Pietro Cirneo..

L’église de Bardiana est dédiée à Saint Pancrace. J’ai eu l’occasion, ici, de lui consacrer un billet de blog.

En lisant de la documentation sur ce saint, je suis tombé sur un épisode de la vie de quelqu’un que j’ai déjà cité. Petrus Cyrnæus ou Pietro Cirneo. Puisque j’ai évoqué Giovanni della Grossa, je vais écrire quelques lignes sur celui qui fut son précurseur.

Si on en croit les sources, Pierre Felce appelé plus tard Petrus Cyrnæus ou Pietro Cirneo, Pierre de Corse donc, est né à Felce d’Alisgiani en 1447 et serait mort vers 1506.  Orphelin très vite, et dépouillé par des parents peu scrupuleux, il serait parti en Italie en quête d’une situation.

C’est là qu’il se serait choisi ce nom en référence à ses origines. Il suit les leçons de Benedictus Brognolius, professeur de latin et de grec à Venise. Il se fixe lui-même dans cette ville où il devient lui aussi professeur puis correcteur d’imprimerie. Puis il entre dans les ordres pour, on le pense, se consacrer, à l’histoire. Il écrit notamment une œuvre dont le titre est Commentarius de bello ferrariensi, ab anno 1482 ad annum 1484 qui traite des guerres entre Ferrare et Venise, dans les années 1480. Mais, il découvre ce que Strabon, géographe grec du 1er siècle a écrit de son île natale et il n’apprécie pas … On peut le comprendre. Voyons donc..

«  ..L’île de Cyrnos que les Romains nomment Corsica, est un pays affreux à habiter, vu la nature âpre du sol et le manque presque absolu de routes praticables, qui fait que les populations confinées dans les montagnes et réduites à vivre de brigandages, sont plus sauvages que les bêtes fauves. C’est ce qu’on peut du reste vérifier sans quitter Rome, car il arrive souvent que les généraux romains fassent des descentes dans l’île, attaquent à l’improviste quelques une des forteresses de ces barbares et enlèvent ainsi un grand nombre d’esclaves ; on peut alors observer de près la physionomie étrange de ces hommes farouches comme les hommes des bois ou abrutis comme les bestiaux, qui ne supportent pas de vivre dans la servitude, ou qui, s’ils se résignent à ne pas mourir, lassent par leur apathie et leur insensibilité les maîtres qui les ont achetés, jusqu’à leur faire regretter le peu d’argent qu’ils leur ont coûté. Il y a cependant certaines portions de l’île qui sont, à la rigueur, habitables, et où l’on trouve même quelque petites villes, telles que Blésinon, Charax, Eniconiæ et Vapanes… »

Il compose en réponse « De rebus corsisis libri IV, usque ad annum 1506 » où il retrace en latin, pour les érudits donc, une histoire de la Corse des origines jusqu’au XVe siècle, et fait l’éloge de cette île et de ses habitants, libres et vertueux. Cette œuvre a été imprimée pour la première fois en 1738, dans le vingt-quatrième volume de la collection de Muratori.

Il retourne enfin dans son pays. Prêtre de la paroisse de Sant’Andria di Campoloru où il décède.

Alors, où et comment placer l’épisode qui le voit passer de futur bandit à homme de savoir, grâce à Saint Pancrace ? On ne voit pas trop. La version proposée dans la vie du saint ne correspond pas à la chronologie. Revenu d’Italie, pour se venger des parents qui lui avaient fait du tort, il voulut entrer en vendetta. Sans expérience à ce propos, il s’en alla consulter le bandit d’honneur nommé Galvano. Comme on célébrait au même moment Saint Pancrace, saint patron des bandits, Galvano lui conseilla de respecter la trêve. Ils restèrent ensemble et profitèrent de cette trêve pour réfléchir et mettre au point le plan de la vengeance. Au terme de ce temps, Galvano s’apprêtait à passer aux actes avec son ami quand celui-ci, probablement touché par la grâce de saint Pancrace, décida de renoncer à ses funestes projets et de rentrer dans les ordres.

Bon, belle histoire mais pas du tout crédible puisqu’on sait qu’il était prêtre quand il est revenu sur sa terre natale. Au travers de ses écrits, il semble qu’il ait eu le sang chaud mais on ne l’imagine guère, devenu prêtre, se lancer dans une sanglante vendetta.

Pour ceux que ça intéresse, j’ai découvert qu’il existait un livre (en vente sur Amazon !) qui est la reproduction d’un ouvrage paru en 1928. C’est la photo qui illustre ce billet. Et vous pourrez lire avec intérêt une contribution de François Santoni présente les interprétations historiques relatives à la Corse romaine issues de deux auteurs insulaires des 15ème et 16ème siècle, Pietro Cirneo et Anton Pietro Filippini.

Tout de même. Quelle affaire ! Des bandits, un saint, un prêtre, des historiens. L’histoire de la Corse est comme un vagabondage. On part à l’aventure et toujours de belles et étonnantes découvertes.

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Le battage du blé…

Non loin de la maison, au village, il y avait une aire. Ma Mère me racontait comment se déroulait le battage. Mais je ne l’avais jamais vu faire. Aussi c’est avec une certaine émotion que j’ai assisté à ce travail, lors d’un trek au Maroc, dans le Haut Atlas. Sous des horizons différents, des techniques identiques étaient employées.

