Quand j’étais gamin, à Toulon, on parlait en langue corse à la maison. Et on écoutait des chansons corses ! Une en particulier, de Charles Rocchi, me plaisait beaucoup. C’était « u pastore » .. Le berger. Quand on est un gosse qui habite en ville, la vie du berger libre semblait un destin bien heureux.
Et puis cette chanson parlait de la transhumance vers le Niolu, mes racines, transhumance à laquelle j’avais la chance d’assister pour peu que j’arrive assez tôt au village. Et puis un couplet résonnait. Le frère parti sur le continent, à l’arsenal, dont l’existence paraissait bien triste comparée à celle de Francescu..sans souci..toujours content..jamais pressé qui avec son chien prenait soin de ses chèvres au Niolu.
Encore une version un peu trop romantique de ce que devait être en vérité la vie d’un berger en Corse. Peu importe. Si ça fait rêver les enfants, c’est très bien. Je vous mets un extrait du texte et sa traduction en fin d’article.
Donc, nôtre François, berger à l’âme légère, était vêtu d’un pilone, manteau en poil de chèvre et coiffé d’une casquette « a baretta misgia ». J’en savais assez en corse pour savoir que « u misgiu » c’était le chat, le matou et que « a misgia » était donc la chatte… Tempête sous un crane. Une casquette en poil de chat ? Ohimè ! Nous y reviendrons.
Dans « l’almanach de la mémoire et des coutumes corses » où je puise quelques renseignements, je trouve des informations que je suis obligé de prendre avec réserve. Je peux y lire à propos du pilone qu’il a cessé d’être tressé mais que les hommes auraient aussi abandonné « a barretta pinzuta », la casquette pointue en velours ou drap pour porter la casquette. Et dans certaines régions, en particulier à Bastelica, cette «casquette pointue » souple et ronde, était surnommée « barretta misgia ».
Je dois dire que je ne crois pas trop à cette histoire. Déjà on retrouve l’appellation « barretta misgia » ailleurs que dans la région de Bastelica et notamment au Niolu. Ensuite, il faut savoir que ce couvre-chef a donné son nom à une revue qui a paru de 1925 à 1940 environ. C’était la revue de l’association des poètes dialectaux de la Corse. Sa page de couverture que je vous propose en illustration montre une casquette qui n’a rien à voir avec le caractère souple et rond évoqué dans l’almanach. Nous sommes davantage en présence d’un bonnet. Il se trouve (publicité gratuite) qu’une ethnologue de formation a eu l’idée, après avoir découvert la « barreta misgia » d’en refaire. Je lis sur son site Création BoBa, que c’était une sorte de bonnet en feutre et, surtout, la coiffe traditionnelle des Corses du 15ème au 19ème siècle, tombée ensuite dans l’oubli. Plus étrange mais possible, cette créatrice signale qu’autrefois, on se servait du fond de la baretta misgia comme « poche » en y plaçant des petits objets (monnaie, clé).
Revenons à cette affaire de chat. Ô surprise, le site de l’ADECEC qui est pour moi une référence, confirme, je cite que, a barretta misgia ghjè una: scuffia fatta in pelle di misgiu…une coiffe faite avec une peau de chat. Bon. Je ne suis pas si surpris que ça. Quand j’étais gosse et bien plus tard quand je m’étais mis à fumer la pipe, on m’a parlé du « zanu » un petit sac, une blague à tabac faite avec la peau du minou. Et ma tante me disait que le dernier chic était de laisser apparaître les pattes et la tête décorées avec des rubans.
La conclusion s’impose. Si tout ceci est vrai..il ne faisait pas bon être chat à l’époque !
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Barretta misgia bella incalfata
Cù la mio pippa sempre imburrata, Fisculellendu quì è culà Portu le capre à pasculà. |
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Barretta misgia nant’à l’arechja,
Cù lu pilone è la sacchetta, Cun lu me cane, u pediolu Curu le capre per Niolu. |
Barretta misgia sur l’oreille Avec mon pilone(1) et la musette Avec mon chien u pediolu (2) Je garde les chèvres au Niolu (1) manteau en poil de chèvre (2) nom d’un chien tâché au pied |
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Ghjuvan Martinu mio fratellu
Este partutu pè lu battellu, Sta mane in Francia si n’hè andatu In un’usina s’hè impiegatu. |
Jean-Martin mon frère
Est parti par le bateau Ce matin, en France, il s’en est allé Dans une usine, il s’est employé |
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Ma preferiscu le campagne,
È l’aria pura di le muntagne, Nanzu lu chjostru cun lu stazzale Ch’esse impiegatu à l’arsanale. |
Mais je préfère la campagne
Et l’air pur des montagnes Il vaut mieux l’enclos et la bergerie Qu’être employé à l’arsenal (3) (3) celui de Toulon sans nul doute |
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U latte biancu, u casgiu frescu,
Un bellu brocciu cù lu caprettu, Ne campa tutta la mio famiglia Di l’impiegati ùn aghju inviglia. |
Le lait blanc, le fromage frais,
Un beau brocciu avec le cabri, En profite toute ma famille Je n’envie pas les employés |
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Eo sò Francescu u spenseratu
Sempre cuntentu, mai pressatu. Cù lu me cane, u pediolu Curu le capre per Niolu. |
Moi, je suis François l’insouciant
Toujours content, jamais pressé, Avec mon chien u pediolu Je garde les chèvres au Niolu |
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…















