C’est dans le livre « la Corse mystérieuse », aux références parfois fantaisistes, que j’ai pour la première fois, découvert l’histoire tragique des Ghjuvannali. Episode, il n’a pas été le seul, de la guerre sanglante menée par l’église contre tout mouvement qu’elle considérait comme hérétique.
Pour comprendre, il faut se replacer au 14ème siècle. Partout en Europe, un mouvement de contestation apparait. Il est double. Les paysans se révoltent contre les seigneurs féodaux et le mode de fonctionnement de l’église romaine est rejeté.
La peste est présente sur l’île et une partie du peuple adopte une spiritualité radicale et contestataire. L’influence des franciscains est forte et en particulier celle des Fraticelli, ordre mendiant qui a sans doute été à l’origine de cette évolution. Ceux qui parmi vous ont lu ou vu le film, « le nom de la rose » se souviennent sans doute des deux moines brulés parce que dolciniens ou fraticelle.
Le danger pour la hiérarchie catholique était le message de pauvreté.
Selon ceux qui étaient donc qualifiés d’hérétiques, le Christ et ses apôtres ne possédaient même pas leur tunique. Ils refusaient la richesse et rêvaient d’un monde utopique où tous les hommes seraient pauvres et égaux et surtout, où l’Eglise n’aurait aucun pouvoir politique.
Insoutenable pour Rome qui n’a eu de cesse que d’exterminer ceux qui adhéraient à cette doctrine.
Et intolérable pour les seigneurs féodaux !
C’est en 1352, à Carbini, que le mouvement a pris de l’importance en Corse. Cette communauté dirigée par Frà Ristoru, un religieux originaire de Sagone a vite inquiété Raimondo évêque d’Aleria, représentant de l’opulente Eglise corse.
Le Pape Innocent VI prononce une excommunication définitive et envoie les inquisiteurs dans l’île. Il s’agit de traquer les « illuminés » et de les condamner à mort sans procès aidés en cela par les seigneurs locaux qui se seraient chargés de la sale besogne, exterminant les hérétiques réfugiés en Alesani.
Hommes, femmes et enfants perdent la vie dans des conditions atroces, souvent sur le bûcher, non sans avoir résisté les armes à la main.
Les derniers Ghjuvannali déclarés, repliés à Alesani et Ghisoni, sont exterminés sans jugement. La tuerie cesse aux alentours de 1364.
C’est ici que la légende naît.
Alors qu’à Ghisoni, les derniers ghjuvannali avaient été exécutés, Le curé de la paroisse fut pris de pitié et se mit à prier pour eux et il célébra la messe des morts. Lorsqu’il prononça les mots de Kyrie Eleison (seigneur prends pitié) et Christe Eleison (christ prends pitié), la foule psalmodia avec lui et la montagne répercuta l’écho de son chant. Alors, du bûcher ardant sortit un vol de colombes blanches qui gagnèrent les deux sommets qui portent aujourd’hui ces noms.
Depuis comme toujours, l’histoire retient ce qu’en disent les vainqueurs. Orgies, débauche et hérésie. Alors, qu’il s’agissait d’un mouvement spirituel dont le seul tort était de prôner la pauvreté et la modestie à une Eglise et des seigneurs qui étaient bien loin de ses valeurs.
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…
Quelle surprise ! Je voulais écrire un texte sur Grossu Minutu, personnage légendaire selon moi. Et je découvre après quelques recherches qu’il a existé et que sa vie est bien documentée. Savoir qu’il a été compagnon de route de Pascal Paoli, m’a laissé pantois !
Alors, notre ami se nommait Petru Giovanni Ficone et il serait né en 1715 à Perelli d’Alisgiani en Castagniccia. Orphelin de père puis de mère, il était de santé délicate et maigrichon. C’est de là que vient sans doute ce qui devait être son premier surnom « minutu » qui peut se traduire par « petit » ou « chétif ». Et il est possible aussi qu’il ait choisi le verbe pour répondre aux attaques des autres enfants qui aujourd’hui comme hier, n’oublient jamais d’être cruel.
Pauvre, il a exercé toute sa vie le métier de marchand ambulant. Le tragulinu. Il vendait aussi des cochons. Cette activité ambulante l’a conduit à travers la Corse. Il dormait dans les villages mais aussi à Bastia, la grande ville, et faisait de nombreuses rencontres.
Certainement doté d’un esprit vif, il répondait par de vives plaisanteries aux commentaires et peut être aux moqueries. En vieillissant, notre héros a pris de l’embonpoint et son surnom s’est enrichi de « grossu » « le gros ». Contradictoire bien entendu mais ça rajoute quelque chose à la poésie du personnage.
A la façon d’Esope, il utilisait les comparaisons avec les animaux pour remettre les moqueurs à leur place. Ainsi, par exemple, à quelqu’un qui pour le vexer lui faisait remarquer que, pour un homme d’esprit comme lui, il avait les oreilles plutôt longues, il réplique : « Et toi, pour un âne, je trouve que les tiennes sont trop courtes » Ou bien encore, dans une procession, quelqu’un qui marche derrière lui, lui dit pour l’humilier : « Il paraît, Grossu Minutu que tu es toujours avec les porcs » ; et lui de répondre : « Eh oui, tantôt devant, tantôt derrière ; en ce moment je suis devant. » A propos d’Esope, il se dit qu’un jour, un groupe de personnes, pour se moquer de lui, le comparent à Esope ; Minutu ne se démonte pas : « Je fais mieux que lui, dit-il ; il faisait parler les bêtes, moi, en plus, je les fais rire. » Je ne suis pas sûr que cette histoire soit vraie. Car on imagine mal qu’Esope ait pu être connu dans nos campagnes au 18ème siècle.
A l’époque, partisan du clan Matra opposé à Paoli, Grossu Minutu a accepté de jouer les messagers. Arrêté par les paolistes, il s’est retrouvé en prison. Il échappe à une condamnation pour rebellion car l’aide de camp de Pascal Paoli, Giovanni Guiseppe Cortinchi, qui connaît sa réputation le fait libérer.
