Les Lestrygons et Bonifacio. On a envie d’y croire.

Buste d’Homère

Homère est l’auteur d’une épopée célèbre écrite en vers. Trois parties et vingt neuf chants. Les historiens se posent la question de l’existence même du poète. Personnage historique ou personnage inventé. Peu m’importe. Aujourd’hui j’ai décidé de croire à son existence et de croire aussi à ce qu’il raconte dans son chant dix. La rencontre d’Ulysse et des Lestrygons.

Donc après avoir été chassé par Eole, le dieu du vent, notre navigateur a voyagé pendant six jours et six nuits et le septième jour, il arrive à la haute ville de Lamos, dans la Lestrygonie.

Les Lestrygons sont des géants anthropophages. Et un peu portés sur l’élevage puisque Homère précise que « .Là, le pasteur qui rentre appelle le pasteur qui sort en l’entendant. Là, le pasteur qui ne dort pas gagne un salaire double, en menant paître les bœufs d’abord, et, ensuite, les troupeaux aux blanches laines, tant les chemins du jour sont proches des chemins de la nuit… »

Ce qui nous intéresse puisque la Corse est notre sujet, c’est la description du port faite par Ulysse.

« Et nous abordâmes le port illustre entouré d’un haut rocher. Et, des deux côtés les rivages escarpés se rencontraient, ne laissant qu’une entrée étroite. Et mes compagnons conduisirent là toutes les nefs égales, et ils les amarrèrent, les unes auprès des autres, au fond du port, où jamais le flot ne se soulevait, ni peu, ni beaucoup, et où il y avait une constante tranquillité. »

Et bien, il n’est pas bien difficile de reconnaître dans cette description le site de Bonifacio. Un port avec une entrée étroite, des falaises de part et d’autre et une ville haute.

Homère parle aussi de la rencontre faite par les hommes de l’équipage en allant chercher de l’eau. Une jeune vierge qui « descendait à la fontaine limpide d’Artakiè. »

En lisant le site « Corse et odyssée » dont je m’empresse de vous mettre le lien, on peut lire que l’auteur (il n’est crédité que par son prénom Philippe) a poussé ses recherches historiques assez loin. Il fait le lien avec la fontaine de Longone qui fournissait l’eau à toute la ville de Bonifacio située à moins d’un kilomètre. Il précise que Longone est un site néolithique.

Source de Longone

Et il ajoute à l’appui de sa thèse, que l’appel entre les bergers fait penser à ceux, traditionnels, des bergers corses accompagnant en pâturage de nuit les chèvres et brebis après la mise bas (a rimossa).

Oui, je savais que Bonifacio correspondait à la description de la ville décrite dans l’Odyssée. Mais je dois reconnaître que je suis impressionné par l’analyse et les rapprochements faits à partir de l’existence d’une source et des cris des bergers. Car, il n’est pas difficile d’imaginer que ces deux éléments peuvent se retrouver ailleurs en Méditerranée. Mais peu importe.

Bon, l’étape de Bonifacio a tourné à la catastrophe. Car la jeune fille les a conduits à la maison de leur père, un géant qui a saisi un des marins pour les dévorer. Les autres se sont enfuis mais les géants Lestrygons ont détruit leurs bateaux en leur lançant de lourdes pierres. Les hommes écrasés allaient servir de repas à ces sympathiques habitants.

Ulysse avait quant à lui amarré son navire à l’extérieur et a pu s’enfuir. Mais il s’est retrouvé avec un seul navire pour la suite de ses aventures.

Alors..les historiens ne croient pas à cette histoire. La plupart considèrent que les épisodes de l’Odyssée ont une nature mythique et symbolique. Pour eux, il est inutile de rechercher un lieu réel.

Laissons-les dire et pour la beauté de l’histoire, il est permis de rêver, imaginons Ulysse aborder à Bonifacio.

Et après tout, les Corses ne sont-ils pas des Ulysse modernes qui pourraient faire leur, les vers de Du Bellay..

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Et puis est retourné, plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

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Surnoms et sobriquets en Corse

On trouvera des surnoms ou sobriquets ailleurs qu’en Corse. Ce n’est pas une spécialité insulaire ! Mais, de mon point de vue, ça mérite un petit article. Parce que ça illustre l’humour de nos compatriotes et que ça devrait vous rappeler quelques souvenirs.

Il faut savoir que le surnom a un intérêt. Sauf erreur de ma part, nous sommes une quinzaine dans le village de mon père à porter les mêmes nom et prénom. J’ai été, il y a quelques années, contacté par un géomètre qui devait procéder à une opération de division de parcelles. Je lui ai téléphoné pour lui dire que je n’étais pas concerné. Il m’a répondu qu’il avait écrit à tous ceux qui avaient la même identité pour être sûr de trouver le bon.

Donc, le sobriquet pouvait permettre d’identifier un individu dans la communauté villageoise. Et c’était tellement répandu que certains surnoms ont fini par devenir des noms de famille. Il en va ainsi par exemple, de Bazziconi qui désignait quelqu’un qui marchait en se dandinant ou Mancini qui fait référence à un gaucher.

