Les anciens temps..i tempi antichi..

En farfouillant dans ma bibliothèque, rayon corse, j’ai retrouvé un livre intéressant. L’almanach de la mémoire et des coutumes corses. Jour par jour, Claire Tiévant et Lucie Desideri, rappellent le saint du calendrier mais aussi, des sujets liés aux vieux métiers, aux travaux des saisons ou à la mythologie.

J’y ai trouvé une poésie composée par Furtunatu Pini du village de Penta de Casinca. Poésie transcrite par l’instituteur du village, Stefanu Luciani. Ce texte gentiment nostalgique, je le reprends ici car il rappellera sans doute des souvenirs à certains mais surtout parce qu’il est riche en vocabulaire.

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Ava ancu indè i paesi
si viva cume a la cità
si so persi tutti quelli usi
e quella mentalità
un ci è piu che ghjilusia
che grandura e scimità

A présent même dans les villages
on vit comme à la ville,
nos us et coutumes sont perdus
et même notre mentalité,
il n’y a plus que jalousie,
qu’orgueil et folie
So finiti quelli tempi
ô quelle belle serate
a veghja intornu a u fucone
in quelle salle affumicate
quelli dulci fichi secchi
noci mele e fasgiulate

Le temps passé est révolu
finies les belles soirées
la veillée autour du foyer
dans les pièces noircies par la fumée
finies les douces figues sèches

les noix, les pommes et les châtaignes rôties

Ben suvente frà i grandi
ci eranu ancu i zitelli
si racuntava storie
da fà rizzà i capelli
giammai piu passeremu
belli mumenti cume quelli
Bien souvent avec les adultes
il y avait aussi les enfants
on racontait des histoires
à faire dresser les cheveux
jamais plus nous ne passerons
de bons moments comme ceux-là
Ben ch’un ci fussi dinari
ci cacciavamu a fame
ci era ficatellu e salsciccia
lonzu, prisuttu e salame
c’era vinu naturale
e pane fattu a u levame
Bien qu’il y eût pas d’argent
nous mangions à notre faim
il y avait figatellu et saucisse
du lonzu, du jambon et du saucisson
il y avait du vin naturel
et du pain fait au levain
Un ci era cria d’orgogliu
menu ci era cattivera
ma c’era a fratellanza
e l’amicizia sincera
e n’eramu sempre cari
di mane piu che di sera
Il n’y avait pas une once d’orgueil
encore moins de méchanceté
mais il y avait de la fraternité
et une amitié sincère
et on se chérissait
le matin plus que la veille
Vecu sempre u bancu anticu
induve ellu pusava babbone
e quella vechja catena
appesa sopra a u fucone
induve ellu ci si appicava
un brunzinu e u paghjulone
Je vois toujours le vieux banc
ou s’asseyait Grand-Père
et la vieille crémaillère
pendue au-dessus du foyer
où l’on accrochait
la marmite et le chaudron
Vecu ancu u tavulinu
manghjatu da a tignola
e carreie culor di fume
e quella vechja comoda
a madia incu u cascione
a conca e a madiola
Je vois même la table
toute mangée aux mites
les chaises couleurs de fumée
et la vieille commode
la maie avec le coffre
la grande terrine et le petit pétrin
Vecu a sechja di rama
a coghja incu u stagnone
e quella sechja di legnu
a ciaretta e u buttiglione
u fucile e a cartucciera
a musetta cu u bidone
Je vois la seille en cuivre
la louche et le bidon
et cette seille en bois
la cruche et les bouteilles
le fusil et la cartouchière
la musette et la gourde
Vecu a carreia longa
a panca incu u pedinu
e u veculu indu u scornu
per azzicà u cininu
u lampione cu a vegliosa
e u picculu luminu
Je vois la chaise longue
la banquette et le tabouret.
et le berceau dans un coin
pour bercer le bébé
le lampion et la veilleuse
et la petite lampe à huile
Vecu u brusgia-caffè
u filtru e u macinellu
quelli sacchi di grussume
a madiola e u spurtellu
a palmula e u manicone
a zucca e u caratellu
Je vois le torréfacteur
le filtre et le moulin à café
ces sacs de toile grossière
la sarclette et le panier d’osier
la fourche en bois et le fléau (1)
la gourde (2) et le tonnelet
(1) local
(2) courge creusée pour en faire une gourde
Vegu ancu u cernigliu
u spullinu cu a panera
u suffiettu cu e mullette
u trepede e a caffiterra
u spedu e a lampana a petrolu
cu a piccula lumera
Je vois même le grand tamis (1)
le van avec la panière
le soufflet avec les pincettes (2)
la broche et la lampe à pétrole
avec la petite lumière
(1) le crible
(2) local. Ailleurs "pinzette"
Vegu tanti altri oggetti
chi datanu di luntanu
letti e tavule di notte
tutti scultati a la manu
n’esistenu sempre ancu oghje
un si sa quanti anni elli anu
Je vois tant d’autres objets
qui sont si anciens
lits et tables de nuit
tous sculptés à la main
ils sont toujours là aujourd’hui
on ne sait combien d’années ils ont
Qui finisce a canzone
chi rimenta u passatu
chi parla di i nostri antichi
e di cio ch’ellu anu lasciatu
e ghjè gradisi a elli
se n’avemu evoluatu
Ici finit la chanson
qui rappelle le passé
qui parle de nos ancêtres
et de ce qu’ils nous ont légué
et c’est grâce à eux
si nous avons progressé.

Oui en effet..Pas mal de vocabulaire et surtout beaucoup de nostalgie. Il était une fois..tempi d’una volta..

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

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