En Corse, après la moisson, commençait le battage. L’aire avait été remise en état. Une étendue ronde, entourée de belles pierres verticales fichées en terre. Elle était en terre battue recouverte de bouse de vache mélangée à de l’eau ou pavée avec des pierres bien plates. Il fallait qu’elle soit bien exposée au vent.

Le dépiquage, dans sa forme la plus ancienne, se faisait au pas des bêtes qui passaient sur les gerbes étalées sur l’aire, les épis tournés vers le centre. Mais, une pierre bien spécifique pouvait être utilisée. U tribbiu. C’est une pierre, en forme de cylindre plus ou moins effilé. Une forme de larme en fait. Cerclé de fer ou d’une corde, u tribbiu pèse plus de cinquante kilos. Trainée par les bœufs, la pierre rendait le travail du dépiquage plus efficace.

Les bœufs qui tournaient étaient encouragés de la voix. Le paysan improvisait parfois un chant pour eux. Tout un vocabulaire est dérivé de « u tribbiu ».Tribbiulini pour ces chants ou pour le batteur lui-même, « tribbiattu » battu qui vaut aussi pour le malheureux qui a reçu une rouste.

J’ai retrouvé un de ces textes. On peut y constater qu’en battant le blé, le paysan appelait ses bêtes par leur nom. Elles en avaient toutes un. Mansonu, le doux.Bracatu, le bariolé, Stellatu, qui avait une étoile sur le front. La coutume voulait qu’en passant devant l’aire, on se saluait en invoquant Saint Martin et les « tribbiadori » répondaient « cusi sia ». Ainsi soit-il ! Ce saint était associé à l’idée d’abondance.

Au fur et à mesure que les gerbes étaient battues, le grain et la paille étaient séparés. Les hommes évacuaient la paille, au vent, avant de ramasser les grains qui étaient retombés au sol. Ils utilisaient une fourche en bois, à trois dents. a palmula..C’était le vannage. Et le travail reprenait.

Ci-dessous, une vidéo de battage que j’ai dénichée ainsi que la photo d’illustration de cet article sur le blog de Babacmoi.

La légende, elles ne sont jamais loin, dit qu’il fallait éloigner les sorcières du tas de blé. Il se raconte qu’à Carticasi, un jeune homme avait décidé de dormir près du blé pour le garder. Vers minuit…il est réveillé par des truies en train de manger le grain. Il donne aussitôt deux coups de couteau dans le ventre de la première. Et là, il l’entend l’animal crier « Un autre ». Fou de peur, il fuit vers le village. Il apprend qu’une jeune fille était en train de mourir. Elle se confie à lui avant de mourir et lui dit qu’en ne l’ayant pas frappé une troisième fois, il l’a tuée. Cette horrible histoire est citée par Julie Filippi dans un texte publié en 1894..  «  légendes, croyances et superstitions de la Corse » dans la revue des traditions populaires. Et oui, si vous croisez une sorcière..il faut lui donner trois coups si on souhaite qu’elle meure tout de suite.

Revenons à la chanson. C’est bien plus gai. Je vous propose ci-dessous le texte avec sa traduction. Une petite vidéo également tournée à Volpajola où on peut reconnaître une partie des paroles. Antoine Ciosi aussi a chanté une chanson sur a tribbiera. Mais j’ai préféré la version d’Antoine Cesari. Plus authentique.

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Voga tu, ô Murtinellu
Voga tu, ô Mascarone
Induve ci è boi piu belli
E piu mansi in lu cantone
O! Sti boi corni neri
Per tribbià, ma so i veri
O! Sti boi corni blanchi,
Per tribbià, un so mai stanchi!
A spula spula!
Chi a paglia torni pula
Chi a pula torni ‘ranelle
Per fanne pane e pastelle

Va ardemment, ô Murtinellu
Va ardemment, ô Mascarone
Il n’y a nulle part de plus beaux boeufs
Et plus doux dans le canton
O! Ces boeufs à cornes noires,
Pour battre (le blé) ce sont les meilleurs
O! Ces boeufs à cornes blanchesi,
De battre, ils ne sont jamais fatiguési!
A vos vans, vanner!
Que la paille se change en balle
Que la balle se change en grain,
Pour en faire pain et gâteaux
Guarda l’orlu, aio aio
Fatti vivu, ô Maschero! 
Chi u sole e sopra a serra
Vene fresca a muntera.
E tu, tribbia ô Cudanellu!
Centu stare, ogni manellu!
Tribbia, tribbia, voga e dura..
Chi a paglia torni pula
Chi a pula torni ‘granu,
Voga! Voga! Tu Fasgianu

Reste au bord, allons, allons!
Sois plus vif, ô Maschero! 
Car le soleil est sur la crête
et s’en descend le vent frais..
E toi, bats ô Cudanellu!
Cent stères à chaque gerbe!
Bats, bats et va et que ça dure..
Que la paille se change en balle
Que la balle se change en grain,
Vas! Vas! Toi Fasgianu

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Vieux souvenir et hommage…

Il y a bien longtemps ; je me préparais à passer le baccalauréat de français. J’adorais lire et c’était ma matière forte. Avec un bon dossier, je n’étais pas trop inquiet pour l’épreuve.