Certains de ces surnoms sont issus d’une particularité physique. U biancu, le blanc, u rossu, le rouge, u grisgiu le gris renvoient à la couleur des cheveux ou peut être à la carnation. J’ai connu une déclinaison peu aimable à propos d’une famille entière surnommée « ghjatti rossi » les chats roux. De ce que j’ai pu constater avec la descendance, c’est qu’elle n’avait rien de rouge. Elle avait hérité cette appellation d’un lointain ancêtre rouquin. Et c’est ainsi qu’on entendra parler di u sciancu, le boiteux..di panzone, le gros ventre ou encore di u crochju, le héron qui concerne sans doute un homme au physique longiligne. Une variante plus imagée du très répandu, un longu, le long. En faisant quelques recherches, je suis tombé sur le site de quelqu’un qui a recensé tous les sobriquets donnés dans le village d’Altiani avec, je n’aurais pas osé, les personnes concernées. Une pensée émue pour Cazzinu.. le petit pénis.

Le caractère de tel ou tel villageois peut lui valoir d’être surnommé. Nous aurons ainsi, Cicalone..le bavard. Bruscone..le brutal..u strampalatu..le maladroit. casgione..le paresseux. Ces sobriquets ne se transmettent pas à la descendance mais il arrive souvent qu’on parle, par exemple, de Jean petit-fils de Cicalone. Ce qui n’avance guère que les initiés. Il me revient en mémoire un homme un peu âgé qu’on surnommait ziu quadratu..l’oncle carré. Allez savoir pourquoi.

Sans surprise aucune, les animaux sont une source inépuisable pour les surnoms. J’ai connu un Livrinu dont personne n’a jamais su me dire quel rapport cet excellent homme au demeurant, avait avec le lièvre. J’ai connu aussi une dame surnommée « a topa » la souris. Il m’a été rapporté qu’elle tenait son nom de son enfance car, petite et brune, elle se faufilait partout. Un petit mot même si c’est en français du « renard argenté ». Jean-Paul de Rocca Serra, homme politique bien connu. Hommage à sa malice et à la couleur de sa chevelure sans doute. Moschina.la petite mouche..misgione..le matou..la liste est sans fin !

Le métier bien entendu permettait sans difficulté aucune de trouver un surnom adapté. Les militaires voyaient leur prénom complété par leur grade.. Cummandante..colonellu..achjudante..capurale.. mais pas seulement ! U paghjulaghju..le chaudronnier… u maestru..le maçon…etc… etc…

L’imagination villageoise était sans limites. Et le moindre détail pouvait vous valoir un sobriquet plus ou moins élégant et qui restait. J’ai donc pour finir une pensée affectueuse pour Ange dit « mégot » qui pourtant ne fumait plus quand je l’ai connu et pour Jean dit « café » qui n’en buvait pas plus qu’un autre mais dont la famille avait tenu un bistrot.

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Les élections.l’alizzione.

Au moment où je mettrai cet article en ligne, les élections municipales seront passées et u sgio merru.. Monsieur le Maire aura été élu. Ou Madame!

Je me garde bien dans cet espace de parler de politique. Chacun ses idées et il ne manque pas d’occasions de se disputer pour en trouver une de plus sur internet. En fait, si je veux parler des élections, c’est parce que je trouve le sujet fascinant. Et pour plusieurs raisons. Le goût évident pour la politique, l’énergie mise en œuvre et l’aspect parfois comique du spectacle offert.

Bon, les élections c’est important mais le point de vue que je choisis est qu’il peut être aussi, important d’en rire.

Vous connaissez sans doute l’histoire de ce maire à peine élu, appelé au cimetière où une vieille dame cassait la tombe de son mari, à coups de masse. Interrogée sur les raisons de son acte un peu fou, elle répondit très en colère que son mari était venu voter mais qu’il n’avait pas pris le temps de passer à la maison pour la saluer.

Alors, si on veut être sérieux deux minutes, il me semble que pour le vote des morts, on doit parler de légende. Un seul exemple peut être trouvé et il n’a eu aucune suite. A Porto Vecchio où en 2012, un parti a accusé son concurrent de cette manœuvre. En fait, faire voter les morts semble un peu trop visible quand on sait avec quel soin les résultats des élections sont analysés. Je suis toujours surpris de voir, dans les petites communes, comment le vote de chacun est analysé au travers des bulletins. Liste sèche, panachage, tout ça est comparé avec les promesses et nos analystes locaux affirment pouvoir démontrer qui a voté pour qui et même qui a menti sur ses intentions de vote.

Qu’il y ait fraude, je n’en doute pas. Avec des techniques qui se retrouvent en Corse et sur le continent. Je vous propose à cet égard de jeter un œil à la vidéo de l’INA. Paris s’est illustré en son temps avec ces pratiques. Les mauvaises langues n’ont pas manqué de remarquer que celui qui était à la manœuvre était corse.

Et on ne parlera pas des procurations. Peu d’habitants et beaucoup de votants.

Une anecdote familiale. Ma tante et ma mère avaient rencontré mon père bien longtemps avant qu’ils se connaissent vraiment et se marient. Et elles lui reprochaient toujours d’être descendu de Lozzi pour leur voter « contre ». Et oui, il était inscrit à Lozzi et à Manso et après avoir voté dès la première heure dans le Niolo, ils étaient quelques-uns à passer Guagnerola puis Caprunale pour arriver en Falasorma avant la fermeture des bureaux. Bel exploit physique qui dénote tout de même un esprit civique très affirmé.

