Tant que nous aurons des châtaignes, nous aurons du pain.
On attribue cette phrase à Pascal Paoli. Et comme disent les italiens, si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé. Ce qui est amusant dans cette remarque pertinente, c’est de voir que le Père de la Nation, rend ainsi un hommage à une république contre laquelle il a toujours lutté. Gênes !
Pendant cent cinquante ans, les Génois ont contrôlé la Corse. Pour être gentil, nous dirons que cette domination n’a pas été d’un grand bénéfice pour l’ïle. Gênes et l’Office de Saint Georges recherchaient un profit commercial et l’organisation de la société était le moindre de leurs soucis.
Mais les génois ont un mérite. Comme le blé avait un rendement insuffisant, ils ont poussé les insulaires à développer la culture du châtaignier. L’idée était de préserver la population des famines. La châtaigne permettait de nourrir hommes et bêtes.
Ainsi, une ordonnance d’août 1548 impose aux propriétaires de « planter chaque année quatre arbres fruitiers – figuier, olivier, mûrier et châtaignier » sous peine d’amende pour chaque arbre non planté. En novembre 1619, les propriétaires sont contraints de planter au moins dix arbres. Et en décembre 1626, l’ordre est donné de semer une centaine de châtaigniers dans chacune des circonscriptions nobiliaires de l’île. Les plants devaient ensuite être plantés dans des terroirs favorables. En 1646, une dernière ordonnance de janvier, oblige les propriétaires à planter dix châtaigniers, protégés du bétail, avant la fin du mois de mai.
Ainsi, on a pu atteindre 35000 hectares de châtaigneraie. Surtout dans le nord. Et notamment en Castagniccia, région qui tire bien entendu son nom de cette arboriculture. Ce sont les chiffres du bien connu plan Terrier qui a recensé les ressources du territoire français.

L’arbre à pain ! Et oui. Réduit en farine, on le retrouve quasiment à tous les repas jusqu’au milieu du 20ème siècle. Pulenta, briulli et autres falcullele et migliacci, galette de blé certes, mais cuites dans des feuilles de châtaignier.
L’arbre donne un fruit qui se mange. Mais pas que. Avec le bois on fait du mobilier, avec les jeunes pousses, de la vannerie et plus tard, dans la seconde moitié du 19ème siècle, on découvre l’utilité du tanin. Pour la teinture mais aussi pour le travail du cuir. Des industriels français mais aussi anglais ou allemands créent des usines. Folleli, Barchetta, Casamozza. L’usine de Ponte-Leccia, qui sera la dernière à fermer, mettra fin à son activité en 1965.
Et puis les châtaigneraies ont progressivement disparu. Incendies, maladies, dans les années 2000, moins de deux mille hectares sont exploités.
Mais et c’est heureux, nous assistons à un renouveau. Jeunes générations, éradication du cynips, l’AOP obtenue par la farine de châtaigne, partenariats inattendus. La filière compte désormais une centaine de producteurs dont les ¾ labellisés en AOP.
Pas moins de cinquante variétés de fruits. La campanese, la gentile, la niella et la tighjulana surtout pour la farine, la rossa et l’insitina pour la confiserie (marrons glacés) ou la carpinaghja, en fruit de bouche.
Bon, on va dire que je suis chauvin mais j’assume. La châtaigne corse est la meilleure de toutes celles que j’ai pu goûter. Pulenta bien entendu, brilluli, grillées ou crues à la pointe du couteau.
Bientôt les fêtes. Alors figatellu et pulenta..mais avec de la farine de chez nous…
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…
