C’était en toute fin de matinée et le professeur qui devait me noter est sorti de la salle. Il avait pris du retard et s’en est excusé. Il m’a demandé si je pouvais repasser dans l’après-midi. Vu comme il avait prononcé mon nom, j’ai compris que j’avais affaire à un compatriote. Bien entendu, j’ai accepté et en tout début d’après-midi, je suis retourné au lycée Dumont d’Urville.

Il m’a proposé pour me remercier de ma patience de choisir le texte sur lequel j’allais être interrogé. L’albatros de Beaudelaire. Auteur que j’aimais bien dans sa rythmique et bon, ce n’était pas très difficile de disserter sur le rapport entre l’oiseau pris au piège et le sort du poète maudit.

Plus tard, j’ai reçu ma note.18 ! Les médisants m’ont dit que j’avais été favorisé en tant que corse ! Mais c’était à peu près ma moyenne de l’année. Il n’y avait ni piston, ni scandale.

Puis ce furent les vacances. En juillet, alors que je disputais une partie de baby-foot, dehors, sur le cours de Calacuccia, une voiture s’est arrêtée. Mon professeur est descendu. Il se rappelait de mon nom et m’a demandé si j’étais content de ma note. Je l’ai remercié mais je crois que j’étais un peu impressionné et que je n’ai sans doute pas trouvé les mots.

Cet homme, cet enseignant, j’aimerais lui rendre hommage. Non ! Pas pour la note qu’il m’a donnée ! Mais pour son œuvre au service de la langue corse.

Né à Bastia en 1945, agrégé de lettres classiques, il a enseigné à Nice, Ajaccio, Bastia avant de rejoindre l’université de Corse où il a occupé une chaire de langue et culture régionales avec le grade de Professeur des Universités.  Il a fait partie de ces auteurs qui dans les années 70 ont fait revivre la langue corse. Docteur en linguistique, il est l’auteur de nombreux travaux scientifiques dans le domaine de la sociolinguistique et son ouvrage « papiers d’identité » enquête sur le phénomène de la diglossie, deux langues, lui a valu le prix de Corse

Il a également contribué à des méthodes d’apprentissage de la langue corse, comme Stà à sente o Pè co-écrit avec Jean Chiorboli (que j’ai déjà cité pour son livre consacré aux noms corses). Il a écrit pour les groupes corses les plus connus, I Chjami Aghjalesi, Canta u Populu Corsu ou I Muvrini. Il a été rédacteur en chef des revues littéraires Rigiru et Bonanova et il est aussi l’auteur de comédies populaires jouées avec Scola Corsa (organisme en danger !) ou Scola Aperta  et de nombreux ouvrages, essais et romans, souvent publiés en langue corse puis traduits en français.

Parcours d’enseignant et d’auteur au service d’une langue. La sienne. La nôtre. Un parcours que je trouve admirable et même si je ne l’ai vu qu’une fois, je n’ai pas oublié Ghjacumu Thiers. Il est toujours parmi nous et peut-être que quelqu’un, après m’avoir lu, pourra lui dire qu’un lycéen de Toulon ne l’a jamais oublié.

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L’Ascension…

Quarante jours après Pâques, on fête l’Ascension. C’est une commémoration du jour où, selon l’évangile de Saint Luc, Jésus aurait vu pour la dernière fois les apôtres, leur aurait donné sa bénédiction et aurait été emporté au ciel.

Pour une fois, je vous propose un article qui correspond à l’actualité puisque l’Ascension c’est jeudi. Dans deux jours.

En Corse, il existe à propos de cette fête des traditions bien particulières qui reposent d’une part, sur l’œuf et d’autre part, sur une herbe spécifique.

Dans chaque famille, on conservait avec soin, le premier œuf pondu le matin de l’Ascension. Il avait la réputation de pouvoir passer une année entière sans pourrir. Et il possédait beaucoup de vertus magiques ! Il pouvait protéger la maison de la foudre. C’est pourquoi, il fallait le placer sur une fenêtre par temps d’orage. Mais il la protégeait aussi en cas d’incendie puisqu’il était réputé pour éteindre les flammes.

Foudre, flammes mais aussi maladies et maléfices !

Un œuf était placé au chevet du lit d’un malade pour qu’il guérisse ou sur la fenêtre pour protéger à distance un voyageur dont on attendait la venue. Les femmes des marins faisaient de même lorsque la tempête rugissait en mer.  Vraiment un remède universel puisqu’il peut être jeté dans une rivière pour calmer les éléments et refouler l’eau en cas d’inondation. Ou dans les flammes lorsque le feu menaçait les plantations.

Dans son livre « La Corse inconnue » paru en 1928, Lorenzi de Bradi témoigne de l’efficacité de cet œuf. Je vous propose le lien pour consulter ce livre. Donc, en août 1925 un terrible orage, un vrai déluge, menace son village… »je courus prendre l’œuf de l’Ascension. Je le portai de pièce en pièce comme on porte une sainte relique..Aussitôt, la maison cessa d’être ébranlée, l’énorme pluie ne pesa plus sur les toits et le cyclone finit par rentrer dans les mystères insondables d’où il était parti ».

