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Le jardin potager..l’ortu..

J’éprouve une vraie nostalgie en pensant aux jardins. Pas aux jardins d’agrément, i giardini, mais aux potagers, l’orti. Il doit y en avoir encore dans les villages mais par chez moi, je n’en vois plus.

Une pensée amère pour celui qui a détruit le chemin bordé de murs en pierre qui descendait à la rivière. Il fallait que les engins arrivent à la station d’épuration mais il n’était pas nécessaire de tout casser jusqu’à la passerelle ! Ah bien sûr. Maintenant les voitures peuvent descendre jusqu’au fleuve. C’est si confortable et trois ou quatre cents mètres à pied, c’était trop demander.

Bon, le long de ce fameux chemin, outre les ronces chargées de mûres, il y avait de part et d’autre, des jardins. Mais il y en avait aussi en bas de chaque maison. Tôt le matin ou en fin de journée, c’était arrosage. A l’époque, le ruisseau de Bardiana courait encore et le captage, un gros tuyau noir, apportait l’eau nécessaire. Un coup de pioche. Une rigole après l’autre et on arrosait ainsi tout le potager.

Il y avait les haricots qui dominaient tout ce petit monde végétal bien accrochés à leur tuteur en bois. Courgettes à profusion, aubergines, salades et concombres. Des tomates comme je n‘en plus jamais vues. D’une taille énorme, que de la chair et d’un goût. La « rouge de Corse » variété très ancienne originaire qui était connue jadis sous le nom de “Pumata Nustrale”, la tomate de chez nous. Vous pouvez vérifier sur internet. On parle de fruits de cinq cents grammes mais je peux vous garantir que j’en ai mangé qui pesaient davantage. De l’oseille, que je n’aimais guère et des melons que j’appréciais bien plus

Et puis des fruits. Poirier, prunier et même un cognassier à qui je donnais rendez-vous aux vacances de la Toussaint. Un cerisier aussi dont nous ne profitions guère. Les oiseaux mais aussi quelques chapardeurs à deux pattes pour qui le respect de la propriété d’autrui pesait peu quand il s’agissait de cerises juteuses. Et puis, les tous premiers jours des vacances d’été, ça se jouait à pas grand-chose, il restait quelques framboises. Petit trésor.

Ca, c’était dans le Filosorma..Au Niolu, où je passais quelques jours, le soir je partais avec mon oncle pour arroser au Canale ou à Siborchja. Canale, c’était en haut du village. Il y avait des noisetiers et des fraises des bois que je n’ai jamais pu goûter. Les jeunes du village avaient repéré le gisement et le pillaient avec une efficacité redoutable. Siborghja était trop loin pour le pillage. Il fallait prendre la piste qui montait vers l’Ercu, puis la laisser et descendre sur la droite. Passer deux ou trois murets et c’était le potager. Un pommier avec des fruits verts et acides, des pommes de terre que mon oncle avait renoncé à me faire ramasser. A chaque coup de bêche, j’en coupais une en deux. Et surtout, un bassin dans lequel venait la menthe pouliot, la menthe des bassins. Odeur et goût dans les beignets. Je ne vous dis que ça.

Et puis nous rentrions avec le panier plein quand le soleil tombait. Et la fraîcheur car le soir, même en été, il faisait froid à l’Acquale.

Un steak, les pommes de terre à peine sorties de terre avec les tomates fraiches en sauce après un passage à la poêle.

Oui, j’ai la nostalgie des jardins. Et puis aussi et peut être surtout de ces jours paisibles.  

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Pietro Cirneo..

L’église de Bardiana est dédiée à Saint Pancrace. J’ai eu l’occasion, ici, de lui consacrer un billet de blog.

En lisant de la documentation sur ce saint, je suis tombé sur un épisode de la vie de quelqu’un que j’ai déjà cité. Petrus Cyrnæus ou Pietro Cirneo. Puisque j’ai évoqué Giovanni della Grossa, je vais écrire quelques lignes sur celui qui fut son précurseur.

Si on en croit les sources, Pierre Felce appelé plus tard Petrus Cyrnæus ou Pietro Cirneo, Pierre de Corse donc, est né à Felce d’Alisgiani en 1447 et serait mort vers 1506.  Orphelin très vite, et dépouillé par des parents peu scrupuleux, il serait parti en Italie en quête d’une situation.

C’est là qu’il se serait choisi ce nom en référence à ses origines. Il suit les leçons de Benedictus Brognolius, professeur de latin et de grec à Venise. Il se fixe lui-même dans cette ville où il devient lui aussi professeur puis correcteur d’imprimerie. Puis il entre dans les ordres pour, on le pense, se consacrer, à l’histoire. Il écrit notamment une œuvre dont le titre est Commentarius de bello ferrariensi, ab anno 1482 ad annum 1484 qui traite des guerres entre Ferrare et Venise, dans les années 1480. Mais, il découvre ce que Strabon, géographe grec du 1er siècle a écrit de son île natale et il n’apprécie pas … On peut le comprendre. Voyons donc..

«  ..L’île de Cyrnos que les Romains nomment Corsica, est un pays affreux à habiter, vu la nature âpre du sol et le manque presque absolu de routes praticables, qui fait que les populations confinées dans les montagnes et réduites à vivre de brigandages, sont plus sauvages que les bêtes fauves. C’est ce qu’on peut du reste vérifier sans quitter Rome, car il arrive souvent que les généraux romains fassent des descentes dans l’île, attaquent à l’improviste quelques une des forteresses de ces barbares et enlèvent ainsi un grand nombre d’esclaves ; on peut alors observer de près la physionomie étrange de ces hommes farouches comme les hommes des bois ou abrutis comme les bestiaux, qui ne supportent pas de vivre dans la servitude, ou qui, s’ils se résignent à ne pas mourir, lassent par leur apathie et leur insensibilité les maîtres qui les ont achetés, jusqu’à leur faire regretter le peu d’argent qu’ils leur ont coûté. Il y a cependant certaines portions de l’île qui sont, à la rigueur, habitables, et où l’on trouve même quelque petites villes, telles que Blésinon, Charax, Eniconiæ et Vapanes… »

Il compose en réponse « De rebus corsisis libri IV, usque ad annum 1506 » où il retrace en latin, pour les érudits donc, une histoire de la Corse des origines jusqu’au XVe siècle, et fait l’éloge de cette île et de ses habitants, libres et vertueux. Cette œuvre a été imprimée pour la première fois en 1738, dans le vingt-quatrième volume de la collection de Muratori.

