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A muntagnera..le texte complet de la poésie de Marcellu Acquaviva

Beaucoup de ceux qui arrivent sur ce blog ont recherché la traduction des paroles de « a muntagnera » du groupe a Filetta. J’ai déjà beaucoup écrit ici sur ce thème.

Mais, aujourd’hui en ayant repris le livre que m’avait offert l’auteur, Marcellu Acquaviva, qui était un parent, j’aimerais aller plus loin dans le sujet. Cette poésie n’est reprise qu’en partie dans la chanson. Cinq couplets sur neuf. Et si vous voulez le parcours complet, il faut les connaître tous !

Ch’ellu si ne scorsu maghju
Sara piu d’una semana
Approntati, ô caprapghju !
A lascià piaghja è calmana
Ch’ai da fà l’altu viaghju
Dopu ghjuntu in Bardiana
Couplet repris par A Filetta
Depuis que Mai s’en est allé,
Cela fera plus d’une semaine
Prépare-toi ô chevrier
A laisser plaine et canicule
Car tu vas devoir faire la haute route
Après être arrivé à Bardiana
Avvedecci ô Falasorma
Cu i parenti e l’amichi
Sempre liati a Niolu
Per e gioie e i castichi
Da Montestremu a lu mare
Avemu listessi antichi
Couplet repris par A Filetta
Au revoir ô Falasorma
Avec les parents et les amis
Toujours liés au Niolu
Par les joies et les soucis
De Montestremu à la mer
Nous avons les mêmes ancêtres
Sbuccarè in Caprunale
Vardendu da altu a bassu
Supranendune a Omita
E a funtana di u Tassu.
Basgiati a croce nova
Chi a vechja un s’è piu trova
Couplet repris par A Filetta
Tu déboucheras à Caprunale
Regardant de haut en bas
Surplombant Omita
Et la fontaine du Tassu
Embrasse donc la nouvelle croix
Que la vieille on ne l’a plus trouvée
Eccu a Mirindadoghja
Ti riposa di a cullata
Ma fa casu a a capra
Ch’ellu un si sia sbandata
Si tu voli esse in Puscaghja
Tranquillu per a nuttata
Couplet non repris par A Filetta
Voilà l’endroit où casser la croûte
Qui te repose de la montée
Mais fais attention à la chèvre
Qu’elle ne se soit pas débandée
Si tu veux être à Puscaghja
Tranquille pour la nuitée
Dumane a tempu ghjornu,
A cunosci quessa, a scola !
Crisciaranu e fatiche
Nanzu d’esse in Bagnarola
Di scorbe a valle di Tuda
Tutt’ogn’onu si cunsola.
Couplet non repris par A Filetta
Demain au point du jour
Tu la connais celle-là d’école
Elles augmenteront les fatigues
Avant d’être à Guagnerola
De découvrir la vallée de Tula
Tout un chacun se console
Dopu so i radi a Noce
Bassigghjendu a e Pratelle
T’avvviarè piu sicuru
Verdi l’acqua di e Castelle
Nanzu di esse a u Muricciolu
Sara croscia a to pelle.
Couplet non repris par A Filetta
Après ce sont les lacets de a Noce
S’abaissant vers les Pratelle
Tu serais plus sûr
Vers le ruisseau des Castelle
Avant que d’arriver au Muracciolu
Elle sera trempée ta peau
Eccuti nu a Spilonca
Custi a banda si punta
Indu a mandria e aspetta
Chi a bisognu d’esse munta
A datti un colpu di manu
A to ghjente sara ghjunta
Couplet non repris par A Filetta
Te voilà dans la Spilonca
C’est là que le troupeau se bouscule
Dans la bergerie et attend
Qu’il a besoin d’être trait
Pour te donner un coup de main
Ta famille sera arrivée
U terzu ghjornu a la mane
Ti n’andarè vulinteri
In Sesta o Petra Pinzuta
Bicarellu o a Tileri
Piu ca mai ghjunghjaranu
A l’abbordu i fristeri
Couplet repris par A Filetta
Au matin du troisième jour
Tu t’en iras volontiers
A Sesta ou Petra Pinzuta
Bicarellu ou a Tileri
Plus que jamais arriveront
Aux abords les étrangers
Ava chi ai riuntu
Di l’istate u rughjone
Di tantu in tantu in paese
Affacati a l’occasione
Poi un manca a to festa
A mane di Santu ‘Ntone.
Couplet repris par A Filetta
Maintenant que tu as rejoint
Ton pacage d’été
De temps en temps au village
Viens-t-en à l’occasion
Et puis ne manque pas ta fête
Le matin de Saint Antoine