Cet esprit civique, on le retrouve et peut être un peu à l’excès dans le nombre de listes qui essaient de se présenter parfois dans des communes de taille souvent réduites. Elles ne vont pas au bout faute de volontaires mais ça crée des tensions et des inimitiés. Et les manifestations de joie des vainqueurs à coups de fusil en l’air n’apaisent pas les esprits. Dieu merci, ça se fait rare. Et ça dure jusqu’aux élections suivantes dans un esprit de revanche. On pourrait imaginer un monde parfait où l’intérêt commun l’emporte mais ce n’est pas le cas partout. Héritage du système du clan.

Et bien sûr, les élections ont inspiré les chanteurs. L’exemple qui suit relève plus du scherzu, l’attaque méchante, que de la macagna. L’épouse du maire est ridiculisée. On ne sait pas dans quel village a eu lieu l’élection, mais ce devait être pesant. Le maire était berger, d’où le titre « le maire berger » et se nommait Bracconi. Son épouse c’était Françoise, Cecca, Luciani de son nom de jeune fille. .

Il n’est pas difficile d’imaginer quelle devait être l’ambiance au village après tant d’insultes..

Untitled Document
Vulemu piantà lu maghju 
Cullalu fine a e stelle
Or sara cuntenta Cecca
E piu le so figliulelle
Ch’un portaranu piu
Adossu le centupelle
Nous voulons planter un mai
Qui se dresse jusqu’aux étoiles :
Françoise, enfin va être contente
Et plus encore ses fillettes
Qui ne porteront plus
Sur elles des haillons cent fois rapiécés.

Un mai en langue corse est aussi bien un mât que le nom du mois.
Comme on l’a vu, Françoise avec son diminutif Cecca est le prénom de l’épouse du maire. On se moque des enfants et on évoque la pauvreté du nouvel élu en sosu-entendant que son engagement est motivé par l’envie de s’enrichir.

O Braco, la to furtuna 
Ava s’è discitata
Tantu l’ai cumbattuta
Ch’a la fin l’ai truvata
Era nentru un cornu di capra
Cullà stava intufanata
O Braco, ta fortune
Maintenant s’est bien réveillée,
Tu l’as tellement pourchassée
Qu’à la fin tu l’as trouvée ;
Elle était dans une corne de chèvre,
Bien enfouie au fond.
Comme nous l’avons également vu, le patronyme du maire berger, élu est Bracconi. Sa réputation devait être celle d’un homme cupide et avaricieux.
Chi l’avesse mai criduta
Ch’in piazza di li Bracconi
Si duvesse alzà lu maghju
La bandiera a tre culori?
La sgio Cecca Luciani
Merito tutti st’onori
Qui aurait pu jamais croire
Qu’au seuil des Braconi
S’élèverait, un jour, un mai
Paré du drapeau tricolore ?
Sa Seigneurie Cecca Lucciani
A mérité ces honneurs.
Or si sta, Cecca risciata
Colla e falla pè paese
E se nimu li dumanda,
Ella risponde in francese
Un ti sai vergogna
O rise di lu paese
Et maintenant Cecca rès attifée
Monte et descend par le village,
Et si quelqu’un l’interpelle
Elle répond en français.
N’as-tu donc pas honte,
O risée du pays ?
La référence à la réponse faite en français est à l’évidence une moquerie destinée à cette femme qui n’utilise pas sa langue natale. Elle se hausse du col et se fait passer pour une bourgeoise.
Or t’un vedi la to scala
che sta fatta a saltarelli
un si ponu arrivà,
Li vechji, ni li zitelli
Da la cherciulla a lu tettu
Ci si contanu le stelli
Tu ne vois donc pas que l’escalier (de ta maison)
N’a plus, à peine, que des marches branlantes ?
Et que n’y peuvent monter
Ni les vieillards, ni les enfants ;
De la cave au toit
On peut compter les étoiles.
Aspettemu lu sgio Mere
cu le pecure stu maghju
e allora l’elettori
Li alzeranu lu so maghju
perche d’ellu avia prumessu
Un castratu tintinnaghju
Nous l’attendons le seigneur Maire
Avec ses brebis en mai prochain ;
Et alors les électeurs
Lui érigeront son mât
Parce qu’il leur avait promis
Un mouton qui porte la sonnaille.
Une référence aux promesses au travers de l’image du bélier châtré. Cet animal porte la clochette au cou, sa viande est peu comestible et il conduit le troupeau. Nous sommes dans l’insulte à la fois pour l’élu mais aussi pour ses électeurs.

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Avis de recherche…si ricerca…

Il se trouve que je voyage beaucoup. Pour le travail ou le plaisir, j’ai visité une quarantaine de pays. Souvent en trek sac à dos, parfois de façon plus confortable.

Je vous confirme bien volontiers que la Corse est, par sa beauté et la variété de ses paysages, un des plus beaux endroits au monde. Mes compagnons de voyage, lorsqu’ils connaissent mes origines, l’affirment. Ce n’est donc pas que mon avis !

Dans certaines de ces contrées, une faune dangereuse peut se rencontrer. Certains mammifères, serpents, insectes. Une des questions qui m’a parfois été posée est la suivante. Est-ce que dans ton île, il y a des animaux dangereux et même mortels ?

Bien sûr qu’il y en a. Mais la piqure d’une vive sur le littoral n’est pas propre à la Corse pas plus que la charge d’un sanglier blessé. Oui. Être encorné sur une plage par un bovin errant, ça peut arriver. Mais, ce n’est pas de ça dont on parle. Car une vache reste, même si elle a perdu ses bonnes manières, un animal domestique. Non. La réponse qu’on attend de moi porte sur les bêtes sauvages.

