L’église de Bardiana est dédiée à Saint Pancrace. J’ai eu l’occasion, ici, de lui consacrer un billet de blog.
En lisant de la documentation sur ce saint, je suis tombé sur un épisode de la vie de quelqu’un que j’ai déjà cité. Petrus Cyrnæus ou Pietro Cirneo. Puisque j’ai évoqué Giovanni della Grossa, je vais écrire quelques lignes sur celui qui fut son précurseur.
Si on en croit les sources, Pierre Felce appelé plus tard Petrus Cyrnæus ou Pietro Cirneo, Pierre de Corse donc, est né à Felce d’Alisgiani en 1447 et serait mort vers 1506. Orphelin très vite, et dépouillé par des parents peu scrupuleux, il serait parti en Italie en quête d’une situation.
C’est là qu’il se serait choisi ce nom en référence à ses origines. Il suit les leçons de Benedictus Brognolius, professeur de latin et de grec à Venise. Il se fixe lui-même dans cette ville où il devient lui aussi professeur puis correcteur d’imprimerie. Puis il entre dans les ordres pour, on le pense, se consacrer, à l’histoire. Il écrit notamment une œuvre dont le titre est Commentarius de bello ferrariensi, ab anno 1482 ad annum 1484 qui traite des guerres entre Ferrare et Venise, dans les années 1480. Mais, il découvre ce que Strabon, géographe grec du 1er siècle a écrit de son île natale et il n’apprécie pas … On peut le comprendre. Voyons donc..
« ..L’île de Cyrnos que les Romains nomment Corsica, est un pays affreux à habiter, vu la nature âpre du sol et le manque presque absolu de routes praticables, qui fait que les populations confinées dans les montagnes et réduites à vivre de brigandages, sont plus sauvages que les bêtes fauves. C’est ce qu’on peut du reste vérifier sans quitter Rome, car il arrive souvent que les généraux romains fassent des descentes dans l’île, attaquent à l’improviste quelques une des forteresses de ces barbares et enlèvent ainsi un grand nombre d’esclaves ; on peut alors observer de près la physionomie étrange de ces hommes farouches comme les hommes des bois ou abrutis comme les bestiaux, qui ne supportent pas de vivre dans la servitude, ou qui, s’ils se résignent à ne pas mourir, lassent par leur apathie et leur insensibilité les maîtres qui les ont achetés, jusqu’à leur faire regretter le peu d’argent qu’ils leur ont coûté. Il y a cependant certaines portions de l’île qui sont, à la rigueur, habitables, et où l’on trouve même quelque petites villes, telles que Blésinon, Charax, Eniconiæ et Vapanes… »
Il compose en réponse « De rebus corsisis libri IV, usque ad annum 1506 » où il retrace en latin, pour les érudits donc, une histoire de la Corse des origines jusqu’au XVe siècle, et fait l’éloge de cette île et de ses habitants, libres et vertueux. Cette œuvre a été imprimée pour la première fois en 1738, dans le vingt-quatrième volume de la collection de Muratori.
Il retourne enfin dans son pays. Prêtre de la paroisse de Sant’Andria di Campoloru où il décède.
Alors, où et comment placer l’épisode qui le voit passer de futur bandit à homme de savoir, grâce à Saint Pancrace ? On ne voit pas trop. La version proposée dans la vie du saint ne correspond pas à la chronologie. Revenu d’Italie, pour se venger des parents qui lui avaient fait du tort, il voulut entrer en vendetta. Sans expérience à ce propos, il s’en alla consulter le bandit d’honneur nommé Galvano. Comme on célébrait au même moment Saint Pancrace, saint patron des bandits, Galvano lui conseilla de respecter la trêve. Ils restèrent ensemble et profitèrent de cette trêve pour réfléchir et mettre au point le plan de la vengeance. Au terme de ce temps, Galvano s’apprêtait à passer aux actes avec son ami quand celui-ci, probablement touché par la grâce de saint Pancrace, décida de renoncer à ses funestes projets et de rentrer dans les ordres.
Bon, belle histoire mais pas du tout crédible puisqu’on sait qu’il était prêtre quand il est revenu sur sa terre natale. Au travers de ses écrits, il semble qu’il ait eu le sang chaud mais on ne l’imagine guère, devenu prêtre, se lancer dans une sanglante vendetta.
Pour ceux que ça intéresse, j’ai découvert qu’il existait un livre (en vente sur Amazon !) qui est la reproduction d’un ouvrage paru en 1928. C’est la photo qui illustre ce billet. Et vous pourrez lire avec intérêt une contribution de François Santoni présente les interprétations historiques relatives à la Corse romaine issues de deux auteurs insulaires des 15ème et 16ème siècle, Pietro Cirneo et Anton Pietro Filippini.
Tout de même. Quelle affaire ! Des bandits, un saint, un prêtre, des historiens. L’histoire de la Corse est comme un vagabondage. On part à l’aventure et toujours de belles et étonnantes découvertes.
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…














