Lonzu, coppa mais pas que..

Truie et ses petits au col de Vergio! Photo prise par Madame pour son blog https://www.beletteagile.com/

C’est bientôt la fin de l’été. Les touristes avant de repartir cherchent le souvenir ! Ça tombe bien. Les boutiques et supermarchés regorgent de charcuterie. Dans les épiceries sérieuses, mais il faut mettre le prix, ils trouveront de la qualité. Pour ceux qui ont connu la méthode Assimil « è cara a roba corsa ! ». Les supermarchés, c’est autre chose. Cette abondance est suspecte.

Si on veut retrouver le vrai goût de la charcuterie corse, le meilleur, il faut aller vers des produits élaborés à partir de porcs élevés sur l’île, en liberté, dont la viande aura été séchée dans des caves à l’air libre. Mais avant le séchage, il faut saler et chacun aura sa technique avec plus ou moins d’herbes aromatiques et de poivre.

Or, à moins d’avoir des cochons d’une tonne, on comprend mal comment il peut y avoir autant de charcuterie à la vente. La réponse est connue. Environ 90 % de la charcuterie vendue en Corse est produite à partir de porcs importés (de Bretagne, Espagne, Pays-Bas notamment) et donc seuls à peu près  10 % des produits sont issus de porcs élevés localement, principalement la race corse « Nustrale ».

Premier réflexe. Rechercher AOP (Appellation d’Origine Protégée) qui garantit un cochon 100 % né, élevé, abattu et transformé en Corse ou, à la rigueur, IGP (Indication Géographique Protégée) qui concerne les viandes importées et transformées sur l’île.

Le mieux c’est de connaître un éleveur. J’ai cette chance ! Je garderai son nom pour moi mais je vous propose avec ce lien, une liste des producteurs recommandables.

Alors, qu’est-ce qu’on mange ?

A coppa..de l’échine ou de l’épaule de porc, salée, parfois fumée et ensuite séchée pendant plusieurs mois.

U lonzu, c’est le filet. La partie maigre. Salé, séché, c’est pour moi une alternative idéale à l’éternel « melon jambon ».

La saucisse est préparée à base de viande de porc hachée, d’aromates, de sel et d’autres ingrédients traditionnels. La recette varie selon les régions et le producteur qui y rajoutera du vin blanc, des herbes ou même du fenouil. Ah.. Ne parlez pas de saucisson d’âne ou alors répondez comme je l’ai fait à un collègue qui me demandait où en trouver… « il n’y en a plus depuis que les touristes sont une espèce protégée ». Eccu.

U prisuttu..le jambon..salage, séchage, longue maturation. On m’en avait offert un entier. Il a fini par moisir. Plus de six kilos ! Même en en  mangeant un peu tous les jours, il était impossible d’en venir à bout. J’ai pu goûter du jambon ibérique, le fameux Bellota. Excellent mais sans aucun chauvinisme, un prisuttu nustrale n’a pas à rougir de la comparaison.

U figatellu. La charcuterie pleine de mystère ! Déjà, on en trouve tout le temps alors que normalement c’est une spécialité d’hiver, qui se mange quelques mois après l’abattage « a tumbera ». A base de foie et de maigre, elle doit être grillée et si on peut, récupérer le jus entre deux tranches de pain..Ohimè, le sandwich ! L’autre mystère ? C’est que certains le mangent cru. IL faut aimer le risque parce que c’est fait à partir d’un abat ! S’il y a quelque chose à éviter dans les grandes surfaces, c’est bien le figatellu. On voit le gras tout blanc et bien peu de chair. Le gras c’est moins cher, ô zitté !

A pancetta..qui est notre bacon et j’ai gardé le meilleur, selon moi, pour la fin.

A bulagna ! C’est la bajoue du porc. Forme triangulaire, poivrée, fumée. J’étais jeune quand j’en ai mangé la première fois. Mon oncle à L’Acquale l’avait faite frire avec des œufs. Je m’en souviens encore et quand je peux en avoir, je l’achète. Pâtes, œufs et même une recette personnelle, fondue de poireaux, bulagna et coquilles Saint Jacques juste snackées.

Un truc que vous connaissez sans doute. La charcuterie se garde bien au fond du frigidaire dans un linge humide. Et voilà. Maintenant j’ai faim. Je vais faire une descente dans le frigo et voir ce qui reste dans ce fameux torchon.

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Le camion..u camione.

Non. Je ne vais pas vous faire part d’une passion subite pour ces engins motorisés. Pour tout dire, je m’en fiche un peu. C’est d’une époque révolue, en tous cas chez moi, dont je veux vous parler.

Il fut un temps où la haute vallée n’était pas desservie par une route goudronnée. A partir du pont de Piriu, c’était une piste de terre. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le raconter, c’était une expédition pour rejoindre le village. Mais ce n’était pas l’invasion estivale.

Par contre, les provisions ça posait un sacré problème. Peu d’entre nous avaient une voiture et il fallait descendre à Galeria. De Calvi par la route de la côte, on n’en parle pas. Un vrai calvaire. La solution c’était le camion.