Ensuite, Grossu Minutu s’est rapproché du Père de la Nation. Une mutation de statut. Il est passé de sujet d’un clan à citoyen. Un rêve de parole libre, d’égalité entre les hommes, qui devait résonner dans l’esprit et l’âme de Grossu Minutu. Depuis, ces deux personnages historiques sont parfois associés dans la tradition populaire sans pourtant avoir des informations précises sur ce compagnonnage.
Et puis, après des années passées à arpenter les chemins et les routes, il a épousé une voisine. Trois enfants sont nés de ce mariage. Devenu veuf, il ne se remarie pas et vit de façon modeste dans son village de Perelli où il meurt âgé de 86 ans.
Il se dit qu’au moment de mourir, il aurait eu un bon mot pour Dieu. C’est possible et en tous cas, bien dans l’esprit de Grossu Minutu.
Allez..trouvé sur internet… une des nombreuses réparties de Grossu Minutu.
Il y avait à Bastia un riche commerçant, réputé pour son esprit sarcastique. De plus, il était borgne et cachait mal sa disgrâce derrière d’épaisses lunettes vertes
Un matin cet homme vit passer, du haut de son balcon, le vieux Grossu Minutu que les ans avaient rendu bossu.
-Où allez-vous donc de si bonne heure, un sac sur le dos ? lui-dit-il faisant allusion à sa bosse.
-J’allais chez toi, et je suis heureux que tu m’aies reconnu alors que tu n’as encore ouvert qu’un volet de ta fenêtre répliqua Minuto qui connaissait l’infirmité du plaisantin.
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Pourquoi ne pas le dire. J’ai une grande sympathie pour le renard. Bon. Il me faut reconnaître que peu de mes compatriotes partagent mon avis. Surtout, s’ils ont des poules.
En réfléchissant, il me semble que cette sympathie vient, comme souvent, de mon enfance. Cette enfance se déroulait neuf mois par an, en ville. Loin de la nature. Les trois mois d’été, c’était au village. Et la nuit, la chambre restant ouverte, j’entendais le bruit du fleuve mais aussi les chouettes et un bruit dont je ne connaissais pas la nature. Ma Mère m’avait expliqué alors que c’était un renard qui jappait.
Pour moi, le renard c’était l’animal sauvage. Fascinant pour un petit urbain. Et en plus j’avais dévoré le « roman de Renart » dans lequel il était un héros rusé défiant l’autorité et se sortant sans peine des situations les plus délicates.
Il vit surtout la nuit. Pourtant j’en ai surpris un en plein jour près de la rivière. J’entendais du bruit derrière un buisson. J’avançais. Le bruit s’arrêtait puis reprenait et nous avons fini par nous trouver nez à nez. La rencontre a été rapide. Le renard a été aussi étonné que moi et bien plus leste. Il doit courir encore.
Mais, et c’est difficile à croire et pourtant vrai (à lire) , j’en ai vu un d’encore plus près. Nous étions montés à trois couples avec les enfants au refuge de Ciottuli i Mori. L’idée était, pour les plus grands de monter au trou du Tafunatu. Les plus jeunes devaient nous attendre au col des Maures. Les enfants dormaient sous les tentes à quelques dizaines de mètres du refuge. Et les adultes dans les duvets. Alors que je commençais à dormir, je sens une présence. J’ouvre les yeux et là..un renard au-dessus de moi me regardait. J’appelle mon ami et lui dis en quelques mots ce qui se passe. Il rigole et me répond..aho c’est un chien.. moins d’une minute après le voila debout en train de courir après goupil qui lui avait fait le même coup. Au petit matin, réveillé par des grattements, je vois un renard, le même ou un autre, en train de démantibuler un sac à dos et de partir avec un petit sac avec des provisions. Il s’arrête un peu plus bas. Je prends un gros caillou avec l’idée de le trucider et puis je renonce. Il me regardait et franchement, il était trop beau pour que je le tue. Voleur mais pas chanceux puisqu’il avait embarqué le café en poudre. Le gardien du refuge n’a pas été surpris. Il nous a expliqué que les randonneurs avaient pris la mauvaise habitude de les nourrir et que les renards n’avaient plus peur de l’homme. Ils étaient presque apprivoisés.
Revenons aux légendes. Et bien. Il y en a peu en Corse. A la différence de la France, mais pas seulement, où le renard apparaît dans beaucoup de récits et de fables. Cherchez sur internet et vous trouverez des dizaines de textes d’Esope à la Fontaine pour ne parler que des plus connus qui utilisent l’animal.
Chez nous, une référence proverbiale. Lorsqu’il pleut et fait soleil en même temps, un dicton prétend alors que « le renard se marie ». C’est sans doute lié à la couleur particulière du ciel à ce moment précis. Ce qui est étonnant c’est de retrouver la même expression au Japon !
Les dernières nuits que j’ai passées au village, j’ai continué à laisser la fenêtre ouverte. Le fleuve est toujours présent. Parfois la chouette. Mais le renard ne se fait plus entendre. Il n’y a plus de poulaillers et ceci explique sans doute cela. Et je vois avouer que ça me manque.
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Une heureuse conclusion pour, qui sait, des fughjiticci!
Ce que je vais vous raconter, évoque une coutume ancienne et qui n’était pas rare. Et cette coutume s’est maintenue jusqu’au 20ème siècle puisque j’ai connu un couple qui s’était marié ainsi. L’affaire étant moderne, ils avaient filé à Marseille en prenant le bateau.
Il existe un livre qui traite de cette question. L’Honneur des femmes en Corse du dix-huitième siècle à nos jours, par Madeleine-Rose Marin-Muracciole. Paru au début des années 1960, il est désormais introuvable. Il a eu l’honneur d’un article dans le Monde (lien pour les abonnés à ce journal).
Alors, de quoi parlons-nous ? Imaginez-vous Roméo et Juliette et leur funeste destin parce que leur amour était condamné par leurs familles.
