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L’asphodèle. U taravellu…

Vous allez penser que si je mets à parler de la botanique corse, je vais écrire des dizaines d’articles. Non, je n’inaugure pas une longue série. Mais je voulais dire quelques mots à propos de l’asphodèle. Pourquoi ? Parce que c’est une plante emblématique dont un des usages, dans la mythologie corse, mérite d’être connu.

Plusieurs traductions possibles dont les plus courantes sont « taravellu » et « erbucciu » avec des tournures et des prononciations locales.

Cette fleur, très répandue, apparaît au printemps et est devenue le symbole de la résurrection en étant associée à la fête de Pâques. Cette portée symbolique est ancienne, puisque dans l’Antiquité, l’asphodèle, surnommée poireau du diable, était souvent utilisée pour fleurir la tombe des morts, d’où la légende du Pré de l’Asphodèle, lieu des Enfers dans la mythologie grecque.

Elle fleurit au printemps, au sommet de longues tiges sèches. L’asphodèle est la première plante à apparaître sur les sols après l’incendie. Et Victor Hugo dans son poème Booz endormi, avait tort. « Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle » Non. Cette fleur ne sent rien. Ce qui n’empêche pas les abeilles de les butiner ce qui fait de l’asphodèle, une des composantes majeures des miels de maquis de printemps.

Au fil des siècles, l’asphodèle a été utilisée à diverses fins. Autrefois, ses tiges servaient d’éclairage, d’où son surnom dans certaines régions corses de « luminellu ». Ses feuilles étaient utilisées pour rembourrer les selles et les matelas, tandis que ses racines étaient réputées pour guérir les verrues. De plus, elles possèdent une valeur alimentaire similaire à celle de la pomme de terre, et ses tiges peuvent être consommées telles des asperges. De plus, la distillation des racines permet d’obtenir un alcool de grande qualité.

Il y a même eu quelques tentatives pour la distiller notamment en Italie et même l’utiliser pour faire de la pâte à papier. Mais tout ceci, nous étions au 19ème, n’a pas été bien loin.

Revenons à la Corse. Fleur de tradition ! Elles étaient jetées dans le feu de la Saint Jean et les bulbes explosaient comme des pétards. Sa hampe pouvait servir d’allumette aux bergers ou de cigarette aux enfants qui voulaient copier les mauvaises habitudes des adultes.

Mais surtout c’était l’arme des mazzeri. Il se raconte que pendant la nuit du 31 juillet, les mazzeri des différentes vallées combattaient à coups de tiges d’asphodèle. Le clan vainqueur aurait moins de morts l’année suivante. J’ai déjà eu l’occasion de rencontrer comment j’ai passé une nuit très désagréable dans la vallée de l’Onca. L’endroit était malsain. Nous campions près du ruisseau des mazze, en-dessous du refuge de Puscaghja. Ambiance particulière. Même le chien qui nous accompagnait était mort de peur et s’était planqué dans mon duvet. Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris que nous étions à l’endroit exact où, selon la légende, les mazzeri du Filosorma et ceux d’Evisa, se retrouvent pour leur combat annuel.

Ainsi, l’asphodèle c’est à la fois le retour du printemps, c’est certain, et l’arme des sorciers, on peut y croire ou pas !  Il me semble que ça méritait un article.

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La mort..

La mort reste un mystère. Sans doute le plus grand. Nous savons qu’il s’agit de l’arrêt des fonctions vitales. Mais après que se passe-t-il ? Au cours de la préhistoire, nos ancêtres ont inhumé leurs morts. Les ossements étaient rangés, les tibias alignés et les crânes empilés. Les archéologues ne peuvent confirmer qu’il s’agissait du début d’une pratique religieuse. Mais il est certain qu’enterrer ses morts est un marqueur de l’humanité.

L’homme de Neandertal, l’homo sapiens avaient-ils développé un imaginaire relatif à la mort ? Impossible à dire mais une chose est sûre. En Corse comme partout ailleurs, la mort est présente dans la mythologie. Ce qui l’annonce et ce que deviennent ceux qui ont disparu.

