Quelle surprise ! Je voulais écrire un texte sur Grossu Minutu, personnage légendaire selon moi. Et je découvre après quelques recherches qu’il a existé et que sa vie est bien documentée. Savoir qu’il a été compagnon de route de Pascal Paoli, m’a laissé pantois !
Alors, notre ami se nommait Petru Giovanni Ficone et il serait né en 1715 à Perelli d’Alisgiani en Castagniccia. Orphelin de père puis de mère, il était de santé délicate et maigrichon. C’est de là que vient sans doute ce qui devait être son premier surnom « minutu » qui peut se traduire par « petit » ou « chétif ». Et il est possible aussi qu’il ait choisi le verbe pour répondre aux attaques des autres enfants qui aujourd’hui comme hier, n’oublient jamais d’être cruel.
Pauvre, il a exercé toute sa vie le métier de marchand ambulant. Le tragulinu. Il vendait aussi des cochons. Cette activité ambulante l’a conduit à travers la Corse. Il dormait dans les villages mais aussi à Bastia, la grande ville, et faisait de nombreuses rencontres.
Certainement doté d’un esprit vif, il répondait par de vives plaisanteries aux commentaires et peut être aux moqueries. En vieillissant, notre héros a pris de l’embonpoint et son surnom s’est enrichi de « grossu » « le gros ». Contradictoire bien entendu mais ça rajoute quelque chose à la poésie du personnage.
A la façon d’Esope, il utilisait les comparaisons avec les animaux pour remettre les moqueurs à leur place. Ainsi, par exemple, à quelqu’un qui pour le vexer lui faisait remarquer que, pour un homme d’esprit comme lui, il avait les oreilles plutôt longues, il réplique : « Et toi, pour un âne, je trouve que les tiennes sont trop courtes » Ou bien encore, dans une procession, quelqu’un qui marche derrière lui, lui dit pour l’humilier : « Il paraît, Grossu Minutu que tu es toujours avec les porcs » ; et lui de répondre : « Eh oui, tantôt devant, tantôt derrière ; en ce moment je suis devant. » A propos d’Esope, il se dit qu’un jour, un groupe de personnes, pour se moquer de lui, le comparent à Esope ; Minutu ne se démonte pas : « Je fais mieux que lui, dit-il ; il faisait parler les bêtes, moi, en plus, je les fais rire. » Je ne suis pas sûr que cette histoire soit vraie. Car on imagine mal qu’Esope ait pu être connu dans nos campagnes au 18ème siècle.
A l’époque, partisan du clan Matra opposé à Paoli, Grossu Minutu a accepté de jouer les messagers. Arrêté par les paolistes, il s’est retrouvé en prison. Il échappe à une condamnation pour rebellion car l’aide de camp de Pascal Paoli, Giovanni Guiseppe Cortinchi, qui connaît sa réputation le fait libérer.
Ensuite, Grossu Minutu s’est rapproché du Père de la Nation. Une mutation de statut. Il est passé de sujet d’un clan à citoyen. Un rêve de parole libre, d’égalité entre les hommes, qui devait résonner dans l’esprit et l’âme de Grossu Minutu. Depuis, ces deux personnages historiques sont parfois associés dans la tradition populaire sans pourtant avoir des informations précises sur ce compagnonnage.
Et puis, après des années passées à arpenter les chemins et les routes, il a épousé une voisine. Trois enfants sont nés de ce mariage. Devenu veuf, il ne se remarie pas et vit de façon modeste dans son village de Perelli où il meurt âgé de 86 ans.
Il se dit qu’au moment de mourir, il aurait eu un bon mot pour Dieu. C’est possible et en tous cas, bien dans l’esprit de Grossu Minutu.
Allez..trouvé sur internet… une des nombreuses réparties de Grossu Minutu.
Il y avait à Bastia un riche commerçant, réputé pour son esprit sarcastique. De plus, il était borgne et cachait mal sa disgrâce derrière d’épaisses lunettes vertes
Un matin cet homme vit passer, du haut de son balcon, le vieux Grossu Minutu que les ans avaient rendu bossu.
-Où allez-vous donc de si bonne heure, un sac sur le dos ? lui-dit-il faisant allusion à sa bosse.
-J’allais chez toi, et je suis heureux que tu m’aies reconnu alors que tu n’as encore ouvert qu’un volet de ta fenêtre répliqua Minuto qui connaissait l’infirmité du plaisantin.
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