golu un vacarme épouvantable, le pont était presque achevé tant les milliers de diablotins appelés par Satan à son aide avaient mis d’ardeur à leur ouvrage. Au milieu de ces ténèbres enfiévrées par le tumulte infernal, un homme marchait calme et paisible, il contempla le travail exécuté. Une seule pierre restait à poser. La clé de voûte du Pont.

Alors l’homme sortit de dessous son manteau un coq. Le coq s’étira et se mit à chanter. Un cri de rage partit des rangs des travailleurs de l’enfer. À son tour, le diable, poussa un rugissement affreux et lança en l’air son outils inutile. Le marteau alla frapper le « Capu Tafonatu », (la montagne trouée) qu’il traversa de part en part. Et c’est ainsi que fut creusé le trou du diable, à l’instant précis où Lucifer disparut. « 

Des lettrés, des savants, des géologues évoquent un problème d’érosion à propos de ce trou. Pourquoi pas. Chacun est libre de croire ce qu’il veut y compris au diable.