Il y a quelques temps, un ami continental m’a demandé comment se traduisait un mot qui se trouvait être très grossier. Je lui ai répondu que je n’en savais rien et que, jamais, je n’avais entendu prononcer de telles obscénités en Corse.
Et c’est vrai que si les jurons et les blasphèmes sont monnaie courante, les insultes de nature sexuelle en particulier, sont inexistantes. Sauf dans les stades, où elles ont été importées et corsisées à l’usage des arbitres et joueurs adverses. On a connu des apports plus profitables. Mais passons.
L’explication que je vois est liée selon moi, à deux choses. La pudeur et le risque pris en insultant. La susceptibilité n’est pas une légende.
Alors, voilà ce que je peux dire sur la base de ce que j’ai pu entendre et en utilisant l’excellent livre « Anthologie des expressions corses de Fernand Ettori ». L’auteur note tout d’abord l’évolution du corse « commun » vers un corse « poli » dans lequel tout ce qui touche au sexe et aux fonctions dites naturelles, est dit de façon détournée. U culu, le cul devient le derrière, le sexe masculin devient « e vergogne » les parties honteuses et le féminin « a natura ». La fontaine ne pisse plus mais elle court. Et on essaie d’oublier ce que l’homme a en commun avec les animaux. Après un repas où j’avais trop mangé, j’ai écarté mon assiette en disant « so techju e lasciami stà ! » Ah, la tête horrifiée de mes pauvres tantes qui m’ont crié qu’il ne fallait pas dire ça. Et oui, on gave les cochons. Pas les enfants.
Pour autant, dans les limites dont je viens de parler, il y a bien des insultes et des jurons en Corse. Souvent issus du monde animal. D’une personne noire de peau, collante ou peu sympathique, on dira que c’est une tique..una zecca voire un pou ..un pidoghju..l’âne u sumere.. bien sûr est synonyme de bêtise ce qui est très injuste…le chien..u cane.. Et l’utilisation du suffixe péjoratif « acciu » augmente l’effet..Sumeracciu, canacciu..sale âne..mauvais chien.. Et purcacciu..le cochon, le salopard c’est très agressif. En fait, il faut aussi prendre en considération, la dimension orale. Dit avec le sourire « sumerone » soit grand âne peut avoir une signification affectueuse. Une petite mention au très répandu « puttana gobba » ..soit « putain bossue »..qui ne s’adresse pas à quelqu’un mais à soi même quand quelque chose ne va pas.. un coup de marteau sur le doigt et pan..puttana gobba .
Après, nous trouverons les expressions marquées d’une empreinte religieuse. On ne dit pas « va te faire foutre. » mais « va te faire lire » . vai da fatti leghje en rapport avec le livre que l’exorciste passe sur la tête du possédé.
Et puis vient la longue compagnie des blasphèmes… Tout y passe.. Dieu ..Diu..le Seigneur..u Signore..le Christ..Cristu..et tous les saints..Il sont précédés de « per » Per Diu..Pardieu ! mais aussi de Sang ..sangue qui est la forme abrégée de per le sang du Christ.. Sangu la Madonna..Sangu lu Cristu. Et parfois, on va loin dans le blasphème, à coup de « porca Madonna » « sale Madone » ou Cristacciu et Madunaccia..Mauvais Christ..Mauvaise Madone.
Enfin et c’est ce que je préfère, les imprécations souvent imagées et presque poétiques. On souhaite le mal en commençant par « chi tu sia » que tu sois..et après festival. Chi tu sia cecu…aveugle..le pas gentil ..chi tu crepi..que tu crèves..ch’elli ti manghjini i corbi in vangaronu..que les corbeaux te mangent dans un ravin..et mon préféré « ch’ella s’imprunisce a to porta » que ta porte soit envahie par les ronces.. La ruine. La maison abandonnée. On touche l’individu, sa maison et sa lignée. Très cruel.
Tout ce qui précède est à utiliser avec modération et peut être même pas du tout. Mais s’il faut hausser la voix, il vaut mieux se servir de cette liste plutôt que de grossièretés importées.
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…


