Les instituteurs..I maistrelli.

Ecole de Bardiana en 1938 (cliché du livre de témoignages « la vie d’avant dans le bassin du Fangu » par l’association « cunniscenza di Scandula e di u Fangu »

Dans ma famille, du coté de ma mère, il y avait beaucoup d’Instituteurs ou professeurs. Il faudrait plutôt parler d’institutrices car c’était des femmes qui avaient choisi d’enseigner.  On me conseillait cette carrière. Avec un argument de poids. Tu comprends, tu pourras passer tes vacances au village.

C’était attirant. Mais deux ans comme « pion » pour me payer mes études m’ont vite conduit à faire autre chose. Et encore, à l’époque, même si les enfants et adolescents étaient turbulents, rien de comparable à ce que j’entends aujourd’hui. Comme disait Maman..megliu da fà pasce i porchi..c’est encore mieux de faire paître les cochons.

Total respect et courage aux enseignants. Moi, je n’ai jamais regretté mon choix.

Mais, en mémoire de mes parentes, j’ai un petit peu regardé ce qu’était l’école en Corse dans des temps plus anciens.

Le document le plus étonnant que j’ai trouvé est un article parlant de l’instruction primaire en 1883. Paru dans une revue pédagogique, il a été écrit par un continental qui allait y devenir instituteur. Pour être franc, certains propos sont cocasses pour rester poli. Il véhicule beaucoup de clichés sur la fainéantise, la sieste mais contient diverses données chiffrées utiles et des descriptions qui ont un intérêt.

Après avoir rappelé le doublement de la population depuis 1768, l’auteur, un certain Emile Anthoine (qui finit sa carrière comme inspecteur général pour l’enseignement primaire) fait un recensement intéressant.

A l’époque, l’île comptait 364 communes avec une population moyenne de 749 habitants. Le nombre des écoles publiques est de 729 soit presque deux par commune. Peu d’écoles dites « libres » ce qui s’explique par le fait que cet enseignement s’adresse à une population aisée vivant en ville.

249 écoles pour les garçons et 245 écoles pour les filles. 235 sont mixtes. Pas d’école primaire supérieure et peu d’écoles maternelles.

Locaux souvent vétustes et mobilier inadapté. Absentéisme, mais la Corse n’est pas seule dans ce cas, lié aux travaux agricoles mais aussi à l’obligation dans certaines régions de quitter le littoral insalubre pour se réfugier en montagne.

Une autre chose est intéressante. Il est question du statut enviable de l’instituteur. Paye correcte et logement. Et poste assuré dans l’île même si ce n’est pas dans le village d’origine dans lequel on essaie de revenir au plus vite.

(photo ci-dessus: Ecole de Tuarelli en 1938 (cliché du livre de témoignages « la vie d’avant dans le bassin du Fangu » par l’association « cunniscenza di Scandula e di u Fangu »

Tout ceci est confirmé par l’enquête qui a donné un livre  « I Maistrelli. Instituteurs et institutrices en Corse. De la Belle époque à 1914 », publié aux éditions Albiana.

Corse Matin qui en fait un résumé, relève divers éléments un peu plus contemporains. Féminisation de la profession, institutrices vues comme un « bon parti », et toujours et encore des conditions de vie et d’exercice de la profession, souvent pénibles. Sans parler des querelles avec les curés ou de la question de l’usage de la langue corse.

Je ne saurais trop vous conseiller de jeter un œil aux travaux de la Médiathèque culturelle de la Corse et des Corse, la M3C, sur le thème de « La mémoire des instituteurs corses du milieu du XXe siècle (décennies 1940-1960) ». Un fonds remarquable avec des entretiens et divers documents.

(photo ci-dessus: Ecole de Tuarelli en 1938/1939 (cliché du livre de témoignages « la vie d’avant dans le bassin du Fangu » par l’association « cunniscenza di Scandula e di u Fangu »

Même dans la première moitié du 20ème siècle, certains des problèmes évoqués perduraient avec en particulier la question des locaux.

Dans ma famille, j’ai connu des femmes qui avaient fait l’école normale et qui ont pu me raconter ce qu’ont été leurs années d’enseignement depuis les lendemains de la guerre jusqu’aux années 1970. Mais j’ai surtout le souvenir de la qualité de l’expression française tant à l’oral qu’à l’écrit. Sans doute parce que le français, qui n’était qu’une langue étrangère, était appris à l’école. Ceux qui n’allaient qu’au certificat avaient des connaissances étonnantes. Histoire, géographie, arithmétique.

Quand on voit à quel point les choses pouvaient alors être difficiles, le respect pour ceux qui enseignaient ne peut être que plus grand.

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Le bourreau…

Je lisais il y a peu, un livre qui évoquait une dynastie de bourreaux. Un souvenir m’est revenu. Un soir alors que nous rentrions au village après un match à Furiani, l’ami qui conduisait la voiture s’est arrêté dans la montée de Teghime. Il y avait une fontaine et il m’a dit qu’elle était appelée la fontaine du bourreau.