Il existe chez nous beaucoup d’esprits malveillants qui apportent la mort. Les Grammante qui sont des fantômes, les streghe, des sorcières ou encore les mazzeri  qui sont eux des esprits chasseurs. La liste est longue et les noms varient suivant les régions.finzioni, lacramenti, murtulaghji. Ils sortent la nuit, affectionnent le brouillard et sont souvent près de l’eau. Et ils ne veulent aucun bien aux vivants. (Un autre article de blog à lire ici)

J’ai découvert en lisant des ouvrages consacrés à la mythologie bretonne, le cheval d’orgueil de Jakez Helias ou la légende la mort d’Anatole Le Braz que malgré la distance, nous avions des choses en commun. L’Ankou c’est notre squadra d’arrozza. L’eau y est perçue comme dangereuse même si chez nos amis bretons, géographie oblige, c’est la mer. Lors de mes nombreux voyages, il m’a été donné de constater que le christianisme vainqueur en apparence, n’avait pas effacé les anciennes croyances. Benin, Namibie et autres, l’animisme est présent et à Cuba, la santeria, culte mêlant pratiques chrétiennes et croyances africaines, comparable au vaudou et au candomblé, est toujours pratiquée.  J’en suis arrivé à penser que sous l’histoire que nous connaissons, il y avait des choses plus anciennes, transmises et jamais effacées.

Ceux dont j’ai parlé plus haut, annoncent la mort mais en Corse, les morts sont présents après qu’ils soient partis.

Nous leur rendons hommage et nous pensons à eux. A Bonifacio, le soir de la Toussaint, soit la veille de la fête des défunts, les habitants laissaient le pain des morts en offrande sur leurs tables. C’est moins exubérant que « el dia de los muertos » au Mexique, avec musique et repas partagé avec les défunts dans les cimetières. Mais ça relève de la même idée.

Les vivants attendent de l’au-delà des signes, souvent par rêve, pour les aider dans les choix qu’ils ont à prendre. Les rêves où les morts apparaissent ne sont pas perçus comme tragiques. Ils manifestent qu’ils sont toujours présents et leur parole doit être entendue. Il est vrai qu’ils peuvent aussi annoncer une mort à venir. Ou un danger. Ou une mauvaise nouvelle. Il est difficile de trouver une explication rationnelle à ces prémonitions. En revanche, être informé d’un deuil à venir par un mort de sa famille peut être apaisant. Ils permettent de croire qu’il y a un autre monde où les vivants sont attendus.

La mort demeurera toujours un mystère mais il est certain que les morts nous accompagnent en Corse comme ailleurs. Ils sont nos anciens et ils ont fait ce que nous sommes. L’idée que la mort va au-delà d’un évènement ponctuel mais s’inscrit dans un cycle naturel est plutôt séduisante.

La proximité avec la nature, l’attachement aux traditions, font que l’île, espace limité et donc plutôt protégé, a encore tout cet imaginaire bien présent. Il serait bon, qu’à l’ère des réseaux sociaux, de la culture prémâchée et de l’intelligence ô combien artificielle, tout ce qui a fait de nous ce que nous sommes ne disparaisse pas.  

à lire…Figures et fonctions de la mort en corse : un monde en mouvement par Françoise Hurstel

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Il était une fois..Tempi d’una volta


Cet article a été publié pour la première fois sur l’excellent site http://www.la-rando.com/

Ne comptez pas sur moi pour vous dire où se trouve le Filosorma. Vous trouverez bien par vous même. La vallée est reculée. Au point que lors d’un séjour en Castagniccia dans la famille d’un pote étudiant (c’est vous dire si c’est vieux!), la maman de cet ami m’a demandé d’où je venais. Question rituelle en Corse car on est de quelque part avant d’être quelqu’un. Quand je lui ai dit que je venais du Filosorma, elle n’en revenait pas! Elle croyait que c’était une contrée imaginaire puisque que chez elle, on disait « è in Filosorma »  » c’est au Filosorma » pour évoquer un endroit mystérieux et lointain. Pas étonnant qu’une région aussi reculée soit le berceau d’autant de légendes! Jugez en plutôt et en version bilingue..

Tempi d’una volta

Tempi d’un volta…un zitellettu innafantatu da e fole ch’ellu sentia a veghja, ma chi, mancu per more, un averia lasciatu a so piazza .

Zii e zie li parlavanu di e «  streie  » chi venenu, travestite in bellule, per suchjà u sangue da e criature indè i beculi, passandu per u chjavaghjolu. Li contavanu cumu a nebbiaccia chi si pesa, capinsu, versu a Caprunale, è populata da spiriti, i lagramenti, chi u so mughime arrica tantu a paura a u viaghjadore, ch’ellu finisce per lampassi in qualchi pricipiziu. Li facianu sente stessu u rimore di a carriola da i morti , a squadra d’arrozu, ch’agguantanu l’anime da i passante, persi a notte per questi chjassi abbandunati. U zitellu amparava chi un ci vole micca francà u ghjargalu senza lampacci una petra per alluntanà i spiriti di quelli chi stanu sotta a l’acqua.