Et en guise de dernier hommage, je mets ci-dessous, la carte qu’il a sans doute dessinée lui-même et qui reprend le parcours décrit, en partie dans la chanson.

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

A muntagnera.. Paroles, traduction et quelque chose en plus.

Entre le Fangu et le Niolu, passage obligatoire par le col de Caprunale. OLIVIER SANCHEZ/CRYSTAL PICTURES

J’ai déjà écrit un article sur cette chanson et voilà, un autre. Pourquoi ? Facile. C’est ma chanson corse préférée. Et je ne suis pas le seul à l’apprécier puisque ceux qui arrivent sur mon site, cherchent une traduction. Ils la trouveront un peu plus loin sur la page.

J’ai beaucoup de raisons pour aimer ce texte. Bien sûr, cette chanson est très belle et la poésie magnifiée par la musique et les voix de A Filetta.  Au-delà, il se trouve que celui qui l’a écrite était un cousin. Marcellu Acquaviva qui a écrit « l’acqualugia » recueil de poèmes dont a muntagnera. Originaire de l’Acquale di Lozzi, il s’inscrivait dans cette longue lignée de poètes de ce village. Pampasgiolu ou Peppu Flori dont il faudra que je parle un jour. Il m’avait offert son livre et me l’avait dédicacé. Ensuite, cette chanson me parle car elle décrit mon petit pays, Niolu et Falasorma au travers de son chant consacré à la transhumance. C’est la fin du mois de mai, début juin, et les bergers se préparent à la longue route qui va les ramener pour l’estive, des plaines vers les montagnes. L’envers du chemin qu’ils ont fait avant l’hiver pour rejoindre leur hivernage.

Lorsque j’étais gamin et que j’arrivais au village, les derniers troupeaux montaient et faisaient une dernière halte derrière la maison près de la vieille fontaine. Les clochettes annonçaient leur arrivée et ma Mère me réveillait pour que je profite de l’instant. Les bergers allaient au bar des Amis, le dernier avant de prendre la route forestière. Moi je regardais les bêtes et les chiens qui restaient sous les châtaigniers. Un jour, j’ai même vu un bouc sauvage attiré par les femelles qui était descendu et perturbait le troupeau. Son audace lui a valu un coup de fusil et je me souviens de ce grand bouc, hirsute qui avait les yeux bleus. Puis ils repartaient. La forte odeur des chèvres restait dans l’air, un long moment. Je crois avoir compris qu’il n’y a plus guère de troupeaux et que ceux qui font la haute route, utilisent des camions. C’est comme ça.

Le Filosorma était la terre de ceux de Lozzi mais également de Corscia. C’est sans surprise que les familles de ces villages se retrouvent dans chacune des vallées. C’est ce que rappelle la chanson. Et il y a même un sujet de propriété foncière puisque la commune de Manso, créée en 1864,  n’a pas de terrains communaux. Ils appartiennent aux communes niolines. Celui-là de sujet, je n’en parlerai pas davantage car trop technique, on ne peut pas dire qu’il soit distrayant.

Enfin, je connais tous les lieux dont parle a muntagnera. J’ai usé mes semelles, très jeune, sur le col de Caprunale pour aller à la pêche dans l’Onca et plus tard, j’ai fait la transversale en enchaînant les cols. Même au pas du troupeau, le parcours devait être sportif.

(1) Barghjana ou Bardiana…mon avis, c’est ici!

Autre époque. J’ai eu la chance de voir cette transhumance et la chanson me la rappelle.

Una nostalgia amara

Cum un sonu di ghitarra

U core face trimà

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…