Parmi mes anciens, il se trouve que j’en avais un qui était pêcheur à Ajaccio. Je vous parle du début du siècle dernier. On parlait de lui de temps à autres mais je n’ai guère de souvenirs. Sauf un. Celui-là m’avait marqué. Ma mère me disait qu’à l’époque, la langouste n’intéressait guère les pêcheurs.
Déjà à l’époque, j’étais gamin, vu le prix de la langouste, je trouvais ça étonnant. Nous en mangions une fois par été et encore pas toujours. Il fallait la commander à Galeria et le repas familial autour de ce crustacé, était une fête. Un festin !
En plus, l’idée que la langouste ait été remise à la mer ou à la rigueur, cuite avec une soupe de poissons est peu crédible. Car, si on se documente un peu sur le sujet, on lit qu’en Corse, la langouste était consommée dès l’antiquité romaine. La fabrication de nasses en jonc est attestée. Au milieu du 19ème siècle, la pêche est devenue professionnelle et certains ports, en particulier Centuri dans le Cap, se sont spécialisé. C’est toujours le cas.
Avec le tourisme, nous parlons là des années 1960 à 1970, la langouste reste sur les tables familiales mais commence à apparaître comme la star des restaurants insulaires. Avec et ce n’est pas une surprise, des prix qui s’envolent parce que le produit est saisonnier et très demandé.

Petite remarque en passant, le homard, crustacé d’une famille différente est aussi présent dans les eaux de l’île. Certains restaurants le mettent à leur carte. Mais, soit par tradition, soit parce que son goût est meilleur, la langouste est bien plus appréciée.
Disons-le d’entrée. Après de nombreux voyages, où j’ai pu déguster d’excellentes langoustes, je n’en ai jamais trouvé de meilleures qu’en Corse.
A quoi ça tient ? A l’eau j’imagine, et au fait qu’elle vit dans un environnement idéal. Fonds rocheux, grottes, herbiers de posidonies. Peut-être aussi que la Méditerranée est fermée et plus riche en nutriments. Je n’en sais rien et un spécialiste pourrait en parler mieux que moi.
Rochers, grottes, c’est donc dans le Cap, vers les Lavezzi ou à Scandola qu’on en trouvera. Sur Scandola, j’en ai vu d’une taille étonnante.
Pour des raisons liées à sa protection, la pêche est réservée aux professionnels. Ils utilisent des nasses appâtées et posées sur le fond. Elle est autorisée d’avril à septembre. Maintenant, comme les gardes ne sont pas partout, j’ai bien peur que quelques plongeurs à l’abri des regards, viennent en prélever quelques-unes. J’ai bien peur..non..hélas, j’en suis sûr.
Victime de son succès et de son goût.
Alors, je sais que la langouste peut se manger à la bonifacienne, avec une sauce tomate ou simplement grillée à la braise avec un filet d’huile d’olive. A la maison, Maman avait une recette différente. Bien ligotée, la langouste était plongée dans l’eau bouillante. Il ne fallait pas jeter l’eau de cuisson ! Après avoir fait revenir oignons et tomates, on y faisait cuire des pâtes. Langouste servie froide accompagnée par une mayonnaise montée avec son corail et pâtes…
Mon Dieu que c’était bon !
Alors la langouste est à la fois un symbole de la cuisine insulaire, un pilier économique pour beaucoup de ports en Corse et un défi à venir.
Le défi de maintenir la ressource. Changement climatique, vigilance sur la surpêche, voilà les enjeux pour garder vivant un peu de notre richesse maritime et notre terroir gastronomique.
p>PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

