Archives mensuelles : avril 2019

L’arca

Il fut un temps où c’était un joli chemin bordé de murs en pierres sèches qui conduisait de Bardiana à la rivière. En ce temps là, il fallait descendre et remonter à pieds. Il semblerait que le goût de la marche ait disparu en même temps que le chemin puisque désormais, c’est en voiture ou en moto qu’on va au fleuve. Dommage.

Il fallait passer par une passerelle périlleuse faite de troncs roulants sur des poutres métalliques. Première frayeur. Et frayeur encore en passant devant la fosse commune où bien sûr l’occasion était parfaite pour évoquer squelettes, fantômes et revenants.

L’arca.

Il est facile de la trouver. Après la passerelle, sous les aulnes, il faut être attentif. Sur de gros rochers sur la droite en bordure du chemin, on distingue des blocs de pierre taillés. C’était les fondations de la chapelle de San Quilicu qui a donné son nom au trou d’eau tout proche qui est une des plus belles piscines naturelles du Fangu.

L’arca devait être un peu plus à droite dans le bouquet d’arbre.

L’arca c’était une tombe collective, sorte de chambre souterraine voutée à orifice étroit fermé par une dalle de pierre, accolée à l’église ou creusée sous celle-ci. Il se dit mais c’est sans doute une erreur que c’était une fosse commune dans laquelle on jetait les corps. Dire celà, c’est méconnaître le respect qui était dû aux défunts. Etre enterré dans l’arca, c’était être au plus près de l’église et d’une certaine façon continuer d’appartenir à la communauté pour l’éternité.

Si j’en crois ce que j’ai pu lire ici ou là, (site Poggiolo) la sépulture en arca n’était pas bien vue des autorités ecclésiastiques. Ainsi, dès le XVI° siècle, la constitution de Mgr SAULI, évêque d’Aleria, imposait d’ensevelir les morts dans les cimetières et non dans les églises, à moins d’avoir la permission de l’évêque. En 1776, un Edit Royal interdisait les sépultures dans les églises insulaires, et en 1789 un Décret de la Révolution ordonnait la création de cimetières, sans grand succès en Corse.

Il existe divers exemples dans le Sud notamment, où l’arca a encore servi pour ensevelir des victimes d’épidémie dans une période assez récente. Ainsi à Vico où furent enterrés les 40 habitants d’Arbori victimes du choléra en 1816. Dans une autre partie de la Corse, celle de Zevaco fut exceptionnellement réutilisée pendant l’épidémie de grippe espagnole, de mai 1918 à janvier 1919.

Je serais bien en peine de donner autant de repères chronologiques pour la chapelle de San Quilicu. Je n’ai pas de documentation qui traite du sujet. Le hameau de Bardiana, le plus proche, n’existait pas encore et la vallée n’était peuplée qu’en hiver par les bergers niolains et leurs familles. Il faut remonter jusqu’à Candela pour trouver trace des plus vieilles maisons. On peut penser que le Filosorma était une vallée plutôt déserte avec quelques bergeries dont on découvre ici ou là, les ruines. Je crois aussi que la chapelle de San Quilicu vu la taille de ses fondations, était plutôt un oratoire.

En définitive, l’histoire de l’arca est possible mais je n’y crois pas trop. D’autant qu’il existait dans la vallée, deux édifices religieux tout à fait importants. L’église donc…Santu Pietru di Chiumi, pieve de Chiumi, qui date de la fin du 10e siècle et le couvent de Sainte Marie fondé en 1230, le couvent de Santa Maria di a Stella.. Sainte Marie de l’Etoile.

A cet endroit, il y avait à l’évidence une arca. Mon arrière grand-oncle qui labourait dans le coin a vu son attelage s’enfoncer dans la terre. Il était sans doute tombé à tous les sens du terme dans l’arca. Toujours est-il qu’il avait formellement interdit à ses enfants de travailler la terre à cet endroit. Respect des morts.

Alors, peut être qu’il n’y a rien de spécial en descendant vers le pozzu de San Quilicu. Mais c’était bon d’avoir peur.

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Ninu

Ce n’est pas que je ne veux pas faire vivre ce blog mais j’ai un métier qui me prend beaucoup de temps ! Et qui me fait manger. Donc, le choix est vite fait. Je profite d’un instant de calme pour revenir vers vous et vous raconter comment j’ai réalisé un rêve de gosse.

Quand j’étais enfant, j’étais passionné par la pêche. La première fois où j’ai été pêcher c’était avec mon oncle et un voisin dans le ruisseau de Calasima. J’avais pris six truites. Elles devaient avoir faim.

Comme partout, au Niolu où je passais quelques jours, chacun racontait la sienne. Et, j’écoutais avec un grand intérêt ceux qui étaient monté au lac de Ninu où, disaient-ils, les truites étaients petites, mais vives et délicieuses à condition de les manger sur place car leur chair était fragile puisqu’elles vivaient dans une eau très froide.

Il m’aura fallu beaucoup, beaucoup d’années pour aller à mon tour pêcher là haut.

Entretemps, il m’est arrivé plusieurs fois de passer par le lac en faisant le GR ou faisant avec mes enfants la transversale Corté Filosorma. Mais, à chaque fois, j’étais un peu frustré car je n’avais pas le temps de sortir la canne.

Ma femme me pressait depuis quelques années de monter au lac qu’elle avait vu à la télévision. Elle voulait photographier les pozzine. Moi, je m’étais mis à la mouche depuis quelques années. Deux bonnes raisons de faire cette belle randonnée et de vous en faire profiter avec ses photos et mes mots.

Une nuit à Castel Vergio dans une chambre avec balcon tout à fait sympathique et départ tôt le matin pour une randonnée en aller retour.

Il ya d’autres points de départ possibles, en particulier de la maison forestière de Popaja. C’est plus direct mais là, nous arrivions de l’extrême sud et il nous fallait dormir sur place.

Ce n’est pas une promenade. 18 kilomètre pour faire l’aller retour et 1000 mètres de dénivelé.

Par contre, il est impossible de se perdre car le chemin est balisé en rouge te blanc et très fréquenté.

Le point de départ est un peu plus bas que la station, sur la droite de la route. Le chemin descend assez fort pour ensuite prendre la courbe de niveau puis s’élever à nouveau en direction du col de Saint Pierre. Il monte toujours vers les crêtes au travers d’arbres de plus en plus rares. C’est là qu’on trouve les hêtres les plus photographiés de Corse, martyrisés par le vent. Le chemin longe la crête, pierreux et un peu vertigineux par endroit mais rien de bien méchant. Il finit par rejoindre a Bocca a Reta d’où on découvre le lac.

C’est un endroit magique avec les chevaux qui paissent et s’abreuvent dans les pozzine…et qui parfois tentent d’améliorer l’ordinaire en furetant dans les sacs à dos avec plus ou moins de délicatesse.

On peut faire le tour du lac mais faites attention à ne pas trop piétiner ce gazon qui est d’une fragilité extrême,

Le retour se fait par le même chemin. Et la descente du départ se révèle être une méchante montée lorsqu’on a quelques heures de marche dans les jambes.

Sinon, la pêche ? Rien. Il y a des truites mais d’une méfiance absolue. Très petites, très vives et qui vous voient très vite et qui s’enfuient dans ces rigoles qui courent dans la prairie. J’en ai vu, beaucoup. Aucune de prise mais ce n’est pas grave. D’abord parce que je relache mes prises et ensuite parce que le but était de poser ma mouche dans le lac et de réaliser un vieux rêve. Mission accomplie.

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…