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Rendez-vous en septembre !

Un texte en français et sa transcription sonore en langue corse en l’honneur du Fangu d’hier et d’aujourd’hui.

Bientôt quelques jours de vacances. Loin de la Corse et du village trop bruyant en été. J’y retournerai dans les premiers jours de septembre pour lancer la mouche dans le Fangu avant la fermeture de la pêche.

Avant de partir, j’ai voulu vous laisser un souvenir. Un film qui a quarante ans. J’ai hésité à la mettre en ligne car je n’ai pas eu l’autorisation des trois jeunes gens qui m’accompagnaient ce jour là. Mais qui va nous reconnaître ? Et puis si ça pose un problème, je retirerai la vidéo.
C’était en septembre aussi. Un lendemain de crue. Le pari c’était de descendre de Bardiana à Manso dans un bâteau pneumatique. San Quilicu, a verga, pozzu di u saltu…Je me dis que nous étions un peu fous même si nous connaissions la rivière par cœur.
Des souvenirs, de la fraîcheur et beaucoup d’eau.
Hélas, le Fangu d’aujourd’hui ne ressemble plus à ça.

Ce film est un souvenir de ma jeunesse mais aussi de ce que fut une rivière sauvage.
Ce que me racontent mes cousins est différent.
Beaucoup trop de monde, une eau sale et le Fangu qui souffre.
Il n’est pas question d’empêcher les gens de profiter mais un peu de respect pour la nature, ce n’est pas trop demander, me semble-t-
Sensible et fragile, sécheresse et surpopulation, la vallée résiste mal.
Mon souvenir est en fait un peu triste. L’eau a couru. Le temps aussi. C’est comme ça. Mais ce n’est pas une excuse pour laisser faire..le fameux lascià corre.
Bon, je ne veux gacher l’été de personne. Pensez juste un instant que vous êtes les locataires de vos enfants. Vous ne profiterez pas moins.

A bientôt amis du Filosorma et d’ailleurs !
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Candela..

Il y a bien des années, aller à Candela était une expédition. Une sortie qui se préparait longtemps à l’avance. Pique-nique, serviettes, rechange, sacs à dos. Une aventure pour les petits et les grands avec un guide, souvent le père, car il s’agissait de rejoindre un endroit mystérieux et lointain. Il y avait ceux qui y allaient et qui en revenaient…je rentre de Candela..et ceux qui écoutaient, un peu jaloux.

Il faut savoir que Candela est un village abandonné et rien que pour ça, il y avait comme une idée de mystère. Allez savoir ce qui se passait la nuit dans les ruines. Ma mère me disait avoir connu la dernière famille à y avoir habité. Elle n’avait que peu de souvenirs sur cette période. Aux lendemains de la guerre, disait-elle. Ils étaient partis, homme, femme et enfants pour ne plus revenir. Il lui semblait que ce n’était pas une famille originaire du Filosorma. Ils étaient partis comme ça, peu de bagages j’imagine, car ceux qui vivaient à Candela ne devait avoir, quant à moi, que le nécessaire et encore.. Selon Maman, la vie était devenue trop dure pour eux  et le hameau trop loin de la route autour de laquelle, des maisons plus confortables étaient désormais construites.

En fait , le village perdu n’est pas si loin que ça. Il est même très près de Bardiana et facile à trouver. Promenade idéale en été pour ensuite manger au bord de la rivière et profiter des jolis trous du côté du confluent.

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Le plus simple est de longer la rivière, coté gauche en traversant à San Quilicu pour trouver le chemin en face ou rester sur la rive droite en suivant la rivière. Les deux options se valent. La première longe le fleuve à travers pinède et maquis. La seconde suit également le fleuve à travers les anciens jardins emportés par la crue. La partie plane se nomme “ a furnace ” à savoir la fournaise. Donc, à éviter aux chaudes heures de l’été.

En passant rive gauche, vous arriverez par le haut sur le hameau abandonné. En empruntant la rive droite, il vous faudra traverser la rivière peu de temps après avoir rejoint la piste forestière qui arrive de Montestremu. Il suffit de guetter les ruines et de descendre à vue. Pas de difficulté particulière pour traverser le Fangu à cet endroit-là.

Ensuite, il faut un peu errer dans le maquis à la recherche des maisons effondrées. En fait, il s’agit plutôt de pagliaghji, de paillers améliorés. Encore que, certaines constructions étaient plus vastes que d’autres. Merci encore à mon épouse pour les photos (son blog est ici).