L’œuf comme symbole de vie est très fréquent. Egyptiens, Grecs, Celtes et chrétiens le voient comme un symbole de la création du monde et de la vie éternelle. Mais, et je me trompe peut-être, il n’y a qu’en Corse où on lui prête toutes ces vertus. Et ce n’est pas si vieux. Mes tantes en avaient un sur la fenêtre que je trouvais l’été en arrivant au village.

L’œuf et l’herbe..il est question ici du sedum étoilé ou sedum pourpier que depuis toujours, on va cueillir, avec ses racines, où elle pousse à savoir dans les murets et la rocaille. . Mais attention, il faut il y aller avant que le soleil se lève ! Car si l’herbe peut protéger, elle pourrait faire du mal à ceux qui l’auraient cueilli trop tard dans la matinée. Rapportée à la maison, elle était accrochée au mur, tête en bas, avec un clou Elle fleurira à la Saint-Jean et tiendra le coup jusqu’à la Sainte Anne. Si elle meurt et sèche, ce n’est pas bon signe ! Nous sommes là aussi dans la symbolique de la résurrection et de la vie éternelle.

Voilà. Ceux qui ont des poules, savent ce qu’ils ont à faire, jeudi matin et pour les autres, il faudra se lever tôt pour la cueillette de l’herbe. Et pourquoi pas..il suffit d’y croire !

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La bataille de Calenzana..

Celles et ceux qui visiteront Calenzana, excellente idée au demeurant, seront intrigués par une plaque apposée sur le mur du campanile. Cette inscription y figure « Campo Santo dei Tedeschi – Ici tombèrent et furent enterrés cinq cents Allemands tués au service de Gênes – Bataille de Calenzana – 14 janvier 1732.

L’évènement est authentique ou à peu près. Mais ce qui est intéressant dans cette histoire comme dans beaucoup d’autres, c’est de voir comment la légende est venue peu à peu enrichir l’affaire.

Nous sommes donc dans la dernière partie du 18ème siècle. La révolte des corses contre Gênes dure depuis deux ans. Boziu, Rustinu puis Orezza. Les occupants génois ne parviennent pas à maintenir l’ordre dans l’île.. Ils font donc appel à Charles VI, roi de Bohème et archiduc d’Autriche, empereur d’Allemagne pour simplifier. Celui-ci fournit 3.600 hommes moyennant finances. Les troupes allemandes, sous le commandement du baron de Wachtendonck, débarquent en Corse en août 1731. Elles sont suivies en septembre par d’autres soldats commandés par le colonel de Vinz.

Début 1732, ce même colonel avec 600 de ses meilleurs soldats part de Bastia pour débarquer à Calvi. Sa troupe appuyée par des éléments génois en poste à Calvi et Algajola, décide d’occuper Calenzana.

En 1992, Antoine-Dominique Monti, président de l’ADECEC rédigera, en langue corse, une chronique intitulée « l’ape di Calinzana »..les abeilles de Calenzana. Malheureusement cette chronique n’est plus accessible en ligne hormis quelques extraits. L’auteur reprend les faits, bien moins romanesques que la légende.

En se basant sur les journaux de campagne des impériaux et sur les mémoires de Charles Rostini (traduites là encore par l’abbé Letteron), il rappelle que Calenzana était un village fidèle à Gênes. C’est la raison pour laquelle le colonel de Vinz voulait l’occuper car c’était un emplacement stratégique, afin de mieux tenir la Balagne. Il avait envoyé un messager aux habitants pour les prévenir de son arrivée. Un moine capucin.

Mais, il ignorait qu’au même moment, Ceccaldi et Giafferi, à la tête des insurgés, tenaient consulte au couvent d’Alziprato. Ils ont donc envoyé de nombreux partisans pour aider les Calenzanais. Les discussions étaient vives et même violentes entre villageois partisans de Gênes ou patriotes. Mais lorsque l’arrivée des allemands a été annoncée, des patriotes parmi lesquels Pietro Pizzini, de Speluncato, et Anton Marco Tortora, de Muro, ont ouvert le feu sur les soldats qui ont riposté. Le village entier, quelle que soit l’opinion politique, s’est alors lancé dans la bataille à laquelle se sont joints les insurgés venant d’Alziprato. Les troupes de de Vinz se sont retirées laissant derrière elles deux cents morts et blessés, dont un lieutenant-colonel et un capitaine des grenadiers.

Mais si l’affaire était glorieuse d’un point de vue militaire, elle manquait sans doute de fantaisie et c’est ainsi que la légende est née.

On la doit à un abbé, Ambroggio Rossi qui fut le premier à raconter la bataille. Selon lui, les villageois ne disposaient que de peu d’armes. Quelques arquebuses, des pistolets mais surtout des armes blanches, lances et couteaux. Un apiculteur eut alors l’idée d’utiliser ses ruches. Transportées aux fenêtres, elles furent jetées sur les assaillants. Les Calenzanais récupéraient les armes des soldats morts et les retournaient contre les allemands. Les femmes auraient participé à l’affaire en jetant des tisons ou de l’huile bouillante. Certains iront jusqu’à signaler la présence de Sainte Restitude aux cotés des combattants. Bilan.500 morts et c’est ce chiffre qui est repris sur la plaque dont je signalais l’existence en début d’article.