Il retourne enfin dans son pays. Prêtre de la paroisse de Sant’Andria di Campoloru où il décède.

Alors, où et comment placer l’épisode qui le voit passer de futur bandit à homme de savoir, grâce à Saint Pancrace ? On ne voit pas trop. La version proposée dans la vie du saint ne correspond pas à la chronologie. Revenu d’Italie, pour se venger des parents qui lui avaient fait du tort, il voulut entrer en vendetta. Sans expérience à ce propos, il s’en alla consulter le bandit d’honneur nommé Galvano. Comme on célébrait au même moment Saint Pancrace, saint patron des bandits, Galvano lui conseilla de respecter la trêve. Ils restèrent ensemble et profitèrent de cette trêve pour réfléchir et mettre au point le plan de la vengeance. Au terme de ce temps, Galvano s’apprêtait à passer aux actes avec son ami quand celui-ci, probablement touché par la grâce de saint Pancrace, décida de renoncer à ses funestes projets et de rentrer dans les ordres.

Bon, belle histoire mais pas du tout crédible puisqu’on sait qu’il était prêtre quand il est revenu sur sa terre natale. Au travers de ses écrits, il semble qu’il ait eu le sang chaud mais on ne l’imagine guère, devenu prêtre, se lancer dans une sanglante vendetta.

Pour ceux que ça intéresse, j’ai découvert qu’il existait un livre (en vente sur Amazon !) qui est la reproduction d’un ouvrage paru en 1928. C’est la photo qui illustre ce billet. Et vous pourrez lire avec intérêt une contribution de François Santoni présente les interprétations historiques relatives à la Corse romaine issues de deux auteurs insulaires des 15ème et 16ème siècle, Pietro Cirneo et Anton Pietro Filippini.

Tout de même. Quelle affaire ! Des bandits, un saint, un prêtre, des historiens. L’histoire de la Corse est comme un vagabondage. On part à l’aventure et toujours de belles et étonnantes découvertes.

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La battue..a mossa..

J’ai un souvenir particulier de ma première et dernière battue au village. Il leur manquait quelqu’un. Bon, j’ai accepté de compléter l’équipe. Mais, je n’avais pas le permis et j’ai demandé un poste éloigné du chemin. Les chasseurs m’ont indiqué de façon assez peu précise l’endroit où je devais aller. Je suis monté pendant au moins une heure sans le trouver. Et j’ai fini par me mettre dans un endroit qui me semblait convenir à une action de chasse. Il est heureux que le sangler ne soit pas passé. Si je l’avais tué, j’aurais bien été en peine de le redescendre. Bref. Les trois coups de fusil annonçant la fin de la chasse ont retenti. Je suis redescendu mais quand j’entendais marcher, j’avais peur qu’il s’agisse des gendarmes. J’ai fini par cacher le fusil dans le maquis et rejoindre l’équipe. Ils ont récupéré l’arme, m’ont écouté et ne m’ont plus jamais proposé de participer à une battue. Le ridicule ne m’avait pas tué. Tant mieux. Je suis plus pêcheur que chasseur et je relâche les truites que j’attrape. Autre sujet d’étonnement chez les villageois.

La battue est chose sérieuse, voyez-vous !

Bien sûr, dès l’ouverture de la chasse, on peut tirer les perdrix et plus tard, quand ils passent, merles, grives et pigeons. Mais c’est un plaisir solitaire. La battue est plus symbolique et son importance est réelle au sein de la communauté villageoise. Communauté masculine même si j’ai connu une femme qui y participait.

Ce sont les gens du village qui chassent entre eux et les étrangers, les nouveaux venus, doivent être invités ce qui est un privilège. A ce propos, c’est vieux, très vieux même et donc j’ose en parler, j’ai le souvenir d’un continental installé en Corse depuis peu qui avait été convié à une battue du coté de Bocca Bianca si mes souvenirs sont bons. Voulant faire ses preuves, il avait tiré sur un animal qui bougeait dans un buisson. Il venait ainsi de tuer une vache. En Corse, on dit qu’il avait fait son « proverbe ».

Au lever du jour, les hommes se rassemblent et quittent le village en direction de l’endroit choisi pour la battue. Endroit décidé par les sachants dans les jours qui précèdent la chasse. Lorsque l’équipe est importante, il y a ceux qui « font les voix » et lâchent les chiens pour trouver et orienter le cochon sauvage vers les « postes » où sont placés les tireurs. A l’affût.

Il faut donc connaître le terrain et les habitudes du sanglier. Et ne pas rater son coup lorsqu’il passe. Du village, lorsque la battue n’est pas trop éloignée, on peut suivre la chasse et la façon dont les chiens aboient donne une indication sur leur position par rapport à l’animal qu’ils pourchassent. Et on sait lorsqu’ils en sont très proches. Imboccati..prends à manger ! Voilà le cri qu’on entendait pour exciter le chien à mordre le cochon.