Réponse. Je n’en vois que deux. La couleuvre n’a jamais tué personne et les vipères dont on me dit qu’elles arriveraient avec les ballots de foin venus du continent meurent de chaleur avant d’avoir pu piquer. Deux donc, la malmignatte et un autre qui me pose problème car si je connais son nom corse, j’ignore tout à fait que quoi il s’agit.

La malmignatte donc. C’est une petite araignée assez commune en Corse. On ne la trouve pas que dans l’île d’ailleurs. Il y en a dans tout le bassin méditerranéen, en Aquitaine et il paraît qu’elle remonterait jusqu’en Bretagne.

On ne peut pas dire que cette bestiole, de la famille des latrodectes, soit hypocrite. A si porta in faccia comme on dit en Corse. Elle se le porte sur la figure. De couleur noire, on la reconnaît sans peine Elle s’identifie par les treize points qui ornent le dos de son abdomen. Ces points sont habituellement rouges. Elle n’est pas agressive et ne mord que si on la dérange. Et sa morsure est très douloureuse. On la surnomme la « veuve noire » mais elle n’est pas mortelle même si on l’a longtemps cru. Les naturalistes l’ont recensé pour la première fois dans les années 1800 du côté de Giunchetto. Sans doute importées par voie maritime. Pour soigner les victimes des piqures, on les alcoolisait ou on les mettait dans un four à pain tiède. Il y a même un essai universitaire sur la pratique de l’enfournement. Maintenant, c’est parfois l’hôpital !

Mais ce n’est pas la malmignatte qui m’intéresse et qui fait l’objet de mon avis de recherche. Si parmi ceux qui me lisent, il y a des entomologistes, je compte sur eux pour m’apporter une réponse et je complèterai mon article avec leur contribution.

J’ai vu, une fois, il y a bien longtemps,  un insecte qui ressemblait à une grosse fourmi avec des points rouges et noirs sur l’abdomen. Elle était près de la rivière et sortait d’un bout de bois pourri que nous avions fait bouger. A dire vrai, rien que de la voir, il était facile de comprendre que c’était une sale bête. Ma Mère à qui j’en ai parlé connaissait cet insecte mais ignorait son nom. Une cousine m’a rapporté que son fils avait été mordu par cette bestiole. Grosses douleurs et fièvre ! Mais pas davantage de nom.

Je n’avais donc pas rêvé. Et c’est en parcourant mes dictionnaires que j’ai découvert comment on l’appelait dans l’île. Inafantatu innafantatu innanfantatu ou nafantatu. Autant de mot pour parler de quelqu’un de découragé ou d’affolé mais aussi d’une fourmi venimeuse.

J’ai poursuivi mes recherches sur cette base, avec ce nom et je n’ai rien trouvé. Donc, merci par avance à celui qui m’aidera à savoir de quel insecte on parle. Un mystère de plusieurs dizaines d’années quand même !

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Le pain..u pane..

La photo qui illustre cet article, c’est celle de mon pain. Et oui, sans faire d’abus, j’aime le pain. Et depuis longtemps je le fais moi-même. A l’ancienne avec mon levain liquide que j’entretiens de façon régulière.

Il faut dire que j’ai toujours entendu parler du pain par ma Mère et cet aliment essentiel m’est toujours apparu, au travers de son récit, comme un symbole de la communauté et de partage. Du pain bien sûr mais aussi du travail fait en commun autour du four.

En Corse comme dans beaucoup de pays où était cultivé le blé, le pain est un élément de base de l’alimentation. Dans l’île, où parfois la culture du blé était plus difficile, on utilisait comme complément, le maïs, le seigle et l’orge. C’était le pain de céréales, pane di granellu. Il se trouvait même un pain fait avec de la farine de châtaigne. Un pane pisticcinu. Pour en revenir à ma production personnelle, je mélange blé et châtaigne. Avec du miel et des fruits secs, c’est un pur délice. Ce sont les pains les plus marrons sur la photo.

Le pain c’était une fois par semaine. Le samedi soir. La veille, la mère de famille tamisait la farine au-dessus de la maie, pour séparer le son avec u stacciu, le tamis. Le samedi, la pâte était pétrie, divisée en boules, disposées sur une toile farinée posée sur une planche. Puis ces pâtons levaient jusqu’à la nuit.

La cuisson, se faisait dans le four du village. Toutes les familles se retrouvaient là. Chacun s’occupait des fagots, ciste, genêt et bruyère. L’occasion de discuter.

Maman avait toujours un peu de nostalgie quand elle évoquait ces instants. Oh, me disait-elle, ce n’était pas facile de pétrir jusqu’à 30 kilos. Puis balayer les cendres avec un balai en bruyère. Mais, son visage s’éclairait en repensant à l’odeur du pain en train de cuire. Et au goût du pain frais. Mieux encore, elle me racontait qu’une partie de la pâte était fourrée avec du fromage et dégustée aussitôt cuite. Je pense que c’est ce qu’on appelle e pastelle. Soit dit en passant, j’ai un souvenir ému en repensant aux pastelle que nous allions chercher après une sortie en boite à Calacuccia dans une boulangerie qui était, si je ne me trompe pas, de l’autre coté du barrage. Bon, je n’ai jamais été trop intéressé par les night-club. Mais ça valait le coup d’attendre jusqu’au petit matin pour déguster les pastelle chaudes.

Il ne veut que du pain du samedi soir. C’est un proverbe corse qui désigne une personne difficile. Une qui ne veut manger que du pain frais.