Nous sommes dans la pure tradition de l’île. Les marchands ambulants ont toujours existé. I tragulini ! Je ne résiste pas au plaisir de vous mettre la vidéo de cette chanson qui évoque ce métier. Et dans le Niolu en particulier, on allait vendre dans toute l’île, en carriole puis en camionnette.

J’ai deux souvenirs en particulier.

Le premier c’est celui du camion du boulanger. Il y avait bien longtemps qu’on ne cuisait plus le pain au village. Au début il montait deux fois par semaine puis il est passé à une fois. Il fallait réserver le pain à l’avance car tout au long de la route, il approvisionnait les différents hameaux et même quelques touristes en vadrouille. Les quantités étaient comptées. Ce pain avait la forme d’une grande navette. Ma mère en achetait trois ou quatre pour la semaine. L’arrivée du boulanger était attendue avec impatience. Il arrive le boulanger ! Cri de ralliement. L’heure était à peu près connue. Et tout un petit monde se massait sous les châtaigniers près de la fontaine. L’occasion de discuter en attendant le camion.  Le premier pain, bien frais, partait assez vite avec une barre de chocolat ou de la confiture et bon Dieu, c’était délicieux. Ça se gâtait un peu les jours suivants. Mais même rassis, il fallait en venir à bout et ma foi, on y arrivait sans trop de peine. Bon. Que ce boulanger dont je tairai le nom, repose en paix mais c’était un sacré filou. Il vendait les yaourts à la pièce en les détachant d’un paquet de six. Et à quel prix ! Mais, c’est la loi du commerce. Les gens n’étaient pas dupes mais quand il n’y a qu’un commerçant, il n’y a pas de concurrence. Et en plus c’était un chasseur forcené. Il avait entre les deux fauteuils de son fourgon, un fusil toujours chargé. Quand il allait vers Montestremu, au grand tournant, il descendait pour aller tirer les perdrix. Quelques compagnies nichaient par là. Ça n’a pas manqué ! Un jour le fusil est tombé. Les deux coups sont partis. Heureusement vers le toit qui s’est retrouvé plein de trous. Si le coup était parti à l’horizontale, vers l’arrière du fourgon où se pressaient les femmes, c’eut été un massacre. Il n’était pas plus ému que ça le bougre et l’engueulade qui a suivi, ne l’a pas empêché de continuer.

Le second, on l’appelait « u sarrieracciu » celui de Serriera, un village situé à quelques dizaines de kilomètres en direction de Porto. Un grand camion bleu. Imaginez vous la caverne d’Ali Baba. Il vendait de tout ! Absolument de tout. Ça allait des blouses aux espadrilles (j’en usais pas mal à l’époque !) et même des outils ou du matériel de jardin.

Chez l’un comme l’autre, un truc me faisait luire les yeux. Les cornets. Un papier en forme de cône, bleu ou rose, plus ou moins grand et bien au fond caché dans le papier, un cadeau plus ou moins intéressant. Ça dépendait du prix. Souvent la déception et parfois, quelle chance, un pistolet à eau ou une petite voiture.

Depuis, il y a la route. Et un supermarché à Calvi. Le pain est frais. Et c’est très bien comme ça. Mais ces camions tout de même !

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La soupe..a suppa..

Quand j’étais gamin, ma mère pour me punir lorsque j’avais quelque bêtise, et ça arrivait souvent, avait une technique originale. Pas de café au lait mais un bol de soupe. Un jour ou plusieurs en fonction de l’importance de l’ânerie. J’avais une sainte horreur de ça.

Et puis..plus tard..je me suis mis à aimer la soupe et en Corse, on ne plaisante pas avec la soupe !

C’était le plat traditionnel du repas du soir. La recette changeait en fonction des saisons et du tour de main de la cuisinière. Pommes de terre, haricots verts ou secs, carottes, oignons et ail. Le tout pouvant être parfumé avec du thym, du romarin du laurier et autres plantes aromatiques. Elle devenait gourmande si la maîtresse de maison y rajoutait du saindoux, du lard ou même de la viande de cochon. Le secret…une cuisson longue..à petit feu.

Les pâtes en fin de cuisson, c’était la cerise sur le gateau et là, nous avions la louche qui tenait debout dans la soupière..suppa a cuchjara ritta..la soupe qui tenait la cuillère droite.

Quelques recherches et j’ai découvert, je n’en ai jamais goûté une, qu’il existait des soupes moins répandues qui se distinguaient par l’utilisation d’ingrédients particuliers. « A migisca » faite avec du filet de chèvre boucané, la soupe de châtaigne en Castagniccia comme de bien entendu cuite avec du fenouil sauvage et une couenne de porc ou encore la soupe de haricots rouges..suppa di fasgioli rossi ou celle aux oignons et au brocciu..

Et puis la soupe d’herbes. Légumes bien sûr auxquels on rajoute le produit de la cueillette, fenouil, laiteron, terre crépie (dont j’ignorais l’existence et même le nom !), bourrache oseille et bien d’autres encore. Comme dans ma famille et peut être ailleurs, on envoyait promener un importun en lui conseillant d’aller se faire cuire « une soupe d’herbes », j’ai comme une réserve sur cette spécialité et peut être ai-je tort..