Si le chasseur avait été adroit, l’heure était venue de ramener le sanglier mort au village pour la suite des opérations. Sur les épaules. Il fallait être gaillard. Je me souviens d’un en train de dévaler le long du ruisseau de Bardiana à coté du cimetière avec un animal sanguinolent sur ces épaules. Cochon qui devait bien faire ses cinquante kilos. Tiens, qu’aurait-il fait avec celui-là.178 kilos ! J’ai cru à une plaisanterie mais il semble bien que ce soit vrai. Les effets du croisement avec les animaux domestiques.

Ensuite, on castrait le sanglier pour éviter que la viande prenne un mauvais goût. On le dépouillait et on le débitait. Les morceaux de viande n’étant pas tous de la même qualité, ils étaient tirés au sort. Le plus souvent, une personne, le dos tourné, nommait celui à qui serait attribuée la part désignée.

Le meilleur moment, selon moi, était à venir. La daube. Et oui, paradoxe. Philosophe en idées et pauvre en conduite, je n’aime pas tuer le sanglier mais j’aime le manger. Nul n’est parfait !

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Le renard…a volpe

Pourquoi ne pas le dire. J’ai une grande sympathie pour le renard. Bon. Il me faut reconnaître que peu de mes compatriotes partagent mon avis. Surtout, s’ils ont des poules.

En réfléchissant, il me semble que cette sympathie vient, comme souvent, de mon enfance. Cette enfance se déroulait neuf mois par an, en ville. Loin de la nature. Les trois mois d’été, c’était au village. Et la nuit, la chambre restant ouverte, j’entendais le bruit du fleuve mais aussi les chouettes et un bruit dont je ne connaissais pas la nature. Ma Mère m’avait expliqué alors que c’était un renard qui jappait.

Pour moi, le renard c’était l’animal sauvage. Fascinant pour un petit urbain. Et en plus j’avais dévoré le « roman de Renart » dans lequel il était un héros rusé défiant l’autorité et se sortant sans peine des situations les plus délicates.

Il vit surtout la nuit. Pourtant j’en ai surpris un en plein jour près de la rivière. J’entendais du bruit derrière un buisson. J’avançais. Le bruit s’arrêtait puis reprenait et nous avons fini par nous trouver nez à nez. La rencontre a été rapide. Le renard a été aussi étonné que moi et bien plus leste. Il doit courir encore. 

Mais, et c’est difficile à croire et pourtant vrai (à lire) , j’en ai vu un d’encore plus près. Nous étions montés à trois couples avec les enfants au refuge de Ciottuli i Mori. L’idée était, pour les plus grands de monter au trou du Tafunatu. Les plus jeunes devaient nous attendre au col des Maures. Les enfants dormaient sous les tentes à quelques dizaines de mètres du refuge. Et les adultes dans les duvets. Alors que je commençais à dormir, je sens une présence. J’ouvre les yeux et là..un renard au-dessus de moi me regardait. J’appelle mon ami et lui dis en quelques mots ce qui se passe. Il rigole et me répond..aho c’est un chien.. moins d’une minute après le voila debout en train de courir après goupil qui lui avait fait le même coup. Au petit matin, réveillé par des grattements, je vois un renard, le même ou un autre, en train de démantibuler un sac à dos et de partir avec un petit sac avec des provisions. Il s’arrête un peu plus bas. Je prends un gros caillou avec l’idée de le trucider et puis je renonce. Il me regardait et franchement, il était trop beau pour que je le tue. Voleur mais pas chanceux puisqu’il avait embarqué le café en poudre. Le gardien du refuge n’a pas été surpris. Il nous a expliqué que les randonneurs avaient pris la mauvaise habitude de les nourrir et que les renards n’avaient plus peur de l’homme. Ils étaient presque apprivoisés.

Revenons aux légendes. Et bien. Il y en a peu en Corse. A la différence de la France, mais pas seulement, où le renard apparaît dans beaucoup de récits et de fables. Cherchez sur internet et vous trouverez des dizaines de textes d’Esope à la Fontaine pour ne parler que des plus connus qui utilisent l’animal.

Chez nous, une référence proverbiale. Lorsqu’il pleut et fait soleil en même temps, un dicton prétend alors que « le renard se marie ». C’est sans doute lié à la couleur particulière du ciel à ce moment précis. Ce qui est étonnant c’est de retrouver la même expression au Japon !

Les dernières nuits que j’ai passées au village, j’ai continué à laisser la fenêtre ouverte. Le fleuve est toujours présent. Parfois la chouette. Mais le renard ne se fait plus entendre. Il n’y a plus de poulaillers et ceci explique sans doute cela. Et je vois avouer que ça me manque.

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Miraculu natalescu..




A valle chi vi vogliu prisintà è a meia. E bella persa e quelli chi ci ghjunghjenu si so, a maio parte di u tempu, sbagliati di strada. E dino assai inquietante quandu si ne casca a notte e chi l’umbreghju di e muntagne vene annigrisce e piniccie e, capinsu, e fureste di lecce e di castagni diggia belle bughjose da per elle. Ci so parechji paesoli chi parenu suminati d’una parte e di l’altra di u strado a qualchi chilometri l’unu di l’altru..
Per di tuttu, questu locu è statu assai, luntanu di a mudernità e aghju cunisciutu u mo paese senza electricità. Ava, avemu ancu a televisione e u telefonu ma tenimu sempre in mente, i tempi anziani e parechje cose ,smarite altro, so sempre un pocu vive indè mè..

Ma quandu ci pensu, un ci è chi una cosa chi a veramente cambiatu. U locu ava è spupulatu… un ci è piu nimu per parlà di tuttu stu passatu.. Pecatu, chi u ricordu di certe personne pianu pianu si squazza in vece chi a so storia si meritaria di esse conta davanti u fucone, assai dopu ch’elli sianu smariti.

