Mariage par escapade..I fughjiticci..

Une heureuse conclusion pour, qui sait, des fughjiticci!

Ce que je vais vous raconter, évoque une coutume ancienne et qui n’était pas rare. Et cette coutume s’est maintenue jusqu’au 20ème siècle puisque j’ai connu un couple qui s’était marié ainsi. L’affaire étant moderne, ils avaient filé à Marseille en prenant le bateau.

Il existe un livre qui traite de cette question. L’Honneur des femmes en Corse du dix-huitième siècle à nos jours, par Madeleine-Rose Marin-Muracciole. Paru au début des années 1960, il est désormais introuvable. Il a eu l’honneur d’un article dans le Monde (lien pour les abonnés à ce journal).

Alors, de quoi parlons-nous ? Imaginez-vous Roméo et Juliette et leur funeste destin parce que leur amour était condamné par leurs familles.

En Corse, une affaire comme celle-là, pouvait se régler de façon moins tragique. Les amoureux forçaient la décision des parents en usant du mariage par fugue ou escapade. Ils disparaissaient ensemble du village, de façon clandestine, et y revenaient en couple quelques temps après. Le mariage devenait inévitable pour une raison d’honneur.

Dans les faits, si j’en crois  le livre que je cite, l’affaire était préparée par les amis du garçon et même sa famille si c’étaient les parents de la fille qui s’opposaient à l’union. On préparait le cabriolet ou le cheval. On choisissait un parcours discret et le couple était souvent accompagné sur le chemin de sa fugue. Les amies de la jeune fille se contentaient d’assister au départ. Dès que les fuyards étaient partis, tout ce petit monde revenait au village en tirant des coups de fusil en l’air. Les familles alertées cherchaient leurs enfants. Et si elles ne les trouvaient pas, l’affaire était entendue. Ils étaient partis en escapade.

Dans certains cas, il n’est même pas besoin de fuir. L’autrice raconte des situations où, lorsque l’opposition vient de la famille de la jeune fille, le garçon amène celle qu’il aime chez ses parents. Famille et amis sont alors présents. Autant de témoins. Un message était alors envoyé aux parents récalcitrants qui ne pouvaient plus qu’accepter la situation et fixer la date du mariage. Jusqu’à la cérémonie, la jeune fille, à supposer qu’elle le fut toujours, était logée dans la plus belle chambre. Son fiancé n’avait pas le droit d’y entrer.

Parfois, le garçon amenait la jeune fille chez un parent, un oncle par exemple et lui présentait en disant « Oncle, embrassez votre nièce ». Ce baiser du parent rendait le mariage obligatoire pour une raison d’honneur.

L’histoire est belle même si dans certains cas, elle pouvait se terminer mal. La jeune fille abandonnée ou qui ne pouvait prouver l’enlèvement faute de témoins, était perdue.

Mais, cette façon plutôt pacifique de gérer un conflit familial est quand même bien plus agréable que le suicide des amoureux. Le plus extraordinaire dans cette affaire c’est qu’elle existe encore sous un nom que je ne saurais traduire en corse..l’élopement..des jeunes gens qui filent en Ecosse par exemple où les formalités sont légères , pour une fugue matrimoniale. Nous avons lancé une tendance ! Et qui on est !

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

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