C’est dans le livre « la Corse mystérieuse », aux références parfois fantaisistes, que j’ai pour la première fois, découvert l’histoire tragique des Ghjuvannali. Episode, il n’a pas été le seul, de la guerre sanglante menée par l’église contre tout mouvement qu’elle considérait comme hérétique.
Pour comprendre, il faut se replacer au 14ème siècle. Partout en Europe, un mouvement de contestation apparait. Il est double. Les paysans se révoltent contre les seigneurs féodaux et le mode de fonctionnement de l’église romaine est rejeté.
La peste est présente sur l’île et une partie du peuple adopte une spiritualité radicale et contestataire. L’influence des franciscains est forte et en particulier celle des Fraticelli, ordre mendiant qui a sans doute été à l’origine de cette évolution. Ceux qui parmi vous ont lu ou vu le film, « le nom de la rose » se souviennent sans doute des deux moines brulés parce que dolciniens ou fraticelle.
Le danger pour la hiérarchie catholique était le message de pauvreté.
Selon ceux qui étaient donc qualifiés d’hérétiques, le Christ et ses apôtres ne possédaient même pas leur tunique. Ils refusaient la richesse et rêvaient d’un monde utopique où tous les hommes seraient pauvres et égaux et surtout, où l’Eglise n’aurait aucun pouvoir politique.
Insoutenable pour Rome qui n’a eu de cesse que d’exterminer ceux qui adhéraient à cette doctrine.
Et intolérable pour les seigneurs féodaux !
C’est en 1352, à Carbini, que le mouvement a pris de l’importance en Corse. Cette communauté dirigée par Frà Ristoru, un religieux originaire de Sagone a vite inquiété Raimondo évêque d’Aleria, représentant de l’opulente Eglise corse.
Le Pape Innocent VI prononce une excommunication définitive et envoie les inquisiteurs dans l’île. Il s’agit de traquer les « illuminés » et de les condamner à mort sans procès aidés en cela par les seigneurs locaux qui se seraient chargés de la sale besogne, exterminant les hérétiques réfugiés en Alesani.
Hommes, femmes et enfants perdent la vie dans des conditions atroces, souvent sur le bûcher, non sans avoir résisté les armes à la main.
Les derniers Ghjuvannali déclarés, repliés à Alesani et Ghisoni, sont exterminés sans jugement. La tuerie cesse aux alentours de 1364.
C’est ici que la légende naît.
Alors qu’à Ghisoni, les derniers ghjuvannali avaient été exécutés, Le curé de la paroisse fut pris de pitié et se mit à prier pour eux et il célébra la messe des morts. Lorsqu’il prononça les mots de Kyrie Eleison (seigneur prends pitié) et Christe Eleison (christ prends pitié), la foule psalmodia avec lui et la montagne répercuta l’écho de son chant. Alors, du bûcher ardant sortit un vol de colombes blanches qui gagnèrent les deux sommets qui portent aujourd’hui ces noms.
Depuis comme toujours, l’histoire retient ce qu’en disent les vainqueurs. Orgies, débauche et hérésie. Alors, qu’il s’agissait d’un mouvement spirituel dont le seul tort était de prôner la pauvreté et la modestie à une Eglise et des seigneurs qui étaient bien loin de ses valeurs.
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