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Le pain..u pane..

La photo qui illustre cet article, c’est celle de mon pain. Et oui, sans faire d’abus, j’aime le pain. Et depuis longtemps je le fais moi-même. A l’ancienne avec mon levain liquide que j’entretiens de façon régulière.

Il faut dire que j’ai toujours entendu parler du pain par ma Mère et cet aliment essentiel m’est toujours apparu, au travers de son récit, comme un symbole de la communauté et de partage. Du pain bien sûr mais aussi du travail fait en commun autour du four.

En Corse comme dans beaucoup de pays où était cultivé le blé, le pain est un élément de base de l’alimentation. Dans l’île, où parfois la culture du blé était plus difficile, on utilisait comme complément, le maïs, le seigle et l’orge. C’était le pain de céréales, pane di granellu. Il se trouvait même un pain fait avec de la farine de châtaigne. Un pane pisticcinu. Pour en revenir à ma production personnelle, je mélange blé et châtaigne. Avec du miel et des fruits secs, c’est un pur délice. Ce sont les pains les plus marrons sur la photo.

Le pain c’était une fois par semaine. Le samedi soir. La veille, la mère de famille tamisait la farine au-dessus de la maie, pour séparer le son avec u stacciu, le tamis. Le samedi, la pâte était pétrie, divisée en boules, disposées sur une toile farinée posée sur une planche. Puis ces pâtons levaient jusqu’à la nuit.

La cuisson, se faisait dans le four du village. Toutes les familles se retrouvaient là. Chacun s’occupait des fagots, ciste, genêt et bruyère. L’occasion de discuter.

Maman avait toujours un peu de nostalgie quand elle évoquait ces instants. Oh, me disait-elle, ce n’était pas facile de pétrir jusqu’à 30 kilos. Puis balayer les cendres avec un balai en bruyère. Mais, son visage s’éclairait en repensant à l’odeur du pain en train de cuire. Et au goût du pain frais. Mieux encore, elle me racontait qu’une partie de la pâte était fourrée avec du fromage et dégustée aussitôt cuite. Je pense que c’est ce qu’on appelle e pastelle. Soit dit en passant, j’ai un souvenir ému en repensant aux pastelle que nous allions chercher après une sortie en boite à Calacuccia dans une boulangerie qui était, si je ne me trompe pas, de l’autre coté du barrage. Bon, je n’ai jamais été trop intéressé par les night-club. Mais ça valait le coup d’attendre jusqu’au petit matin pour déguster les pastelle chaudes.

Il ne veut que du pain du samedi soir. C’est un proverbe corse qui désigne une personne difficile. Une qui ne veut manger que du pain frais.

Le curé n’est jamais loin dans ces affaires. J’ai pu lire que jusqu’à la révolution, une part du pain lui était réservée. Et que s’il y avait un monastère, les villageois devaient aussi le fournir. C’était la servante du curé qui faisait le tour des familles pour recueillir le pain réservé par l’usage. L’abbé Gaudin rapporte qu’à la fin du 18ème,  il y avait soixante trois couvents et 1100 moines. Et les nourrir, car il n’y avait pas que le pain, pesait lourd sur l’économie villageoise. Car tous, pauvres ou moins pauvres devaient donner. C’était un point d’honneur.

Le four de mon village, en Falasorma, je ne l’ai connu qu’en ruines. Il nous était défendu de nous en approcher car il menaçait de tomber. Ce qu’il a fini par faire d’ailleurs. On m’a dit qu’un four ne résistait au temps que s’il était allumé de temps à autres. Il en va donc des fours comme de la culture ou de la langue, ils s’effondrent si on ne les utilise pas.

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…