Piena di u Fangu…Ottobre 1992…

Après une longue interruption du son et de l’image due à une surcharge de travail (et oui le Filosorma ne nourrit pas son homme), je reviens vers vous pour vous parler d’un événement peu référencé sur le web. On en parle ici ou là, mais je n’ai trouvé aucune iconographie. Aussi, je suis ravi de pouvoir vous proposer quelques photographies qui sont en fait des épreuves papier numérisées (merci à Gè, u mo cuginu de les avoir prises et de me les avoir prêtées). A l’époque, le numérique était peu voire pas répandu et même si la qualité est moyenne, le lecteur pourra néanmoins se faire une idée en regardant le carrousel.

La crue donc ! En langue corse, il y a deux mots pour désigner ce phénomène naturel.. a piena e a fiumara avec des variantes de pronociation de ci delà.

En octobre 1992, la vallée du Filosorma et de façon plus large toute la façade occidentale de la Corse, de Calvi à Porto, a connu un épisode pluvieux d’une rare intensité à la fois dans sa durée et en densité. Le bassin du Fangu est versant. Ce qui signifie que c’est un territoire délimité par des lignes de crête (ou lignes de partage des eaux) et irriguée par un même réseau hydrographique (une rivière, avec tous ses affluents et tous les cours d’eau qui alimentent ce territoire). A l’intérieur d’un même bassin, toutes les eaux reçues suivent, du fait du relief, une pente naturelle et se concentrent vers un même point de sortie appelé exutoire. Dans un bassin versant, l’eau se fraye des chemins sur et dans les sols. Elle emporte avec elle de la terre, des végétaux, des pierres. Lorsque toutes les crues secondaires convergent dans le bassin versant, celui ci qui est déjà torrentiel par nature, affiche alors un débit exceptionnel Le document DIREN-SEMA de mai 1994, intitulé « Etude historique des catastrophes naturelles en Corse précise que la crue des 20 et 21 octobre 1992 a duré plus de 24 heures, avec deux pics supérieurs à 600 m3/s et à 6 heures d’intervalle.

Ce n’est pas la première crue de cette ampleur dans la vallée du Fangu. Ma tante Catherine évoquait souvent celle de 1916, je crois, qui avait emporté tous les moulins qui étaient alors, nombreux sur les rives du fleuve. Mais, dans tous les cas et c’est tant mieux, il n’y a pas eu de blessés ou de morts. La sagesse des anciens sans doute qui les poussait à édifier leur maison à l’écart des cours d’eau. Celle du pont de Montestremu un peu plus près du ruisseau, ancien moulin oblige, n’est pas passé loin cependant si on en croit les photos. Il faut pour se faire une idée de la violence du phénomène, s’imaginer u pozzu di a verga, le trou de la passerelle comblé par les graviers alors qu’il fait bien quatre mètres de profondeur. Tant mieux pour les baigneurs, il a retrouvé son format originel par la suite. Les ponts ont tenu aussi même s’il a fallu déblayer les amas de pierre apportés par le courant.

Il faut se méfier du Fangu. En octobre, et de nuit, il n’y avait personne pour se baigner ou même camper dans le lit du fleuve. Mais l’été, alors qu’il fait grand beau temps dans la vallée, il peut pleuvoir depuis des jours en montagne. Les baigneurs inconscients, et souvent sourds aux avertissements qu’on leurs prodigue, descendent au fleuve sans mesurer le danger. La crue lorsqu’elle arrive est moins violente que celle que j’évoque aujourd’hui mais elle peut être mortelle. J’ai le souvenir d’un estivant que nous avons sorti de justesse de l’eau en plein mois de juillet. Celui-là qui avait négligé nos appels à la prudence était moins faraud alors qu’il partait à la dérive en dessous de San Quilicu.

Pas de conclusion particulière si ce n’est que quand vous descendrez vers les pozzi, jetez un œil à la grande barrière pour voir si les spicie, les cascades, annonciatrices de crue ne s’y sont pas formées. U Fangu, on l’aime, on le respecte et on le craint !

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

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