Au début des années 30, le ministère de l’intérieur demanda un recensement des étrangers vivant en Corse. Il y en avait à peu près vingt mille. En majorité italiens. Mais, ceux qui apparaissaient en deuxième position, étaient russes. Un peu plus de trois cents.
Une curiosité ? Sans doute pour ceux qui ne connaissaient pas l’Histoire. Ceux qui avaient suivi l’actualité des années précédentes n’étaient pas surpris d’avoir pour voisins des Amolsky, Baranovsky, Ivanenko, Taczanowski, ou autre Voropaieff.
En 1920, c’est la fin de la guerre civile en Russie. L’Armée rouge l’emporte sur les « Russes blancs » qui avaient combattu les bolcheviks. Ceux-ci, réfugiés en Crimée, ont pris la fuite en bateau. Pas loin de 150.000 personnes dont 30.000 environ étaient des civils.
Quelques pays les accueillent mais c’est le Brésil qui va proposer de donner des terres à 10.000 réfugiés. On décide donc d’envoyer un premier contingent de 3.000 personnes vers l’Amérique du Sud. C’est le vieux paquebot « Rion » qui est choisi. Depuis Constantinople, et après quelques escales, il arrive à Ajaccio dans la nuit du 15 mai 1921.
A l’exception de la publication « a muvra », la presse et la population ont vite fait preuve de solidarité envers les russes. Le Rion ne pouvant repartir, quelque 600 réfugiés sont enfin autorisés à débarquer pour aller s’installer à la caserne Livrelli, située dans le centre d’Ajaccio.
Après la première guerre mondiale, l’agriculture insulaire manquait de bras. Aussi, beaucoup de ces réfugiés ont été engagés comme ouvriers agricoles. Certains de façon officielle, il y avait un bureau de recrutement à la caserne. Et d’autres non. Quelques russes n’avaient pas attendu d’être accueillis par les autorités. Ils s’étaient évadés du Rion à la nage. On peut lire à ce propos, la très complète page Wikipedia qui évoque le destin d’Anatole Popoff.

Les quelques 800 russes, peut être davantage selon les sources, se sont très bien intégrés. Ils donnaient pleine satisfaction à leurs employeurs. Ils sont très dispersés dans l’île plutôt dans le sud et parfois, il n’y a qu’un seul individu, surnommé comme il se doit « u russiu ».
Des familles ont été fondées. Et en quelques années, leur intégration a été complète. La naturalisation a été accordée peu à peu. Ainsi, Anatole Popoff devient français dès 1927, Serge Amolsky en novembre 1930, alors que Nicolas Ivassenko doit attendre pour cela le 26 mai 1936. et en 1939, il n’y avait plus que trois réfugiés qui avaient souhaité rester russes.
On peut dire qu’en se mariant sur place, parfois avec la fille de leur employeur, en apprenant la langue, en se convertissant au catholicisme, ils avaient épousé un pays. Une intégration complète qui était sans nul doute leur plus grand espoir car ils n’avaient plus rien à attendre de leur pays d’origine.
Leur dissolution parmi les Corses est étonnante. A tel point, que leur souvenir s’effaçait.
Une association, Kalinka-Machja, réunit les descendants des passagers du Rion mais a priori, elle n’est plus très active.
Je n’ai parlé que du destin corse des « russes blancs ». L’histoire va bien au-delà. De nombreuses publications donnent beaucoup d’informations sur le mirage brésilien ou le triste épisode du paquebot « Burgeister von Melle » qui a ramené des centaines de réfugiés vers le Bosphore qu’ils auraient bien voulu ne jamais revoir.
Quelques liens:
Article du site « in piazza » Article de Corse Matin.. et un billet du Journal de la Corse
p>PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

