Ça m’était sorti de l’esprit. Mais après avoir posé mon livre, m’est venue l’envie de voir s’il existait en Corse une tradition, des histoires liées à cette profession tout de même sinistre.

Si j’en crois la publication Facebook « Bastia cusi » la guillotine a été déposée à Bastia vers 1800. A l’époque, le bourreau, un certain Monsieur Louis, français ou piémontais, on ne sait,  vivait dans le quartier de Terra Nova, dans une maison, appelée comme il se doit, « la maison du bourreau ». Il avait pour habitude de se promener sur la route du col et de se reposer à la fontaine qui aurait hérité de ce nom.

Il ne manquait pas d’humour puisqu’il répondait aux passants qui le saluaient  » Che Dio tu salva de’mie mani » »  « Que Dieu te garde de mes mains ».

Corse Matin rapporte aussi que se trouvait, rue de la Chartreuse,la maison d’un certain Michel Porro, un Turinois exerçant la profession d’exécuteur.

Les exécutions avaient lieu sur la place Saint Nicolas et la dernière eut lieu en 1859. Ce triste privilège échut à un certain Jean-Paul Andreani, dit Brocolone, 42 ans, originaire de Pero-Di- Casevecchie.

Il y avait donc guillotine et bourreau en Corse mais à la différence de la France continentale, on ne connait pas ou mal les exécuteurs. Et il n’y a pas de dynasties telles que les Sanson ou les Deibler. Bien obligé de fonder une dynastie ! La population voulait bien qu’on coupe la tête mais méprisait et avait peur de celui qui le faisait. Donc, ils se mariaient entre familles de bourreaux et la charge était transmise.

On ne sait pas qui était Monsieur Louis qui se promenait à Teghime et on lira avec intérêt le texte que James Boswell consacre au seul bourreau de Corse au temps de Paoli. Qui était-il ? Un sicilien avec lequel aucun habitant ne voulait avoir à faire car il pendait les gens. La conclusion de Boswell est intéressante…

« Il est remarquable qu’aucun Corse ne voudrait, à quel prix que ce fut, consentir à être bourreau. Les plus grands criminels ne rachèteraient pas leur vie à cette condition. Le misérable, qu’un chétif salaire avait engagé à étrangler une femme innocente, n’aurait pas voulu racheter son supplice en consentant à faire la même action pour exécuter l’ordre de la loi. « 

Qu’on ne s’y trompe pas.

Il ne s’agissait pas d’être opposé à la peine de mort. Débat qui en ces temps-là n’agitait personne. On fusillait mais l’idée d’être payé pour cela était inconcevable.  Ici comme ailleurs, le bourreau était un paria. Hypocrite bien sûr mais c’était comme ça. L’exécuteur prend sur lui toute l’horreur de l’exécution. Et ainsi il est assimilé aux criminels qu’il sacrifie. 

Le problème c’est que la Corse était une île. Et donc, une exception. Le décret d’Adolphe Crémieux du 25 novembre 1870 a supprimé tous les bourreaux de province pour n’instituer qu’un seul « exécuteur en chef » pour tout le territoire national. Seul le bourreau de Corse est resté en fonction de manière indépendante jusqu’en 1875.

Les derniers bourreaux de la Corse furent Louis-Henri Desmorest qui occupa ce poste de 1853 à 1874. Il fut remplacé par Désiré Herman. Ses principaux adjoints furent, de 1863 à 1871, Alphonse-Léon Berger, son gendre (avec qui il construisit la première guillotine « Berger » en 1868) puis, à partir de juillet 1871, Georges Canhy dit Bornacini.

Après ?

Et bien le bourreau vint du continent.

Et parfois, avec de vraies difficultés. Pas seulement liées au transport. Les corses n’aimaient pas la guillotine.

« Un mot enfin sur le bourreau… le Deibler de la nouvelle génération, arrivé à Bastia à bord du Bonaparte et contraint de rester deux jours à quai car on ne savait pas comment le cacher dans la ville où par ailleurs il était difficile de trouver un hôte assez téméraire pour surmonter une superstition bien ancrée et accueillir sous son toit ce porte-malheur. »

C’est un extrait d’un excellent texte de Francis Pomponi et Karine Lambert sur les exécutions de  Rocchini (1888) et Spada (1935).

Pour conclure ? Et bien je vais prendre une citation du livre que j’ai reposé tantôt. « Seul Dieu et nous pouvons » de Michel Folco. « Si on condamne à mort, il faut bien que quelqu’un exécute.».

Et oui. Et pourtant on ne les aimait pas !

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Un œil dans l’histoire.

Voilà donc un héros. Pour les anglais en tous cas. Horatio Nelson.

Lord Nelson, est sans nul doute le plus célèbre vice-amiral britannique de l’histoire. Considéré comme un héros national absolu au Royaume-Uni, sa mémoire est honorée au cœur de Londres à Trafalgar Square, où sa statue trône au sommet de la célèbre colonne qui porte son nom.

On peut dire sans trop hésiter que si quelqu’un a bien contrarié les plans de Napoléon, c’est lui.