En Corse, une affaire comme celle-là, pouvait se régler de façon moins tragique. Les amoureux forçaient la décision des parents en usant du mariage par fugue ou escapade. Ils disparaissaient ensemble du village, de façon clandestine, et y revenaient en couple quelques temps après. Le mariage devenait inévitable pour une raison d’honneur.
Dans les faits, si j’en crois le livre que je cite, l’affaire était préparée par les amis du garçon et même sa famille si c’étaient les parents de la fille qui s’opposaient à l’union. On préparait le cabriolet ou le cheval. On choisissait un parcours discret et le couple était souvent accompagné sur le chemin de sa fugue. Les amies de la jeune fille se contentaient d’assister au départ. Dès que les fuyards étaient partis, tout ce petit monde revenait au village en tirant des coups de fusil en l’air. Les familles alertées cherchaient leurs enfants. Et si elles ne les trouvaient pas, l’affaire était entendue. Ils étaient partis en escapade.
Dans certains cas, il n’est même pas besoin de fuir. L’autrice raconte des situations où, lorsque l’opposition vient de la famille de la jeune fille, le garçon amène celle qu’il aime chez ses parents. Famille et amis sont alors présents. Autant de témoins. Un message était alors envoyé aux parents récalcitrants qui ne pouvaient plus qu’accepter la situation et fixer la date du mariage. Jusqu’à la cérémonie, la jeune fille, à supposer qu’elle le fut toujours, était logée dans la plus belle chambre. Son fiancé n’avait pas le droit d’y entrer.
Parfois, le garçon amenait la jeune fille chez un parent, un oncle par exemple et lui présentait en disant « Oncle, embrassez votre nièce ». Ce baiser du parent rendait le mariage obligatoire pour une raison d’honneur.
L’histoire est belle même si dans certains cas, elle pouvait se terminer mal. La jeune fille abandonnée ou qui ne pouvait prouver l’enlèvement faute de témoins, était perdue.
Mais, cette façon plutôt pacifique de gérer un conflit familial est quand même bien plus agréable que le suicide des amoureux. Le plus extraordinaire dans cette affaire c’est qu’elle existe encore sous un nom que je ne saurais traduire en corse..l’élopement..des jeunes gens qui filent en Ecosse par exemple où les formalités sont légères , pour une fugue matrimoniale. Nous avons lancé une tendance ! Et qui on est !
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Quelques jours de vacances bien méritées et du coup l’envie de rédiger un billet de blog avec un petit espoir. L’espoir de le voir lu par ceux qui tout au long de l’année, m’assènent avec d’excellentes raisons au premier rang desquelles, l’envie de me faire plaisir, un sonore et empathique « Pace e salute ! ». Ah, l’enfer est pavé de bonnes intentions comme je m’en vais essayer de vous le montrer. Et comme nous sommes le 26 décembre, il n’est pas trop tard.
Nous allons donc consacrer quelques lignes à ces fameux souhaits de fin d’année. Noël ne pose pas de difficultés. En plus, il est derrière nous mais ça peut servir pour le prochain. « ..Bon Natale » ira très bien ! A prononcer « Bon Nadalé » puisque entre deux voyelles, le « t » devient une consonne mutante mais pour que ceux que ça intéresse, j’ai dû écrire un truc à ce propos dans le site d’apprentissage auquel ce blog est adossé. Vous pouvez aussi rajouter « Bone feste » ce qui ne mange pas de pain puisque ça signifie, comme en français, « bonnes fêtes ».
Les choses se compliquent un peu avec la fin de l’année et la nouvelle.
Si vous voulez être dans l’orthodoxie, il convient de bien respecter la chronologie car, en fonction du moment, les vœux changent … Après le 31 décembre, faîtes claquer un « bon capu d’annu » qu’on devrait traduire par « bonne tête d’an » mais vous l’aurez compris, cette expression signifie tout bonnement « bon début d’année ». Prononciation pas évidente « bon caboulanou » avec ces consonnes mutantes mais vous pouvez essayer avec l’heureuse perspective de jouir des regards admiratifs de vos hôtes ou invités…Des versions plus élaborées, existent. J’en mets une à votre disposition ci-dessous. Que ne ferais-je pas pour mon fidèle lectorat !
« Bon di,
Bon annu,
Bon capu d’annu,
Bonu quist’annu,
Megliu un altr’annu »
« Bon jour ,
bonne année,
bon début d’année,
cette année a été bonne,
que celle qui vient soit meilleure »
Et bien entendu, dès minuit, c’est le bien connu (trop sans doute mais nous y reviendrons ) « Pace e salute » qui s’impose. Paix et santé, ce qui soit dit en passant est ce qu’on peut souhaiter de mieux à ses proches et à la terre entière. C’est ce que les enfant s’empressaient de dire à leurs parents en ce premier jour de l’année.
« Pace e salute ! Pace e salute ! » et les parents répondaient « E ch’è vo siate sempre bravi zitelli » « Et que vous soyez toujours de bons enfants ! » La perspective d’étrennes (ah le souvenir des pièces de 5 francs en argent) me motivait pour n’oublier personne.
Un clin d’oeil à un ami de Nuceta qui me rapportait la réponse pleine d’ironie moqueuse d’un vieux de son village lorsqu’on lui disait « Pace e salute ». Il rétorquait, non sans une certaine logique. « Si un n’aghju a salute, a pace un l’averete mancu voi ! » Si je n’ai pas la santé, la paix même pas vous ne l’aurez !.
Bref….tout ça pour dire que le « pace e salute » est connu de beaucoup de monde. Ce qui vaut à tout moment de l’année, de l’entendre de la part de gens bien intentionnés qui pensent me faire plaisir. J’ai pris pour parti de leur répondre « Joyeuses Pâques » et devant leurs mines interloquées, je leur explique qu’ils viennent en mars, juillet ou août, de me souhaiter ni plus ni moins qu’une bonne année.