Bon. Si on veut être précis, il ne faut pas parler ici de légende. Une légende c’est un récit imaginaire présenté comme un fait historique. Nous avons avec la bataille de Calenzana, un fait historique avéré et documenté. Le reste c’est une revisite. Ce n’est pas bien grave si l’histoire vraie est connue et que la fable est prise pour ce qu’elle est. Au vu de l’actualité, je ne suis pas certain hélas, que ce soit la tendance.

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La battue..a mossa..

J’ai un souvenir particulier de ma première et dernière battue au village. Il leur manquait quelqu’un. Bon, j’ai accepté de compléter l’équipe. Mais, je n’avais pas le permis et j’ai demandé un poste éloigné du chemin. Les chasseurs m’ont indiqué de façon assez peu précise l’endroit où je devais aller. Je suis monté pendant au moins une heure sans le trouver. Et j’ai fini par me mettre dans un endroit qui me semblait convenir à une action de chasse. Il est heureux que le sangler ne soit pas passé. Si je l’avais tué, j’aurais bien été en peine de le redescendre. Bref. Les trois coups de fusil annonçant la fin de la chasse ont retenti. Je suis redescendu mais quand j’entendais marcher, j’avais peur qu’il s’agisse des gendarmes. J’ai fini par cacher le fusil dans le maquis et rejoindre l’équipe. Ils ont récupéré l’arme, m’ont écouté et ne m’ont plus jamais proposé de participer à une battue. Le ridicule ne m’avait pas tué. Tant mieux. Je suis plus pêcheur que chasseur et je relâche les truites que j’attrape. Autre sujet d’étonnement chez les villageois.

La battue est chose sérieuse, voyez-vous !

Bien sûr, dès l’ouverture de la chasse, on peut tirer les perdrix et plus tard, quand ils passent, merles, grives et pigeons. Mais c’est un plaisir solitaire. La battue est plus symbolique et son importance est réelle au sein de la communauté villageoise. Communauté masculine même si j’ai connu une femme qui y participait.

Ce sont les gens du village qui chassent entre eux et les étrangers, les nouveaux venus, doivent être invités ce qui est un privilège. A ce propos, c’est vieux, très vieux même et donc j’ose en parler, j’ai le souvenir d’un continental installé en Corse depuis peu qui avait été convié à une battue du coté de Bocca Bianca si mes souvenirs sont bons. Voulant faire ses preuves, il avait tiré sur un animal qui bougeait dans un buisson. Il venait ainsi de tuer une vache. En Corse, on dit qu’il avait fait son « proverbe ».

Au lever du jour, les hommes se rassemblent et quittent le village en direction de l’endroit choisi pour la battue. Endroit décidé par les sachants dans les jours qui précèdent la chasse. Lorsque l’équipe est importante, il y a ceux qui « font les voix » et lâchent les chiens pour trouver et orienter le cochon sauvage vers les « postes » où sont placés les tireurs. A l’affût.

Il faut donc connaître le terrain et les habitudes du sanglier. Et ne pas rater son coup lorsqu’il passe. Du village, lorsque la battue n’est pas trop éloignée, on peut suivre la chasse et la façon dont les chiens aboient donne une indication sur leur position par rapport à l’animal qu’ils pourchassent. Et on sait lorsqu’ils en sont très proches. Imboccati..prends à manger ! Voilà le cri qu’on entendait pour exciter le chien à mordre le cochon.

Si le chasseur avait été adroit, l’heure était venue de ramener le sanglier mort au village pour la suite des opérations. Sur les épaules. Il fallait être gaillard. Je me souviens d’un en train de dévaler le long du ruisseau de Bardiana à coté du cimetière avec un animal sanguinolent sur ces épaules. Cochon qui devait bien faire ses cinquante kilos. Tiens, qu’aurait-il fait avec celui-là.178 kilos ! J’ai cru à une plaisanterie mais il semble bien que ce soit vrai. Les effets du croisement avec les animaux domestiques.

Ensuite, on castrait le sanglier pour éviter que la viande prenne un mauvais goût. On le dépouillait et on le débitait. Les morceaux de viande n’étant pas tous de la même qualité, ils étaient tirés au sort. Le plus souvent, une personne, le dos tourné, nommait celui à qui serait attribuée la part désignée.

Le meilleur moment, selon moi, était à venir. La daube. Et oui, paradoxe. Philosophe en idées et pauvre en conduite, je n’aime pas tuer le sanglier mais j’aime le manger. Nul n’est parfait !

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Giovanni della Grossa..notaire chroniqueur.

Village de Grossa (Corse du Sud)

Lorsque j’effectue quelques recherches sur les thèmes que je veux aborder dans mon blog, je tombe souvent quand il s’agit d’histoire, sur Giovanni della Grossa. Personnage historique bien réel à qui j’ai eu envie de consacrer quelques lignes.

Il est né le 11 décembre 1388 à Grossa, petit village de Corse du Sud, non loin de Sartène dans une microrégion appelée la Bisogène en français et cela sonne mieux en corse, a pieve di Bisughjè.