Bataille d’Aboukir où il anéantit la flotte française et ruine les ambitions orientales de l’empereur, bataille de Copenhague où sa victoire contraint le Danemark à rompre sa neutralité avec la France et enfin bataille de Trafalgar où il met un terme au plan d’invasion de l’Angleterre. Et c’est là aussi que s’est achevée la vie de Nelson, mortellement blessé par un coup de mousquet.

C’était en 1805.

Mais bon, je n’aurais pas parlé de lui si sa route n’avait pas croisé la mienne. Enfin, je vais vous expliquer.

En 1793, Nelson est en Méditerranée. Pour faire court, la prise de Toulon par les troupes de la première République, bataille où s’illustre le jeune Bonaparte, oblige les anglais à s’intéresser à la Corse. L’île pouvait devenir une base à proximité des côtes françaises. Nelson participe au blocus de Bastia. Une fois cette ville conquise, il se dirige vers Calvi. Vont se faire face, les troupes françaises, 700 soldats environ, unies aux partisans corses du rattachement à la France et les anglais qui sont 3.000. Et oui. A l’époque, la Corse était partagée entre ceux qui soutenaient la France républicaine et ceux qui en s’alliant aux anglais, pensaient pour voir obtenir leur indépendance.

Amnistié par la Révolution après la période de la république corse indépendante, Pascal Paoli confronté au jacobinisme, ne croyait plus à un projet d’autonomie inspiré des idéaux révolutionnaires. Il en était arrivé à solliciter l’appui de la Grande-Bretagne et à jeter les bases d’un royaume anglo-corse.

L’assaut est à la fois terrestre et maritime. Après une cinquantaine de jours de siège et d’incessants bombardements, la ville affamée se rend.

Perfide Albion. Paoli pensait devenir vice-roi. Et non. C’est Gilbert Elliot-Murray-Kynynmound qui est nommé. Les anglais cherchaient une base et une terre de plus pour leur empire. Deux ans après, la France était de retour.

Revenons à Nelson. Le 12 juillet 1794, Nelson qui commande l’Agamemnon, bombarde la cité. Alors qu’il se trouve à terre, un boulet atteint la batterie qu’il inspectait.

Il raconte l’histoire à son épouse..  « Maintenant que tout est passé, je puis vous dire qu’un boulet est tombé dans notre batterie : les éclats et les pierres m’ont atteint violemment au visage et à la poitrine. Quoique le coup ait été assez fort pour provoquer à la tête une abondante effusion de sang, j’ai pu toutefois m’en tirer très heureusement, et je n’ai eu que l’œil droit presque complètement privé de la vue. Il a été fendu, mais il est guéri tellement bien que je puis distinguer la lumière des ténèbres. Il est complètement perdu et je ne puis plus m’en servir. La tache toutefois n’est pas perceptible, à moins qu’on ne le sache. La pupille a à peu près la largeur de la partie bleue dont j’ignore le nom. »

Bref, il finit par perdre son œil et c’est là que sa route croise la mienne. Parce que voyez-vous, à l’endroit où il a été blessé, une plaque a été apposée. A l’époque, pour rejoindre le village, il fallait emprunter la route de la côte. Et donc, nous passions devant cette fameuse plaque. Il avait eu l’œil crevé mais comme on parlait de perte, le gamin que j’étais imaginait que l’œil avait roulé dans un coin.

Je n’étais pas seul à le croire puisqu’une parente qui enseignait à Calvi promettait un cadeau à celui de ses élèves qui retrouverait l’œil lorsque la classe était en promenade..

C’est peut-être pour ça que Nelson en voulait tant à Napoléon ! Œil pour œil.

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Au revoir Antoine. Avvedeci ô Anto.

C’était un autre billet qui était prévu aujourd’hui. Mais la nouvelle de la mort d’Antoine Ciosi m’a fait de la peine et j’ai eu envie, tout de suite, de rappeler qu’il il était.

On parle d’un monument de la chanson corse. C’est vrai. Sans aucun doute.

Ce que je retiens quant à moi c’est son parcours et son compagnonnage.Oui. J’imagine que je ne dois pas être le seul à l’avoir regardé comme un compagnon.

Antoine Ciosi était natif de Sorbu è Ocagnanu, Sorba Ocognano en bon français. Famille rurale, sept enfants et un père engagé. Progressiste. Antoine Ciosi a écrit un livre « Une odeur de figuier sauvage ». Un roman dans lequel on peut penser qu’il met beaucoup de sa vie avec un père communiste qui tient un bistrot. Son père meurt jeune et c’est la mère, Jeanne, qui devient le pilier de la famille.

Antoine était destiné à travailler la terre. Mais il aimait le chant.

Service militaire, Paris et enfin, après avoir suivi des cours, il peut vivre de sa passion. A ce moment-là, il chante des opérettes. « Naples aux baisers de feu », « Sissi Impératrice », « La Belle Hélène ». Il en vit mais quelque chose lui manque.

C’est en 1963, que quelque chose se passe à l’Olympia. Bruno Coquatrix et Jacques Franchi, organisent le premier festival de la chanson corse. Une chanson, en langue corse, oubliée au fond d’un tiroir, « Paese spentu »va changer la vie d’Antoine.