Sur ce, vi basgiu et vi dicu « Bon capud’annu a tutti »
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A valle chi vi vogliu prisintà è a meia. E bella persa e quelli chi ci ghjunghjenu si so, a maio parte di u tempu, sbagliati di strada. E dino assai inquietante quandu si ne casca a notte e chi l’umbreghju di e muntagne vene annigrisce e piniccie e, capinsu, e fureste di lecce e di castagni diggia belle bughjose da per elle. Ci so parechji paesoli chi parenu suminati d’una parte e di l’altra di u strado a qualchi chilometri l’unu di l’altru..
Per di tuttu, questu locu è statu assai, luntanu di a mudernità e aghju cunisciutu u mo paese senza electricità. Ava, avemu ancu a televisione e u telefonu ma tenimu sempre in mente, i tempi anziani e parechje cose ,smarite altro, so sempre un pocu vive indè mè..
Ma quandu ci pensu, un ci è chi una cosa chi a veramente cambiatu. U locu ava è spupulatu… un ci è piu nimu per parlà di tuttu stu passatu.. Pecatu, chi u ricordu di certe personne pianu pianu si squazza in vece chi a so storia si meritaria di esse conta davanti u fucone, assai dopu ch’elli sianu smariti.
Si chjamava Ghjacintu, ma tutti u cugnumavanu » a mosca » dapoi ch’ellu avia fattu comu si dice omu, u so pruverbiu. U megliu è di racuntavi l’affaru chi vo sapissite esattamente quale era. Dunque, un ghjornu chi u sole sciappava e petre, ellu travagliava à l’infora. Ghjacintu era turmentatu da una mosca ch’allitava u sudore. Volava eppo si ponia nantu quellu tintacciu. Ellu, ognitantu lasciava puru cascà a so carica per tumbà u mignocolu ma u so motu u faccia fughje. E durava cusi dapoi una bella stundetta sotta l’occhji alegri di una cumpania a mezz’adrumintata. Tuttu d’un colpu, piu vivu per una volta chi a mosca, Ghjacintu a si piglia e tutti aspettavavanu chi l’inciaccessi ma inno. Ghjacintu ben ‘accuratu li strappava l’ale e lasciendula in terra li face » ava marchji a pedi quante mè » E cusi ch’ellu si vede chi gattivu un ‘era e chi s’ellu pinsava micca a l’usu cumunu, un li mancava l’arbitriu.
L’averete capitu, ci era a ghjente per stu cantone e particularmente, una ghuventu assai turbulente e chi pinsava sopra tuttu a trove a macagna di quelle, una chi feria spanzassi i paesani mentre parechji mesi. Vi puderia parlà di l’unu o di l’altru ma l’affaru chi vi vogliu cuntà, ne tuccava trè. Tantu megliu chi a stu ghjocu eranu puru i piu forti. A sapete di quelli capace di fà crede a i furesteri chi di sicuru Nabulio è interratu in Pariggi ma chi u so craniu di zitellu è qui…indè u cemeteriu di u paese ! E di lagnassi chi u merru un faccia nulla per fà cunosce st’eventu quantunque maio per a storia di a Corsica… E l’altri ch’ingullianu questa sumerata di capochja…..
Di u genaru à azzingà un filu a i pedi d’un mortu mentre a veghja per fà move l’anca e fà nasce a u panicu indè i presenti..In fattu fine, pullastri invintivi e maligni chi senza gattivera, s’eranu sceltu a Ghjacintu » a mosca » cume sibula di e so burle e altre barzulette. Si chjamavanu Batti, Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu..a casata un si ne parla chi, ci vole a capiscela, so sempre vivi e piuttostu sgio..a chi duttore, a chi circadore..e anc’unu chi face a puliticha per ste Francie…
Omu s’avvicinava di Natale e i ghjorni chi eranu corti e puru freti si terminavanu a lu caffè. Ghjacintu ci passava sempre una bella stonda, u tempu di sciaccassi chjachjarandu duie o tre bicchierii di vinu. Li piacia assai lu vinu ma, u tintu era troppu poveru per pudène beie bonu e abbastanza. Dunque, prima di raghjunghje u so paesolu di Montistrellu, luntanu di u paese di qualch’ettometri, lasciava sempre a cumpania incu a listessa cacciata » pecatu ch’in funtana un ci corre che acqua, u vinu m’averia fattu pro » Parlava di a funtana sotta a so casa. Tutti i paesani questa filastrocca, di mente a cuniscianu e » a mosca » un n’avia mancu u tempu di compie a so infrasata chi a salla sana a ripigliava in coru e mughjendu.
Per dilla franca Batti, Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu s’ annuiàvanu. Sempre e listesse macagne. Quante cani annasandu, circavanu sempre qualchi scimità da invintà. Cume sta sera qui, Ghjacintu si n’andava quante d’abitudine sotta li mughji di a cumpania, Pasquale era statu mutu. Quandu l’altri l’anu fighjulatu, avia un surrisu tamantu e l’occhji abbagliuliti di quellu chi a trovu a macagna di e macagne..una chi avia da esse stampata ! Ma un di nulla a i so cumparsi. Tropp’a bonora. Bastava, li spiego, chi mentre i quindeci ghjorni chi firmavanu sin’a Natale avianu da ripete a Ghjacintu chi un miraculu natalescu era sempre pussivule, chi Ghjesu avia cambiatu l’acqua in vinu in Canaa e chi, s’ellu prigava assai ribicchinandu parolle magicche, u vinu avia da zirlà di a funtana per Natale.
U lindumane sera, a lu caffè, quante cuspiratore, anu pagatu un bicchieru di vinu sceltu a Ghjacintu e cuminciatu l’operata. U tintu chi era pietosu fu scunvintu facilmente incu l’aiutu di u vinu e turno a casa ripetendu a preghera chi avia da cambià l’acqua in vinu. Chi era sta preghera, nimu un l’a mai sapiutu chi » a mosca » a dicia mezavoce. Di sicuru qualchi bestialità imaginata da questi tre diavuletti. E torna a Vignale, tutte e sere, vinu sceltu, preghera e discorsi. U vintiquattru, Batti e Ghjuvan-Ghjacumu un vedianu induve Pasquale li vulià purtà. Un vedianu l’interessu di a storia postu chi » a mosca » quandu avia de vede chi a funtana dava sempre acqua, passeria subitu a altra cosa e chi a burla un faria ride a nimu !