Le curé n’est jamais loin dans ces affaires. J’ai pu lire que jusqu’à la révolution, une part du pain lui était réservée. Et que s’il y avait un monastère, les villageois devaient aussi le fournir. C’était la servante du curé qui faisait le tour des familles pour recueillir le pain réservé par l’usage. L’abbé Gaudin rapporte qu’à la fin du 18ème,  il y avait soixante trois couvents et 1100 moines. Et les nourrir, car il n’y avait pas que le pain, pesait lourd sur l’économie villageoise. Car tous, pauvres ou moins pauvres devaient donner. C’était un point d’honneur.

Le four de mon village, en Falasorma, je ne l’ai connu qu’en ruines. Il nous était défendu de nous en approcher car il menaçait de tomber. Ce qu’il a fini par faire d’ailleurs. On m’a dit qu’un four ne résistait au temps que s’il était allumé de temps à autres. Il en va donc des fours comme de la culture ou de la langue, ils s’effondrent si on ne les utilise pas.

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Peintres corses et de la Corse.

Il arrive parfois qu’en écrivant un article, je pense à un autre sujet possible. C’est ce qui m’est arrivé en parlant des voceri et lamenti, que j’ai illustré par le tableau peint par Léon Charles Cannicioni « a voceratrice ».

J’ignorais tout de ce peintre et même à une exception près dont je parlerai plus bas, de tous les autres insulaires ou étrangers qui avaient travaillé sur la Corse.

D’où cet article. Et je dois reconnaître que j’ai eu de vraies surprises. Bien entendu, tous les peintres n’y sont pas. Je ne parle de ceux dont l’œuvre m’a procuré une vraie émotion. Il est certain que d’autres options étaient possibles. C’est comme ça.  Choix personnel.

Alors ce fameux Léon Charles Cannicioni. Il est né à Ajaccio le 29 avril 1879 et mort le 25 avril 1957 à Courbevoie. Installé en France continentale un an après sa naissance, il suit de brillantes études. Il suit un temps des cours à l’École des Arts décoratifs puis l’École nationale des beaux-arts. Élève de Jean-Léon Gérôme et de Gabriel Ferrier, membre du Salon des artistes français dès 1909, il y obtient une médaille d’or en 1924. Peintre reconnu, officier de la Légion d’Honneur, il a été reconnu pour son talent, en France mais aussi à l’étranger.

Sa biographie complète est à consulter ici sur le site « bronzes-animalia » et vous pourrez voir plus de cinquante de ses tableaux sur le site « artnet »

Pierre Bach ensuite. C’est celui que je connaissais. Il se trouve que des cousins ont beaucoup de tableaux de lui. Si j’ai bien compris, il payait son hébergement chez eux en leur donnant des tableaux. Bonne affaire si on y pense. Il n’était pas corse puisque né à Toul. Mais il adorait l’île et s’y est installé. Il y est mort, à Erbalunga en 1971. Il avait déclaré à un journaliste « A partir de ce moment, j’ai compris que la Corse ferait de moi un prisonnier pour toujours ».

Pour lui aussi, vous pourrez admirer son travail sur le site « artnet »

François Corbellini, maintenant. Elève des Beaux-arts à Paris, a été formé par les plus grands. Comme Cannicionni, il a suivi les leçons du peintre et sculpteur Jean-Léon Gérôme, mais aussi de Gustave Moreau. Reconnu en France et à l’étranger, il est devenu conservateur, le premier, du Musée Fesch. François Corbellini continuera à peindre dans son atelier ajaccien jusqu’à la fin de sa vie, mais c’est à Piana, le village qui l’a tant inspiré, qu’il s’éteint en 1943 à l’âge de 80 ans. Une particularité dans son travail.  Il a beaocup travaillé pour l’illustration des premiers guides touristiques. Un artisan de la promotion des artistes insulaires mais aussi de l’île !

Et quelques-unes de ses œuvres sur le site « artnet »

Dominique Frassati, né le 29 mars 1896 à Corte (Corse), et mort dans la même ville le 10 juillet 1947 a une histoire singulière. Gazé pendant la première guerre, il perd la vue et ne la retrouve qu’après un traitement en Argentine, où il avait été accueilli par son oncle Santos Manfredi (dont l’histoire,ici, mérite d’être connue.  Après avoir vécu à Oran, il revient en Corse où il devint lui aussi conservateur du musée d’Ajaccio. Il est regardé comme un pionnier de la peinture corse.Lui aussi, a sa page sur le site « artnet »

Et un dernier pour la route. Lucien Péri, né à Ajaccio le 3 mai 1880 et décédé à Paris le 28 juillet 1948, est reconnu pour  son talent exceptionnel. Dès 1910, ses œuvres sont exposées à Paris au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts, où il devient rapidement membre du jury et se distingue par ses contributions annuelles. Son talent est consacré en 1935 lorsqu’il reçoit la médaille d’or du Salon. Dans les années 1920, Péri connaît un succès international. Il expose à la galerie Georges Petit à Paris, à la galerie Borghèse, et à la galerie des Champs Elysées. L’État français acquiert plusieurs de ses œuvres entre 1928 et 1938. Son tableau des Sanguinaires illustre même un timbre.

