Lorsque j’effectue quelques recherches sur les thèmes que je veux aborder dans mon blog, je tombe souvent quand il s’agit d’histoire, sur Giovanni della Grossa. Personnage historique bien réel à qui j’ai eu envie de consacrer quelques lignes.
Il est né le 11 décembre 1388 à Grossa, petit village de Corse du Sud, non loin de Sartène dans une microrégion appelée la Bisogène en français et cela sonne mieux en corse, a pieve di Bisughjè.
Giovanni a étudié la grammaire et donc le latin à Bonifacio puis a poursuivi son instruction à Naples. Comme sa chronique s’arrête en 1464, on pense qu’il est mort cette année-là
Il devient notaire, à Biguglia à 18 ans et pendant sans doute cinquante ans, il exerce diverses fonctions au service du gouverneur génois, puis d’autres suivant les évènements qui pouvaient advenir dans l’île. De Vincentello d’Istria aux légats pontificaux. En ces temps agités, il a connu l’exil et a même été assigné à Rome où il conduisait une ambassade auprès du pape. En 1456, il arrête ses fonctions et se retire dans son village.
Histoire personnelle riche mais surtout amour de l’Histoire.
A partir de textes d’écrivains anciens et de la tradition orale, il a écrit un ouvrage « a cronica corsesca » qui est considéré comme le premier grand texte historique et littéraire en Corse. Ce qui est intéressant, c’est qu’au-delà de la recension des textes écrits et de ce qu’il avait recueilli à l’oral auprès de ses contemporains, il s’est intéressé à l’archéologie. En observant les vestiges des bâtisses et monuments anciens, il voulait s’assurer que ce qu’il allait écrire, correspondait à la réalité du terrain.
Il y a certainement des critiquesà faire , et ce fut fait, sur le travail de Giovanni Della Grossa. Par exemple, La mise en avant du mythique chevalier Ugo Colonna envoyé par le pape pour reprendre la Corse aux sarrasins. Il est reproché à l’auteur d’avoir voulu ainsi légitimer la domination des Cinarchesi et celle des génois. Mais, il serait injuste de le ramener à cette dimension d’historien militant.
Longtemps déprécié et regardé comme un amateur de « fables », son ambition est louable.
Il a voulu écrire l’histoire de son île pour conserver la mémoire des lieux et des hommes. Contemporain des humanistes, il entendait lutter contre l’ignorance de la population. Il lui est reproché d’avoir commis diverses erreurs chronologiques. A l’époque, et face à la faiblesse des sources, il devait être difficile d’avoir une précision d’horloge. Et comme indiqué plus avant, son attention portée aux vestiges archéologiques atteste de son souci d’étayer ses thèses. Quoi qu’il en soit, son œuvre qui utilise les mythes et la tradition orale est d’une grande richesse. Antoine Casanova historien spécialiste de l’histoire médiévale a noté que les récits de la chronique nous proposent des données dont la réalité historique peut être attesté, pour une large part, par les autres informations disponibles sur cette période. Mathée Giacomo-Marcellesi, à partir de l’analyse linguistique nous montre que Giovanni Della Grossa a été un collecteur d’informations, écrites (chartes notamment) et surtout orales qu’il a replacées dans un ordre chronologique.
A cronica corsesca n’a pas été retrouvée dans sa forme originale. Le récit a été repris par divers auteurs qui malgré leur travail de copiste, ont commis des erreurs, rajouté des précisions et même perdu des pages. Ce qu’il y a de plus complet désormais c’est la traduction fait en 1888 par l’abbé Letteron qui était professeur de lettres à Bastia. Cette traduction a été faite à partir d’un des quatre documents disponibles. C’est le manuscrit Y de la Bibliothèque patrimoniale de Bastia qui a fait l’objet d’un travail de numérisation.
Ce travail de numérisation abouti est accessible sur les site « espaces de la Corse médiévale » et un tutoriel Youtube pour aider à la navigation dans le document est également disponible ici
Maintenant, essayez quelque chose. Lancer une recherche sur les personnages corses célèbres. Vous n’y trouverez pas Giovanni della Grossa qui pourtant a écrit au XVᵉ siècle le premier grand texte historique et littéraire en Corse. Un injuste oubli.
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…







