Ma Pasquale avia pinsatu a tuttu…. » Sta sera ô cumpa, mentre a messa e dopu mentre a sopracena, Ghjacintu a da beie e sera di sicuru mezzu briacu . Eiu aghju messu a parte una buttarella .di cinquanta litri chi aghju empiutu di vinu di Patrimoniu arrubatu in cantina di Ziu Antone…chi s’ellu a sa mi tomba…aspittemu a mezanotte..Tu, ô Batti colli a a colta..l’aghju diggia cullatu quassu a buttarella…aghju straziatu in veru ma ava ci è. Tutt’è prontu…Taglii subitu l’acqua…Eiu incu Ghjuvan-Ghjacumu ci cansemu indè Ghjacintu, li parlemu di a funtana….quand’ellu sorte per virificà s’ellu ci è statu qualchi miraculu…fiscu duie volte…tandu tocca tè di fà corre u vinu indè u cundottu.. U tempu chi » a mosca » ghjunghji a a funtana, ci sera u vinu e allora ô zittè, di stu colpu miraculosu, di i mughji di Ghjacintu si ne parlara omu da qui a deci anni. A macagna di u seculu.
Batti e Ghjuvan-Ghjacumu eranu meravigliati e si so passati a ghjurnata di u vintiquattru a fà u passu e u vene, indè l’unu, indè l’altru, bevendu qui un aperitivu, altro un vinu caldu incu aranciu e limone. A sera eranu cotti e ognunu si dubitava di qualcosa. Si vidia a u so aria ch’elli priparavanu qualchi culpacciu ! A lu caffè, vers’ott’ore, u spartimentu di Ghjacintu fu salutatu da un » ô a mosca un smintica a to preghera « …Eranu puru trasaltati.
A serata s’era passata indè Ziu Anto a manghjà e a beie sin a mezanotte. Dopu, i tre cumpari s’avianu pigliatu a a strada per cullà in Muntistrellu. Un pocu u cotru, assai lu vinu ch’elli avianu betu, a spassighata fu difficiule…ma..cume previstu, Batti si ne cullo a a colta e i duie altri so andati a pichjà a a porta di Ghjacintu manera di salutalu. U brav’omu era vicinu u caminu e pinciulava, bellu techju dopu u ripastu assai ricu e avvinatu ! U miraculu un s’avia sminticatu ! Fatte e salutazione, Pasquale li face » allora ô Ghja ! E sta funtana..un si mancu surtitu per vede si un curria lu vinu di Patrimoniu ? « .
U nome di Patrimoniu avia puru discitatu a mosca e era prontu a sorte da virificà . Surtendu, Pasquale fisco duie volte, forte a l’usu di i pastore chi indè i tempi tutti a sapianu fà. U tempu di ghjunghje a a funtana sculisciandu nant’a u cotru, trampaleghjandu, e Ghjacintu li scappa un mughju, ma un mughju da fà trimà li vetri di i purtelli.. » vinu, vinu…Ô a ringrazziati ô Diu…Miraculu…chjamate u prete, inno u vescu chi è un miraculu…a funtana è miraculosa » Ma, l’avemu detta diggia, » a mosca » un era scemu e nanzu di chjamà piuvani e altri frati, s’è dettu chi seria megliu di ghjuvassi di stu rigalu ! E mughjandu sempre, si ne torna in casa per circà e damisgiane !
Pasquale e Ghjuvan-Ghjacumu un si tenianu piu..morti di risa. Si svultulavanu indè a neve, saltavanu quante capretti e u spectaculu di Ghjacintu empiendu e damisgiane cantandu cantichi li campava. A mosca cuntentissima, incu u so vinu si ne fallava sempre arrigraziandu… grazie! grazie tante! grazie mille! grazia à Diu!..ci ne era per tutti..Sant Anto, San Lurenzu e San Pancraziu.
Pasquale dicia a u son amicu ridendu, a mezzu buccheghji » chi risa, ma u megliu a da vene…quandu s’anu da liticà incu u prete qui ellu un vulera crede a u miraculu…ci a da esse azzuffu in chjesa.. » Ghjuvan-Ghjacumu ridia anch’ellu ma li face » ô Pasqua’ chi divintara Batti, chi un l’avemu vistu ? A mancatu tuttu..si sera persu..ci vole a cullà da circalu ! « .
Un avianu mancu fattu centu metri indè a cullata chi Batti s’affaco….biancu..biancu quante s’ell’avia vistu u fulettu.. » Ô Batti, chi ai da fà u musu ? « .. » Alè…parlà chi pari dissanguinatu.. « …Batti barbagliulandu, tandu li face…. » ci è qualcosa chi un va micca, ô zitté…quandu so ghjuntu quassu, aghju subitu tagliatu l’acqua e po mi so messu per aspettà indè a barraca induve ci so i cuntadore….e…avianu accesu un speziu di brasgeru chi un ghjaccessinu quelli cuntadore…u caldu…u vinu..troppu manghjatu…mi so addurmintatu e…un t’aghju entesu fiscà ô Pasqua’.. « .
