La diaspora.

C’est une petite chose désagréable qui m’est arrivée. Et cette petite chose m’a donné l’envie d’écrire cet article. Au café, à l’heure où tout le monde ou presque se retrouve, j’étais là pour mettre la mienne comme il se doit. La conversation roulait sur je ne sais plus quel sujet, ça touchait à la politique municipale, il me semble. J’ai fait part de mon opinion. Et quelqu’un m’a répondu que ce n’était pas à un diasporiste de dire aux gens ce qu’il fallait faire. J’y reviendrai.

Mais c’est quoi la diaspora ?

L’étymologie nous dit que ce mot vient du grec et pour être plus précis, du verbe « semer ». Il désigne les populations qui ont quitté leur pays et qui entretiennent entre elles des liens affectifs, culturels, économiques et politiques par-delà les frontières sans jamais oublier d’où elles viennent. En Corse, le terme de « spalluzera » me convient bien. C’est l’idée de la dispersion.

La diaspora est de façon générale liée aux Juifs et Arméniens. Ces peuples ont en commun d’avoir été chassés de leur terre par la violence, le pogrom. Pour les corses, qui ont dû quitter leur île, la violence et c’est heureux, était économique. Ne comparons pas ce qui ne peut l’être.

Au 18ème siècle, l’Espagne offre des terres à ceux qui acceptent d’aller à Porto Rico. Parmi ceux qui acceptent de partir, des cap-corsins et des balanins. Ils continuent à être agriculteurs en se consacrant à la culture du café et de la canne à sucre. En quelques années, ils deviennent les meilleurs dans le domaine agricole, l’industrie et font fortune. Plusieurs propriétés à Yauco et Ponce, propriétés des immigrants corses, sont reconnues comme lieux historiques de Porto Rico. Casa Franceschi Antongiorgi.. Mansion Negroni et d’autres. Et beaucoup de corses ont été élus à diverses fonctions et la famille Vivoni a vu quatre de ses membres entrer au gouvernement.

Cherchant un avenir meilleur, des Corses s’établissent aussi en Argentine, en Uruguay ou au Venezuela. Dans ce dernier pays, parmi eux, Raúl Leoni, dont la famille était originaire de Murato, deviendra président de 1963 à 1969.

Lorsqu’il part de son île, un Corse ne s’en va pas : il s’absente. » Ces propos de Vincent de Moro Giaffieri, célèbre avocat insulaire, expliquent pourquoi, ceux qui ont fait fortune loin de leur terre ont souhaité y revenir ou au moins y être portés en terre. C’est l’explication de ce qu’on appelle les maisons des américains édifiées dans le Cap par ceux qui avaient fait fortune loin de chez eux.

Pour des raisons là aussi économiques, les corses choisissent de partir vers les colonies. Militaires ou commerçants, on les retrouve au Tonkin, en Algérie et en Afrique. Pas toujours pour de bonnes raisons parfois. La Corse Afrique de Foccart en particulier ou la nébuleuse galaxie des jeux du Gabon.

Et puis bien entendu, la France continentale. Là encore, et ma famille en est l’exemple, c’est de gagner son pain dont il était question. L’arsenal de Toulon. Un employé dans une usine de voitures qui faisait venir et employer ses frères et parfois, des activités moins honorables car les corses ont réussi également dans le milieu. Paris ou Marseille.

L’été c’était pour la plupart le retour au village. Je crois que c’est dans son livre « la renfermée, la Corse » que Marie Susini décrit les effets ambigus de ce retour estival chez ceux qui sont restés. La joie de retrouver des parents et une forme de jalousie car ceux qui sont partis étalent leur réussite, voiture, argent et belles tenues. Ils sont pardonnés au moment du départ car leur tristesse est immense de devoir quitter leur terre à nouveau. C’est la revanche de ceux qui sont restés.

Puis, petit à petit, le membre de la diaspora s’est vu reprocher de manifester de moins en moins un désir de retour définitif, d’être moins impliqué dans les affaires de l’île et d’avoir adopté les valeurs et un mode de vie étranger.

Pourtant, il ne faut pas oublier que quand on part ce n’est pas de gaité de cœur. Poussé par une nécessité, celle de vivre ailleurs pour vivre mieux. Sans pour autant renier sa terre et les siens. Pour en revenir à l’anecdote du début de cet article, je dirais qu’être un diasporiste n’est pas un défaut. Le grain qui s’envole reste du blé. Et il me semble que ceux qui rejettent les leurs s’éloignent plus de nos valeurs que ceux qui, loin de l’île, font en sorte de les maintenir les plus vivantes possibles.

PS: pour les abonné(e)s au journal le Monde, un article d’Antoine Albertini « A Porto Rico, l’aventure américaine des exilés du cap Corse » du 1er novembre dernier

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

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