Nous ne parlerons pas ici de la soupe à la poutine faite avec des alevins ou de la plus connue soupe de poissons. J’apprécie et même beaucoup, mais quand j’étais gosse, loin du littoral, le poisson de mer relevait du concept.

Autre question..a minestra..sur le livre de recettes que je parcours à l’instant, il est dit que c’est une soupe d’hiver avec des pommes de terre, du chou, de l’oignon avec de l’ail et de la nepeta. En fin de cuisson, un morceau de lard gras et du basilic pilé au mortier. Servie sur une tranche de pain !

Je suis sceptique parce que le basilic en hiver je n’y crois pas du tout. Je vais rester sur mon idée première. Suppa ou minestra  sont deux soupes paysannes, avec quelques variantes et qui ont en commun d’être faites avec les légumes du moment.

Et en commun aussi d’être roboratives ! Ce qui m’a toujours laissé pantois quand dans certains restaurants, le menu traditionnel du soir était proposé avec une soupe, un ragoût de veau avec ses pâtes, fromage et fruits…Nos vieux auraient bien été étonnés devant un tel menu et ils auraient été encore plus étonnés en voyant ce que j’ai payé dans un restaurant corse de Paris pour « l’assiette du berger »

Je connais quelques bergers qui avec cet argent auraient eu à manger pour deux ou trois jours et peut être même davantage !

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Le jardin potager..l’ortu..

J’éprouve une vraie nostalgie en pensant aux jardins. Pas aux jardins d’agrément, i giardini, mais aux potagers, l’orti. Il doit y en avoir encore dans les villages mais par chez moi, je n’en vois plus.

Une pensée amère pour celui qui a détruit le chemin bordé de murs en pierre qui descendait à la rivière. Il fallait que les engins arrivent à la station d’épuration mais il n’était pas nécessaire de tout casser jusqu’à la passerelle ! Ah bien sûr. Maintenant les voitures peuvent descendre jusqu’au fleuve. C’est si confortable et trois ou quatre cents mètres à pied, c’était trop demander.

Bon, le long de ce fameux chemin, outre les ronces chargées de mûres, il y avait de part et d’autre, des jardins. Mais il y en avait aussi en bas de chaque maison. Tôt le matin ou en fin de journée, c’était arrosage. A l’époque, le ruisseau de Bardiana courait encore et le captage, un gros tuyau noir, apportait l’eau nécessaire. Un coup de pioche. Une rigole après l’autre et on arrosait ainsi tout le potager.

Il y avait les haricots qui dominaient tout ce petit monde végétal bien accrochés à leur tuteur en bois. Courgettes à profusion, aubergines, salades et concombres. Des tomates comme je n‘en plus jamais vues. D’une taille énorme, que de la chair et d’un goût. La « rouge de Corse » variété très ancienne originaire qui était connue jadis sous le nom de “Pumata Nustrale”, la tomate de chez nous. Vous pouvez vérifier sur internet. On parle de fruits de cinq cents grammes mais je peux vous garantir que j’en ai mangé qui pesaient davantage. De l’oseille, que je n’aimais guère et des melons que j’appréciais bien plus

Et puis des fruits. Poirier, prunier et même un cognassier à qui je donnais rendez-vous aux vacances de la Toussaint. Un cerisier aussi dont nous ne profitions guère. Les oiseaux mais aussi quelques chapardeurs à deux pattes pour qui le respect de la propriété d’autrui pesait peu quand il s’agissait de cerises juteuses. Et puis, les tous premiers jours des vacances d’été, ça se jouait à pas grand-chose, il restait quelques framboises. Petit trésor.

Ca, c’était dans le Filosorma..Au Niolu, où je passais quelques jours, le soir je partais avec mon oncle pour arroser au Canale ou à Siborchja. Canale, c’était en haut du village. Il y avait des noisetiers et des fraises des bois que je n’ai jamais pu goûter. Les jeunes du village avaient repéré le gisement et le pillaient avec une efficacité redoutable. Siborghja était trop loin pour le pillage. Il fallait prendre la piste qui montait vers l’Ercu, puis la laisser et descendre sur la droite. Passer deux ou trois murets et c’était le potager. Un pommier avec des fruits verts et acides, des pommes de terre que mon oncle avait renoncé à me faire ramasser. A chaque coup de bêche, j’en coupais une en deux. Et surtout, un bassin dans lequel venait la menthe pouliot, la menthe des bassins. Odeur et goût dans les beignets. Je ne vous dis que ça.

Et puis nous rentrions avec le panier plein quand le soleil tombait. Et la fraîcheur car le soir, même en été, il faisait froid à l’Acquale.

Un steak, les pommes de terre à peine sorties de terre avec les tomates fraiches en sauce après un passage à la poêle.

Oui, j’ai la nostalgie des jardins. Et puis aussi et peut être surtout de ces jours paisibles.  

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Napoléon

Un matin de Noël, au pied de l’arbre, il y avait un livre illustré. Napoléon raconté à tous les enfants. L’enfance ajaccienne, Napoléon commandant une bataille de boules de neige à Brienne, Arcole, le sacre, Waterloo et Sainte Hélène. Bon. Le but de l’ouvrage n’était pas à l’évidence, de présenter un bilan critique de l’Empereur.