Si chjamava Ghjacintu, ma tutti u cugnumavanu  » a mosca  » dapoi ch’ellu avia fattu comu si dice omu, u so pruverbiu. U megliu è di racuntavi l’affaru chi vo sapissite esattamente quale era. Dunque, un ghjornu chi u sole sciappava e petre, ellu travagliava à l’infora. Ghjacintu era turmentatu da una mosca ch’allitava u sudore. Volava eppo si ponia nantu quellu tintacciu. Ellu, ognitantu lasciava puru cascà a so carica per tumbà u mignocolu ma u so motu u faccia fughje. E durava cusi dapoi una bella stundetta sotta l’occhji alegri di una cumpania a mezz’adrumintata. Tuttu d’un colpu, piu vivu per una volta chi a mosca, Ghjacintu a si piglia e tutti aspettavavanu chi l’inciaccessi ma inno. Ghjacintu ben ‘accuratu li strappava l’ale e lasciendula in terra li face  » ava marchji a pedi quante mè  » E cusi ch’ellu si vede chi gattivu un ‘era e chi s’ellu pinsava micca a l’usu cumunu, un li mancava l’arbitriu.

L’averete capitu, ci era a ghjente per stu cantone e particularmente, una ghuventu assai turbulente e chi pinsava sopra tuttu a trove a macagna di quelle, una chi feria spanzassi i paesani mentre parechji mesi. Vi puderia parlà di l’unu o di l’altru ma l’affaru chi vi vogliu cuntà, ne tuccava trè. Tantu megliu chi a stu ghjocu eranu puru i piu forti. A sapete di quelli capace di fà crede a i furesteri chi di sicuru Nabulio è interratu in Pariggi ma chi u so craniu di zitellu è qui…indè u cemeteriu di u paese ! E di lagnassi chi u merru un faccia nulla per fà cunosce st’eventu quantunque maio per a storia di a Corsica… E l’altri ch’ingullianu questa sumerata di capochja…..

Di u genaru à azzingà un filu a i pedi d’un mortu mentre a veghja per fà move l’anca e fà nasce a u panicu indè i presenti..In fattu fine, pullastri invintivi e maligni chi senza gattivera, s’eranu sceltu a Ghjacintu  » a mosca  » cume sibula di e so burle e altre barzulette. Si chjamavanu Batti, Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu..a casata un si ne parla chi, ci vole a capiscela, so sempre vivi e piuttostu sgio..a chi duttore, a chi circadore..e anc’unu chi face a puliticha per ste Francie…

Omu s’avvicinava di Natale e i ghjorni chi eranu corti e puru freti si terminavanu a lu caffè. Ghjacintu ci passava sempre una bella stonda, u tempu di sciaccassi chjachjarandu duie o tre bicchierii di vinu. Li piacia assai lu vinu ma, u tintu era troppu poveru per pudène beie bonu e abbastanza. Dunque, prima di raghjunghje u so paesolu di Montistrellu, luntanu di u paese di qualch’ettometri, lasciava sempre a cumpania incu a listessa cacciata  » pecatu ch’in funtana un ci corre che acqua, u vinu m’averia fattu pro  » Parlava di a funtana sotta a so casa. Tutti i paesani questa filastrocca, di mente a cuniscianu e  » a mosca  » un n’avia mancu u tempu di compie a so infrasata chi a salla sana a ripigliava in coru e mughjendu.

Per dilla franca Batti, Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu s’ annuiàvanu. Sempre e listesse macagne. Quante cani annasandu, circavanu sempre qualchi scimità da invintà. Cume sta sera qui, Ghjacintu si n’andava quante d’abitudine sotta li mughji di a cumpania, Pasquale era statu mutu. Quandu l’altri l’anu fighjulatu, avia un surrisu tamantu e l’occhji abbagliuliti di quellu chi a trovu a macagna di e macagne..una chi avia da esse stampata ! Ma un di nulla a i so cumparsi. Tropp’a bonora. Bastava, li spiego, chi mentre i quindeci ghjorni chi firmavanu sin’a Natale avianu da ripete a Ghjacintu chi un miraculu natalescu era sempre pussivule, chi Ghjesu avia cambiatu l’acqua in vinu in Canaa e chi, s’ellu prigava assai ribicchinandu parolle magicche, u vinu avia da zirlà di a funtana per Natale.

U lindumane sera, a lu caffè, quante cuspiratore, anu pagatu un bicchieru di vinu sceltu a Ghjacintu e cuminciatu l’operata. U tintu chi era pietosu fu scunvintu facilmente incu l’aiutu di u vinu e turno a casa ripetendu a preghera chi avia da cambià l’acqua in vinu. Chi era sta preghera, nimu un l’a mai sapiutu chi  » a mosca  » a dicia mezavoce. Di sicuru qualchi bestialità imaginata da questi tre diavuletti. E torna a Vignale, tutte e sere, vinu sceltu, preghera e discorsi. U vintiquattru, Batti e Ghjuvan-Ghjacumu un vedianu induve Pasquale li vulià purtà. Un vedianu l’interessu di a storia postu chi  » a mosca  » quandu avia de vede chi a funtana dava sempre acqua, passeria subitu a altra cosa e chi a burla un faria ride a nimu !

Ma Pasquale avia pinsatu a tuttu….  » Sta sera ô cumpa, mentre a messa e dopu mentre a sopracena, Ghjacintu a da beie e sera di sicuru mezzu briacu . Eiu aghju messu a parte una buttarella .di cinquanta litri chi aghju empiutu di vinu di Patrimoniu arrubatu in cantina di Ziu Antone…chi s’ellu a sa mi tomba…aspittemu a mezanotte..Tu, ô Batti colli a a colta..l’aghju diggia cullatu quassu a buttarella…aghju straziatu in veru ma ava ci è. Tutt’è prontu…Taglii subitu l’acqua…Eiu incu Ghjuvan-Ghjacumu ci cansemu indè Ghjacintu, li parlemu di a funtana….quand’ellu sorte per virificà s’ellu ci è statu qualchi miraculu…fiscu duie volte…tandu tocca tè di fà corre u vinu indè u cundottu.. U tempu chi  » a mosca  » ghjunghji a a funtana, ci sera u vinu e allora ô zittè, di stu colpu miraculosu, di i mughji di Ghjacintu si ne parlara omu da qui a deci anni. A macagna di u seculu.