» E allora ô Batti..chi voli di « … » vogliu di chi mi discetu ava…e chi a buttarella è sempre piena chi un l’aghju imbrancata… « …In furia so cullati e anu trovu effetivamente a buttarella piena. Patansciavanu…chi li era vinutu a paura. Chi nuttata anu passatu, straziendu per fallà a buttarella a u so locu in cantina indè Ziu Anto, pensandu a st’offesa chi avianu fattu a u celu…
Peghju fu u lindumane, chi Ghjacintu i si pigliava quante testimone…e elli un pudianu mancu piu parlà. Ellu passava per scioccu ma elli ancu di piu chi eranu d’accordu per di ch’avianu vistu corre u vinu..Mesi dopu, un pudianu entre in caffè senza sente a cumpania chi si ghjucava a risa » date vinu di a funtana a questi briacone « .Eppo, cume u restu, questa storia s’è persa…
A l’epica era omu fattu e ava so vechju…e per quessa chi a vi contu chi eiu u sicretu u cunoscu. Eiu ch’elli chjamanu sempre Ziu Anto…Chi priparavanu qualcosa a sappia e m’era arrivistu chi u mo nipote s’era fattu un’affacata in cantina.. Un m’a costatu tantu. Cinquanta litri di vinu e a fatiga per purtalu quassu a l’appiatu..a fatiga d’accende u brasgeru chi a sappia chi Batti bellu briacu s’avia da adurmintà..e dopu quandu aghju entesu i fischi so eiu chi aghju fattu corre u vinu miraculosu..Tantu megliu ! Ghjacintu a avutu e a si meritava duie damisgiane di Patrimoniu. E stelle luccicavanu indè i so ochji chi per ellu era da veru un miraculu. Ch’ellu riposi. In Paradisu di sicuru. E per i tre ghjuvanotti, è stata bella a lezzio. Anu amparatu chi ci vulia da macagnà quelli chi si ponu difende. Cinquanta litri di vinu per mette sale in zucca di sta bella ghjuventu, vale u colpu, inno ?
Tempi di una volta…E ava, chi so solu in stu paese viottu mi riscalda u core di pinsà davanti u caminu a queste fole di tempi fa…
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Je ne suis pas un vieillard mais assez âgé pour avoir connu un forgeron au village.
Il ne travaillait plus beaucoup car il était assez vieux. Mais j’ai l’ai vu dans sa forge et je me souviens très bien de l’avoir vu préparer les fers pour un mulet et ferrer l’animal. Le soufflet, le feu qui ronfle, les étincelles qui volent et les odeurs. Fascinant pour un gamin.
Il en existe encore mais ils sont spécialisés dans la coutellerie. Avant, le rôle du forgeron allait bien au-delà. Bien sûr, il fabriquait les outils agricoles mais pouvait à l’occasion, devenir chaudronnier, serrurier et même armurier. Et maréchal-ferrant comme dans mon souvenir.
Ce qui est plus amusant, mais un peu inquiétant quand on y pense, c’est qu’il devenait parfois dentiste. Et oui, d’un coup de pince, il arrachait la dent malade. Rien que d’y penser j’ai les cheveux qui se dressent. Et puisqu’on parle de santé, cet homme providentiel était consulté pour soigner la sciatique en appliquant des pointes de feu. Et puis, comme il connaissait les bêtes, il faisait aussi parfois office de vétérinaire.
Bref. Un artisan incontournable.
A tel point que dans certains villages, la communauté choisissait et engageait un forgeron à l’année. Ce fonctionnaire communal était payé en nature en échange des services à rendre à tous les villageois. On retrouve (1) les traces de ce système à Belgodère où au 16ème siècle, il existait une forge commune. En échange de la fabrication réparation des socs, haches et même de la réparation du mécanisme des moulins, il était payé en fonction des moyens de chaque famille. Quatre décalitres de blé par paire de bœufs, un décalitre par cheval ou encore deux décalitres pour un moulin. Pour une pioche, une zucca, soit environ douze litres de moût de raisin. Rien ne semblait échapper au recensement.
Ce qui est étonnant, c’est le fait de voir que le forgeron cité dans l’étude, un certain Maître Antonpetro, s’engageait à ne pas quitter ses fonctions sauf à se faire remplacer par son frère, lui aussi du métier.
Ce système a perduré jusqu’au 19ème siècle jusqu’à ce que certaines familles ne veuillent plus contribuer. Cette histoire de fonctionnaire municipal m’a fait penser à mes études de droit. La commune d’Olmeto avait, en 1897, décidé d’engager un médecin payé par la commune pour donner des consultations gratuites. Mesure annulée par le juge administratif car une mairie n’a pas à intervenir dans l’économie. Il faut dire qu’il y avait déjà deux médecins à Olmeto et qu’ils n’étaient pas ravis de l’initiative. Mais s’il n’y avait pas de forgeron, il n’était pas idiot que la mairie en engage un.
Les maîtres du feu fabriquaient bien entendu des couteaux. Et ils continuent à le faire comme j’en ai déjà parlé ici. Mais, ce métier au sens large a disparu des villages. L’arrivée des outils manufacturés mais aussi le bouleversement de l’économie qui n’est guère plus basée sur l’agriculture et le pastoralisme.
Certaines pièces forgées ont rejoint les musées. J’ai au village une pièce un peu mystérieuse en bois avec une grosse chaîne qui finit par un crochet. Je pense que c’était un élément de l’attelage pour le battage du blé qui devait servir à accrocher u tribbiu, la pierre pour dépiquer le blé.
Alors pour conclure, j’ai un peu de nostalgie en pensant au forgeron du village mais jamais, je ne lui aurais confié mes dents !
(1) « Recherches sur la terra di cumune » par Pierre Emmanuelli paru à Aix en Provence en 1958.
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En farfouillant dans ma bibliothèque, rayon corse, j’ai retrouvé un livre intéressant. L’almanach de la mémoire et des coutumes corses. Jour par jour, Claire Tiévant et Lucie Desideri, rappellent le saint du calendrier mais aussi, des sujets liés aux vieux métiers, aux travaux des saisons ou à la mythologie.
J’y ai trouvé une poésie composée par Furtunatu Pini du village de Penta de Casinca. Poésie transcrite par l’instituteur du village, Stefanu Luciani. Ce texte gentiment nostalgique, je le reprends ici car il rappellera sans doute des souvenirs à certains mais surtout parce qu’il est riche en vocabulaire.
