La battue..a mossa..

J’ai un souvenir particulier de ma première et dernière battue au village. Il leur manquait quelqu’un. Bon, j’ai accepté de compléter l’équipe. Mais, je n’avais pas le permis et j’ai demandé un poste éloigné du chemin. Les chasseurs m’ont indiqué de façon assez peu précise l’endroit où je devais aller. Je suis monté pendant au moins une heure sans le trouver. Et j’ai fini par me mettre dans un endroit qui me semblait convenir à une action de chasse. Il est heureux que le sangler ne soit pas passé. Si je l’avais tué, j’aurais bien été en peine de le redescendre. Bref. Les trois coups de fusil annonçant la fin de la chasse ont retenti. Je suis redescendu mais quand j’entendais marcher, j’avais peur qu’il s’agisse des gendarmes. J’ai fini par cacher le fusil dans le maquis et rejoindre l’équipe. Ils ont récupéré l’arme, m’ont écouté et ne m’ont plus jamais proposé de participer à une battue. Le ridicule ne m’avait pas tué. Tant mieux. Je suis plus pêcheur que chasseur et je relâche les truites que j’attrape. Autre sujet d’étonnement chez les villageois.

La battue est chose sérieuse, voyez-vous !

Bien sûr, dès l’ouverture de la chasse, on peut tirer les perdrix et plus tard, quand ils passent, merles, grives et pigeons. Mais c’est un plaisir solitaire. La battue est plus symbolique et son importance est réelle au sein de la communauté villageoise. Communauté masculine même si j’ai connu une femme qui y participait.

Ce sont les gens du village qui chassent entre eux et les étrangers, les nouveaux venus, doivent être invités ce qui est un privilège. A ce propos, c’est vieux, très vieux même et donc j’ose en parler, j’ai le souvenir d’un continental installé en Corse depuis peu qui avait été convié à une battue du coté de Bocca Bianca si mes souvenirs sont bons. Voulant faire ses preuves, il avait tiré sur un animal qui bougeait dans un buisson. Il venait ainsi de tuer une vache. En Corse, on dit qu’il avait fait son « proverbe ».

Au lever du jour, les hommes se rassemblent et quittent le village en direction de l’endroit choisi pour la battue. Endroit décidé par les sachants dans les jours qui précèdent la chasse. Lorsque l’équipe est importante, il y a ceux qui « font les voix » et lâchent les chiens pour trouver et orienter le cochon sauvage vers les « postes » où sont placés les tireurs. A l’affût.

Il faut donc connaître le terrain et les habitudes du sanglier. Et ne pas rater son coup lorsqu’il passe. Du village, lorsque la battue n’est pas trop éloignée, on peut suivre la chasse et la façon dont les chiens aboient donne une indication sur leur position par rapport à l’animal qu’ils pourchassent. Et on sait lorsqu’ils en sont très proches. Imboccati..prends à manger ! Voilà le cri qu’on entendait pour exciter le chien à mordre le cochon.

Si le chasseur avait été adroit, l’heure était venue de ramener le sanglier mort au village pour la suite des opérations. Sur les épaules. Il fallait être gaillard. Je me souviens d’un en train de dévaler le long du ruisseau de Bardiana à coté du cimetière avec un animal sanguinolent sur ces épaules. Cochon qui devait bien faire ses cinquante kilos. Tiens, qu’aurait-il fait avec celui-là.178 kilos ! J’ai cru à une plaisanterie mais il semble bien que ce soit vrai. Les effets du croisement avec les animaux domestiques.

Ensuite, on castrait le sanglier pour éviter que la viande prenne un mauvais goût. On le dépouillait et on le débitait. Les morceaux de viande n’étant pas tous de la même qualité, ils étaient tirés au sort. Le plus souvent, une personne, le dos tourné, nommait celui à qui serait attribuée la part désignée.

Le meilleur moment, selon moi, était à venir. La daube. Et oui, paradoxe. Philosophe en idées et pauvre en conduite, je n’aime pas tuer le sanglier mais j’aime le manger. Nul n’est parfait !

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

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