Il faut dire qu’à l’époque, il n’y avait pas de soirée corse sans que retentisse l’Ajaccienne..

Et puis, il y a quelques mois, j’ai pu voir le Napoléon de Ridley Scott.  Mon Dieu !  L’Empereur est présenté comme un empoté, peureux et pleurnichard, une brute avec les hommes et soumis à son épouse. Bien entendu, son œuvre politique, culturelle et civile de la période est totalement absente. On conclut par le nombre de morts dont il est responsable sans rappeler une seule seconde, le contexte politique de ce qu’était l’Europe en ce temps-là.

Je ne vais pas me lancer dans une analyse de ce que fut Napoléon. Je n’ai ni les connaissances, ni le talent nécessaire.

Ce que je sais, c’est qu’héritier ou pas, ça se discute, de la Révolution, il est arrivé au pouvoir dans un contexte où tous les pays voisins nourrissaient une haine tenace vis-à-vis d’un peuple régicide. Un despote sans nul doute. « Cet homme, dont j’admire le génie et dont j’abhorre le despotisme », a résumé Chateaubriand. Mais, y-avait-il des démocrates éclairés à l’époque ?

Tout au long de mes études puis de ma vie professionnelle, j’ai découvert un Napoléon mettant en place un état moderne. Code Civil, plan cadastral unique et centralisé. Et j’ai aussi appris qu’il y avait une face sombre. Le rétablissement de l’esclavage, le passage de la guerre défensive jusqu’à la bascule en 1808 où à cause de son ambition, Espagne, Russie surtout, la guerre est faite avant tout par amour de la gloire.  

Puisque nous parlons ici de la Corse, il faut bien reconnaître que Napoléon a surtout laissé dans l’histoire de l’île, le souvenir de sa naissance. Quelques textes, un engagement plutôt dicté par son propre agenda politique, une divergence avec Paoli pour aboutir in fine, à une rupture avec le pays de ses origines. (à lire Bonaparte, la Corse et les Corses de Barbara KRAJEWSKA ).

En définitive, ce qui je retiens du dossier Napoléon, c’est l’incapacité dans laquelle nous nous trouvons, sur ce sujet comme bien d’autres, à juger avec calme et nuance. C’est pour le dire très franchement, une réelle souffrance de voir en Corse comme ailleurs, des discours manichéens, où des personnes qui n’ont pas toutes les connaissances utiles, s’opposent sans chercher l’équilibre nécessaire.

Oui. Ambitieux sans nul doute, impulsif, aimant la guerre. De cela on ne peut douter. Mais pourquoi ne serait-il pas possible d’admettre que Napoléon n’était ni noir ni blanc. Il a dirigé la France de manière très autoritaire en étant plus attaché à l’égalité qu’à la liberté. Mais, on ne peut ignorer que son gouvernement a eu de très bons aspects, notamment sur le plan de l’administration. Aigle, ogre, stratège, mysogine, esclavagiste…

Il était tout simplement un homme, avec ses qualités et ses défauts.

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Les plages..

Parler des plages ? C’est de saison et ma foi, elles ne manquent pas dans l’île. Je prends le risque de dire celle que je préfère et elle ne figure pas dans les classements des guides. Il ne s’agit pas de vous convaincre mais je vous dirai pourquoi elle a ma préférence.

Un petit point de vocabulaire tout d’abord. La plage en langue corse c’est « a marina » et si elle est de sable fin c’est « l’arinella ». On entend encore dire « a piaghja » qui signifie la plaine. L’erreur provient sans doute du fait que ça sonne comme en français.

Alors, un petit tour des plages plébiscitées par les guides et les touristes. Soit dit en passant, moi qui n’aime rien tant que la tranquillité, ce serait déjà un défaut.

Et bien, allons voir ce qu’en disent les sites spécialisés. Les plus citées…

Palombaggia..considérée comme une des plus belles de Corse et d’Europe. Elle est comparée aux Caraïbes, sable blanc poudreux, pinède toute proche et eaux turquoise peu profondes. Des rochers rouges ajoutent à la magie du lieu

Santa Giulia, sable fin, eaux peu profonde et eau cristalline..

Saleccia.. isolement et charme sauvage d’après les guides. Mais c’est sans parler des quads, bateaux et autres engins motorisés qui font de l’endroit un coin bien moins isolé que ce qu’on voudrait. Mais qui sait,  vous y passerez peut être « le jour le plus long ». Clin d’œil aux cinéphiles !

Rundinara..rien que sa forme arrondie la rend spéciale. Un coquillage vu du ciel avec une eau turquoise. Alors, j’ai eu l’occasion d’y aller lors d’un séjour en Corse du Sud. C’était hors saison. Très agréable moment. Par contre, j’ose à peine imaginer ce que ça peut être en plein été !

Ostriconi maintenant..là on se rapproche de chez moi. Une plage située à l’entrée du désert des Agriates. L’embouchure de la rivière Ostriconi a été aménagée avec des passerelles pour une promenade bucolique à quelques mètres de la plage. Cet endroit est magique. Nous y  retournons dorénavant à chacun de nos séjours et ce qui rajoute au charme c’est la présence de vaches errantes tranquillement allongées sur la plage de sable blanc. Un endroit qui a beaucoup inspiré mon épouse pour son blog de voyage où la Corse, et c’est bien normal, tient une place de choix.