Giovanni a étudié la grammaire et donc le latin à Bonifacio puis a poursuivi son instruction à Naples. Comme sa chronique s’arrête en 1464, on pense qu’il est mort cette année-là

Il devient notaire, à Biguglia à 18 ans et pendant sans doute cinquante ans, il exerce diverses fonctions au service du gouverneur génois, puis d’autres suivant les évènements qui pouvaient advenir dans l’île. De Vincentello d’Istria aux légats pontificaux. En ces temps agités, il a connu l’exil et a même été assigné à Rome où il conduisait une ambassade auprès du pape. En 1456, il arrête ses fonctions et se retire dans son village.

Histoire personnelle riche mais surtout amour de l’Histoire.

A partir de textes d’écrivains anciens et de la tradition orale, il a écrit un ouvrage « a cronica corsesca » qui est considéré comme le premier grand texte historique et littéraire en Corse. Ce qui est intéressant, c’est qu’au-delà de la recension des textes écrits et de ce qu’il avait recueilli à l’oral auprès de ses contemporains, il s’est intéressé à l’archéologie. En observant les vestiges des bâtisses et monuments anciens, il voulait s’assurer que ce qu’il allait écrire, correspondait à la réalité du terrain.

Il y a certainement des critiquesà faire , et ce fut fait, sur le travail de Giovanni Della Grossa. Par exemple, La mise en avant du mythique chevalier Ugo Colonna envoyé par le pape pour reprendre la Corse aux sarrasins. Il est reproché à l’auteur d’avoir voulu ainsi légitimer la domination des Cinarchesi et celle des génois.  Mais, il serait injuste de le ramener à cette dimension d’historien militant.

Longtemps déprécié et regardé comme un amateur de « fables », son ambition est louable.

Il a voulu écrire l’histoire de son île pour conserver la mémoire des lieux et des hommes. Contemporain des humanistes, il entendait lutter contre l’ignorance de la population. Il lui est reproché d’avoir commis diverses erreurs chronologiques. A l’époque, et face à la faiblesse des sources, il devait être difficile d’avoir une précision d’horloge. Et comme indiqué plus avant, son attention portée aux vestiges archéologiques atteste de son souci d’étayer ses thèses. Quoi qu’il en soit, son œuvre qui utilise les mythes et la tradition orale est d’une grande richesse. Antoine Casanova historien spécialiste de l’histoire médiévale a noté que les récits de la chronique nous proposent des données dont la réalité historique peut être attesté, pour une large part, par les autres informations disponibles sur cette période. Mathée Giacomo-Marcellesi, à partir de l’analyse linguistique nous montre que Giovanni Della Grossa a été un collecteur d’informations, écrites (chartes notamment) et surtout orales qu’il a replacées dans un ordre chronologique.

A cronica corsesca n’a pas été retrouvée dans sa forme originale. Le récit a été repris par divers auteurs qui malgré leur travail de copiste, ont commis des erreurs, rajouté des précisions et même perdu des pages. Ce qu’il y a de plus complet désormais c’est la traduction fait en 1888 par l’abbé Letteron qui était professeur de lettres à Bastia. Cette traduction a été faite à partir d’un des quatre documents disponibles. C’est le manuscrit Y de la Bibliothèque patrimoniale de Bastia qui a fait l’objet d’un travail de numérisation.

Ce travail de numérisation abouti est accessible sur les site « espaces de la Corse médiévale » et un tutoriel Youtube pour aider à la navigation dans le document est également disponible ici

Maintenant, essayez quelque chose. Lancer une recherche sur les personnages corses célèbres. Vous n’y trouverez pas Giovanni della Grossa qui pourtant a écrit au XVᵉ siècle le premier grand texte historique et littéraire en Corse. Un injuste oubli.

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La peste..a pesta..

Dans l’imaginaire collectif, la peste est vue comme un fléau. Souffrance et aliénation, elle est chez les hommes l’expression de la colère divine et représente la punition de l’humanité.

En m’intéressant à ce thème, j’ai eu la surprise de constater que la dernière apparition de cette maladie en Corse n’est pas si ancienne. Dans vos familles, je ne serais pas étonné que les plus anciens aient gardé le souvenir de cet épisode qui remonte à 1945. Je n’ose dire le dernier. Mais je croise les doigts.

Pourtant, il existe à ma connaissance, peu de références à la peste dans la culture populaire. Un vers d’une chanson traditionnelle. . Ch’ella li ghjunghji la pesta…Cù li sproni da cavallu…qu’il te vienne la peste avec les éperons à cheval..c’est la ballade de Ghuvan Camellu.Et puis le culte de Saint Roch et les confréries placées sous son patronage.

