Lozzi c’est un village qui compte trois hameaux..Lozzi qui a donné son nom à la commune, L’Acquale qui en est un peu séparé et Poggio di Lozzi à un peu plus d’un kilomètre. Mais, et ne m’en voulez pas, mes racines viennent de l’Acquale et pour moi, au-delà de l’administratif, c’est proche de Lozzi mais à part.
E mortu Pampasgiolu..Pampasgiolu est mort. C’était fin août 1977. J’étais au village, à Bardiana, et je me souviens bien du moment où cette nouvelle a été connue. Et je me souviens très bien aussi des nombreuses voitures, en convoi, qui sont parties vers Prezzuna, hameau de la vallée du Marsulinu où avaient lieu les obsèques. Parents, amis et admirateurs. Entre le Falasorma et le Niolu, des liens ancestraux existent. Terre de transhumance.
Pampasgiolu di l’Acquale n’était pas le seul poète de Lozzi.
Jean-Joseph di Peppu Flori né à Galeria et mort lui aussi fin août mais en 1972 avait ses racines dans ce village haut perché dans le Niolu.
Leurs parcours étaient différents. Issus tous les deux de familles de bergers. Le premier était lui aussi berger et le second a eu une carrière de fonctionnaire aux colonies. Mais tous les deux avaient en commun de maîtriser la poésie à l’écrit, collaboration à a Muvra et a Barretta Misgia pour Pampasgiolu ou U Muntese, Paese Corsu, Monte Cinto, Le Petit Bastiais et Nice-Matin pour Peppu Flori.
Pampasgiolu excellait dans un art bien particulier qui est celui de la joute vocale. U chjama e rispondi. Cet affrontement chanté et rimé remonte à la nuit des temps.
Il s’agit de trouver un thème, de ne pas s’en écarter et d’improviser. C’est donc à chaque fois une création poétique différente. Mais avec une construction codifiée. Sur la base de strophes de trois vers « terzini » de 16 pieds avec rime. La mélodie est articulée sur une quinte descendante. Le texte peut être ironique mais doit toujours rester courtois. . La victoire appartient à celui à qui son interlocuteur ne peut plus répondre. Et ça peut durer des heures.
J’ai eu l’occasion d’en entendre à a Santa di u Niolu. Il faut un vrai talent et une grande maîtrise de la langue. On voit bien sûr que l’improvisation est travaillée et que les participants prennent quelques secondes, en buvant une gorgée par exemple, pour répondre. Mais je ne me hasarderai pas à cet exercice. Je ne tiendrais pas cinq minutes.
Peppu Flori a laissé plus de traces écrites. Une comédie en un acte, U Sangue parla en 1951, et différents recueils, Mamma cara, Veranu corsu, Vecchie Torre ou encore Mille Proverbi Corsi en 1971.
J’ai déjà eu l’occasion de parler du livre de Marcel Acquaviva, l’Acqualogia, consacré aux poètes du village de Lozzi. C’est dans cet ouvrage que j’ai trouvé les photos qui illustrent cet article. On y trouve les poésies de l’auteur dont la fameuse « A muntagnera ». Mais aussi, quelques textes de Pampasgiolu et Peppu Flori. Et puis d’autres, recueillis à l’oral sans nul doute, d’autres poètes moins connus. Ceccu Maroselli dit Ziu Ciccatone, Nanno Acquaviva, Dumenicu Acquaviva dit Dumenicone, Antoine Acquaviva, dit Chjudinu frère du précédent, Dominique Flori ou encore Chrysostome « Crisolu » Flori. Si ça intéresse quelqu’un, j’en ferai un scan.
Je ne doute pas que d’autres villages en Corse comptent beaucoup de poètes mais autant d’auteurs de talent sur un si petit territoire, c’est étonnant. Comme c’est une terre de bergers et que l’expression orale était dans leur culture, ceci explique peut-être cela. Hélas, ce n’est sans doute pas génétique car, bien qu’apparenté avec la plupart de ceux que je cite, je n’ai hérité d’aucun talent oratoire !
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…