Untitled Document
Ava ancu indè
i paesi
si viva cume a la cità
si so persi tutti quelli usi
e quella mentalità
un ci è piu che ghjilusia
che grandura e scimità
A présent
même dans les villages
on vit comme à la ville,
nos us et coutumes sont perdus
et même notre mentalité,
il n’y a plus que jalousie,
qu’orgueil et folie
So finiti quelli
tempi
ô quelle belle serate
a veghja intornu a u fucone
in quelle salle affumicate
quelli dulci fichi secchi
noci mele e fasgiulate
Le temps passé est révolu
finies les belles soirées
la veillée autour du foyer
dans les pièces noircies par la fumée
finies les douces figues sèches
les noix, les pommes et les châtaignes
rôties
Ben suvente frà
i grandi
ci eranu ancu i zitelli
si racuntava storie
da fà rizzà i capelli
giammai piu passeremu
belli mumenti cume quelli
Bien souvent avec
les adultes
il y avait aussi les enfants
on racontait des histoires
à faire dresser les cheveux
jamais plus nous ne passerons
de bons moments comme ceux-là
Ben ch’un ci fussi
dinari
ci cacciavamu a fame
ci era ficatellu e salsciccia
lonzu, prisuttu e salame
c’era vinu naturale
e pane fattu a u levame
Bien qu’il y eût
pas d’argent
nous mangions à notre faim
il y avait figatellu et saucisse
du lonzu, du jambon et du saucisson
il y avait du vin naturel
et du pain fait au levain
Un ci era cria d’orgogliu
menu ci era cattivera
ma c’era a fratellanza
e l’amicizia sincera
e n’eramu sempre cari
di mane piu che di sera
Il n’y avait pas
une once d’orgueil
encore moins de méchanceté
mais il y avait de la fraternité
et une amitié sincère
et on se chérissait
le matin plus que la veille
Vecu sempre u bancu
anticu
induve ellu pusava babbone
e quella vechja catena
appesa sopra a u fucone
induve ellu ci si appicava
un brunzinu e u paghjulone
Je vois toujours
le vieux banc
ou s’asseyait Grand-Père
et la vieille crémaillère
pendue au-dessus du foyer
où l’on accrochait
la marmite et le chaudron
Vecu ancu u tavulinu
manghjatu da a tignola
e carreie culor di fume
e quella vechja comoda
a madia incu u cascione
a conca e a madiola
Je vois même
la table
toute mangée aux mites
les chaises couleurs de fumée
et la vieille commode
la maie avec le coffre
la grande terrine et le petit pétrin
Vecu a sechja di
rama
a coghja incu u stagnone
e quella sechja di legnu
a ciaretta e u buttiglione
u fucile e a cartucciera
a musetta cu u bidone
Je vois la seille
en cuivre
la louche et le bidon
et cette seille en bois
la cruche et les bouteilles
le fusil et la cartouchière
la musette et la gourde
Vecu a carreia longa
a panca incu u pedinu
e u veculu indu u scornu
per azzicà u cininu
u lampione cu a vegliosa
e u picculu luminu
Je vois la chaise
longue
la banquette et le tabouret.
et le berceau dans un coin
pour bercer le bébé
le lampion et la veilleuse
et la petite lampe à huile
Vecu u brusgia-caffè
u filtru e u macinellu
quelli sacchi di grussume
a madiola e u spurtellu
a palmula e u manicone
a zucca e u caratellu
Je vois le torréfacteur
le filtre et le moulin à café
ces sacs de toile grossière
la sarclette et le panier d’osier
la fourche en bois et le fléau (1)
la gourde (2) et le tonnelet
(1) local
(2) courge creusée pour en faire une gourde
Vegu ancu u cernigliu
u spullinu cu a panera
u suffiettu cu e mullette
u trepede e a caffiterra
u spedu e a lampana a petrolu
cu a piccula lumera
Je vois même
le grand tamis (1)
le van avec la panière
le soufflet avec les pincettes (2)
la broche et la lampe à pétrole
avec la petite lumière
(1) le crible
(2) local. Ailleurs "pinzette"
Vegu tanti altri
oggetti
chi datanu di luntanu
letti e tavule di notte
tutti scultati a la manu
n’esistenu sempre ancu oghje
un si sa quanti anni elli anu
Je vois tant d’autres
objets
qui sont si anciens
lits et tables de nuit
tous sculptés à la main
ils sont toujours là aujourd’hui
on ne sait combien d’années ils ont
Qui finisce a canzone
chi rimenta u passatu
chi parla di i nostri antichi
e di cio ch’ellu anu lasciatu
e ghjè gradisi a elli
se n’avemu evoluatu
Ici finit la chanson
qui rappelle le passé
qui parle de nos ancêtres
et de ce qu’ils nous ont légué
et c’est grâce à eux
si nous avons progressé.
Oui en effet..Pas mal de vocabulaire et surtout beaucoup de nostalgie. Il était une fois..tempi d’una volta..
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Lozzi c’est un village qui compte trois hameaux..Lozzi qui a donné son nom à la commune, L’Acquale qui en est un peu séparé et Poggio di Lozzi à un peu plus d’un kilomètre. Mais, et ne m’en voulez pas, mes racines viennent de l’Acquale et pour moi, au-delà de l’administratif, c’est proche de Lozzi mais à part.
E mortu Pampasgiolu..Pampasgiolu est mort. C’était fin août 1977. J’étais au village, à Bardiana, et je me souviens bien du moment où cette nouvelle a été connue. Et je me souviens très bien aussi des nombreuses voitures, en convoi, qui sont parties vers Prezzuna, hameau de la vallée du Marsulinu où avaient lieu les obsèques. Parents, amis et admirateurs. Entre le Falasorma et le Niolu, des liens ancestraux existent. Terre de transhumance.
Pampasgiolu di l’Acquale n’était pas le seul poète de Lozzi.
Jean-Joseph di Peppu Flori né à Galeria et mort lui aussi fin août mais en 1972 avait ses racines dans ce village haut perché dans le Niolu.