Sa page sur le site « artnet » montre son travail y compris les affiches touristiques

Pourquoi ne pas le dire. Je ne connaissais pas grand-chose sur les peintres corse. J’ai été surpris par leur nombre et la qualité de leur peinture. Je ne suis pas un fanatique de l’art figuratif et je me suis retrouvé dans ces toiles qui, y compris chez des peintres classiques, jouent sur la lumière et la matière. Frassati est tout à fait inclassable et j’ai été ébloui par son travail sur les formes et les couleurs. Chacun a sa manière, a bien traduit ce qui fait la beauté et l’âme de l’île !

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Voceri e lamenti..chants autour de la mort.

Voceratrice par Léon Charles Cannicioni, né à Ajaccio le 29 avril 1879 et mort le 25 avril 1957

La mort est accompagnée, partout dans le monde par des rites funéraires. Ces rites funéraires sont un ensemble de gestes et de paroles, parfois de danses qui accompagnent le départ d’un être humain.

Pratiqués depuis près de 350 000 ans, ils sont considérés comme un élément essentiel des sociétés humaines. Ils varient selon les époques, les lieux de la planète, les croyances d’une société, les statuts sociaux des défunts, leurs conditions de décès.

En Corse, une pratique particulière appelle l’attention. Celle du chant funéraire qu’on peut entendre, ou plutôt qu’on pouvait, entendre pendant la veillée.

On parle de voceru et de lamentu. Longtemps, certains auteurs ont distingué les deux. Pour eux, le lamentu était chanté en cas de mort naturelle et le voceru réservé aux morts violentes. Au meurtre. Cette distinction est erronée. Les voceratrice, celles qui chantent, utilisent l’un ou l’autre mot pour désigner leur chant. Il est vrai par contre, que lorsqu’il y a eu meurtre, la chanteuse réserve un couplet pour le rimbeccu, l’appel à la vengeance mais aussi le reproche de lâcheté et de trahison prédit à celui qui refuserait la vendetta. Ce refus pour celui qui renierait ainsi son sang, est l’assurance d’un mépris absolu envers celui qui refuse son devoir.

Deux choses sont à retenir. La première c’est que ce sont les femmes qui chantent. La seconde c’est que le lamentu relève de l’improvisation. Aussi, il est difficile de trouver des traces des voceri. Il faut pour cela qu’ils aient été mémorisés puis transcrits.

Ma Mère se rappelait avec un grand sourire du lamentu improvisé par une femme d’un hameau voisin qui avait improvisé pour son mari décédé. Elle souriait car la veuve parlait du défunt comme « u so ghjallu di mezzanotte » , son coq de minuit. Ceux qui le connaissaient, homme ni beau, ni très gentil, ne le reconnaissaient pas vraiment dans cet éloge. Maman se souvenait de la première strophe mais hélas, je n’ai pas tout retenu.

J’ai tout de même quelques exemples de reprise de lamenti.

Le premier est issu du livre de mon cousin Marcellu Acquaviva, l’Acqualogia, livre que j’ai souvent évoqué. Il reprend des textes de Catalina Simeoni surnommée Pasciana. Née vers 1800, elle était réputée pour son talent de voceratrice. Une strophe, avec l’orthographe retenue par l’auteur, pour un parent mort à Calacuccia..

Via, lacatemi vene..allez, laissez-moi venir

A me datemi l’ingressu..laissez-moi entrer

So partuta di L’Acquale..je suis partie de l’Acquale

Ma un portu scorta apressu..mais je viens sans cortège

Hè imbiancatu u tarrenu..le terrain a bien blanchi,

Diu ci mandi u sparacessu..que Dieu arrête cette décharge (*)

(*) Sparacessu : interprétation d’un mot inconnu pour moi qui renvoie à « sparà » la décharge et à « cessu » l’arrêt. Donc, sans doute une espèce de mot « valise ».

J’ai aussi la transcription complète d’un lamentu qu’elle a chanté pour son cousin germain Marcellu Giansily mort en 1860 en Balagne. Trop long pour être repris dans l’article. Je le mettrai en document lié pour ceux que ça intéresse.

Enfin une chose très triste pour finir. Le lamentu chanté par une mère qui a eu la douleur de voir mourir une fille. J’en ai retrouvé un dans l’almanach de la mémoire et des coutumes en Corse.Ce voceru a une caractéristique particulière. On chante les qualités de la défunte et on explique qu’elle quitte sa famille et ses amis parce qu’un époux hors du commun, est venu la demander en mariage et qu’elle l’a suivi. Elle est désormais l’épouse du Seigneur et leurs noces sont fêtées au ciel.

Voici la dernière strophe de ce lamentu..

Ma un la pienghjimu piu, mais ne la pleurons plus,

Surtimu di stu dulore, sortons de cette douleur,

Chi la nostra Mariuccia, car notre petite Marie,

Or hè sposa di u Signore, est désormais l’épouse du Seigneur ;

Sara ricivuta in celu, elle sera reçue au ciel,

Sta mane cu tant’onori. Ce matin avec tant d’honneurs.

Douleur et consolation. Le chant funéraire accompagne la mort. C’était une passerelle avec les temps anciens. Une de plus.

A lire pour ce que le sujet intéresse. Les musiques du monde et les rituels funéraires.

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Les Ghjuvannali..I ghjuvannali.

L’église San Giovanni de Carbini.

C’est dans le livre « la Corse mystérieuse », aux références parfois fantaisistes, que j’ai pour la première fois, découvert l’histoire tragique des Ghjuvannali. Episode, il n’a pas été le seul, de la guerre sanglante menée par l’église contre tout mouvement qu’elle considérait comme hérétique.