U mio paisolu caru

O quante tu si cambiatu

Mon cher petit village,

Ô comme tu as changé.

Premier prix, énorme succès public et désormais Antoine Ciosi chantera la Corse et souvent dans sa langue maternelle.

Les succès ? Ils ne tardent pas. U tragulinu, le prisonnier, u mo mulinu ou encore Ritornu qu’aucun corse qui a quitté son village ne peut entendre sans être ému.

Alors, lorsque le mouvement identitaire a pris de l’ampleur, ses chansons ont été vues par certains, comme du folklore. C’était « canta u populu corsu » qui représentait la culture insulaire. Le riacquistu.

Et non. C’était une autre voix. Mais une voix consacrée à faire vivre une culture en train de disparaitre. Il trouvait son inspiration dans les villages, auprès des derniers habitants et mettait en musique et en chansons, les murs tombés, les rues désertes et la musique des ruisseaux. Un témoin.

Il avait chanté avec Canta, devant les étudiants. Il a milité pour la création de l’université de Corte.

Jean-Paul Poletti lui a rendu hommage avec une grande tristesse. Jean-Claude Acquaviva a trouvé les mots. « Antoine ne chantait pas, il vous transportait dans un film »

Ce n’était pas un radical mais il n’avait pas oublié qui avait été son père. Il n’avait pas oublié d’où il ne venait ni qui il était et Antoine Ciosi parlait bien mieux que beaucoup d’une île pauvre et rurale dans laquelle il avait vécu.

Des dizaines de chansons. Quelques livres.

Qui, in lu campu santu

Sott’à a filetta serena,

Dormenu li mei

Dopu tamanta pena.

Ici, dans le cimetière,

Sous la fougère sereine,

Dorment les miens,

Après tant de peines…

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

La langouste !

Parmi mes anciens, il se trouve que j’en avais un qui était pêcheur à Ajaccio. Je vous parle du début du siècle dernier. On parlait de lui de temps à autres mais je n’ai guère de souvenirs. Sauf un. Celui-là m’avait marqué. Ma mère me disait qu’à l’époque, la langouste n’intéressait guère les pêcheurs.

Déjà à l’époque, j’étais gamin, vu le prix de la langouste, je trouvais ça étonnant. Nous en mangions une fois par été et encore pas toujours. Il fallait la commander à Galeria et le repas familial autour de ce crustacé, était une fête. Un festin !

En plus, l’idée que la langouste ait été remise à la mer ou à la rigueur, cuite avec une soupe de poissons est peu crédible. Car, si on se documente un peu sur le sujet, on lit qu’en Corse, la langouste était consommée dès l’antiquité romaine. La fabrication de nasses en jonc est attestée. Au milieu du 19ème siècle, la pêche est devenue professionnelle et certains ports, en particulier Centuri dans le Cap, se  sont spécialisé. C’est toujours le cas.

Avec le tourisme, nous parlons là des années 1960 à 1970, la langouste reste sur les tables familiales mais commence à apparaître comme la star des restaurants insulaires. Avec et ce n’est pas une surprise, des prix qui s’envolent parce que le produit est saisonnier et très demandé.  

Cliché de la famille Dondero de Galeria, issu du livre « la vie d’avant dans le bassin du Fangu » (association Cunniscenza di Scandula e di u Fangu)

Petite remarque en passant, le homard, crustacé d’une famille différente est aussi présent dans les eaux de l’île. Certains restaurants le mettent à leur carte. Mais, soit par tradition, soit parce que son goût est meilleur, la langouste est bien plus appréciée.

Disons-le d’entrée. Après de nombreux voyages, où j’ai pu déguster d’excellentes langoustes, je n’en ai jamais trouvé de meilleures qu’en Corse.

A quoi ça tient ? A l’eau j’imagine, et au fait qu’elle vit dans un environnement idéal. Fonds rocheux, grottes, herbiers de posidonies. Peut-être aussi que la Méditerranée est fermée et plus riche en nutriments. Je n’en sais rien et un spécialiste pourrait en parler mieux que moi.

Rochers, grottes, c’est donc dans le Cap, vers les Lavezzi ou à Scandola qu’on en trouvera. Sur Scandola, j’en ai vu d’une taille étonnante.

Pour des raisons liées à sa protection, la pêche est réservée aux professionnels. Ils utilisent des nasses appâtées et posées sur le fond. Elle est autorisée d’avril à septembre. Maintenant, comme les gardes ne sont pas partout, j’ai bien peur que quelques plongeurs à l’abri des regards, viennent en prélever quelques-unes.  J’ai bien peur..non..hélas, j’en suis sûr.

Victime de son succès et de son goût.

Alors, je sais que la langouste peut se manger à la bonifacienne, avec une sauce tomate ou simplement grillée à la braise avec un filet d’huile d’olive. A la maison, Maman avait une recette différente. Bien ligotée, la langouste était plongée dans l’eau bouillante. Il ne fallait pas jeter l’eau de cuisson ! Après avoir fait revenir oignons et tomates, on y faisait cuire des pâtes. Langouste servie froide accompagnée par une mayonnaise montée avec son corail et pâtes…

Mon Dieu que c’était bon !