Leurs parcours étaient différents. Issus tous les deux de familles de bergers. Le premier était lui aussi berger et le second a eu une carrière de fonctionnaire aux colonies. Mais tous les deux avaient en commun de maîtriser la poésie à l’écrit, collaboration à a Muvra et a Barretta Misgia pour Pampasgiolu ou U Muntese, Paese Corsu, Monte Cinto, Le Petit Bastiais et Nice-Matin pour Peppu Flori.
Pampasgiolu e so casa
Pampasgiolu excellait dans un art bien particulier qui est celui de la joute vocale. U chjama e rispondi. Cet affrontement chanté et rimé remonte à la nuit des temps.
Il s’agit de trouver un thème, de ne pas s’en écarter et d’improviser. C’est donc à chaque fois une création poétique différente. Mais avec une construction codifiée. Sur la base de strophes de trois vers « terzini » de 16 pieds avec rime. La mélodie est articulée sur une quinte descendante. Le texte peut être ironique mais doit toujours rester courtois. . La victoire appartient à celui à qui son interlocuteur ne peut plus répondre. Et ça peut durer des heures.
J’ai eu l’occasion d’en entendre à a Santa di u Niolu. Il faut un vrai talent et une grande maîtrise de la langue. On voit bien sûr que l’improvisation est travaillée et que les participants prennent quelques secondes, en buvant une gorgée par exemple, pour répondre. Mais je ne me hasarderai pas à cet exercice. Je ne tiendrais pas cinq minutes.
Peppu Flori e a so casa
Peppu Flori a laissé plus de traces écrites. Une comédie en un acte, U Sangue parla en 1951, et différents recueils, Mamma cara, Veranu corsu, Vecchie Torre ou encore Mille Proverbi Corsi en 1971.
J’ai déjà eu l’occasion de parler du livre de Marcel Acquaviva, l’Acqualogia, consacré aux poètes du village de Lozzi. C’est dans cet ouvrage que j’ai trouvé les photos qui illustrent cet article. On y trouve les poésies de l’auteur dont la fameuse « A muntagnera ». Mais aussi, quelques textes de Pampasgiolu et Peppu Flori. Et puis d’autres, recueillis à l’oral sans nul doute, d’autres poètes moins connus. Ceccu Maroselli dit Ziu Ciccatone, Nanno Acquaviva, Dumenicu Acquaviva dit Dumenicone, Antoine Acquaviva, dit Chjudinu frère du précédent, Dominique Flori ou encore Chrysostome « Crisolu » Flori. Si ça intéresse quelqu’un, j’en ferai un scan.
Je ne doute pas que d’autres villages en Corse comptent beaucoup de poètes mais autant d’auteurs de talent sur un si petit territoire, c’est étonnant. Comme c’est une terre de bergers et que l’expression orale était dans leur culture, ceci explique peut-être cela. Hélas, ce n’est sans doute pas génétique car, bien qu’apparenté avec la plupart de ceux que je cite, je n’ai hérité d’aucun talent oratoire !
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Vous allez penser que si je mets à parler de la botanique corse, je vais écrire des dizaines d’articles. Non, je n’inaugure pas une longue série. Mais je voulais dire quelques mots à propos de l’asphodèle. Pourquoi ? Parce que c’est une plante emblématique dont un des usages, dans la mythologie corse, mérite d’être connu.
Plusieurs traductions possibles dont les plus courantes sont « taravellu » et « erbucciu » avec des tournures et des prononciations locales.
Cette fleur, très répandue, apparaît au printemps et est devenue le symbole de la résurrection en étant associée à la fête de Pâques. Cette portée symbolique est ancienne, puisque dans l’Antiquité, l’asphodèle, surnommée poireau du diable, était souvent utilisée pour fleurir la tombe des morts, d’où la légende du Pré de l’Asphodèle, lieu des Enfers dans la mythologie grecque.
Elle fleurit au printemps, au sommet de longues tiges sèches. L’asphodèle est la première plante à apparaître sur les sols après l’incendie. Et Victor Hugo dans son poème Booz endormi, avait tort. « Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle » Non. Cette fleur ne sent rien. Ce qui n’empêche pas les abeilles de les butiner ce qui fait de l’asphodèle, une des composantes majeures des miels de maquis de printemps.
Au fil des siècles, l’asphodèle a été utilisée à diverses fins. Autrefois, ses tiges servaient d’éclairage, d’où son surnom dans certaines régions corses de « luminellu ». Ses feuilles étaient utilisées pour rembourrer les selles et les matelas, tandis que ses racines étaient réputées pour guérir les verrues. De plus, elles possèdent une valeur alimentaire similaire à celle de la pomme de terre, et ses tiges peuvent être consommées telles des asperges. De plus, la distillation des racines permet d’obtenir un alcool de grande qualité.
Il y a même eu quelques tentatives pour la distiller notamment en Italie et même l’utiliser pour faire de la pâte à papier. Mais tout ceci, nous étions au 19ème, n’a pas été bien loin.
Revenons à la Corse. Fleur de tradition ! Elles étaient jetées dans le feu de la Saint Jean et les bulbes explosaient comme des pétards. Sa hampe pouvait servir d’allumette aux bergers ou de cigarette aux enfants qui voulaient copier les mauvaises habitudes des adultes.
Mais surtout c’était l’arme des mazzeri. Il se raconte que pendant la nuit du 31 juillet, les mazzeri des différentes vallées combattaient à coups de tiges d’asphodèle. Le clan vainqueur aurait moins de morts l’année suivante. J’ai déjà eu l’occasion de rencontrer comment j’ai passé une nuit très désagréable dans la vallée de l’Onca. L’endroit était malsain. Nous campions près du ruisseau des mazze, en-dessous du refuge de Puscaghja. Ambiance particulière. Même le chien qui nous accompagnait était mort de peur et s’était planqué dans mon duvet. Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris que nous étions à l’endroit exact où, selon la légende, les mazzeri du Filosorma et ceux d’Evisa, se retrouvent pour leur combat annuel.
Ainsi, l’asphodèle c’est à la fois le retour du printemps, c’est certain, et l’arme des sorciers, on peut y croire ou pas ! Il me semble que ça méritait un article.
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