La situation du lieu est remarquable. De l’eau, une bonne orientation. Un endroit est touchant de mon point de vue. C’est à l’entrée d’une des habitations les mieux conservées. Il n’est pas difficile d’imaginer l’endroit où après une journée de fatigue, les hommes devaient s’asseoir pour regarder la vallée. De ce que j’ai pu voir, il ne faudra pas longtemps avant que le maquis l’emporte de façon définitive. C’est logique et implacable mais un peu triste.

A partir de Candela, après les dernières maisons du haut, vous retrouverez sans peine le sentier qui file rive gauche, vers la vallée de Bocca Bianca. Il faut le suivre en étant attentif, car sur la droite, après un quart d’heure environ, il y a un passage vers le trou “  di e force ”, le trou du confluent. Idéal pour le pique-nique et la baignade. Pour rentrer sur le village, à partir des force, il suffit de rester du côté “ plage ” et de suivre le chemin qui ramène en quelques enjambées vers la piste forestière. Pour ceux qui ne la connaissent pas, avant d’attaquer la montée du col, surveillez le départ de chemin vers la droite. C’est celui qui vous ramènera à Barsdiana.

Voila, ce n’est pas la promenade mythique de l’enfance mais elle est loin d’être dépourvue de charme et quelques questions demeurent.. Qui étaient ces gens que ma mère a vu partir, que sont devenus leurs descendants ? C’est sans doute là, le vrai mystère de Candela.

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Pont génois

Il existerait une soixantaine de ponts génois en Corse. Ce site  propose les photographies de quelques uns de ces ouvrages. Y figure le pont génois du Fangu. Ce n’est sans doute pas le plus beau (j’avoue trouver plus esthétiques ceux d’Ascu ou de Ponte Leccia) ni le plus imposant. Mais, c’est celui de ma vallée. U ponte vechju. Le pont vieux.

Et je trouve qu’il se distingue des autres par la beauté du panorama dans lequel il s’inscrit. La belette agile  ma photographe attitrée, a profité de notre dernier séjour au village pour en faire quelques clichés automnaux. U ponte vechju est paisible. Ce n’est pas le cas l’été où sa proximité immédiate de la route et une jolie piscine naturelle, attirent les touristes.

Sous l’appellation « pont génois » on retrouve un ensemble d’ouvrages en pierre construits par les génois en Corse lors de l’occupation par Pise et Gênes. Ces ouvrages ont été édifiés entre les 13ème et 18ème siècles. Il s’agissait alors de permettre le transport des productions insulaires (blé, vin, huile d’olive ou encore châtaignes). Ces ponts étaient prévus pour les véhicules de l’époque à savoir les mulets. Ils permettaient le croisement de deux bêtes bâtées.  Au cours du 18ème siècle, ils ont été élargis pour autoriser le passage des charrettes.

Le pont du Fangu a subi ces travaux plus quelques autres pour le renforcer. Le pavement initial demeure (voir les photos) et il est utilisé pour le passage des véhicules qui montent vers Chiumi, lieu dit dont il faudra que je vous parle un jour à propos de son église en ruine. Mais c’est une autre histoire.

Le plus étonnant de mon point de vue, c’est de voir ces ponts résister aux crues méditerranéennes. Leur structure (dos d’âne, arche unique le plus souvent et tablier étroit) les rend insensibles au temps alors même qu’ils ne sont plus entretenus ou fort peu. En fait, les génois observaient avant de construire et la position de ces ouvrages et leur hauteur par rapport au cours d’eau, expliquent cette longévité.

Et en plus, ils sont beaux. Mais vous me direz, non sans raison, que rares sont les choses qui ne sont pas belles en Filosorma.

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Le Fango….U Fangu….

Le Fangu court sous ma maison. Quelques minutes à pied pour le rejoindre. Il doit sans doute exister des fleuves plus beaux mais je n’en ai jamais trouvé. Et pourtant, j’ai parcouru quelques pays parmi les plus beaux.

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Le fleuve. Un peu présomptueux comme appellation pour un cours d’eau qui doit faire trois mètres de large au plus. Mais c’est justifié puisqu’il se jette à la mer.
Fangu ! Quelle injustice de voir qu’il pourrait tirer son nom de la boue, a fanga. Une eau aussi limpide, pure associée à la turbidité. Difficile à croire. Sauf, si on assiste à une crue. Et là, alors que tous les ruisseaux se rejoignent, une vague se forme et roule dans la vallée, emportant avec elle, des pierres, des arbres, jusqu’au delta de la Foce où pour un moment, la couleur de la terre l’emporte sur celle de la mer. Le marron envahit le golfe de Galeria et repousse le bleu turquoise, loin au large.