Arone..je sais où elle est. Je l’ai vue d’en haut mais je n’y suis jamais descendu. Belle plage de sable, dans un univers assez sauvage, entre les résurgences granitiques de Calanques de Piana au nord et des massifs du sud. Fonds descendants doucement et sans rochers ni galets, parfait pour la baignade.  Mais..12 kilomètres de route et un parking aléatoire.

J’aurais pu parler de Calvi, de Pinarello ou de Nonza..bien que cette dernière plage bien noire résulte des résidus d’une ancienne carrière d’amiante à Canari.

Alors ma préférée ? Elle n’est dans aucune liste. C’est la plage de l’Argentella qui se termine par la baie de Crovani. A la fin du printemps, lorsque la température remonte, c’est un pur bonheur que de s’y baigner et de chercher dans les galets, des yeux de Sainte Lucie..loisir préféré de Madame qui a lui a consacré un ou deux articles.

Ce n’est pas vraiment un endroit secret. Mais c’est la mienne et combiner la visite de la mine (voir mon article de blog) et du farniente près de l’eau, c’est mon petit régal et comme je suis de nature généreuse, je suis ravi de vous en faire profiter.

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La salamandre de Corse, u catellu muntaninu

Je l’ai vue une fois ! Et c’est vieux. Au bord d’un bassin, à l’ombre dans un jardin d’une grande maison de l’Acquale. Il me semble que les adultes présents nous ont expliqué que c’était un triton. Petite erreur bien pardonnable car c’est la même famille. Le triton nage, sa queue plate est faite pour ça. La salamandre ne nage pas.

Et oui, je venais de découvrir la salamandre de Corse. On l’appelle dans l’île d’un nom inattendu. Le chiot de la montagne ou le chiot montagnard. Catellu muntaninu ou muntagnolu..et cateddu dans le Sud. Pourquoi chiot ? Je n’en sais rien. Peut-être la démarche.

La première chose que j’ai envie de dire, c’est que cet amphibien est très beau. Peau luisante, noire avec des taches jaunes ou orangées. Dressé sur ses pattes, comme un chiot c’est vrai, il a des yeux de jais ! Tiens, un petit lien sur une publication de U Vagabondu Muntagnolu où on trouve quelques jolies photos de la bestiole.

Ensuite, il faut savoir que la salamandre de Corse est endémique. Il y a une dizaine de reptiles et batraciens qu’on ne trouve que dans l’île. Le lézard de Bédriaga, le lézard tyrrhénien, l’algyroïde de Fitzinger, la couleuvre à collier corse, le discoglosse sarde, le discoglosse corse  et l’euprocte de Corse. Un jour, il faudra bien que je fasse un article sur le sujet de l’endémisme mais pour aujourd’hui, je reste sur la salamandre.

On la trouve à peu près partout dans l’île. Elle n’est absente que de la plaine orientale et de la région de Bonifacio. Vous aurez la chance de la rencontrer entre 500 et 1300 mètres d’altitude dans les forêts humides ou résineuses. On a signalé quelques beaux spécimens du côté d’Albertacce.  Pourquoi faut-il être chanceux ? Parce que la salamandre reste cachée sous une pierre ou un bois mort pendant la journée. Elle sort la nuit, surtout quand il a plu, pour chasser les lombrics.

La période de reproduction, c’est en automne et au tout début du printemps. Les larves, car la salamandre ne pond pas, déposées dans les ruisseaux, fontaines ou lacs passent entre quatre et six mois dans l’eau avant d’en sortir et de devenir terrestres.

De façon assez étrange, cet animal lié à l’humidité, a eu dans le passé, la réputation de pouvoir traverser le feu. C’est ce que racontait en 1590 Joachim Camerarius le Jeune qui était médecin et botaniste, « Voyez la salamandre qui traverse les flammes ». C’est comme ça qu’elle est devenue emblème royal pour François 1er ou symbole pour l’École d’artillerie de Fontainebleau qui  a repris la même image de la bête environnée de flammes, avec pour légende : « Nous aussi sommes à l’épreuve du feu ».

Et non ! La salamandre de Corse n’est pas à l’épreuve du feu. Les incendies, l’introduction de poissons prédateurs de ses larves dans son milieu, la pollution, font qu’elle est devenue une espèce quasi-menacée.  Elle figure, hélas, sur la liste rouge dans laquelle on retrouve quelques-unes des espèces endémiques citées plus haut (le lien vers le rapport).

Triste conclusion. Si vous en voyez une, admirez- là et laissez la tranquille. Ce n’est pas si fou de dire que c’est une partie de notre identité.

Quelques liens intéressants..

L’article du CEN Corse ou celui consacré à la salamandre de Corse sur le portail des espèces menacées.

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Barretta misgia..

Quand j’étais gamin, à Toulon, on parlait en langue corse à la maison. Et on écoutait des chansons corses ! Une en particulier, de Charles Rocchi, me plaisait beaucoup. C’était « u pastore »  .. Le berger. Quand on est un gosse qui habite en ville, la vie du berger libre semblait un destin bien heureux.