Pour comprendre, il faut se replacer au 14ème siècle. Partout en Europe, un mouvement de contestation apparait. Il est double. Les paysans se révoltent contre les seigneurs féodaux et le mode de fonctionnement de l’église romaine est rejeté.

La peste est présente sur l’île et une partie du peuple adopte une spiritualité radicale et contestataire. L’influence des franciscains est forte et en particulier celle des Fraticelli, ordre mendiant qui a sans doute été à l’origine de cette évolution. Ceux qui parmi vous ont lu ou vu le film, « le nom de la rose » se souviennent sans doute des deux moines brulés parce que dolciniens ou fraticelle.

Le danger pour la hiérarchie catholique était le message de pauvreté.

Selon ceux qui étaient donc qualifiés d’hérétiques, le Christ et ses apôtres ne possédaient même pas leur tunique. Ils refusaient la richesse et rêvaient d’un monde utopique où tous les hommes seraient pauvres et égaux et surtout, où l’Eglise n’aurait aucun pouvoir politique.

Insoutenable pour Rome qui n’a eu de cesse que d’exterminer ceux qui adhéraient à cette doctrine.

Et intolérable pour les seigneurs féodaux !

C’est en 1352, à Carbini, que le mouvement a pris de l’importance en Corse. Cette communauté dirigée par Frà Ristoru, un religieux originaire de Sagone a vite inquiété Raimondo évêque d’Aleria, représentant de l’opulente Eglise corse.

Le Pape Innocent VI prononce une excommunication définitive et envoie les inquisiteurs dans l’île. Il s’agit de traquer les « illuminés » et de les condamner à mort sans procès aidés en cela par les seigneurs locaux qui se seraient chargés de la sale besogne, exterminant les hérétiques réfugiés en Alesani.

Hommes, femmes et enfants perdent la vie dans des conditions atroces, souvent sur le bûcher, non sans avoir résisté les armes à la main.

Les derniers Ghjuvannali déclarés, repliés à Alesani et Ghisoni, sont exterminés sans jugement. La tuerie cesse aux alentours de 1364.

C’est ici que la légende naît.

Alors qu’à Ghisoni, les derniers ghjuvannali avaient été exécutés, Le curé de la paroisse fut pris de pitié et se mit à prier pour eux et il célébra la messe des morts. Lorsqu’il prononça les mots de Kyrie Eleison (seigneur prends pitié) et Christe Eleison (christ prends pitié), la foule psalmodia avec lui et la montagne répercuta l’écho de son chant. Alors, du bûcher ardant sortit un vol de colombes blanches qui gagnèrent les deux sommets qui portent aujourd’hui ces noms.

Depuis comme toujours, l’histoire retient ce qu’en disent les vainqueurs. Orgies, débauche et hérésie. Alors, qu’il s’agissait d’un mouvement spirituel dont le seul tort était de prôner la pauvreté et la modestie à une Eglise et des seigneurs qui étaient bien loin de ses valeurs.  

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Grossu Minutu..

Quelle surprise ! Je voulais écrire un texte sur Grossu Minutu, personnage légendaire selon moi. Et je découvre après quelques recherches qu’il a existé et que sa vie est bien documentée. Savoir qu’il a été compagnon de route de Pascal Paoli, m’a laissé pantois !

Alors, notre ami se nommait Petru Giovanni Ficone et il serait né en 1715 à Perelli d’Alisgiani en Castagniccia.  Orphelin de père puis de mère, il était de santé délicate et maigrichon. C’est de là que vient sans doute ce qui devait être son premier surnom « minutu » qui peut se traduire par « petit » ou « chétif ». Et il est possible aussi qu’il ait choisi le verbe pour répondre aux attaques des autres enfants qui aujourd’hui comme hier, n’oublient jamais d’être cruel.

Pauvre, il a exercé toute sa vie le métier de marchand ambulant. Le tragulinu. Il vendait aussi des cochons. Cette activité ambulante l’a conduit à travers la Corse. Il dormait dans les villages mais aussi à Bastia, la grande ville, et faisait de nombreuses rencontres.

Certainement doté d’un esprit vif, il répondait par de vives plaisanteries aux commentaires et peut être aux moqueries. En vieillissant, notre héros a pris de l’embonpoint et son surnom s’est enrichi de « grossu » « le gros ».  Contradictoire bien entendu mais ça rajoute quelque chose à la poésie du personnage.

A la façon d’Esope, il utilisait les comparaisons avec les animaux pour remettre les moqueurs à leur place. Ainsi, par exemple, à quelqu’un qui pour le vexer lui faisait remarquer que, pour un homme d’esprit comme lui, il avait les oreilles plutôt longues, il réplique : « Et toi, pour un âne, je trouve que les tiennes sont trop courtes » Ou bien encore, dans une procession, quelqu’un qui marche derrière lui, lui dit pour l’humilier : « Il paraît, Grossu Minutu que tu es toujours avec les porcs » ; et lui de répondre : « Eh oui, tantôt devant, tantôt derrière ; en ce moment je suis devant. » A propos d’Esope, il se dit qu’un jour, un groupe de personnes, pour se moquer de lui, le comparent à Esope ; Minutu ne se démonte pas : « Je fais mieux que lui, dit-il ; il faisait parler les bêtes, moi, en plus, je les fais rire. » Je ne suis pas sûr que cette histoire soit vraie. Car on imagine mal qu’Esope ait pu être connu dans nos campagnes au 18ème siècle.