Alors la langouste est à la fois un symbole de la cuisine insulaire, un pilier économique pour beaucoup de ports en Corse et un défi à venir.

Le défi de maintenir la ressource. Changement climatique, vigilance sur la surpêche, voilà les enjeux pour garder vivant un peu de notre richesse maritime et notre terroir gastronomique.

p>PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Tours génoises, les sentinelles..

Photo Corse Matin (Angèle Ricciardi)

.

La fondation du patrimoine, vient de faire connaître les cent projets départementaux qui seront soutenus. On y trouve deux édifices situés en Corse, les tours de Galeria et de Capu Neru à Coti-Chiavari. J’ai pour celle de Galeria une affection particulière. Je la connais bien et sa situation est magnifique face à la mer, au-dessus de « a foce » avec la grande barrière au fond de la vallée

Mais, je ne la vois pas comme une des plus belles tours de l’île.

En fait, il ne s’agit pas de classer les tours génoises mais de soutenir un projet de rénovation.  Allez, la collecte de fonds a commencé et du coup je vous propose le lien pour celles et ceux qui seraient intéressés.

Les tours génoises ! Il y en avait plus de cent. Comme le montre la carte que j’ai récupérée sur le site « lacorse-travel », on les trouvait sur tout le littoral. Ce qui n’a rien de surprenant puisque leur fonction était celle d’une sentinelle. Sur les 120 tours génoises recensées en 1730, il n’en reste plus que 67. C’est donc en effet un patrimoine à préserver. Historique, architectural et culturel.

Toutes les côtes méditerranéennes subissaient au 15ème siècles des attaques barbaresques. Il existait des tours et des fortifications. Mais en nombre insuffisant. Les villageois n’avaient pas toujours le temps de fuir en montagne. Ils étaient tués ou réduits en esclavage. En 1530, Gênes et pour être plus précis, l’office de Saint Georges,  envoie deux commissaires, Paolo Battista Calvo et Francesco Doria, chargés d’inspecter le dispositif défensif de l’île. Après leur visite, 90 nouvelles tours seront construites

Ces tours sont implantées de telles sorte que chacune est toujours visible d’une autre. Le guetteur « u torregianu » qui apercevait une flotte menaçante, donnait l’alerte. Par un feu ou en sonnant la conque « u culombu ». L’information circulait vite et permettait aux villageois de préparer leur défense ou de fuir.

Ces tours sont rondes à quelques exceptions près. Le fortin de Girolata en particulier. Entre 12 à 17 mètres de hauteur, elles ont toutes la même configuration.

Quatre étages.Un sous-sol pour les réserves et les munitions, un premier étage qui était un espace de vie pour les gardiens avec une cheminée, un deuxième étage qui était une salle de garde et enfin, une terrasse au troisième étage pour bien voir l’horizon.

Pas d’escaliers à l’intérieur mais des échelles avec des trappes entre les étages.

Les tours étaient peu armées et à l’exception de la tour de l’Osse à Cagnano, et encore ce n’est pas sûr, il n’existe pas de relation de combat entre les barbaresques et les soldats. La vocation de ces tours c’était le guet.

Peu d’histoires et quelques légendes comme celle de Sénèque, qui aurait été exilé dans le Cap dans une tour qui de toutes façons n’était pas génoise mais romaine.

Les torregiani qui ne devaient pas quitter leur poste sous peine de galère, oubliaient souvent leur mission militaire pour se livrer à diverses activités plus lucratives. Peu ou pas d’entretien de ces constructions en pierre, évolution des technologies militaires et fin de la menace barbaresque, les tours se sont dégradées, sont tombées en ruine et certaines ont même été détruites.

Il en reste moins de 70. Symboles de l’identité insulaire, emblèmes d’une beauté sauvage, certaines sont en très bon état et d’autres ne tarderont pas à s’effondrer. Un pan de patrimoine par terre

p>PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Des russes en Corse..

Vapeur Rion (site: https://aaomir-cmir.net/lemigration-russe/lequipage-du-paquebot-rion/)

Au début des années 30, le ministère de l’intérieur demanda un recensement des étrangers vivant en Corse. Il y en avait à peu près vingt mille. En majorité italiens. Mais, ceux qui apparaissaient en deuxième position, étaient russes. Un peu plus de trois cents.

Une curiosité ? Sans doute pour ceux qui ne connaissaient pas l’Histoire. Ceux qui avaient suivi l’actualité des années précédentes n’étaient pas surpris d’avoir pour voisins des Amolsky, Baranovsky,  Ivanenko, Taczanowski, ou autre Voropaieff.

En 1920, c’est la fin de la guerre civile en Russie. L’Armée rouge l’emporte sur les « Russes blancs » qui avaient combattu les bolcheviks. Ceux-ci, réfugiés en Crimée, ont pris la fuite en bateau. Pas loin de 150.000 personnes dont 30.000 environ étaient des civils.