Et puis cette chanson parlait de la transhumance vers le Niolu, mes racines, transhumance à laquelle j’avais la chance d’assister pour peu que j’arrive assez tôt au village. Et puis un couplet résonnait. Le frère parti sur le continent, à l’arsenal, dont l’existence paraissait bien triste comparée à celle de Francescu..sans souci..toujours content..jamais pressé qui avec son chien prenait soin de ses chèvres au Niolu.

Encore une version un peu trop romantique de ce que devait être en vérité la vie d’un berger en Corse. Peu importe. Si ça fait rêver les enfants, c’est très bien. Je vous mets un extrait du texte et sa traduction en fin d’article.

Donc, nôtre François, berger à l’âme légère, était vêtu d’un pilone, manteau en poil de chèvre et coiffé d’une casquette « a baretta misgia ». J’en savais assez en corse pour savoir que « u misgiu » c’était le chat, le matou et que « a misgia » était donc la chatte… Tempête sous un crane. Une casquette en poil de chat ? Ohimè ! Nous y reviendrons.

Dans « l’almanach de la mémoire et des coutumes corses » où je puise quelques renseignements, je trouve des informations que je suis obligé de prendre avec réserve. Je peux y lire à propos du pilone qu’il a cessé d’être tressé mais que les hommes auraient aussi abandonné « a barretta pinzuta », la casquette pointue en velours ou drap pour porter la casquette. Et dans certaines régions, en particulier à Bastelica, cette «casquette pointue » souple et ronde, était surnommée « barretta misgia ».

Je dois dire que je ne crois pas trop à cette histoire. Déjà on retrouve l’appellation « barretta misgia » ailleurs que dans la région de Bastelica et notamment au Niolu. Ensuite, il faut savoir que ce couvre-chef a donné son nom à une revue qui a paru de 1925 à 1940 environ. C’était la revue de l’association des poètes dialectaux de la Corse. Sa page de couverture que je vous propose en illustration montre une casquette qui n’a rien à voir avec le caractère souple et rond évoqué dans l’almanach. Nous sommes davantage en présence d’un bonnet. Il se trouve (publicité gratuite) qu’une ethnologue de formation a eu l’idée, après avoir découvert la « barreta misgia » d’en refaire. Je lis sur son site Création BoBa, que c’était une sorte de bonnet en feutre et, surtout, la coiffe traditionnelle des Corses du 15ème au 19ème siècle, tombée ensuite dans l’oubli. Plus étrange mais possible, cette créatrice signale qu’autrefois, on se servait du fond de la baretta misgia comme « poche » en y plaçant des petits objets (monnaie, clé).

Revenons à cette affaire de chat. Ô surprise, le site de l’ADECEC qui est pour moi une référence, confirme, je cite que, a barretta  misgia ghjè una: scuffia fatta in pelle di misgiu…une coiffe faite avec une peau de chat. Bon. Je ne suis pas si surpris que ça. Quand j’étais gosse et bien plus tard quand je m’étais mis à fumer la pipe, on m’a parlé du « zanu » un petit sac, une blague à tabac faite avec la peau du minou. Et ma tante me disait que le dernier chic était de laisser apparaître les pattes et la tête décorées avec des rubans.

La conclusion s’impose. Si tout ceci est vrai..il ne faisait pas bon être chat à l’époque !

Barretta misgia bella incalfata
Cù la mio pippa sempre imburrata,
Fisculellendu quì è culà
Portu le capre à pasculà.


Barretta misgia bien enfoncée
Avec ma pipe toujours bourrée
Sifflotant ici et là
J’emmène les chèvres à pâturer


Barretta misgia nant’à l’arechja,
Cù lu pilone è la sacchetta,
Cun lu me cane, u pediolu
Curu le capre per Niolu.

Barretta misgia sur l’oreille
Avec mon pilone(1) et la musette
Avec mon chien u pediolu (2)
Je garde les chèvres au Niolu

(1) manteau en poil de chèvre
(2) nom d’un chien tâché au pied
Ghjuvan Martinu mio fratellu
Este partutu pè lu battellu,
Sta mane in Francia si n’hè andatu
In un’usina s’hè impiegatu.
Jean-Martin mon frère
Est parti par le bateau
Ce matin, en France, il s’en est allé
Dans une usine, il s’est employé
Ma preferiscu le campagne,
È l’aria pura di le muntagne,
Nanzu lu chjostru cun lu stazzale
Ch’esse impiegatu à l’arsanale.
Mais je préfère la campagne
Et l’air pur des montagnes
Il vaut mieux l’enclos et la bergerie
Qu’être employé à l’arsenal (3)
(3) celui de Toulon sans nul doute
U latte biancu, u casgiu frescu,
Un bellu brocciu cù lu caprettu,
Ne campa tutta la mio famiglia
Di l’impiegati ùn aghju inviglia.
Le lait blanc, le fromage frais,
Un beau brocciu avec le cabri,
En profite toute ma famille
Je n’envie pas les employés
Eo sò Francescu u spenseratu
Sempre cuntentu, mai pressatu.
Cù lu me cane, u pediolu
Curu le capre per Niolu.
Moi, je suis François l’insouciant
Toujours content, jamais pressé,
Avec mon chien u pediolu
Je garde les chèvres au Niolu

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Pietro Cirneo..