Batti e Ghjuvan-Ghjacumu eranu meravigliati e si so passati a ghjurnata di u vintiquattru a fà u passu e u vene, indè l’unu, indè l’altru, bevendu qui un aperitivu, altro un vinu caldu incu aranciu e limone. A sera eranu cotti e ognunu si dubitava di qualcosa. Si vidia a u so aria ch’elli priparavanu qualchi culpacciu ! A lu caffè, vers’ott’ore, u spartimentu di Ghjacintu fu salutatu da un  » ô a mosca un smintica a to preghera « …Eranu puru trasaltati.

A serata s’era passata indè Ziu Anto a manghjà e a beie sin a mezanotte. Dopu, i tre cumpari s’avianu pigliatu a a strada per cullà in Muntistrellu. Un pocu u cotru, assai lu vinu ch’elli avianu betu, a spassighata fu difficiule…ma..cume previstu, Batti si ne cullo a a colta e i duie altri so andati a pichjà a a porta di Ghjacintu manera di salutalu. U brav’omu era vicinu u caminu e pinciulava, bellu techju dopu u ripastu assai ricu e avvinatu ! U miraculu un s’avia sminticatu ! Fatte e salutazione, Pasquale li face  » allora ô Ghja ! E sta funtana..un si mancu surtitu per vede si un curria lu vinu di Patrimoniu ? « .

U nome di Patrimoniu avia puru discitatu a mosca e era prontu a sorte da virificà . Surtendu, Pasquale fisco duie volte, forte a l’usu di i pastore chi indè i tempi tutti a sapianu fà. U tempu di ghjunghje a a funtana sculisciandu nant’a u cotru, trampaleghjandu, e Ghjacintu li scappa un mughju, ma un mughju da fà trimà li vetri di i purtelli.. » vinu, vinu…Ô a ringrazziati ô Diu…Miraculu…chjamate u prete, inno u vescu chi è un miraculu…a funtana è miraculosa  » Ma, l’avemu detta diggia,  » a mosca  » un era scemu e nanzu di chjamà piuvani e altri frati, s’è dettu chi seria megliu di ghjuvassi di stu rigalu ! E mughjandu sempre, si ne torna in casa per circà e damisgiane !

Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu un si tenianu piu..morti di risa. Si svultulavanu indè a neve, saltavanu quante capretti e u spectaculu di Ghjacintu empiendu e damisgiane cantandu cantichi li campava. A mosca cuntentissima, incu u so vinu si ne fallava sempre arrigraziandu… grazie! grazie tante! grazie mille! grazia à Diu!..ci ne era per tutti..Sant Anto, San Lurenzu e San Pancraziu.

Pasquale dicia a u son amicu ridendu, a mezzu buccheghji  » chi risa, ma u megliu a da vene…quandu s’anu da liticà incu u prete qui ellu un vulera crede a u miraculu…ci a da esse azzuffu in chjesa..  » Ghjuvan-Ghjacumu ridia anch’ellu ma li face  » ô Pasqua’ chi divintara Batti, chi un l’avemu vistu ? A mancatu tuttu..si sera persu..ci vole a cullà da circalu ! « .

Un avianu mancu fattu centu metri indè a cullata chi Batti s’affaco….biancu..biancu quante s’ell’avia vistu u fulettu..  » Ô Batti, chi ai da fà u musu ? « ..  » Alè…parlà chi pari dissanguinatu.. « …Batti barbagliulandu, tandu li face….  » ci è qualcosa chi un va micca, ô zitté…quandu so ghjuntu quassu, aghju subitu tagliatu l’acqua e po mi so messu per aspettà indè a barraca induve ci so i cuntadore….e…avianu accesu un speziu di brasgeru chi un ghjaccessinu quelli cuntadore…u caldu…u vinu..troppu manghjatu…mi so addurmintatu e…un t’aghju entesu fiscà ô Pasqua’.. « .

 » E allora ô Batti..chi voli di « …  » vogliu di chi mi discetu ava…e chi a buttarella è sempre piena chi un l’aghju imbrancata… « …In furia so cullati e anu trovu effetivamente a buttarella piena. Patansciavanu…chi li era vinutu a paura. Chi nuttata anu passatu, straziendu per fallà a buttarella a u so locu in cantina indè Ziu Anto, pensandu a st’offesa chi avianu fattu a u celu…

Peghju fu u lindumane, chi Ghjacintu i si pigliava quante testimone…e elli un pudianu mancu piu parlà. Ellu passava per scioccu ma elli ancu di piu chi eranu d’accordu per di ch’avianu vistu corre u vinu..Mesi dopu, un pudianu entre in caffè senza sente a cumpania chi si ghjucava a risa  » date vinu di a funtana a questi briacone « .Eppo, cume u restu, questa storia s’è persa…

A l’epica era omu fattu e ava so vechju…e per quessa chi a vi contu chi eiu u sicretu u cunoscu. Eiu ch’elli chjamanu sempre Ziu Anto…Chi priparavanu qualcosa a sappia e m’era arrivistu chi u mo nipote s’era fattu un’affacata in cantina.. Un m’a costatu tantu. Cinquanta litri di vinu e a fatiga per purtalu quassu a l’appiatu..a fatiga d’accende u brasgeru chi a sappia chi Batti bellu briacu s’avia da adurmintà..e dopu quandu aghju entesu i fischi so eiu chi aghju fattu corre u vinu miraculosu..Tantu megliu ! Ghjacintu a avutu e a si meritava duie damisgiane di Patrimoniu. E stelle luccicavanu indè i so ochji chi per ellu era da veru un miraculu. Ch’ellu riposi. In Paradisu di sicuru. E per i tre ghjuvanotti, è stata bella a lezzio. Anu amparatu chi ci vulia da macagnà quelli chi si ponu difende. Cinquanta litri di vinu per mette sale in zucca di sta bella ghjuventu, vale u colpu, inno ?

