La vendetta, la vengeance, est un sujet particulier.
Au-delà des fantasmes, il faut tout de suite savoir trois choses. La vendetta existait ailleurs qu’en Corse et pas partout dans l’île. Sa raison d’être est assez évidente, misère et absence de l’état. Et enfin, ce fléau obéissait à un code. Pauvre de nous. Les auteurs français ont bien travaillé. Mérimée avec Colomba (j’en ai parlé ici), Honoré de Balzac dans son curieux récit « la vendetta » ou encore Guy de Maupassant dans une nouvelle assez ridicule où une mère dresse un chien avec des boudins ( !) pour tuer le meurtrier de son fils. Donc, la vendetta serait corse ! Pas du tout, elle existe dans les Balkans, dans l’Italie méridionale avec un cas remarquable. L’Albanie. La vengeance y est régie par un droit coutumier, un code connu sous le nom de Kanun. Pour ceux qui sont intéressés, la page Wikipédia est très bien faite.
Donc, un peu partout dans le monde mais pas partout en Corse . Le Cap Corse, où vivaient paisiblement les marins et commerçants, la Balagne ou le Nebbio sauf exception n’ont pas connu de vendetta. Ce sont les villages isolés, en montagne, qui sont concernés.
L’explication, est à la fois historique et économique. Gênes tolérait la vengeance privée en autorisant le paiement pour compenser le meurtre. Là encore, ce n’est pas spécifique à la Corse. C’est prévu par le Weregild (droit germanique), la Diyya (droit musulman) ou encore le Kanun déjà cité en Albanie.
Mais ce qui caractérise la période génoise, c’est l’arbitraire et une mauvaise gestion. Pas de justice véritable ? La justice privée prend sa place. De 1683 à 1745, ce sont plus de 28 700 meurtres par vendetta qui furent ainsi enregistrés. Il faut attendre les deux Napoléon, pour que l’île ait à la fois un système judiciaire qui fonctionne mais aussi et surtout, un développement économique.
Comme évoqué plus haut, la vendetta concernait avant tout les régions les plus reculées, les plus pauvres et le plus souvent enclavées. Dans les montagnes, les voies de communication étaient quasi inexistantes, les habitants, pauvres, éleveurs, paysans vivaient souvent isolés dans des conditions de vie difficiles. La justice ? On n’en parle pas.
Alors, les causes de la vendetta peuvent sembler, aujourd’hui, bien futiles. Un âne qui divague dans un jardin, un arbre qui fait tomber un mur, une parole « de travers » ou un regard jugé insolent. En réalité, la valeur des biens ne compte pas mais porter atteinte à un bien, c’est porter atteinte à l’honneur. Dans une communauté villageoise isolée, l’affront est connu. Et s’il reste impuni, le mépris est pour celui qui ne s’est pas vengé.
Un code, si on peut dire, réglait les détails de ces sinistres affaires. La vendetta c’était une guerre privée, de famille à famille. La femme la plus âgée donnait l’ordre mais ne participait pas au meurtre. Coupable ou innocent, peu importait. On tuait les membres de la famille coupable de l’outrage. Et honte sur celui qui ne se vengeait pas ! U rimbeccu..le reproche et la honte qui obligeait celui qui l’avait reçu à quitter le pays.
Cheveux et barbe qu’on laissait pousser jusqu’à la fin de la vendetta, conservation de la chemise sanglante du mort, déclaration de guerre « garde-toi, je me garde ! pas ou peu de face à face, de duel mais embuscade !
La vendetta pouvait ne jamais s’arrêter sauf si un traité de paix intervenait (fà e pace) grâce à un ou des médiateurs (paceri).
Ce devoir de famille, cet orgueil entretenu par la pression sociale a fait couler bien de sang.
Et sans surprise aucune, les légendes sont arrivées pour glorifier l’homme qui pour sauver son honneur avait pris le maquis et vivait en liberté en ayant méprisé la loi. Certes. Mais pour un Jean-Camille Nicolaï combien de André Spada ! (Voir leur histoire ici)
p>PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