Omu citava in gran’ sicretu, l’omu o a dona chi era mazzeru o mazzera. U cacciadore notturnu, chi si ne va indè a macchja per caccidià, tomba una fera e vede subitu a faccia di qualchi paesanu. A morte di questuqui un era tantu a ghjunghje. Timutu era u mazzeru chi cuniscia i sicreti di u destinu e sappia parlà incu l’animali e a natura.

Stu mondu chi u zitellu scupria era magicu pienu d’ovi chi un divintavanu mai fracichi, perche eranu stati fatti u ghjornu di l’Ascinzione e facianu piantà u tempurale. U pane di San Antone assicurava e case.

Ci era a l’infora, a bughjicone, mortuloni cattivi e qui, vicinu a lampana a pitroliu, quelli chi sappianu e sosule per cumbatteli. Una notte di Natale, a so Mamma li amparo e preghere per crucià l’occhju. Un a micca avutu u tempu di amparaline di piu…

U zitellu è divintatu un omu. Ellu sa chi tuttu que è a prova chi i Corsi anu di cascu questa vicinanza incu a natura e a memoria di certe cose venute da i primi tempi, sminticate altro. Ellu sa dino chi questa sapienza si perde e ch’ellu si perde incu n’ella un pezzu di piu, da cio chi no semu. St’omu, oltru quelle infrasate, vulerebbe simplicemente chi quelli chi l’anu da leghje appianu sempre in mente e in core, tutte ste storie e incu n’elle, quelli chi cunuscianu l’arcani e anu raghjuntu ava a pinumbra .

Ci so i ghjorni ch’omu vulerebbe tantu esse impauritu torna….

Il était une fois

Il était une fois…un petit garçon épouvanté par les histoires qu’on lui racontait à la veillée mais qui n’aurait laissé sa place pour rien au monde.

Les oncles et tantes lui parlaient des sorcières qui viennent, déguisées en belettes, pour sucer le sang des bébés dans les berceaux en passant par le trou des serrures. Ils lui racontaient comment le brouillard qui se lève, là haut, vers Caprunale est peuplé d’esprits, les lagramanti, dont les hurlements font tellement peur au voyageur qu’il finit par se jeter dans un précipice. Ils lui faisaient entendre le bruit de la charrette des morts qui saisissent les âmes des passants perdus la nuit sur les chemin déserts. L’enfant apprenait qu’on ne devait pas traverser un torrent sans y jeter une pierre pour éloigner les esprits de ceux qui vivent dans les eaux.

On lui désignait en secret, l’homme ou la femme qui était mazzeru. L’esprit chasseur, qui la nuit part dans le maquis, tue un animal et voit alors le visage de quelqu’un du village. La mort de celui-là était proche. Le mazzeru était craint car il connaissait le secret du destin et parlait aux animaux et à la nature.

Ce monde que découvrait l’enfant était magique, peuplé d’œufs qui ne pourrissaient pas parce qu’il avaient été pondus le jour de l’Ascension et arrêtaient les tempêtes. Le pain de Saint Antoine protégeait la maison.

Il y avait dehors dans la nuit noire des esprits malveillants et là autour de la lampe à pétrole ceux qui connaissaient les recettes pour les combattre. Une nuit de Noël, sa mère lui apprit même les prières pour combattre le mauvais œil. Elle n’eut pas le temps de lui en apprendre d’autres.

L’enfant est devenu un homme. Il sait que tout cela est la preuve que les Corses ont en héritage une grande proximité avec la nature et la mémoire de choses venus des premiers temps, qui ont été oubliées ailleurs.

Il sait aussi que cette connaissance se perd et avec elle un morceau supplémentaire de ce que nous sommes.

Cet homme à travers ces quelques lignes voudrait tout simplement que ceux qui vont le lire n’oublient pas ces histoires et avec elles, ceux qui connaissaient les secrets et ont rejoint à leur tour le royaume des ombres.

Il y a des jours où on aimerait pouvoir avoir peur de nouveau.

Plus de détails dans le prochain billet… s’ella vi piace.. si ça vous plait!

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…