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Je connais le fleuve par cœur du moins les quelques kilomètres qui vont du pont de Mansu jusqu’aux trous proches de l’ancien village de Candela. Gamin, les piscines en bas de la maison pour apprendre à nager puis les premières émotions à la passerelle. Quatre ou cinq mètres de fond. Une eau verte. Et après l’aventure. Plus tard, les après-midi au soleil a  San Quilicu. Les plongeons pour épater les filles. Des sauts improbables. Il y a de la chance pour les adolescents amoureux. Nous aurions dû nous casser le coup cent fois en sautant toujours plus haut dans une eau toujours moins profonde. Puis la pêche. Bocca Bianca, Cavicchia avec les nuits à la belle étoile, enroulés dans une simple couverture.
Il faut bien comprendre qu’à l’époque, la vallée du Filosorma était inconnue ou presque. La route venait d’être goudronnée et elle était bien étroite. Les touristes filaient sur Porto en ignorant, tant mieux pour nous, la vallée qui s’ouvrait à gauche en arrivant au carrefour du moulin. Le Fangu nous appartenait.

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A la fin de l’été, alors que le village disparaissait très vite, le fleuve nous accompagnait  jusqu’au pont des cinq arcades. Il y a avait de l’eau dehors et de l’humidité dans la voiture silencieuse.
Un fleuve aussi beau ne pouvait rester ignoré si longtemps. Désormais, les rochers sont noirs de monde et tout le long de la route, les voitures sont alignées. Normal. Rien à dire. Pourquoi priver le monde de cette beauté. Simplement le Fangu souffre et étouffe à la manière d’un organisme vivant qu’on embrasserait trop et d’une manière trop violente.

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La crue, la grande crue de la fin du mois d’août, celle là je l’aime bien. C’est le Fangu qui s’ébroue, qui fait sa grande toilette et charrie au plus loin, les traces de l’été. Les vacances sont finies et le fleuve respire.

U Fangu…

U Fangu corre sottu a mo casa. Una stondetta a pedi per raghjunghjelu. Ci seranu fiumi forse piu belli ma un l’aghju mai trovi . Eppuru, aghju giratu parechji paesi tra i piu belli.
U fiume. Un pocu d’orgogliu cume nome per un corsu d’acqua chi fara di piu, tre metre di largu. Ma, si po di omu, postu chi stu corsu si lampa in mare.

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Fangu ! Piu bella inghjustizia di vede chi u so nome puderia vene di a fanga. Un acqua cusi limpida, pura, assuciata a a turbidita. Difficiule da crede. For di vede una fiumara. Allora, quandu tutti i ghjargalli si trovanu, si forma una matarasciata chi roda indè a valle, purtandusine, pedre, arburi sin’a u delta di a Foca induve per un mumentu u  culore di a terra supraneghja quellu di u mare. U castagninu invadisce u golfu di Galeria e rispigne u turchinu, luntanu a u largu.

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Cunoscu di mente, quellu fiume, o mancu i qualchi chilomètri chi vanu di u ponte di u Mansi sin’a li pozzi vicini di u paese abandunatu di Candela. Zitellu, i pozzi, in ghjo di a casa per amparà da nutà eppo i primi emuzioni sotta a verga. Quatru o cinque metri di fondu. Acqua verde. E dopu l’aventura . Piu tardi, stonde assulanate dopu mezziornu in San Quilicu. Capiciotti per abbacciacà e zitelle. Salti assai imprubabile. Ci sera un Diu per i pullastri inammurati. Ci era a piazza per truncassi u colu cente volte saltandu cusi da un scogliu sempe piu altu in un acqua sempre menu prufonda. Eppo a pesca. Bocca Bianca, Cavicchia incu e notte a chjardiluna, ingutuppati in qualchi cuverta.
Ci vole da sapè chi, a l’epica, u Filosorma un era cunisciutu di nimu o guasi. A strada venia di esse catramata e era bella stretta. Turisti pigliavanu per Portu, lasciendu, tantu megliu per noi, u valle chi s’apria a manca ghjughjendu a u cruccivia di u mulinu. U Fangu ci pertenia.

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A a fine di a statine, mentre chi u paese smariscia prestu prestu, u fiume ci accumpagniava sin’a un ponte di e cinq’arcate. Ci era acqua a l’infora e umidita indè a vittura zitta.
Un fiume cusi bellu un pudia firmà scunisciutu. Oramai, e sponde so neri di mondu e e vitture so in infilate nant’a u stradone. Nurmale. Nulla da di . Perche privà a ghjente di questa belleza ? Ma u Fangu soffre e stufa quante un urganismu qui seria troppu abbracciatu e di una manera viulenta.
A fiumara, a grande fiumara d’aostu, questa qui mi piace assai. E u Fangu chi si scuzzuleghja, chi face a so tualetta et chi si porta a u piu luntanu, e traccie di l’estate. Vacanze so finite e u fiume si rinfiata.
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