L’église de Bardiana est dédiée à Saint Pancrace. J’ai eu l’occasion, ici, de lui consacrer un billet de blog.

En lisant de la documentation sur ce saint, je suis tombé sur un épisode de la vie de quelqu’un que j’ai déjà cité. Petrus Cyrnæus ou Pietro Cirneo. Puisque j’ai évoqué Giovanni della Grossa, je vais écrire quelques lignes sur celui qui fut son précurseur.

Si on en croit les sources, Pierre Felce appelé plus tard Petrus Cyrnæus ou Pietro Cirneo, Pierre de Corse donc, est né à Felce d’Alisgiani en 1447 et serait mort vers 1506.  Orphelin très vite, et dépouillé par des parents peu scrupuleux, il serait parti en Italie en quête d’une situation.

C’est là qu’il se serait choisi ce nom en référence à ses origines. Il suit les leçons de Benedictus Brognolius, professeur de latin et de grec à Venise. Il se fixe lui-même dans cette ville où il devient lui aussi professeur puis correcteur d’imprimerie. Puis il entre dans les ordres pour, on le pense, se consacrer, à l’histoire. Il écrit notamment une œuvre dont le titre est Commentarius de bello ferrariensi, ab anno 1482 ad annum 1484 qui traite des guerres entre Ferrare et Venise, dans les années 1480. Mais, il découvre ce que Strabon, géographe grec du 1er siècle a écrit de son île natale et il n’apprécie pas … On peut le comprendre. Voyons donc..

«  ..L’île de Cyrnos que les Romains nomment Corsica, est un pays affreux à habiter, vu la nature âpre du sol et le manque presque absolu de routes praticables, qui fait que les populations confinées dans les montagnes et réduites à vivre de brigandages, sont plus sauvages que les bêtes fauves. C’est ce qu’on peut du reste vérifier sans quitter Rome, car il arrive souvent que les généraux romains fassent des descentes dans l’île, attaquent à l’improviste quelques une des forteresses de ces barbares et enlèvent ainsi un grand nombre d’esclaves ; on peut alors observer de près la physionomie étrange de ces hommes farouches comme les hommes des bois ou abrutis comme les bestiaux, qui ne supportent pas de vivre dans la servitude, ou qui, s’ils se résignent à ne pas mourir, lassent par leur apathie et leur insensibilité les maîtres qui les ont achetés, jusqu’à leur faire regretter le peu d’argent qu’ils leur ont coûté. Il y a cependant certaines portions de l’île qui sont, à la rigueur, habitables, et où l’on trouve même quelque petites villes, telles que Blésinon, Charax, Eniconiæ et Vapanes… »

Il compose en réponse « De rebus corsisis libri IV, usque ad annum 1506 » où il retrace en latin, pour les érudits donc, une histoire de la Corse des origines jusqu’au XVe siècle, et fait l’éloge de cette île et de ses habitants, libres et vertueux. Cette œuvre a été imprimée pour la première fois en 1738, dans le vingt-quatrième volume de la collection de Muratori.

Il retourne enfin dans son pays. Prêtre de la paroisse de Sant’Andria di Campoloru où il décède.

Alors, où et comment placer l’épisode qui le voit passer de futur bandit à homme de savoir, grâce à Saint Pancrace ? On ne voit pas trop. La version proposée dans la vie du saint ne correspond pas à la chronologie. Revenu d’Italie, pour se venger des parents qui lui avaient fait du tort, il voulut entrer en vendetta. Sans expérience à ce propos, il s’en alla consulter le bandit d’honneur nommé Galvano. Comme on célébrait au même moment Saint Pancrace, saint patron des bandits, Galvano lui conseilla de respecter la trêve. Ils restèrent ensemble et profitèrent de cette trêve pour réfléchir et mettre au point le plan de la vengeance. Au terme de ce temps, Galvano s’apprêtait à passer aux actes avec son ami quand celui-ci, probablement touché par la grâce de saint Pancrace, décida de renoncer à ses funestes projets et de rentrer dans les ordres.

Bon, belle histoire mais pas du tout crédible puisqu’on sait qu’il était prêtre quand il est revenu sur sa terre natale. Au travers de ses écrits, il semble qu’il ait eu le sang chaud mais on ne l’imagine guère, devenu prêtre, se lancer dans une sanglante vendetta.

Pour ceux que ça intéresse, j’ai découvert qu’il existait un livre (en vente sur Amazon !) qui est la reproduction d’un ouvrage paru en 1928. C’est la photo qui illustre ce billet. Et vous pourrez lire avec intérêt une contribution de François Santoni présente les interprétations historiques relatives à la Corse romaine issues de deux auteurs insulaires des 15ème et 16ème siècle, Pietro Cirneo et Anton Pietro Filippini.

Tout de même. Quelle affaire ! Des bandits, un saint, un prêtre, des historiens. L’histoire de la Corse est comme un vagabondage. On part à l’aventure et toujours de belles et étonnantes découvertes.