Tempi di una volta…E ava, chi so solu in stu paese viottu mi riscalda u core di pinsà davanti u caminu a queste fole di tempi fa…

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L’arca

Il fut un temps où c’était un joli chemin bordé de murs en pierres sèches qui conduisait de Bardiana à la rivière. En ce temps là, il fallait descendre et remonter à pieds. Il semblerait que le goût de la marche ait disparu en même temps que le chemin puisque désormais, c’est en voiture ou en moto qu’on va au fleuve. Dommage.

Il fallait passer par une passerelle périlleuse faite de troncs roulants sur des poutres métalliques. Première frayeur. Et frayeur encore en passant devant la fosse commune où bien sûr l’occasion était parfaite pour évoquer squelettes, fantômes et revenants.

L’arca.

Il est facile de la trouver. Après la passerelle, sous les aulnes, il faut être attentif. Sur de gros rochers sur la droite en bordure du chemin, on distingue des blocs de pierre taillés. C’était les fondations de la chapelle de San Quilicu qui a donné son nom au trou d’eau tout proche qui est une des plus belles piscines naturelles du Fangu.

L’arca devait être un peu plus à droite dans le bouquet d’arbre.

L’arca c’était une tombe collective, sorte de chambre souterraine voutée à orifice étroit fermé par une dalle de pierre, accolée à l’église ou creusée sous celle-ci. Il se dit mais c’est sans doute une erreur que c’était une fosse commune dans laquelle on jetait les corps. Dire celà, c’est méconnaître le respect qui était dû aux défunts. Etre enterré dans l’arca, c’était être au plus près de l’église et d’une certaine façon continuer d’appartenir à la communauté pour l’éternité.

Si j’en crois ce que j’ai pu lire ici ou là, (site Poggiolo) la sépulture en arca n’était pas bien vue des autorités ecclésiastiques. Ainsi, dès le XVI° siècle, la constitution de Mgr SAULI, évêque d’Aleria, imposait d’ensevelir les morts dans les cimetières et non dans les églises, à moins d’avoir la permission de l’évêque. En 1776, un Edit Royal interdisait les sépultures dans les églises insulaires, et en 1789 un Décret de la Révolution ordonnait la création de cimetières, sans grand succès en Corse.

Il existe divers exemples dans le Sud notamment, où l’arca a encore servi pour ensevelir des victimes d’épidémie dans une période assez récente. Ainsi à Vico où furent enterrés les 40 habitants d’Arbori victimes du choléra en 1816. Dans une autre partie de la Corse, celle de Zevaco fut exceptionnellement réutilisée pendant l’épidémie de grippe espagnole, de mai 1918 à janvier 1919.

Je serais bien en peine de donner autant de repères chronologiques pour la chapelle de San Quilicu. Je n’ai pas de documentation qui traite du sujet. Le hameau de Bardiana, le plus proche, n’existait pas encore et la vallée n’était peuplée qu’en hiver par les bergers niolains et leurs familles. Il faut remonter jusqu’à Candela pour trouver trace des plus vieilles maisons. On peut penser que le Filosorma était une vallée plutôt déserte avec quelques bergeries dont on découvre ici ou là, les ruines. Je crois aussi que la chapelle de San Quilicu vu la taille de ses fondations, était plutôt un oratoire.

En définitive, l’histoire de l’arca est possible mais je n’y crois pas trop. D’autant qu’il existait dans la vallée, deux édifices religieux tout à fait importants. L’église donc…Santu Pietru di Chiumi, pieve de Chiumi, qui date de la fin du 10e siècle et le couvent de Sainte Marie fondé en 1230, le couvent de Santa Maria di a Stella.. Sainte Marie de l’Etoile.

A cet endroit, il y avait à l’évidence une arca. Mon arrière grand-oncle qui labourait dans le coin a vu son attelage s’enfoncer dans la terre. Il était sans doute tombé à tous les sens du terme dans l’arca. Toujours est-il qu’il avait formellement interdit à ses enfants de travailler la terre à cet endroit. Respect des morts.

Alors, peut être qu’il n’y a rien de spécial en descendant vers le pozzu de San Quilicu. Mais c’était bon d’avoir peur.

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Je l’ai connu cerisier.


Il y a quelques jours en réunion, la conversation tournait autour de quelqu’un qui malgré une promotion, ne faisait pas grand-chose pour ne pas dire rien.  J’avais l’esprit vagabond. Après un petit soupir, j’ai dit que je n’étais pas surpris car je l’avais connu cerisier.

Cerisier…surprise dans l’assemblée car personne, et c’est normal, ne voyait le rapport entre un arbre et la personne en question. Et voilà comment, je me suis trouvé en situation de raconter une histoire corse. D’où elle vient, je n’en sais rien. Mais après coup, tout le monde a compris ce que je voulais dire.

Il était une fois dans un village, un cerisier. Un arbre magnifique. Au printemps, ses rameaux nus étaient couverts de fleurs. Un peu en retrait de la route, il n’appartenait à personne et aurait pu faire le bonheur de tous les gourmands s’il avait donné des fruits. Il n’en donnait aucun. Les oiseaux l’ignoraient, les amateurs de confitures avaient pour lui un profond mépris et il vivait dans l’indifférence, sa vie de cerisier stérile.

Il a fini par sécher. Sa perte bien entendu, ne désolait personne. Un paroissien avait alors une idée tout à fait pertinente. Le bois était de bonne qualité. Il fallait en faire un grand crucifix qui manquait justement à l’église. L’histoire ne dit pas qui s’est chargé de l’opération mais au bout de quelques mois, un crucifix de belle taille faisait l’admiration de tous les fidèles.