A l’époque, partisan du clan Matra opposé à Paoli, Grossu Minutu a accepté de jouer les messagers. Arrêté par les paolistes, il s’est retrouvé en prison. Il échappe à une condamnation pour rebellion car l’aide de camp de Pascal Paoli, Giovanni Guiseppe Cortinchi, qui connaît sa réputation le fait libérer.

Ensuite, Grossu Minutu s’est rapproché du Père de la Nation. Une mutation de statut. Il est passé de sujet d’un clan à citoyen. Un rêve de parole libre, d’égalité entre les hommes, qui devait résonner dans l’esprit et l’âme de Grossu Minutu. Depuis, ces deux personnages historiques sont parfois associés dans la tradition populaire sans pourtant avoir des informations précises sur ce compagnonnage.

Et puis, après des années passées à arpenter les chemins et les routes, il a épousé une voisine. Trois enfants sont nés de ce mariage. Devenu veuf, il ne se remarie pas et vit de façon modeste dans son village de Perelli où il meurt âgé de 86 ans.

Il se dit qu’au moment de mourir, il aurait eu un bon mot pour Dieu. C’est possible et en tous cas, bien dans l’esprit de Grossu Minutu.

Allez..trouvé sur internet… une des nombreuses réparties de Grossu Minutu.

Il y avait à Bastia un riche commerçant, réputé pour son esprit sarcastique. De plus, il était borgne et cachait mal sa disgrâce derrière d’épaisses lunettes vertes…

Un matin cet homme vit passer, du haut de son balcon, le vieux Grossu Minutu que les ans avaient rendu bossu.

-Où allez-vous donc de si bonne heure, un sac sur le dos ? lui-dit-il faisant allusion à sa bosse.

-J’allais chez toi, et je suis heureux que tu m’aies reconnu alors que tu n’as encore ouvert qu’un volet de ta fenêtre répliqua Minuto qui connaissait l’infirmité du plaisantin.

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Le renard…a volpe

Pourquoi ne pas le dire. J’ai une grande sympathie pour le renard. Bon. Il me faut reconnaître que peu de mes compatriotes partagent mon avis. Surtout, s’ils ont des poules.

En réfléchissant, il me semble que cette sympathie vient, comme souvent, de mon enfance. Cette enfance se déroulait neuf mois par an, en ville. Loin de la nature. Les trois mois d’été, c’était au village. Et la nuit, la chambre restant ouverte, j’entendais le bruit du fleuve mais aussi les chouettes et un bruit dont je ne connaissais pas la nature. Ma Mère m’avait expliqué alors que c’était un renard qui jappait.

Pour moi, le renard c’était l’animal sauvage. Fascinant pour un petit urbain. Et en plus j’avais dévoré le « roman de Renart » dans lequel il était un héros rusé défiant l’autorité et se sortant sans peine des situations les plus délicates.

Il vit surtout la nuit. Pourtant j’en ai surpris un en plein jour près de la rivière. J’entendais du bruit derrière un buisson. J’avançais. Le bruit s’arrêtait puis reprenait et nous avons fini par nous trouver nez à nez. La rencontre a été rapide. Le renard a été aussi étonné que moi et bien plus leste. Il doit courir encore. 

Mais, et c’est difficile à croire et pourtant vrai (à lire) , j’en ai vu un d’encore plus près. Nous étions montés à trois couples avec les enfants au refuge de Ciottuli i Mori. L’idée était, pour les plus grands de monter au trou du Tafunatu. Les plus jeunes devaient nous attendre au col des Maures. Les enfants dormaient sous les tentes à quelques dizaines de mètres du refuge. Et les adultes dans les duvets. Alors que je commençais à dormir, je sens une présence. J’ouvre les yeux et là..un renard au-dessus de moi me regardait. J’appelle mon ami et lui dis en quelques mots ce qui se passe. Il rigole et me répond..aho c’est un chien.. moins d’une minute après le voila debout en train de courir après goupil qui lui avait fait le même coup. Au petit matin, réveillé par des grattements, je vois un renard, le même ou un autre, en train de démantibuler un sac à dos et de partir avec un petit sac avec des provisions. Il s’arrête un peu plus bas. Je prends un gros caillou avec l’idée de le trucider et puis je renonce. Il me regardait et franchement, il était trop beau pour que je le tue. Voleur mais pas chanceux puisqu’il avait embarqué le café en poudre. Le gardien du refuge n’a pas été surpris. Il nous a expliqué que les randonneurs avaient pris la mauvaise habitude de les nourrir et que les renards n’avaient plus peur de l’homme. Ils étaient presque apprivoisés.

Revenons aux légendes. Et bien. Il y en a peu en Corse. A la différence de la France, mais pas seulement, où le renard apparaît dans beaucoup de récits et de fables. Cherchez sur internet et vous trouverez des dizaines de textes d’Esope à la Fontaine pour ne parler que des plus connus qui utilisent l’animal.

Chez nous, une référence proverbiale. Lorsqu’il pleut et fait soleil en même temps, un dicton prétend alors que « le renard se marie ». C’est sans doute lié à la couleur particulière du ciel à ce moment précis. Ce qui est étonnant c’est de retrouver la même expression au Japon !

Les dernières nuits que j’ai passées au village, j’ai continué à laisser la fenêtre ouverte. Le fleuve est toujours présent. Parfois la chouette. Mais le renard ne se fait plus entendre. Il n’y a plus de poulaillers et ceci explique sans doute cela. Et je vois avouer que ça me manque.

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