Et pourtant, l’île n’a pas été épargnée. En 1348, selon Pietro Cirneo, un tiers de la population corse aurait disparu. C’était la peste noire apportée, sans doute, d’Orient par un bateau génois. Dans le Fiumorbo puis à Bastia et enfin dans le Cap, elle apparaît de nouveau à partir de 1523. Elle finit par toucher toute l’île en 1528. Selon le comptage des officiers génois, elle tue cinq-sixièmes de la population de Bonifacio et deux-tiers de celle de Calvi. De façon logique, ce sont les ports qui sont touchés en premier. Il est évident que la maladie et son vecteur, la puce du rat, arrive par les bateaux et leur cargaison. Mais, les populations des villes partent vers la campagne et la peste est si virulente que les villages de l’intérieur finissent par être touchés. Les populations étaient peu armées pour ne pas dire pas du tout, pour lutter contre l’épidémie. On confinait les pestiférés et on brulait leurs affaires.

Les choses changent un peu après l’épidémie qui ravage Gênes en 1579.

Des Conservatori della sanità, choisis parmi les personnages les plus importants de la cité sont mis en place. Un commissaire est installé dans le Cap. Mise en place de quarantaines, bulletins de salubrité exigés pour ceux qui viennent de l’extérieur. Et on prie les saints protecteurs tels Saint Roch ou Saint Sébastien.

Puis la peste disparaît peu à peu. Hélas, le cholera la remplace et la ville de Bonifacio est tellement affectée qu’au milieu du 19ème siècle, il faudra agrandir le cimetière.

Et puis en 1945, une jeune fille de 15 ans meurt de la peste bubonique à l’hôpital de la ville, à Ajaccio. Puis deux jours plus tard, c’est le tour de sa voisine qui l’avait habillée. Elle vivait à proximité d’un poulailler, fréquenté par les rats. Depuis trois cent ans la peste avait épargné la ville d’Ajaccio. Quelques temps se passent. Et trois semaines après, un puis quatre nouveaux cas. Evacuation des logements, accès gardés par la police et passage au DDT. Désinfection générale de la ville ! Malgré cela, un mois après, cinq nouveaux cas. Puis un dernier. Au final 10 morts et la cause de l’épidémie identifiée. Le poulailler n’y était pour rien. Du matériel était infesté de puces dans une caserne de tirailleurs.  

Il se raconte, qu’il y a très longtemps, sept galères barbaresques chargées de pestiférés voulaient accoster à Ajaccio. On invoqua Saint Roch, et on vit le saint s’agenouiller et d’un geste, transformer les sept galères en pierre..les sette navi qui ferment le golfe, au sud, sont les témoins, pour ceux qui croient aux miracles et aux saints, de cette pétrification bienvenue.

Ilôts des Sette Nave

Pour en savoir plus sur les épidémies en Corse, un lien avec une interview de l’historien Antoine-Marie Graziani

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

Les Lestrygons et Bonifacio. On a envie d’y croire.

Buste d’Homère

Homère est l’auteur d’une épopée célèbre écrite en vers. Trois parties et vingt neuf chants. Les historiens se posent la question de l’existence même du poète. Personnage historique ou personnage inventé. Peu m’importe. Aujourd’hui j’ai décidé de croire à son existence et de croire aussi à ce qu’il raconte dans son chant dix. La rencontre d’Ulysse et des Lestrygons.

Donc après avoir été chassé par Eole, le dieu du vent, notre navigateur a voyagé pendant six jours et six nuits et le septième jour, il arrive à la haute ville de Lamos, dans la Lestrygonie.

Les Lestrygons sont des géants anthropophages. Et un peu portés sur l’élevage puisque Homère précise que « .Là, le pasteur qui rentre appelle le pasteur qui sort en l’entendant. Là, le pasteur qui ne dort pas gagne un salaire double, en menant paître les bœufs d’abord, et, ensuite, les troupeaux aux blanches laines, tant les chemins du jour sont proches des chemins de la nuit… »

Ce qui nous intéresse puisque la Corse est notre sujet, c’est la description du port faite par Ulysse.

« Et nous abordâmes le port illustre entouré d’un haut rocher. Et, des deux côtés les rivages escarpés se rencontraient, ne laissant qu’une entrée étroite. Et mes compagnons conduisirent là toutes les nefs égales, et ils les amarrèrent, les unes auprès des autres, au fond du port, où jamais le flot ne se soulevait, ni peu, ni beaucoup, et où il y avait une constante tranquillité. »

Et bien, il n’est pas bien difficile de reconnaître dans cette description le site de Bonifacio. Un port avec une entrée étroite, des falaises de part et d’autre et une ville haute.

Homère parle aussi de la rencontre faite par les hommes de l’équipage en allant chercher de l’eau. Une jeune vierge qui « descendait à la fontaine limpide d’Artakiè. »

En lisant le site « Corse et odyssée » dont je m’empresse de vous mettre le lien, on peut lire que l’auteur (il n’est crédité que par son prénom Philippe) a poussé ses recherches historiques assez loin. Il fait le lien avec la fontaine de Longone qui fournissait l’eau à toute la ville de Bonifacio située à moins d’un kilomètre. Il précise que Longone est un site néolithique.

Source de Longone

Et il ajoute à l’appui de sa thèse, que l’appel entre les bergers fait penser à ceux, traditionnels, des bergers corses accompagnant en pâturage de nuit les chèvres et brebis après la mise bas (a rimossa).

Oui, je savais que Bonifacio correspondait à la description de la ville décrite dans l’Odyssée. Mais je dois reconnaître que je suis impressionné par l’analyse et les rapprochements faits à partir de l’existence d’une source et des cris des bergers. Car, il n’est pas difficile d’imaginer que ces deux éléments peuvent se retrouver ailleurs en Méditerranée. Mais peu importe.