Les années ont passé.

Dans le village, le moral était au plus bas car une sècheresse terrible durait depuis des mois. Les ruisseaux ne couraient plus et la rivière était agonisante. L’arrosage était devenu presqu’impossible et si la nature souffrait, les jardins souffraient encore plus et avec eux les villageois car je vous parle d’une époque où les humains n’allaient pas chercher les légumes au camion ou au supermarché.

Le maire n’y pouvait rien. Il avait donc laissé le curé prendre les choses en main. Celui-ci avait proposé de faire une messe d’action de grâce suivie d’une grande procession. L’église était pleine. Et la dévotion à la mesure de l’urgence. Après la messe, tous se réunirent à l’extérieur pour partir en cortège. Chants, enfants de chœur, encens et en tête du cortège, porté par quatre hommes vigoureux, notre crucifix.

De mémoire d’homme, il n’y avait jamais eu une aussi belle procession. Tous les hameaux avaient été visités et jamais les chants n’avaient faibli. En rentrant à l’église puis chez eux, les villageois sentaient au plus profond qu’ils avaient fait ce qu’il fallait.

Oui mais, une semaine après le ciel était toujours aussi bleu et les humeurs aussi sombres.

Un soir, près de la fontaine bien sèche où se réunissaient les gens, un homme avait fait remarquer que promener le crucifix n’avait rien rapporté. On avait alors entendu un vieux, mais un très vieux, lui répondre « ça ne m’étonne pas… je l’ai connu cerisier »

Il a fallu qu’il s’explique comme je l’ai fait il y a quelques jours. Un petit peu de légende corse dans une réunion très sérieuse ça ne fait jamais de mal.

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Lettre ouverte à un imbécile.


Il ne lira pas ce billet. Pourtant je lui dédie. A celui qui cet été, a mis le feu à Candela. Je ne sais pas qui il est. Touriste imprudent, chasseur voulant nettoyer le maquis, être malade ou méchant. Quelle importance.
J’ai connu des gens qui avaient mis le feu. Des bergers voulant faire de la pâture sur brulis, villageois préparant un poste pour la battue en brûlant des ronciers et même des gamins assez perturbés pour allumer le feu tout près du village.
Dans la plupart des cas, le feu leur échappait comme une créature néfaste à qui on donne naissance et qui vous fuit en vivant sa propre vie. J’ai vu celui qui avait failli incendier la vallée courir comme un fou quand il a vu que le vent poussait le brasier plus loin que sa parcelle et sautait la rivière. Je connais celui qui pour le confort de ses vaches a fait monter en fumée la haute vallée de Bocca Bianca. Pendant des jours, un nuage noir a couvert les montagnes. Pas de canadair à l’époque. Le feu s’est arrêté quand il l’a voulu. Je sais qu’il regrette car détruire la forêt n’était pas son but. Mais c’est ce qu’il a fait.
Je voudrais dire ma souffrance quand je remonte la rivière et que je vois les arbres noircis pareils à des squelettes, des reproches vivants pour la bêtise des hommes. De certains en tous cas.
Ma mère me racontait que son père (ce qui nous place au 19ème siècle) lui expliquait qu’on pouvait marcher à l’adret, des Force au Mansu sans voir le soleil car la forêt de chênes était épaisse. Il n’en reste rien. Les chênes ont brûlé. Le maquis haut est venu et puis il a brûlé à son tour laissant place au maquis bas puis après un dernier incendie, c’est le lavandin qui est venu sur une terre appauvrie et emportée par les pluies d’automne.
J’aime profondément le Filosorma parce que mes racines s’y trouvent mais aussi parce que l’endroit est beau. D’une beauté sauvage et triste comme le sont toutes les choses éphémères. Quelques secondes d’inattention ou de bêtise assumée et ce sont des siècles qui disparaissent. Il ne restera bientôt que le souvenir des forêts mortes.
Est-ce que celui qui fait ça a conscience de l’endroit qu’il saccage ?
La rivière et la vallée du Fango font partie d’un site Natura 2000 et de l’une des douze réserves de biosphère de France. On y trouve, pour combien de temps encore, une des plus belles forêts de chênes vert d’Europe, des pins laricio et une faune endémique remarquable. Sittelles, mésanges, gypaète, mouflon, crapauds, lézards…
Comment se mettre dans la tête de quelqu’un capable de détruire tant de choses par bêtise ou méchanceté ? Je n’y arrive pas. Mépris, colère. Et surtout une tristesse infinie devant cette misère dans laquelle il n’y a pas de fatalité mais une habitude silencieuse et complice.

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Stalvatoghji..


Quandu fighjuleghju u mo blog, mi sentu un pocu vargugnosu. Dapoi Natale, un n’aghju publicatu nulla. Culpa a un travagliu chi piglia e puru assai. Ma chi ci si po fà… ci vole da campà ! Allora, manera di trove torna un bon solitu,  vi aghju da pripone qualchi vechji stalvatoghji. Storie, chi cumu si dice omu in paese, chi certi anu fattu u so pruverbiu. Storie chi anu in cumunu, i mariti vinuti di u cuntinente.

A u principiu di l’annate 60, in Filosorma e altro, u mondu furesteru era pupulatu di una ghjente strana e pocu cunisciuta.

A mo cugina carnale preferita (s’ella mi leghje si cunuscera) avia decisu di pigliassi un brittonu. Cinquant’anni dopu, vi possu di ch’ella a puru fattu un bona scelta. Ma si ne parlu oghje, è chi l’annunziu di quellu matrimoniu avia cagiunatu qualche reazzione assai stunante. A prima persona a quale ne avia parlatu era stata zitta una stonda, prima di dichjarà…umbeh, ci so chi si piglianu russi, perche un si puderia piglià un brittonu… un altra s’era rassicurata diciandu chi u piu impurtante era ch’ellu sia cristianu. E cusi ch’omu si vede chi tandu, ci era a Corsica e u vastu mondu e chi u tuttu era un pocu cunfusu.