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Le battage du blé…

Non loin de la maison, au village, il y avait une aire. Ma Mère me racontait comment se déroulait le battage. Mais je ne l’avais jamais vu faire. Aussi c’est avec une certaine émotion que j’ai assisté à ce travail, lors d’un trek au Maroc, dans le Haut Atlas. Sous des horizons différents, des techniques identiques étaient employées.

En Corse, après la moisson, commençait le battage. L’aire avait été remise en état. Une étendue ronde, entourée de belles pierres verticales fichées en terre. Elle était en terre battue recouverte de bouse de vache mélangée à de l’eau ou pavée avec des pierres bien plates. Il fallait qu’elle soit bien exposée au vent.

Le dépiquage, dans sa forme la plus ancienne, se faisait au pas des bêtes qui passaient sur les gerbes étalées sur l’aire, les épis tournés vers le centre. Mais, une pierre bien spécifique pouvait être utilisée. U tribbiu. C’est une pierre, en forme de cylindre plus ou moins effilé. Une forme de larme en fait. Cerclé de fer ou d’une corde, u tribbiu pèse plus de cinquante kilos. Trainée par les bœufs, la pierre rendait le travail du dépiquage plus efficace.

Les bœufs qui tournaient étaient encouragés de la voix. Le paysan improvisait parfois un chant pour eux. Tout un vocabulaire est dérivé de « u tribbiu ».Tribbiulini pour ces chants ou pour le batteur lui-même, « tribbiattu » battu qui vaut aussi pour le malheureux qui a reçu une rouste.

J’ai retrouvé un de ces textes. On peut y constater qu’en battant le blé, le paysan appelait ses bêtes par leur nom. Elles en avaient toutes un. Mansonu, le doux.Bracatu, le bariolé, Stellatu, qui avait une étoile sur le front. La coutume voulait qu’en passant devant l’aire, on se saluait en invoquant Saint Martin et les « tribbiadori » répondaient « cusi sia ». Ainsi soit-il ! Ce saint était associé à l’idée d’abondance.

Au fur et à mesure que les gerbes étaient battues, le grain et la paille étaient séparés. Les hommes évacuaient la paille, au vent, avant de ramasser les grains qui étaient retombés au sol. Ils utilisaient une fourche en bois, à trois dents. a palmula..C’était le vannage. Et le travail reprenait.

Ci-dessous, une vidéo de battage que j’ai dénichée ainsi que la photo d’illustration de cet article sur le blog de Babacmoi.

La légende, elles ne sont jamais loin, dit qu’il fallait éloigner les sorcières du tas de blé. Il se raconte qu’à Carticasi, un jeune homme avait décidé de dormir près du blé pour le garder. Vers minuit…il est réveillé par des truies en train de manger le grain. Il donne aussitôt deux coups de couteau dans le ventre de la première. Et là, il l’entend l’animal crier « Un autre ». Fou de peur, il fuit vers le village. Il apprend qu’une jeune fille était en train de mourir. Elle se confie à lui avant de mourir et lui dit qu’en ne l’ayant pas frappé une troisième fois, il l’a tuée. Cette horrible histoire est citée par Julie Filippi dans un texte publié en 1894..  «  légendes, croyances et superstitions de la Corse » dans la revue des traditions populaires. Et oui, si vous croisez une sorcière..il faut lui donner trois coups si on souhaite qu’elle meure tout de suite.

Revenons à la chanson. C’est bien plus gai. Je vous propose ci-dessous le texte avec sa traduction. Une petite vidéo également tournée à Volpajola où on peut reconnaître une partie des paroles. Antoine Ciosi aussi a chanté une chanson sur a tribbiera. Mais j’ai préféré la version d’Antoine Cesari. Plus authentique.

Untitled Document
Voga tu, ô Murtinellu
Voga tu, ô Mascarone
Induve ci è boi piu belli
E piu mansi in lu cantone
O! Sti boi corni neri
Per tribbià, ma so i veri
O! Sti boi corni blanchi,
Per tribbià, un so mai stanchi!
A spula spula!
Chi a paglia torni pula
Chi a pula torni ‘ranelle
Per fanne pane e pastelle

Va ardemment, ô Murtinellu
Va ardemment, ô Mascarone
Il n’y a nulle part de plus beaux boeufs
Et plus doux dans le canton
O! Ces boeufs à cornes noires,
Pour battre (le blé) ce sont les meilleurs
O! Ces boeufs à cornes blanchesi,
De battre, ils ne sont jamais fatiguési!
A vos vans, vanner!
Que la paille se change en balle
Que la balle se change en grain,
Pour en faire pain et gâteaux
Guarda l’orlu, aio aio
Fatti vivu, ô Maschero! 
Chi u sole e sopra a serra
Vene fresca a muntera.
E tu, tribbia ô Cudanellu!
Centu stare, ogni manellu!
Tribbia, tribbia, voga e dura..
Chi a paglia torni pula
Chi a pula torni ‘granu,
Voga! Voga! Tu Fasgianu

Reste au bord, allons, allons!
Sois plus vif, ô Maschero! 
Car le soleil est sur la crête
et s’en descend le vent frais..
E toi, bats ô Cudanellu!
Cent stères à chaque gerbe!
Bats, bats et va et que ça dure..
Que la paille se change en balle
Que la balle se change en grain,
Vas! Vas! Toi Fasgianu

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