Quelques pays les accueillent mais c’est le Brésil qui va proposer de donner des terres à 10.000 réfugiés. On décide donc d’envoyer un premier contingent de 3.000 personnes vers l’Amérique du Sud. C’est le vieux paquebot « Rion » qui est choisi. Depuis Constantinople, et après quelques escales, il arrive à Ajaccio dans la nuit du 15 mai 1921.

A l’exception de la publication « a muvra », la presse et la population ont vite fait preuve de solidarité envers les russes. Le Rion ne pouvant repartir, quelque 600 réfugiés sont enfin autorisés à débarquer pour aller s’installer à la caserne Livrelli, située dans le centre d’Ajaccio.

Après la première guerre mondiale, l’agriculture insulaire manquait de bras. Aussi, beaucoup de ces réfugiés ont été engagés comme ouvriers agricoles. Certains de façon officielle, il y avait un bureau de recrutement à la caserne. Et d’autres non. Quelques russes n’avaient pas attendu d’être accueillis par les autorités. Ils s’étaient évadés du Rion à la nage. On peut lire à ce propos, la très complète page Wikipedia qui évoque le destin d’Anatole Popoff.

Photo issue du site du Journal de la Corse (https://www.journaldelacorse.corsica/articles/1811/quand-la-corse-accueillait-des-russes)

Les quelques 800 russes, peut être davantage selon les sources, se sont très bien intégrés. Ils donnaient pleine satisfaction à leurs employeurs. Ils sont très dispersés dans l’île plutôt dans le sud et parfois, il n’y a qu’un seul individu, surnommé comme il se doit « u russiu ».

Des familles ont été fondées. Et en quelques années, leur intégration a été complète. La naturalisation a été accordée peu à peu.  Ainsi, Anatole Popoff devient français dès 1927, Serge Amolsky en novembre 1930, alors que Nicolas Ivassenko doit attendre pour cela le 26 mai 1936.  et en 1939, il n’y avait plus que trois réfugiés qui avaient souhaité rester russes.

On peut dire qu’en se mariant sur place, parfois avec la fille de leur employeur, en apprenant la langue, en se convertissant au catholicisme, ils avaient épousé un pays. Une intégration complète qui était sans nul doute leur plus grand espoir car ils n’avaient plus rien à attendre de leur pays d’origine.

Leur dissolution parmi les Corses est étonnante. A tel point, que leur souvenir s’effaçait.

Une association, Kalinka-Machja, réunit les descendants des passagers du Rion mais a priori, elle n’est plus très active.

Je n’ai parlé que du destin corse des « russes blancs ». L’histoire va bien au-delà. De nombreuses publications donnent beaucoup d’informations sur le mirage brésilien ou le triste épisode du paquebot « Burgeister von Melle » qui a ramené des centaines de réfugiés vers le Bosphore qu’ils auraient bien voulu ne jamais revoir.

Quelques liens:

Article du site « in piazza » Article de Corse Matin.. et un billet du Journal de la Corse

p>PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Vendetta…Vindetta..

La vendetta, la vengeance, est un sujet particulier.

Au-delà des fantasmes, il faut tout de suite savoir trois choses. La vendetta existait ailleurs qu’en Corse et pas partout dans l’île. Sa raison d’être est assez évidente, misère et absence de l’état. Et enfin, ce fléau obéissait à un code. Pauvre de nous. Les auteurs français ont bien travaillé. Mérimée avec Colomba (j’en ai parlé ici), Honoré de Balzac dans son curieux récit « la vendetta » ou encore Guy de Maupassant dans une nouvelle assez ridicule où une mère dresse un chien  avec des boudins ( !) pour tuer le meurtrier de son fils. Donc, la vendetta serait corse ! Pas du tout, elle existe dans les Balkans, dans l’Italie méridionale avec un cas remarquable. L’Albanie. La vengeance y est régie par un droit coutumier, un code connu sous le nom de Kanun. Pour ceux qui sont intéressés, la page Wikipédia est très bien faite.

Donc, un peu partout dans le monde mais pas partout en Corse . Le Cap Corse, où vivaient paisiblement les marins et commerçants, la Balagne ou le Nebbio sauf exception n’ont pas connu de vendetta. Ce sont les villages isolés, en montagne, qui sont concernés.

L’explication, est à la fois historique et économique. Gênes tolérait la vengeance privée en autorisant le paiement pour compenser le meurtre. Là encore, ce n’est pas spécifique à la Corse. C’est prévu par le Weregild (droit germanique), la Diyya (droit musulman) ou encore le Kanun déjà cité en Albanie.

Mais ce qui caractérise la période génoise, c’est l’arbitraire et une mauvaise gestion. Pas de justice véritable ? La justice privée prend sa place. De 1683 à 1745, ce sont plus de 28 700 meurtres par vendetta qui furent ainsi enregistrés. Il faut attendre les deux Napoléon, pour que l’île ait à la fois un système judiciaire qui fonctionne mais aussi et surtout, un développement économique.

Comme évoqué plus haut, la vendetta concernait avant tout les régions les plus reculées, les plus pauvres et le plus souvent enclavées. Dans les montagnes, les voies de communication étaient quasi inexistantes, les habitants, pauvres, éleveurs, paysans vivaient souvent isolés dans des conditions de vie difficiles. La justice ? On n’en parle pas.