A pocu pressu a a listessa epica, una dona di u paese s’avia anch’ella pigliatu un pinzutu. Avia previnutu u maritu. In paese simu tutti parenti o ligati. Ci vole dunque basgià a tutti per esse sicuru di un fà un affrontu a nimu. U tipu, bellu bravu, vulia fà piacè a a so moglie e sopra tutta un vulia fà dispettu a qualchi parente. Per fà cunosce u so maritu, u megliu era u bar a l’ora di l’aperitivu induve si truvavanu assai paesani. U megliu per trove a ghjente e pagà a soia.

Dopu chi a so moglie l’appia presentatu, nostr’omu a pagatu un colpu a tutti e a cuminciatu a basgià e a parintia e l’amichi. Belli sospresi funu e cliente quandu, fidele a a so prumessa, u nostru amicu cuntinentale s’a basgiatu a i gendarmi. A storia un dice micca cio chi fu a so reazzione. In vece chi a so risposta è firmata. Quandu a so moglie, un pocu imbarazzata l’a dumandatu perche s’avia basgiatu a i gendarmi, a rispostu «  m’ai dettu chi eramu tutti cugini ». Cuginu di i gendarmi, l’è ristatu u cugnome.

Un altra s’era maritata anch’ella, a pocu pressu a quell’epica, incu un un altru pinzutu. Ma a tinta era stata sfurtunata. Dopu qualch’anni di matrimoniu, l’omu s’era smarritu senza lascià indirizzu. Svanitu ! Allora, parechji anni dopu, a disgraziata si truvava sola ma sempre maritata chi un n’avianu mai divurziatu. Un parente chi s’inchietava di i so interessi, li avia fattu rimarcà, chi u fughjiticciu si pudia rivindicà « l’usufruit » di u so avere.  A risposta (eiu era prisente) fu sin’appellu… U l’aghju da da eiu u jus de fruit… Cumu omu si po firmà seriu dopu quella cacciata ? Mi pare d’avè riesciutu di sorte prima di spanzami un pocu piu luntanu.

Ma chi idea strana di circà una parolla francese quandu si dice in corsu « l’usufruttu » !

Muralità.. ch’elli sianu benvinuti i mariti cuntinentale…ma quandu omu si parla corsu, so parolle corse chi s’adopranu.

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On le reconnaît à la marque!


J’ai retrouvé quelques vieux livres. Trois en particulier qui m’ont marqué. Le premier c’est « la renfermée, la Corse » de Marie Susini qui parle avec émotion et justesse de son rapport à l’île. Sensation d’enfermement lorsqu’on y est et tristesse et abandon quand on s’en éloigne.

Le deuxième c’est le fameux « Corse, île de granit » de Dorothy Carrington. Une découverte et un étonnement. Une anglaise qui parle de la mythologie et de l’histoire corse avec un tel talent. Le mazzerisme, Filitosa.  Je lui dois beaucoup.

Et enfin, un chapitre d’un livre de Philippe Meyer « Dans mon pays lui-même » où il évoque son passage dans l’île. Une chose l’a étonné. Une chose vraie que vous pourrez vérifier chaque fois que vous rencontrerez un compatriote pour la première fois. Deux questions. Toujours les mêmes. D’où es tu ? De qui est tu ? Meyer remarque à juste titre, qu’en Corse on est de quelque part et de quelqu’un avant d’être. Il dit qu’il n’y a pas de bête perdue dans l’île.
C’est comme ça qu’une pensée en appelant une autre, j’en suis arrivé à penser à un proverbe.. on le connaît à la marque..si cunosce a u segnu..  proverbe bovin qui renvoie à l’ancienne pratique du brétaudage.

Le bretaudage c’est la pratique qui consiste à couper un animal. Le castrer ou le tondre. Ici, il est question de couper les oreilles du bétail pour pouvoir le reconnaître. Car chacun le sait, les vaches se promènent. Le brétaudage vaut possession et cette possession va à l’ainé des enfants. Aussi, chaque garçon ajoute un signe particulier à la marque originelle.
J’ai retrouvé dans un autre vieux livre quelques unes de ces combinaisons.
Il me semble que ce sujet n’a pas été exploré sur internet alors je vous le propose avec les dessins qui vont bien. Et un petit fichier son pour la prononciation.

fessu                Fessu : fendu par le milieu dans le sens de la longueur

mozzu             Mozzu : sectionné au premier tiers

mozzuet-duie-fette              Mozzu e duie fette : sectionné et fendu une fois

mozzu-et-tre-fette            Mozzu e tre fette : sectionné et fendu deux fois

morsu        Morsu : morsure devant ou derrière pour supprimer un demi cercle

pinciculu         Pinciculu : découpé comme une morsure mais en laissant pendre le morceau presque détaché

scultillatu           Scultillatu : sectionné en biais d’un coup de couteau

spinnulatu       Spinnulatu : fendu par le milieu dans le sens de la longueur comme pour fessu en sectionnant l’une ou l’autre moitié

furcella           Furcella : fourche obtenue en pliant l’extrémité de l’oreille dans le sens de la longueur et en enlevant un morceau en forme de V

tafunatu            Tafunatu : troué vers le milieu

intaglia           Intaglia : entaille sur l’un des deux bords

Je ne crois pas que vous aurez l’occasion de voir des bêtes avec ces marques. Il faudra se contenter des agrafes en métal. Plus efficace mais moins nustrale.. Comme les vaches ne parlent pas, on ne saura jamais la technique qu’elles préfèrent.

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