Bon, l’étape de Bonifacio a tourné à la catastrophe. Car la jeune fille les a conduits à la maison de leur père, un géant qui a saisi un des marins pour les dévorer. Les autres se sont enfuis mais les géants Lestrygons ont détruit leurs bateaux en leur lançant de lourdes pierres. Les hommes écrasés allaient servir de repas à ces sympathiques habitants.

Ulysse avait quant à lui amarré son navire à l’extérieur et a pu s’enfuir. Mais il s’est retrouvé avec un seul navire pour la suite de ses aventures.

Alors..les historiens ne croient pas à cette histoire. La plupart considèrent que les épisodes de l’Odyssée ont une nature mythique et symbolique. Pour eux, il est inutile de rechercher un lieu réel.

Laissons-les dire et pour la beauté de l’histoire, il est permis de rêver, imaginons Ulysse aborder à Bonifacio.

Et après tout, les Corses ne sont-ils pas des Ulysse modernes qui pourraient faire leur, les vers de Du Bellay..

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Et puis est retourné, plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

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Surnoms et sobriquets en Corse

On trouvera des surnoms ou sobriquets ailleurs qu’en Corse. Ce n’est pas une spécialité insulaire ! Mais, de mon point de vue, ça mérite un petit article. Parce que ça illustre l’humour de nos compatriotes et que ça devrait vous rappeler quelques souvenirs.

Il faut savoir que le surnom a un intérêt. Sauf erreur de ma part, nous sommes une quinzaine dans le village de mon père à porter les mêmes nom et prénom. J’ai été, il y a quelques années, contacté par un géomètre qui devait procéder à une opération de division de parcelles. Je lui ai téléphoné pour lui dire que je n’étais pas concerné. Il m’a répondu qu’il avait écrit à tous ceux qui avaient la même identité pour être sûr de trouver le bon.

Donc, le sobriquet pouvait permettre d’identifier un individu dans la communauté villageoise. Et c’était tellement répandu que certains surnoms ont fini par devenir des noms de famille. Il en va ainsi par exemple, de Bazziconi qui désignait quelqu’un qui marchait en se dandinant ou Mancini qui fait référence à un gaucher.

Certains de ces surnoms sont issus d’une particularité physique. U biancu, le blanc, u rossu, le rouge, u grisgiu le gris renvoient à la couleur des cheveux ou peut être à la carnation. J’ai connu une déclinaison peu aimable à propos d’une famille entière surnommée « ghjatti rossi » les chats roux. De ce que j’ai pu constater avec la descendance, c’est qu’elle n’avait rien de rouge. Elle avait hérité cette appellation d’un lointain ancêtre rouquin. Et c’est ainsi qu’on entendra parler di u sciancu, le boiteux..di panzone, le gros ventre ou encore di u crochju, le héron qui concerne sans doute un homme au physique longiligne. Une variante plus imagée du très répandu, un longu, le long. En faisant quelques recherches, je suis tombé sur le site de quelqu’un qui a recensé tous les sobriquets donnés dans le village d’Altiani avec, je n’aurais pas osé, les personnes concernées. Une pensée émue pour Cazzinu.. le petit pénis.

Le caractère de tel ou tel villageois peut lui valoir d’être surnommé. Nous aurons ainsi, Cicalone..le bavard. Bruscone..le brutal..u strampalatu..le maladroit. casgione..le paresseux. Ces sobriquets ne se transmettent pas à la descendance mais il arrive souvent qu’on parle, par exemple, de Jean petit-fils de Cicalone. Ce qui n’avance guère que les initiés. Il me revient en mémoire un homme un peu âgé qu’on surnommait ziu quadratu..l’oncle carré. Allez savoir pourquoi.

Sans surprise aucune, les animaux sont une source inépuisable pour les surnoms. J’ai connu un Livrinu dont personne n’a jamais su me dire quel rapport cet excellent homme au demeurant, avait avec le lièvre. J’ai connu aussi une dame surnommée « a topa » la souris. Il m’a été rapporté qu’elle tenait son nom de son enfance car, petite et brune, elle se faufilait partout. Un petit mot même si c’est en français du « renard argenté ». Jean-Paul de Rocca Serra, homme politique bien connu. Hommage à sa malice et à la couleur de sa chevelure sans doute. Moschina.la petite mouche..misgione..le matou..la liste est sans fin !

Le métier bien entendu permettait sans difficulté aucune de trouver un surnom adapté. Les militaires voyaient leur prénom complété par leur grade.. Cummandante..colonellu..achjudante..capurale.. mais pas seulement ! U paghjulaghju..le chaudronnier… u maestru..le maçon…etc… etc…

L’imagination villageoise était sans limites. Et le moindre détail pouvait vous valoir un sobriquet plus ou moins élégant et qui restait. J’ai donc pour finir une pensée affectueuse pour Ange dit « mégot » qui pourtant ne fumait plus quand je l’ai connu et pour Jean dit « café » qui n’en buvait pas plus qu’un autre mais dont la famille avait tenu un bistrot.

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