Alors, les causes de la vendetta peuvent sembler, aujourd’hui, bien futiles. Un âne qui divague dans un jardin, un arbre qui fait tomber un mur, une parole « de travers » ou un regard jugé insolent. En réalité, la valeur des biens ne compte pas mais porter atteinte à un bien, c’est porter atteinte à l’honneur. Dans une communauté villageoise isolée, l’affront est connu. Et s’il reste impuni, le mépris est pour celui qui ne s’est pas vengé.

Un code, si on peut dire, réglait les détails de ces sinistres affaires. La vendetta c’était une guerre privée, de famille à famille. La femme la plus âgée donnait l’ordre mais ne participait pas au meurtre. Coupable ou innocent, peu importait. On tuait les membres de la famille coupable de l’outrage. Et honte sur celui qui ne se vengeait pas ! U rimbeccu..le reproche et la honte qui obligeait celui qui l’avait reçu à quitter le pays.

Cheveux et barbe qu’on laissait pousser jusqu’à la fin de la vendetta, conservation de la chemise sanglante du mort, déclaration de guerre « garde-toi, je me garde !  pas ou peu de face à face, de duel mais embuscade !

La vendetta pouvait ne jamais s’arrêter sauf si un traité de paix intervenait (fà e pace) grâce à un ou des médiateurs (paceri).

Ce devoir de famille, cet orgueil entretenu par la pression sociale a fait couler bien de sang.

Et sans surprise aucune, les légendes sont arrivées pour glorifier l’homme qui pour sauver son honneur avait pris le maquis et vivait en liberté en ayant méprisé la loi. Certes. Mais pour un Jean-Camille Nicolaï combien de André Spada ! (Voir leur histoire ici)

p>PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Les obsèques…

Vous comme moi, hélas, avez connu des deuils. Ce sont des moments pénibles. Des douleurs intimes qui appartiennent à chacun et dont je ne parlerai pas ici.

Mon sujet, c’est celui des rites funéraires. La façon dont, jusqu’il y a quelques décennies, les enterrements étaient organisés suivant un code traditionnel qui pouvait être différent suivant les régions.

La Corse est un carrefour. Une terre imprégnée de cultures diverses, religieuses et païennes. La mort, est regardée comme une étape et le rite, ce passage, illustre la continuité entre les vivants et ceux qui sont partis. Ce cérémonial est aussi l’illustration de la solidarité de la communauté avec les proches touchés par le deuil.

Lorsque le décès avait des causes naturelles, lorsque le moribond allait rendre son dernier souffle, un proche allumait un cierge qu’il promenait autour du corps en disant des prières. Le prêtre était appelé pour l’extrême onction et les cloches sonnaient, très vite, pour que celui ou celle qui allait mourir les entende. Ce glas chassait les mauvais esprits.

Ensuite, il fallait préparer la maison. On la fermait. Et comme il n’y avait rien d’autre, le corps était placé sur la table de la salle à manger, a tola,. On y posait trois bougies. Le défunt était habillé avec ses plus beaux habits. Dans des temps plus anciens, la famille cachait les miroirs et les récipients étaient vidés pour que l’âme du défunt ne reste pas prisonnière. Les rideaux étaient tirés. Les volets étaient clos. Pendant trois jours.

Les voisins, solidarité villageoise, amenaient les repas à la famille du défunt. Pas de gâteaux ou de sucreries et pas de friture. Il se disait que l’huile en train de frire, chantait. C’était une marque d’irrespect.

Avant l’enterrement, il y avait la veillée funéraire, a vechja. La famille, les amis se retrouvaient dans la maison du mort pour un dernier hommage. Le moment de parler de celui ou celle qui s’en allait, au travers de souvenirs. Il y avait de quoi manger et boire. On saluait le corps en entrant, les hommes serraient la main et les femmes l’embrassaient. Il y a bien longtemps, les pleureuses intervenaient pour des chants improvisés. Si j’en crois la documentation, les pleureuses ont existé jusque dans les années cinquante. Bien plus ancien, est le caracolu, une danse pour accompagner le mort.

Ensuite, le cortège funéraire se mettait en route vers l’église pour la cérémonie religieuse. Une étape, chrétienne, pour bénir l’âme du défunt. L’église est parfois trop petite pour accueillir tout le monde. A l’extérieur, attendent ceux qui n’ont pu entrer. J’ai un souvenir affreux de la sortie de l’église, où tous voulaient m’embrasser. Des dizaines de personnes. J’étais étourdi et au bord du malaise.

Le cercueil était ensuite porté par les hommes jusqu’au cimetière pour l’inhumation. Un dernier adieu.

Puis le retour à la maison, où les visiteurs trouvent de quoi manger ou boire un café avant de repartir parfois pour un long trajet.

Deux choses m’ont marqué. La première c’est que la mort pouvait être l’occasion de se réconcilier pour des gens qui ne se parlaient plus. D’ailleurs, même s’il y avait inimitié, on faisait acte de présence. La seconde, c’est que les villageois notaient les absents et ceux qui s’étaient abstenus de rendre ce dernier hommage, étaient coupables d’un affront.

