Les bateaux et la Corse. I batelli e a Corsica

La Corse est un petit continent, l’Europe est une grande île a écrit Jacques Dutronc. C’est joli mais faux. La Corse est bien une île et elle ne serait pas ce qu’elle est si elle n’était pas insulaire. Singulière.

Une île c’est une destination, presqu’un fantasme. Dans la littérature, l’île représente depuis la nuit des temps, un microcosme isolé, monde clos qui est tantôt attractif et volontaire ou répulsif et contraint. Terre accueillante pour Robinson et enfer carcéral de Shutter Island.

Mais de façon plus prosaïque, mon vécu et le vôtre, l’île c’est tout d’abord une histoire de bateau. Bien sûr, on peut prendre l’avion mais ce n’est pas de ce temps rapide dont je veux vous parler. L’île s’apprivoise et il faut un temps de voyage par le nez d’abord car le maquis se sent de loin puis les yeux pour la découvrir et déguster en gourmet, le plaisir de retrouvailles.

Et nous ne sommes que les lointains descendants de vieux voyageurs. Mare latinu !  La Corse était bien au cœur d’une navigation intense dès l’Antiquité.

Je n’irai pas aussi loin et ne parlerai pas davantage des compagnies modernes. Plus confortables, plus régulières mais trop industrielles à mon goût car dépourvue de poésie.

La première compagnie à relier le continent et la Corse, utilisait des vaisseaux à vapeur au départ de Toulon. Une fois par semaine à destination d’Ajaccio et Bastia. C’était de tout petits bateau, 60 à 80 tonneaux qui appartenaient à la Compagnie Gérard de Toulon. Le Mega Express d’aujourd’hui c’est presque 14.000 tonneaux ! Trente heures pour la traversée. Puis en 1841, C’est Marseille qui remplace Toulon et devient la tête de ligne des « Services postaux de la Corse »

En 1840, Jean et Joseph Valery deux armateurs et négociants bastiais, fondent une nouvelle compagnie. Ils débutent avec deux bateaux jaugeant moins de 100 tonneaux, le Laetizia et le Golo et finissent par détenir un quasi-monopole.

La marine à voile qui existait encore fut vite effacée de la compétition, moins rapide et moins rentable.

Affiche compagnie Freyssinet
Affiche compagnie Freyssinet

Compétition qui vit enfin la victoire de l’empire Fraissinet sur la compagnie Valery qui avait perdu lignes et bateaux au profit de compagnies éphémères la Transat ou la « Compagnie insulaire de navigation » En 1892, la compagnie Fraissinet était seule et le restera jusqu’en 1968.  A lire ici l’article de Corsica Mea relatif à cette compagnie avec la photo de tous les navires dont le Balkan sur lequel j’ai écrit un article de blog.

De cette époque, je n’ai bien sûr aucun souvenir. Je n’étais pas né ! Mais les traversées devaient être épiques. Une de mes tantes racontaient son voyage avec le Gallus. Pas bien grand. Ils avaient essuyé une terrible tempête et avaient fini par rejoindre Calvi où tout le monde les attendait car le Gallus avait été annoncé perdu !

Moi, mes premiers souvenirs datent des années 60. Période qui vit l’arrivée de la Société nationale maritime Corse-Méditerranée (SNCM), anciennement Compagnie générale transméditerranéenne (CGTM). C’est ainsi que j’ai voyagé avec le Napoléon, le Cyrnos, le Comté de Nice, le Corse ou le Fred Scamaroni. De bons souvenirs car c’était le début des vacances et d’autres plus pénibles car il n’y avait pas que du beau temps.

Le voyage commençait en janvier car il fallait s’assurer d’avoir des places surtout lorsque nous avons commencé à partir avec une voiture. Soulagement à la sortie de l’agence car au cœur de l’hiver, nous avions en poche les billets de l’été ! Qui se souvient de la 4ème classe, la moins chère où nous étions enfermés puis installés sur des chaises longues qui valsaient d’un bout à l’autre lorsque la mer était forte ? Et les plateaux repas pour les plus riches, servis à leur place. Ils me faisaient rêver avec l’œuf en gelée et le poulet froid. Lorsque j’ai pu m’en offrir un, je me suis rendu compte que ce n’était pas bon du tout et que les sandwichs que me préparait ma mère étaient bien plus savoureux. Les nuits, couché sur le pont du haut, dans un duvet. Les machines à Fanta où je laissais mes pièces d’un franc.

Je pourrais écrire des pages de souvenirs. Tempêtes, mal de mer, mais surtout l’émotion d’apercevoir au loin les montagnes et de pouvoir les nommer.

Depuis, je suis un peu plus riche. Je vais au restaurant du bord, servi à table,  pas mauvais au demeurant et une couchette. Mais c’est assez étrange de se dire qu’il y a malgré tout un peu de regret. Non. Je suis lucide. Je ne regrette pas les rafiots d’avant mais la jeunesse enfuie.

PS.. le blog que vous parcourez, fait partie d’un site dédié à l’apprentissage de la langue corse. Si vous voulez le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessous…

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