Les instituteurs..I maistrelli.

Ecole de Bardiana en 1938 (cliché du livre de témoignages « la vie d’avant dans le bassin du Fangu » par l’association « cunniscenza di Scandula e di u Fangu »

Dans ma famille, du coté de ma mère, il y avait beaucoup d’Instituteurs ou professeurs. Il faudrait plutôt parler d’institutrices car c’était des femmes qui avaient choisi d’enseigner.  On me conseillait cette carrière. Avec un argument de poids. Tu comprends, tu pourras passer tes vacances au village.

C’était attirant. Mais deux ans comme « pion » pour me payer mes études m’ont vite conduit à faire autre chose. Et encore, à l’époque, même si les enfants et adolescents étaient turbulents, rien de comparable à ce que j’entends aujourd’hui. Comme disait Maman..megliu da fà pasce i porchi..c’est encore mieux de faire paître les cochons.

Total respect et courage aux enseignants. Moi, je n’ai jamais regretté mon choix.

Mais, en mémoire de mes parentes, j’ai un petit peu regardé ce qu’était l’école en Corse dans des temps plus anciens.

Le document le plus étonnant que j’ai trouvé est un article parlant de l’instruction primaire en 1883. Paru dans une revue pédagogique, il a été écrit par un continental qui allait y devenir instituteur. Pour être franc, certains propos sont cocasses pour rester poli. Il véhicule beaucoup de clichés sur la fainéantise, la sieste mais contient diverses données chiffrées utiles et des descriptions qui ont un intérêt.

Après avoir rappelé le doublement de la population depuis 1768, l’auteur, un certain Emile Anthoine (qui finit sa carrière comme inspecteur général pour l’enseignement primaire) fait un recensement intéressant.

A l’époque, l’île comptait 364 communes avec une population moyenne de 749 habitants. Le nombre des écoles publiques est de 729 soit presque deux par commune. Peu d’écoles dites « libres » ce qui s’explique par le fait que cet enseignement s’adresse à une population aisée vivant en ville.

249 écoles pour les garçons et 245 écoles pour les filles. 235 sont mixtes. Pas d’école primaire supérieure et peu d’écoles maternelles.

Locaux souvent vétustes et mobilier inadapté. Absentéisme, mais la Corse n’est pas seule dans ce cas, lié aux travaux agricoles mais aussi à l’obligation dans certaines régions de quitter le littoral insalubre pour se réfugier en montagne.

Une autre chose est intéressante. Il est question du statut enviable de l’instituteur. Paye correcte et logement. Et poste assuré dans l’île même si ce n’est pas dans le village d’origine dans lequel on essaie de revenir au plus vite.

(photo ci-dessus: Ecole de Tuarelli en 1938 (cliché du livre de témoignages « la vie d’avant dans le bassin du Fangu » par l’association « cunniscenza di Scandula e di u Fangu »

Tout ceci est confirmé par l’enquête qui a donné un livre  « I Maistrelli. Instituteurs et institutrices en Corse. De la Belle époque à 1914 », publié aux éditions Albiana.

Corse Matin qui en fait un résumé, relève divers éléments un peu plus contemporains. Féminisation de la profession, institutrices vues comme un « bon parti », et toujours et encore des conditions de vie et d’exercice de la profession, souvent pénibles. Sans parler des querelles avec les curés ou de la question de l’usage de la langue corse.

Je ne saurais trop vous conseiller de jeter un œil aux travaux de la Médiathèque culturelle de la Corse et des Corse, la M3C, sur le thème de « La mémoire des instituteurs corses du milieu du XXe siècle (décennies 1940-1960) ». Un fonds remarquable avec des entretiens et divers documents.

(photo ci-dessus: Ecole de Tuarelli en 1938/1939 (cliché du livre de témoignages « la vie d’avant dans le bassin du Fangu » par l’association « cunniscenza di Scandula e di u Fangu »

Même dans la première moitié du 20ème siècle, certains des problèmes évoqués perduraient avec en particulier la question des locaux.

Dans ma famille, j’ai connu des femmes qui avaient fait l’école normale et qui ont pu me raconter ce qu’ont été leurs années d’enseignement depuis les lendemains de la guerre jusqu’aux années 1970. Mais j’ai surtout le souvenir de la qualité de l’expression française tant à l’oral qu’à l’écrit. Sans doute parce que le français, qui n’était qu’une langue étrangère, était appris à l’école. Ceux qui n’allaient qu’au certificat avaient des connaissances étonnantes. Histoire, géographie, arithmétique.

Quand on voit à quel point les choses pouvaient alors être difficiles, le respect pour ceux qui enseignaient ne peut être que plus grand.

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous n'êtes pas un robot? *