La Corse a connu l’exode rural. Les villages se sont vidés. Et lorsque la famille vit sur le continent, il n’est pas simple de respecter un rite qu’à vrai dire, la plupart ont oublié. Plus de repas commémoratif quarante jours après les obsèques, plus de branche d’arbousier dans la bouche d’une personne morte à l’extérieur.

Mais ce qui demeure, c’est un rapport particulier à la mort. Entre les deux mondes, celui des vivants et le leur, la frontière est mince. Et celui qui sur le continent ne croit ni à Dieu ni à Diable, aura toujours un rapport craintif avec ce qui touche à l’au-delà.

p>PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Lonzu, coppa mais pas que..

Truie et ses petits au col de Vergio! Photo prise par Madame pour son blog https://www.beletteagile.com/

C’est bientôt la fin de l’été. Les touristes avant de repartir cherchent le souvenir ! Ça tombe bien. Les boutiques et supermarchés regorgent de charcuterie. Dans les épiceries sérieuses, mais il faut mettre le prix, ils trouveront de la qualité. Pour ceux qui ont connu la méthode Assimil « è cara a roba corsa ! ». Les supermarchés, c’est autre chose. Cette abondance est suspecte.

Si on veut retrouver le vrai goût de la charcuterie corse, le meilleur, il faut aller vers des produits élaborés à partir de porcs élevés sur l’île, en liberté, dont la viande aura été séchée dans des caves à l’air libre. Mais avant le séchage, il faut saler et chacun aura sa technique avec plus ou moins d’herbes aromatiques et de poivre.

Or, à moins d’avoir des cochons d’une tonne, on comprend mal comment il peut y avoir autant de charcuterie à la vente. La réponse est connue. Environ 90 % de la charcuterie vendue en Corse est produite à partir de porcs importés (de Bretagne, Espagne, Pays-Bas notamment) et donc seuls à peu près  10 % des produits sont issus de porcs élevés localement, principalement la race corse « Nustrale ».

Premier réflexe. Rechercher AOP (Appellation d’Origine Protégée) qui garantit un cochon 100 % né, élevé, abattu et transformé en Corse ou, à la rigueur, IGP (Indication Géographique Protégée) qui concerne les viandes importées et transformées sur l’île.

Le mieux c’est de connaître un éleveur. J’ai cette chance ! Je garderai son nom pour moi mais je vous propose avec ce lien, une liste des producteurs recommandables.

Alors, qu’est-ce qu’on mange ?

A coppa..de l’échine ou de l’épaule de porc, salée, parfois fumée et ensuite séchée pendant plusieurs mois.

U lonzu, c’est le filet. La partie maigre. Salé, séché, c’est pour moi une alternative idéale à l’éternel « melon jambon ».

La saucisse est préparée à base de viande de porc hachée, d’aromates, de sel et d’autres ingrédients traditionnels. La recette varie selon les régions et le producteur qui y rajoutera du vin blanc, des herbes ou même du fenouil. Ah.. Ne parlez pas de saucisson d’âne ou alors répondez comme je l’ai fait à un collègue qui me demandait où en trouver… « il n’y en a plus depuis que les touristes sont une espèce protégée ». Eccu.

U prisuttu..le jambon..salage, séchage, longue maturation. On m’en avait offert un entier. Il a fini par moisir. Plus de six kilos ! Même en en  mangeant un peu tous les jours, il était impossible d’en venir à bout. J’ai pu goûter du jambon ibérique, le fameux Bellota. Excellent mais sans aucun chauvinisme, un prisuttu nustrale n’a pas à rougir de la comparaison.

U figatellu. La charcuterie pleine de mystère ! Déjà, on en trouve tout le temps alors que normalement c’est une spécialité d’hiver, qui se mange quelques mois après l’abattage « a tumbera ». A base de foie et de maigre, elle doit être grillée et si on peut, récupérer le jus entre deux tranches de pain..Ohimè, le sandwich ! L’autre mystère ? C’est que certains le mangent cru. IL faut aimer le risque parce que c’est fait à partir d’un abat ! S’il y a quelque chose à éviter dans les grandes surfaces, c’est bien le figatellu. On voit le gras tout blanc et bien peu de chair. Le gras c’est moins cher, ô zitté !

A pancetta..qui est notre bacon et j’ai gardé le meilleur, selon moi, pour la fin.

A bulagna ! C’est la bajoue du porc. Forme triangulaire, poivrée, fumée. J’étais jeune quand j’en ai mangé la première fois. Mon oncle à L’Acquale l’avait faite frire avec des œufs. Je m’en souviens encore et quand je peux en avoir, je l’achète. Pâtes, œufs et même une recette personnelle, fondue de poireaux, bulagna et coquilles Saint Jacques juste snackées.

Un truc que vous connaissez sans doute. La charcuterie se garde bien au fond du frigidaire dans un linge humide. Et voilà. Maintenant j’ai faim. Je vais faire une descente dans le frigo et voir ce qui reste dans ce fameux torchon.

p>PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…