Celles et ceux qui visiteront Calenzana, excellente idée au demeurant, seront intrigués par une plaque apposée sur le mur du campanile. Cette inscription y figure « Campo Santo dei Tedeschi – Ici tombèrent et furent enterrés cinq cents Allemands tués au service de Gênes – Bataille de Calenzana – 14 janvier 1732.
L’évènement est authentique ou à peu près. Mais ce qui est intéressant dans cette histoire comme dans beaucoup d’autres, c’est de voir comment la légende est venue peu à peu enrichir l’affaire.
Nous sommes donc dans la dernière partie du 18ème siècle. La révolte des corses contre Gênes dure depuis deux ans. Boziu, Rustinu puis Orezza. Les occupants génois ne parviennent pas à maintenir l’ordre dans l’île.. Ils font donc appel à Charles VI, roi de Bohème et archiduc d’Autriche, empereur d’Allemagne pour simplifier. Celui-ci fournit 3.600 hommes moyennant finances. Les troupes allemandes, sous le commandement du baron de Wachtendonck, débarquent en Corse en août 1731. Elles sont suivies en septembre par d’autres soldats commandés par le colonel de Vinz.
Début 1732, ce même colonel avec 600 de ses meilleurs soldats part de Bastia pour débarquer à Calvi. Sa troupe appuyée par des éléments génois en poste à Calvi et Algajola, décide d’occuper Calenzana.
En 1992, Antoine-Dominique Monti, président de l’ADECEC rédigera, en langue corse, une chronique intitulée « l’ape di Calinzana »..les abeilles de Calenzana. Malheureusement cette chronique n’est plus accessible en ligne hormis quelques extraits. L’auteur reprend les faits, bien moins romanesques que la légende.
En se basant sur les journaux de campagne des impériaux et sur les mémoires de Charles Rostini (traduites là encore par l’abbé Letteron), il rappelle que Calenzana était un village fidèle à Gênes. C’est la raison pour laquelle le colonel de Vinz voulait l’occuper car c’était un emplacement stratégique, afin de mieux tenir la Balagne. Il avait envoyé un messager aux habitants pour les prévenir de son arrivée. Un moine capucin.
Mais, il ignorait qu’au même moment, Ceccaldi et Giafferi, à la tête des insurgés, tenaient consulte au couvent d’Alziprato. Ils ont donc envoyé de nombreux partisans pour aider les Calenzanais. Les discussions étaient vives et même violentes entre villageois partisans de Gênes ou patriotes. Mais lorsque l’arrivée des allemands a été annoncée, des patriotes parmi lesquels Pietro Pizzini, de Speluncato, et Anton Marco Tortora, de Muro, ont ouvert le feu sur les soldats qui ont riposté. Le village entier, quelle que soit l’opinion politique, s’est alors lancé dans la bataille à laquelle se sont joints les insurgés venant d’Alziprato. Les troupes de de Vinz se sont retirées laissant derrière elles deux cents morts et blessés, dont un lieutenant-colonel et un capitaine des grenadiers.
Mais si l’affaire était glorieuse d’un point de vue militaire, elle manquait sans doute de fantaisie et c’est ainsi que la légende est née.
On la doit à un abbé, Ambroggio Rossi qui fut le premier à raconter la bataille. Selon lui, les villageois ne disposaient que de peu d’armes. Quelques arquebuses, des pistolets mais surtout des armes blanches, lances et couteaux. Un apiculteur eut alors l’idée d’utiliser ses ruches. Transportées aux fenêtres, elles furent jetées sur les assaillants. Les Calenzanais récupéraient les armes des soldats morts et les retournaient contre les allemands. Les femmes auraient participé à l’affaire en jetant des tisons ou de l’huile bouillante. Certains iront jusqu’à signaler la présence de Sainte Restitude aux cotés des combattants. Bilan.500 morts et c’est ce chiffre qui est repris sur la plaque dont je signalais l’existence en début d’article.
Bon. Si on veut être précis, il ne faut pas parler ici de légende. Une légende c’est un récit imaginaire présenté comme un fait historique. Nous avons avec la bataille de Calenzana, un fait historique avéré et documenté. Le reste c’est une revisite. Ce n’est pas bien grave si l’histoire vraie est connue et que la fable est prise pour ce qu’elle est. Au vu de l’actualité, je ne suis pas certain hélas, que ce soit la tendance.
PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…


