C’était un autre billet qui était prévu aujourd’hui. Mais la nouvelle de la mort d’Antoine Ciosi m’a fait de la peine et j’ai eu envie, tout de suite, de rappeler qu’il il était.
On parle d’un monument de la chanson corse. C’est vrai. Sans aucun doute.
Ce que je retiens quant à moi c’est son parcours et son compagnonnage.Oui. J’imagine que je ne dois pas être le seul à l’avoir regardé comme un compagnon.
Antoine Ciosi était natif de Sorbu è Ocagnanu, Sorba Ocognano en bon français. Famille rurale, sept enfants et un père engagé. Progressiste. Antoine Ciosi a écrit un livre « Une odeur de figuier sauvage ». Un roman dans lequel on peut penser qu’il met beaucoup de sa vie avec un père communiste qui tient un bistrot. Son père meurt jeune et c’est la mère, Jeanne, qui devient le pilier de la famille.
Antoine était destiné à travailler la terre. Mais il aimait le chant.
Service militaire, Paris et enfin, après avoir suivi des cours, il peut vivre de sa passion. A ce moment-là, il chante des opérettes. « Naples aux baisers de feu », « Sissi Impératrice », « La Belle Hélène ». Il en vit mais quelque chose lui manque.
C’est en 1963, que quelque chose se passe à l’Olympia. Bruno Coquatrix et Jacques Franchi, organisent le premier festival de la chanson corse. Une chanson, en langue corse, oubliée au fond d’un tiroir, « Paese spentu »va changer la vie d’Antoine.
U mio paisolu caru
O quante tu si cambiatu
Mon cher petit village,
Ô comme tu as changé.
Premier prix, énorme succès public et désormais Antoine Ciosi chantera la Corse et souvent dans sa langue maternelle.
Les succès ? Ils ne tardent pas. U tragulinu, le prisonnier, u mo mulinu ou encore Ritornu qu’aucun corse qui a quitté son village ne peut entendre sans être ému.
Alors, lorsque le mouvement identitaire a pris de l’ampleur, ses chansons ont été vues par certains, comme du folklore. C’était « canta u populu corsu » qui représentait la culture insulaire. Le riacquistu.
Et non. C’était une autre voix. Mais une voix consacrée à faire vivre une culture en train de disparaitre. Il trouvait son inspiration dans les villages, auprès des derniers habitants et mettait en musique et en chansons, les murs tombés, les rues désertes et la musique des ruisseaux. Un témoin.
Il avait chanté avec Canta, devant les étudiants. Il a milité pour la création de l’université de Corte.
Jean-Paul Poletti lui a rendu hommage avec une grande tristesse. Jean-Claude Acquaviva a trouvé les mots. « Antoine ne chantait pas, il vous transportait dans un film »
Ce n’était pas un radical mais il n’avait pas oublié qui avait été son père. Il n’avait pas oublié d’où il ne venait ni qui il était et Antoine Ciosi parlait bien mieux que beaucoup d’une île pauvre et rurale dans laquelle il avait vécu.
Des dizaines de chansons. Quelques livres.
Qui, in lu campu santu
Sott’à a filetta serena,
Dormenu li mei
Dopu tamanta pena.
Ici, dans le cimetière,
Sous la fougère sereine,
Dorment les miens,
Après tant de peines…
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…


